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Pendant la trêve des confiseurs les socialistes affûtent leurs armes
par Yves de Kerdrel

Les candidats à la primaire socialiste n’ont qu’un mois pour mener campagne. Et si Manuel Valls est assuré du soutien des poids lourds, c’est Arnaud Montebourg qui semble plus proche de la base. Une surprise n’est pas à exclure comme ce qui s’est passé à droite.
25/12/2016 - 08:27 Temps Lecture 13 mn.

Personne ne connaît le programme de François Hollande pour ces fêtes de fin d’année. Il restera bien sûr en France. Il peaufinera sans doute son discours des vœux du 31 décembre, qui sera le dernier de son mandat. Nul doute qu’il en fera une sorte de testament politique avec des messages subliminaux à destination de tous ceux qui iront voter à la primaire socialiste. Mais en même temps le Chef de l’Etat aura un mot aimable pour Emmanuel Macron dont il est impressionné par la place qu’il a désormais prise dans le paysage politique

S’agissant des candidats à la primaire socialiste, il faut s’attendre à ce qu’ils mettent leur campagne en sourdine pendant la trêve des confiseurs. Un choix dicté par le calendrier, mais qui n’est pas simple alors que le premier tour du scrutin, le 22 janvier 2017, se tient dans un mois à peine. Tous les candidats en conviennent, mieux vaut s’éloigner des tribunes alors que les citoyens s’apprêtent à se retrouver en famille. Chaque équipe se prépare donc à lever le pied. Arnaud Montebourg s’st déjà arrêté cette semaine après un 20 heures sur TF1. Les autres candidats devraient tourner au ralenti jusqu’à la fin de l’année.

DES PRONOSTICS TRES INCERTAINS A GAUCHE

Le vrai coup d’envoi de la campagne de la primaire va donc avoir lieu en janvier. Avec un casse-tête pour tous les candidats : occuper une fenêtre de tir politique et médiatique extrêmement contrainte, avec le premier débat télévisé (coorganisé par TF1, RTL et L’Obs), le 12 janvier, dix jours avant le premier tour, et la fin de la bataille le 29. Au retour des vacances, les candidats devraient donc écumer les médias et, pour plusieurs d’entre eux, privilégier les grands meetings aux petites salles. Objectif : frapper les esprits au plus près du vote. Manuel Valls a ainsi prévu de tenir sa première réunion publique massive le 8 janvier, dans le Pas-de-Calais, avant d’autres prévues à Paris, en Bretagne et dans le Sud-Ouest. Auparavant, l’ancien premier ministre aura présenté son projet durant les premiers jours de janvier.

Vincent Peillon, lui aussi, doit détailler ses propositions à la même période. Mais l’ex-ministre de l’éducation nationale n’a ni l’intention ni les moyens financiers et matériels, de multiplier les meetings de masse. Surtout, les candidats vont mettre à profit la pause à venir pour préparer les futurs débats télévisés. Contrairement à la primaire de 2011, ces confrontations devraient avoir cette fois une importance capitale dans le choix des électeurs. Il y a cinq ans, François Hollande était le favori, et même si les débats avaient permis l’émergence surprise d’Arnaud Montebourg, ils n’avaient que peu influencé le résultat final. Cette fois les pronostics sont tellement incertains que les prestations de chacun risquent d’être décisives.

LE CHOIX DE CAZENEUVE

S'il ne compte pas se mêler de la campagne de la primaire à gauche, le premier ministre fait savoir en privé qu'il votera pour son prédécesseur. Selon plusieurs sources concordantes, le premier ministre a désigné Manuel Valls comme son candidat de cœur. Il l'a, selon nos informations, répété notamment lors d'une réunion réunissant des hauts responsables de la majorité. Pas question cependant pour l'hôte de Matignon de rallier officiellement Manuel Valls, comme l'ont fait d'autres ministres comme Najat Vallaud-Belkacem ou Jean-Yves Le Drian.

A noter que de plus en plus de ténors socialistes renoncent à se présenter aux législatives de juin prochain. C’est le cas de Jean-Marc Ayrault. C’est aussi le cas de Vincent Feltesse, conseiller de François Hollande, chargé des relations avec les élus et les formations politiques. Il a donc été nommé à la Cour des comptes, mercredi 21 décembre, à l’issue du conseil des ministres. Agé de 49 ans, il exercera les fonctions de « conseiller maître », soit le grade supérieur de l’institution, à partir du 16 janvier 2017.

FILLON MONTE SA PETITE ENTREPRISE

De son côté Emmanuel Macron poursuit sa campagne de terrain avec un déplacement très médiatisé aux Antilles. Le candidat ni de gauche ni de droite est apparu très à l’aise, contrastant les premières images assez hiératiques de sa campagne. Preuve la plus visible de cette transformation, le président d’En marche ! cherche désormais le contact physique avec les gens qu’il croise. Lors d’une poignée de main, il attrape souvent l’avant-bras de son interlocuteur ou lui empoigne l’épaule, comme pour créer une proximité. Pour autant, pas question pour lui de verser dans le populisme et promettre tout et n’importe quoi pour gagner des voix. Au contraire, le candidat dit faire de la sobriété sa marque de fabrique.

A droite, tout se focalise autour de l’organisation de la campagne de François Fillon alors que celui-ci est parti pour une grande semaine de ski. Après avoir rendu public son état-major, il a choisi un nouveau local de campagne, d’une surface de 2.500 mètres carrés, au 6-8 rue Firmin Gillot dans le XVème arrondissement de Paris, juste à côté de la porte de Versailles. Les locaux sont organisés sur deux étages totalement ouverts où pourront être ajoutés quelques cloisons pour une salle de réunion et quelques bureaux fermés, notamment celui du candidat. Et il y a en plus un rez-de-chaussée pour accueillir les journalistes avec une salle de presse. Son équipe espère pouvoir emménager le plus rapidement possible début 2017. François Fillon a notamment prévu d'y recevoir la presse le 10 janvier pour présenter ses voeux. Le bail a été signé pour une durée de cinq mois, soit jusqu'à la présidentielle.

LAMOUR GERE LE DOSSIER DES INVESTITURES

Dés le nouvel an passé, François Fillon a deux gros rendez-vous. Le premier est un 20 heures sur TF1. Le second concerne le chantier des investitures aux législatives. C’est son fidèle Jean-François Lamour qui doit passer au crible l’ensemble des circonscriptions afin de vérifier la solidité des candidats potentiels et, le cas échéant, modifier les investitures attribuées jusque-là. La principale difficulté rencontrée par ce filloniste réside dans le fait qu’il ne part pas d’une feuille blanche. Fin juin, la commission d’investiture avait rendu ses arbitrages. Sur les 577 circonscriptions existantes, 473 avaient été réservées à des candidats LR et 25 aux députés UDI sortants. Il ne reste donc théoriquement que 79 circonscriptions à attribuer. Elles avaient été gelées, faute d’un accord en interne autour d’un candidat consensuel. Il avait été prévu qu’elles seraient de nouveau examinées par le vainqueur de la primaire en fin d’année.

Six mois plus tard, l’équipe de François Fillon reprend donc ce dossier, en procédant à des ajustements. L’objectif : s’assurer que le champion de la droite, s’il parvient à l’Elysée, disposera d’une majorité à l’Assemblée pour faire adopter ses réformes, si possible une majorité absolue. Dans cette optique, la Commission d’investiture prévoit de confirmer la plupart des 498 candidats déjà désignés, tout en procédant à des changements à la marge pour en « débrancher » certains. Autre problème à régler : celui des candidats cumulards. En juin, plusieurs élus avaient été investis sans se préoccuper de la loi sur le non-cumul des mandats, qui doit entrer en vigueur en 2017. Comme François Fillon n’a pas prévu de revenir sur cette loi, la CNI doit désormais identifier ceux qui laisseront leur place aux législatives pour se consacrer à leur autre mandat exécutif. Cela devrait concerner près d’une cinquantaine de candidats.

DOULOUREUX SAUVETAGE ITALIEN

Au chapitre économique, il faut retenir les efforts désespérés de l’Italie pour sauver la très fameuse Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS). Mercredi le Parlement italien a autorisé le gouvernement à emprunter 20 milliards d’euros, dans l’objectif d’assurer la liquidité du système bancaire et de soutenir les établissements financiers les plus fragiles. En particulier la vacillante BMPS, très chahutée sur les marchés depuis plusieurs semaines. Sa valeur boursière a ainsi fondu de plus de 85 % en un an. Pour s’en sortir, la banque siennoise a mis au point un plan de sauvetage, il y a plusieurs semaines, qui vise à céder 27,6 milliards d’euros de créances douteuses et à lever 5 milliards d’euros d’argent frais. La Banque centrale européenne lui a laissé jusqu’au 31 décembre pour mener à bien ce plan.

En cas d’échec du plan de sauvetage de BMPS, la banque pourrait tomber dans le cadre de la nouvelle procédure européenne de renflouement interne, ou bail-in. Celle-ci exige que s’il faut remettre l’établissement à flot, les actionnaires et gros créanciers soient mis à contribution en premier, afin d’éviter de piocher dans les caisses publiques – et, donc, dans les poches des contribuables. Une règle qui vise à empêcher que les établissements financiers prennent des risques excessifs, sachant que l’Etat viendrait à leurs secours quoi qu’il arrive. L’ennui, c’est que, dans le cas de BMPS, une partie des créanciers sont de petits épargnants, à qui la banque a vendu des obligations subordonnées, soit des titres normalement réservés à des investisseurs avertis.

LE DOW JONES A LA FÊTE

En cas d’échec de l’augmentation de capital de 5 milliards d’euros auprès d’investisseurs privés, l’Etat pourrait apporter l’argent lui-même, en piochant dans les 20 milliards d’euros qu’il aura empruntés. Ce renflouement s’accompagnerait d’une contribution des actionnaires et détenteurs d’obligations subordonnées, qui encaisseraient des pertes. Mais les petits épargnants concernés recevraient une compensation financière, au motif qu’ils ont été victimes d’une vente abusive. Le reste de l’enveloppe de 20 milliards d’euros levés par Rome pourrait être utilisé pour recapitaliser d’autres établissements, comme Banca Popolare di Vicenza, Veneto Banca ou Banca Carige.

Une nouvelle fois, le Dow Jones a flirté cette semaine avec les 20 000 points, sans toutefois les atteindre. Le franchissement de ce seuil psychologique, qui constitue un record absolu, n’est sans doute que partie remise. Si le marché semble hésitant, il reste fondamentalement haussier, porté par l’optimisme suscité par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. Depuis le scrutin du 8 novembre, l’indice a gagné plus de 9 %. Une hausse qui s’explique en partie par sa composition déséquilibrée. En effet, le secteur bancaire et celui de la distribution représentent chacun un peu plus de 11 % de l’indice. Or ces deux activités sont parmi celles qui ont le plus de chances de profiter du programme économique de Donald Trump.

RAID ECLAIR DE BOLLORE SUR MEDIASET

La Bourse de Londres a donc annoncé être en négociations exclusives avec Euronext pour lui vendre la partie française de LCH Clearnet, sa chambre de compensation. En achetant cette filiale française d’une activité du London Stock Exchange (LSE), Euronext remettrait la main sur une activité qu’elle possédait jusqu’en 2007, et qui lui permettrait de reconstruire une place boursière parisienne plus importante. Selon nos informations, la transaction se situerait dans une fourchette de prix entre 400 et 600 millions d’euros. Parmi les grandes Bourses européennes, Euronext est aujourd’hui la seule à ne pas posséder sa propre chambre de compensation. Aujourd’hui, le LSE en possède 57 %. Euronext n’en a conservé que 2,3 %, même si Stéphane Boujnah, son directeur général, siège à son conseil d’administration.

La bagarre s’amplifie à la veille de la trêve des confiseurs entre le clan Bolloré et le clan Berlusconi. Vivendi, qui avait acquis la semaine dernière 20 % de Mediaset, a annoncé mardi détenir désormais 25,75 % du capital et 26,77 % des droits de vote du groupe de télévision italien. Après l’échec d’un projet de mariage annoncé en avril entre Mediaset et Vivendi, qui a débouché sur un conflit, Vivendi tente un coup de force pour s’emparer de Mediaset, seule cible européenne accessible dans le domaine des contenus télévisuels. Dénonçant une opération hostile, la famille Berlusconi s’est lancée pour riposter dans l’achat de titres afin de monter à 38,26 % du capital et 39,77 % en termes de droits de vote au sein du groupe de télévision italien. Mais le clan Berlusconi ferait l’objet de divisions entre les différents enfants de l’ancien premier ministre italien. Et c’est sans doute ce qui pourrait permettre à Vincent Bolloré de réussir cette nouvelle conquête italienne.

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