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La gauche en petits morceaux
par Yves de Kerdrel

Dix jours après la renonciation de François Hollande à un second mandat, faute de pouvoir rassembler la gauche, celle-ci apparaît encore plus divisée. Manuel Valls clive plus qu’il ne permet la synthèse. Et Emmanuel Macron poursuit son avancée.
11/12/2016 - 07:30 Temps Lecture 13 mn.

Comme prévu Manuel Valls a annoncé lundi soir qu’il était candidat à la primaire socialiste afin d’être désigné pour être le champion du PS pour la prochaine présidentielle. Le matin même il avait eu un dernier déjeuner avec François Hollande et lui avait fait part de son annonce de candidature. Et le mardi matin à la première heure, il donnait sa démission de Premier Ministre pour être aussitôt remplacé par Bernard Cazeneuve, Bruno Le Roux devenant le nouveau Ministre de l’intérieur pour les cinq mois à venir. Tout cela donnait l’impression d’un scénario bien huilé après les cris d’orfraie et les couacs qui avaient précédé la renonciation de François Hollande.

D’autant que pour sa première séance de questions au gouvernement en tant que premier ministre, Bernard Cazeneuve a été très applaudi par l’ensemble des bancs de gauche qui semblaient à nouveau retrouver une sérénité. Le nouveau locataire de Matignon en a profité pour annoncer la tenue d’un conseil des ministres exceptionnel qui s’est tenu hier samedi, afin d’examiner le projet de loi sur la prorogation de l’état d’urgence et d’autoriser l’engagement de la responsabilité de son gouvernement devant l’Assemblée nationale. Car le nouveau chef du gouvernement va prononcer mardi à l’Assemblée nationale un discours de politique générale.

PEILLON SEME LE TROUBLE

En quittant Matignon, Manuel Valls a non seulement perdu la force de frappe logistique qu’offre l’appareil d’Etat. Mais il a perdu également la force politique que représentait sa position de troisième personnage de la République. Au point que les ambitions fleurissent au Parti socialiste, avant la date limite de dépôt des candidatures à la primaire, le 15 décembre. Si bien que celui qui a le plus participé, avec d’autres responsables socialistes, à mettre la pression sur François Hollande pour qu’il renonce à se présenter, se trouve désormais contraint de dérouler les mêmes arguments que le chef de l’Etat en son temps pour expliquer pourquoi sa candidature est la meilleure.

Il reste que les premiers sondages le placent quasiment à égalité (51 contre 49) face à Arnaud Montebourg pour le second tour de la primaire socialiste. Et les candidatures se multiplient. Benoit Hamon a déposé ses parrainages à la veille du week-end après sa prestation politique sur France 2 où il a fait un flop ne réunissant que 1,7 millions de téléspectateurs en prime time. Mais surtout, selon un proche de Vincent Peillon, l’ancien ministre de l’éducation se prépare à être candidat. Le député européen pourrait annoncer sa candidature de manière imminente.

En retrait de la vie politique nationale française, devenu professeur de philosophie à Neuchâtel en Suisse, et auteur de romans policiers, Vincent Peillon envisagerait de replonger dans le bain socialiste. Il considère que les candidats actuels ne représentent pas le cœur du PS et ne permettent pas de rassembler largement. A en croire Le Point, une opération est en cours menée par Aubry, Moscovici, Taubira et Hidalgo pour aller chercher Vincent Peillon, aujourd’hui député européen. Ce qu’a démenti la Maire de Lille et elle seule. En revanche Anne Hidalgo a reconnu avoir été sollicitée par le député européen. Et l’édile de la Capitale de laisser entendre qu’elle le soutiendra s’il décide de se lancer.

MACRON DEROULE SON PROGRAMME

La candidature de Vincent Peillon serait une très mauvaise nouvelle pour Manuel Valls au moment précis où l’ancien premier ministre débute sa campagne pour la primaire. Elle montre que le barycentre du Parti socialiste est bien plus à gauche que les positions de l’ancien premier ministre. Pour preuve, sept candidats sont actuellement déclarés : Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Filoche ainsi que Jean-Luc Benahmias et François de Rugy. Les candidatures à la primaire de la gauche sont ouvertes jusqu’au 15 décembre. D’ici une semaine le mystère Peillon sera donc levé.

L’autre gros caillou dans la chaussure de Manuel Valls, c’est évidemment Emmanuel Macron qui a rappelé sa détermination à se présenter en candidat autonome à l’élection présidentielle de 2017. Et cela, malgré les récents appels à ce qu’il revienne dans le jeu de la primaire lancés en ce sens par le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Signe de plus de sa détermination a livrer bataille y compris face au vainqueur de la primaire : l’ex-ministre de l’économie a lancé ce jeudi un site, leselusavecmacron.fr, sur lequel il invite les élus à lui apporter leurs parrainages en vue de la présidentielle. Les candidats doivent recueillir 500 signatures d’élus locaux ou nationaux pour que leur candidature soit validée.

Hier samedi, il a réuni à la Porte de Versailles pas moins de 15.000 adhérents de son mouvement En Marche ! Ce qui lui a permis de rappeler qu’il existait. Mais aussi de dérouler un discours fleuve contenant de nouvelles propositions après son idée de suppression des cotisations maladie compensée par une hausse de la CSG. Et enfin d’occuper le terrain médiatique face au rouleau compresseur que Manuel Valls tente de dérouler au cours des quarante jours qui existent avant le premier tour de la primaire. Pour Emmanuel Macron, l’important est de continuer à surfer sur la crête des sondages et à continuer d’apparaître comme le troisième homme pour 2017. D’autant qu’un grand nombre de barons de la Hollandie le rejoignent jour après jour.

FILLON FACE AU SUJET DE LA SANTE

A droite, le principal sujet concerne le fameux projet de François Fillon sur la sécurité sociale ? Un projet qui avait suscité le débat entre les deux tours de la primaire à droite, et qui met mal à l’aise, semble-t-il des élus de province, comme Bernard Accoyer, nouveau patron des Républicains ou même Gérard Larcher. Il y a donc deux lignes désormais chez les fillonnistes. Ceux qui plaident pour un amendement de ce projet. Et d’autres qui souhaitent, au contraire qu’on n’y touche pas une virgule, seulement de manière à montrer que François Fillon n’est pas homme à évoluer au gré des vents du moment.

Cela fera aussi partie des discussions que François Fillon s’apprête à avoir avec les centristes. Ceux qui lui étaient acquis, rassemblés autour d’Hervé Morin. Et ceux qui avaient rallié le camp Juppé, comme l’UDI de Jean-Christophe Lagarde et qui maintenant voudraient bien avoir des assurances sur les investitures aux législatives de juin. Mardi, le candidat de la droite recevra donc une délégation de l’UDI, pour discuter du projet mais aussi, et surtout, de la question des investitures aux élections législatives. Devraient également assister à cette réunion Hervé Morin, Laurent Hénart pour le Parti radical, Philippe Folliot pour l’Alliance centriste, Hervé Marseille pour Force européenne démocrate et Jean-Marie Bockel pour La Gauche moderne.

LA BCE RESTE PRUDENTE

En attendant, la droite compte une nouvelle candidate à l’investiture suprême. La députée européenne Michèle Alliot-Marie a annoncé, jeudi dernier, dans un entretien au journal 20 Minutes qu’elle entrait dans la course à l’Elysée pour renouer avec un esprit de conquête pour la France et pour chacun des Français. L’ancienne locataire du Quai d’Orsay, qui se revendique du gaullisme, affirme qu’elle n’a jamais nui à sa famille politique et qu’« elle ne le fera jamais même en se présentant. Elle s’est dite surprise par les choix libéraux de François Fillon, que certains qualifient d’ultralibéraux. L’ancienne ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy affirme avoir d’ores et déjà la moitié des promesses des 500 parrainages requis pour mener à bien sa candidature.

Sur le plan de l’actualité économique le fait majeur de la semaine écoulée réside dans la dernière réunion de la BCE. Comme prévu l’Institut de Francfort a laissé ses taux inchangés. Son programme de rachats de dettes publiques et privées, sera, en revanche, prolongé jusqu’en décembre 2017, voire au-delà si besoin, au lieu de mars 2017. Le volume mensuel du programme diminuera de 80 à 60 milliards d’euros à partir d’avril. Mais le conseil des gouverneurs se garde le droit de le réaugmenter s’il le juge nécessaire. Au total, ce prolongement de neuf mois, accompagné de quelques assouplissements techniques, portera la totalité des achats de dettes à au moins 2 280 milliards d’euros fin 2017. Soit l’équivalent de 21 % du produit intérieur brut de la zone euro.

Depuis quelques semaines, la rumeur d’un tapering, c’est-à-dire une réduction nette du Quantitative Easing, circulait en effet parmi les investisseurs. L’amélioration de la conjoncture, la remontée des cours du pétrole et la hausse programmée des taux américains pouvaient laisser penser que la zone euro était enfin capable de supporter un retrait progressif de la béquille monétaire. Mais selon la BCE, ce n’est pas le cas. Et pour cause : en dépit des signaux encourageant de reprise, la croissance de la zone euro est ralentie par la lente application des réformes structurelles. En outre, le désendettement toujours en cours de certains secteurs pèse sur l’activité.

LA BANQUE DE FRANCE AUSSI

Aussitôt après, la Banque de France a publié ses projections économiques semestrielles. Selon les projections macroéconomiques pour la France effectuées dans le cadre de l’Eurosystème, la croissance du PIB atteindrait en moyenne annuelle 1,3 % en 2017, après près de 1,3 % en 2016 et s’élèverait ensuite à 1,4 % en 2018, puis à 1,5 % en 2019. En juin dernier, elle tablait sur une croissance de 1,4% pour 2016. La révision à la baisse de la croissance du PIB en moyenne annuelle s’explique par une progression de l’activité aux deuxième et troisième trimestres plus faible qu’attendu explique l’institution dirigée par François Villeroy de Galhau.

Plusieurs composantes de la croissance se sont dégradées depuis la précédente projection économique publiée en juin. La première : la consommation des ménages qui reste le principal moteur de l’activité. Sa croissance estimée à 1,9% en juin dernier ne devrait être que de 1,5% en moyenne. De plus, le pouvoir d’achat des ménages serait affecté par un moindre dynamisme des revenus d’activité et de la propriété dans un contexte de moindre vigueur de l’activité. Deuxième composante à se dégrader le commerce extérieur et les stocks. Initialement, la Banque de France tablait sur une progression de 2,9%. Il n’en serait rien avec une amélioration de seulement 1,2%.

Tout cela n’empêche pas le CAC 40 de continuer d’aller de l’avant, comme la plupart des places occidentales. Sur l’année, l’indice parisien est désormais gagnant de près de 2 %. Les autres places financières européennes ont évolué en chœur : le Footsie à Londres a pris 1,81 %, le Dax à Francfort 1,96 % et le FTSE Mib à Milan 2,10 %. Outre-Atlantique, le Dow Jones va de record en record. Une fois la réunion de la BCE passée, deux sujets vont revenir en force sur les marchés d’actions : la réunion de la Réserve fédérale américaine, mardi et mercredi prochains, qui devrait déboucher sur un resserrement monétaire de 25 points de base, et, avant cela, la réunion des membres de l’Opep et des pays producteurs pour finaliser les détails de l’accord de réduction de la production.

L’ASSEMBLEE DE TOUS LES DANGERS POUR SOLOCAL

Du coté du business, le fait marquant est l’intérêt éventuel marqué par Stéphane Richard, le patron d’Orange, pour Canal +. Le PDG de l’opérateur télécoms historique a déclaré qu’il regarderait un possible rachat de la chaîne cryptée dans l'éventualité où cette filiale de Vivendi serait mise en vente. Il est favorable à une alliance entre les deux groupes qui ont multiplié récemment les coopérations, sans se prononcer sur la forme qu'elle pourrait prendre. Une alliance avec Canal+ permettrait à Orange de riposter à l'offensive de son concurrent SFR, filiale d'Altice, qui a frappé un nouveau coup en concluant un accord pour distribuer les chaînes de Discovery et NBC Universal, après avoir déjà raflé les droits de la Premier League anglaise.

Enfin, c’est jeudi qu’aura lieu la nouvelle assemblée des actionnaires de Solocal destinée à approuver (ou non) la dernière mouture du plan de restructuration financière. Les actionnaires individuels auxquels se sont joints Didier Calmels et Benjamin Jayet, qui détiennent au moins 12 % du capital des ex-Pages Jaunes comptent bien faire obstacle à ce plan, en dépit des menaces des créanciers qui ont fait un chantage au redressement judiciaire si ce plan n’était pas accepté. Des menaces qui ont entrainé une réplique des actionnaires individuels sous la forme d’une contestation de la légitimité de ces fameuses créances.

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