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Le combat Valls-Macron sera violent
par Yves de Kerdrel

Après la renonciation de François Hollande le pays s’apprête à vivre un affrontement entre Manuel Valls et Emmanuel Macron. Avec comme difficulté pour le Premier Ministre de ne pas avoir à traîner le boulet de cinq années de hollandisme.

04/12/2016 - 07:33 Temps Lecture 18 mn.

C’est la première fois qu’un chef de l’Etat, après un seul mandat, renonce de lui-même à briguer sa propre succession. Jeudi soir à 20 heures, dans une allocution totalement improvisée, François Hollande a annoncé sa décision de ne pas être candidat à la prochaine présidentielle. Cette décision qui a surpris jusqu’à ses plus proches, comme Julien Dray, ou Pierre-René Lemas qu’il décorait quelques heures auparavant, a été prise il y a une semaine environ et murie dimanche dernier dans l’avion qui le ramenait de Madagascar.

Le chef de l’Etat a finalement fait part de sa décision dans la journée de jeudi à un petit cercle de proches, parmi lesquels son conseiller en communication Gaspard Gantzer, le ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll, le maire de Dijon François Rebsamen, le patron des députés socialistes Bruno Le Roux, ou encore la sénatrice des Pyrénées-Atlantiques Frédérique Espagnac. En dehors de ce petit cénacle, seuls certains journalistes ont eu la puce à l’oreille une heure avant cette intervention en direct de l’Elysée, dans la mesure où ils ont reçu un texto de Manuel Valls leur annonçant qu’à partir de 20 heures, son numéro de téléphone portable changeait.

IMPOSSIBILITE DE RASSEMBLER A GAUCHE

En fait François Hollande, qui, quoiqu’il en dise mourrait d’envie de se représenter, s’est trouvé congédié par un ensemble de circonstances. D’abord les dégâts causés par le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme qui n’ont pas fini de produire leurs effets. Ensuite l’acceptation de la primaire à gauche qui le plaçait dans une position très compliquée. Et enfin la pression de Manuel Valls qui l’a poussé à se décider, de manière à pouvoir lui aussi choisir son avenir avant le 15 décembre, date limite de dépôt des candidatures à la primaire socialiste.

Cette renonciation de François Hollande est l’ultime preuve d’un terrible échec après cinq années au pouvoir. Le Chef de l’Etat était dans l’incapacité de se représenter, faute de popularité auprès des Français, de soutiens dans sa majorité et de crédibilité dans sa pratique du pouvoir. Outre son échec sur le plan économique, sur le plan institutionnel et sur celui de la place de la France dans le monde, le discours de François Hollande a montré son échec sur son incapacité à rassembler sa propre majorité, désormais séparée entre les macronistes, les vallsistes, les aubrystes et les frondeurs, sans compter ceux qui ont rejoint le camp Mélenchon, puisque ce dernier bénéficie d’ores et déjà d’intentions de vote comprises entre 12 et 14 %.

UN MATCH VALLS-MACRON

Maintenant, la candidature de Manuel Valls est non seulement automatique, mais naturelle et évidente. Ce qui est un gros avantage pour le Premier Ministre, qui envisageait, il y a peu, de démissionner, afin de se présenter à la primaire. Il peut concourir tout en restant le chef du gouvernement. Le plus probable est qu’il présente sa démission ce soir ou demain matin au Chef de l’Etat de manière à pouvoir librement faire sa campagne. Dans ce cas, c’est Bernard Cazeneuve qui pourrait s’installer à Matignon. Mais la principale difficulté de Valls va résider dans le fait de ne pas être accablé du bilan dramatique de François Hollande. Car cela fait tout de même 30 mois qu’il est premier ministre, et assume à ce titre l’ensemble de l’action – et de l’inaction – gouvernementale.

L’autre difficulté de Manuel Valls va être de devoir affronter un Emmanuel Macron, social-libéral comme lui, qui s’est émancipé bien plus tôt de la gauche actuelle jusqu’au point de refuser de participer aux primaires et qui est désormais le troisième homme de la présidentielle dans les sondages après François Fillon et Marine Le Pen. Le locataire de Matignon, va donc devoir se gauchir pour se démarquer d’Emmanuel Macron et de récupérer les soutiens du clan Aubry-Taubira-Hidalgo, qui ne lui sont pas naturellement acquis. Ce qui est un exercice difficile. Même si les enquêtes sur la primaire socialiste le donnent gagnant assez facilement face à Arnaud Montebourg.

L’AVANTAGE DU RENOUVEAU POUR MACRON

Pour Emmanuel Macron, qui réunit ses troupes samedi prochain, les prochains jours ne vont pas être faciles. Depuis sa démission du gouvernement le 30 août, il était la cible des proches de François Hollande, qui lui reprochaient d’avoir trahi la confiance de celui qui l’avait appelé à l’Elysée avant de l’envoyer à Bercy. Le président de la République renvoyé sur son Aventin, l’antienne de la trahison va repartir et de nombreux responsables socialistes vont vouloir en profiter pour coller définitivement une étiquette de Brutus sur le costume de l’ex-ministre. coupable idéal.

Sur le fond, l’ex-ministre de l’économie assure que le renoncement de François Hollande ne change rien à son positionnement. Il ne compte toujours pas se présenter à la primaire socialiste, prévue les 22 et 29 janvier. L’absence de François Hollande a beau lui épargner un affrontement direct avec son ancien mentor, chose qu’il voulait à tout prix éviter, l’ex-ministre reste persuadé que la primaire ne permet qu’un compromis bancal entre des lignes politiques trop éloignées. Il reste à savoir si le renoncement de François Hollande après les évictions de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé est le signe d’une vague de renouveau, dont Emmanuel Macron pourrait profiter.

FILLON A REPRIS EN MAIN LE PARTI

A droite, on est passé de l’euphorie qui a suivi la victoire de François Fillon et sa forte poussée dans tous les sondages qui lui attribuent 30 à 31 % dés le premier tour de la présidentielle, aux questions de tactique et de stratégie pour les cinq mois qui viennent. Deux jours après sa victoire à la primaire de la droite, François Fillon a dévoilé le nouvel organigramme de la direction de LR qu’il a profondément remanié pour en faire une machine électorale à son service. Il veut que le parti et son équipe de campagne ne fassent qu’un. De fait il a blessé quelques juppéistes n’accordant qu’une seule place aux proches du Maire de Bordeaux, celle de Virginie Calmels. Le problème, c’est que lundi dernier, lors d’un échange téléphonique entre Alain Juppé et François Fillon, le premier n’a parlé que de sa protégée, mais pas des Gaymard, Apparu ou Raffarin.

Le filloniste Bernard Accoyer est nommé secrétaire général du parti. Ce fidèle de l’ex-premier ministre devient, de fait, le nouveau patron des Républicains. C’est lui qui devra faire tourner la maison. L’ex-président de l’Assemblée nationale œuvrera aux côtés de deux adjoints : la députée filloniste du Doubs Annie Genevard et le maire de Tourcoing, Gérald Darmanin, qui fut le coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy pour la primaire. Laurent Wauquiez, se trouve rétrogradé au rôle, mal défini, de Vice-Président. Il faut dire que François Fillon n’a pas confiance en lui. Outre la tutelle de Bernard Accoyer, il doit désormais partager le titre de vice-président avec la députée filloniste d’Ille-et-Vilaine, Isabelle Le Callennec.

REFERENDUM DECISIF EN ITALIE

Deux autres hommes de confiance de François Fillon, Jean-François Lamour et Gérard Larcher, sont placés à des postes stratégiques : le premier à la commission des investitures, dirigée jusque-là par le sarkozyste Christian Estrosi, le second à la tête d’un comité politique nouvellement créé ; le président du Sénat est assisté de deux vice-présidents, Bruno Retailleau, président du groupe Républicains du Sénat, et le sarkozyste Christian Jacob, président du groupe Républicains à l’Assemblée nationale. De son côté, le chef d’orchestre de la campagne gagnante, Patrick Stefanini, hérite du poste de directeur général du parti, succédant ainsi à Frédéric Péchenard.

Sur le plan économique, tous les regards sont tournés, ce dimanche sur l’Italie où Matteo Renzi a convoqué un référendum sur la réforme constitutionnelle. Après les chocs du Brexit, au Royaume-Uni, et de l’élection de Donald Trump, aux Etats-Unis, tout est possible. Or en cas de victoire du non, pour l’heure en tête dans les sondages, le jeune Président du Conseil arrivé au pouvoir en février 2014, pourrait démissionner. Beaucoup redoutent l’ouverture d’une crise politique dans le pays, qui laisserait la voie aux populistes du Mouvement 5 étoiles. Et déclencherait, dans la foulée, une crise de la dette publique italienne.

RISQUE DE HAUSSE DES TAUX EN EUROPE

Quel que soit le résultat, l’économie italienne se serait bien passée d’un tel épisode susceptible de briser la confiance des entreprises et des ménages. D’autant que les derniers chiffres sont plutôt encourageants. Au troisième trimestre, le produit intérieur brut a progressé de 0,9 % en rythme annuel. Le taux de chômage, lui, a commencé à refluer l’an dernier : il est passé de 13,1 % en novembre 2014 à 11,5 % en septembre 2015. Il reste que selon le Fonds monétaire international, le produit intérieur brut de la Péninsule ne retrouvera pas son niveau d’avant-crise avant 2025, alors que celui des autres pays membres de la zone euro sera, en moyenne, de 20 % à 25 % supérieur.

Une victoire du non au référendum pourrait provoquer une nouvelle panique sur les dettes européennes, comme en 2012. A l’époque, l’écart entre les taux italiens et allemands, alors de 3 points, s’était creusé de 0,5 point supplémentaire. Aujourd’hui, le « spread » est de 1,5 point. Mais les achats de dettes publiques menés par la Banque centrale européenne limitent le risque d’envolée des taux souverains. La victoire du non serait surtout un mauvais signal pour la modernisation de l’Italie

AREVA PRESSE PAR LE CALENDRIER

En matière de business, le dossier Areva revient sur le métier. Pour réaliser l'augmentation de capital de 5 milliards d'euros avant l'expiration, fin janvier, de son crédit-relais, le groupe nucléaire a besoin d'obtenir le feu vert de Bruxelles quelques semaines avant l'organisation de son assemblée générale extraordinaire. Pour convaincre la Commission de la conformité de son plan de restructuration avec les règles communautaires, Areva a mis sur la table la cession des actifs d'Areva NP à EDF - une « contribution propre » à hauteur de 2,5 milliards d'euros - ainsi qu'un plan massif de réduction des coûts d'Areva. Mais le groupe estime nécessaire de montrer qu'au-delà de l'Etat, qui s'est engagé à recapitaliser à hauteur d'au moins 4 milliards d'euros, des investisseurs minoritaires sont prêts à investir aussi.

Depuis des mois, Areva discute avec des acteurs de long terme : le chinois CNNC, avec qui il a passé plusieurs accords de coopération, dont l'un, déjà ancien, pour créer en Chine une usine de retraitement des combustibles usés sur le modèle de La Hague (Manche). Client historique d'Areva, le Japon, qui redoute une mainmise chinoise, s'est aussi porté candidat. Selon les informations de WanSquare, deux acteurs japonais sont les rangs : Mitsubishi Heavy Industries (MHI) mais aussi JNFL, qui gère un site de retraitement des combustibles usés. Ils feraient des offres séparées, mais elles s'ajouteraient l'une à l'autre.

DELOCALISATION SYMBOLIQUE A PARIS

Par ailleurs il faut noter une bonne nouvelle pour la Place de Paris puisque Morningstar a choisi de baser ses compétences de conseil financier pour l'Europe continentale au sein de la capitale française. Jusque-là, le fournisseur d'analyse financière indépendante avait plusieurs implantations sur le Vieux Continent. Le conseil financier pour l'ensemble de l'Europe était géré depuis Londres. La structure anglaise était devenue prestataire de service d'investissement (PSI) après le rachat de Old Broad Street Research (un spécialiste de la recherche sur les fonds, de leur notation et du conseil en investissement) en 2010. En France, Morningstar avait un simple statut de conseiller en investissement financier (CIF), suffisant pour développer son activité auprès des conseillers en gestion de patrimoine.

Comment Paris a-t-il emporté la mise face à Francfort, Dublin, Luxembourg ou Amsterdam ? Le groupe a privilégié la proximité avec le marché le plus important en Europe. L'option dublinoise, un temps envisagée, n'avait pas autant de sens ; il se serait agi d'une localisation purement administrative. Une implantation à Amsterdam, où sont déjà localisés une bonne partie des analystes, aurait permis de regrouper la recherche et le conseil, mais Paris était plus avantageux pour le développement des services de conseil en sélection de fonds. Il reste maintenant à Morningstar France à se conformer à la directive MiFID pour obtenir l'agrément lui permettant de devenir Prestataire de services d’investissement.

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