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Yves de Kerdrel
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La primaire de toutes les surprises
par Yves de Kerdrel
Pour la première fois les électeurs de la droite et du centre votent aujourd’hui afin de choisir leur champion pour la présidentielle de 2017. Avec à la clé de grosses surprises à attendre sur le score final de François Fillon et d’Alain Juppé par rapport aux sondages.
Dans moins d’un mois, le président de la République devra dire s’il participe ou non à la primaire organisée en janvier par le Parti socialiste. Le 15 décembre est la date butoir fixée par la rue de Solferino pour le dépôt des candidatures. Or François Hollande est dans une bien mauvaise posture. D’abord il est toujours aussi bas dans les sondages au point d’être donné battu dès le premier tour en 2017 dans tous les cas de figure, selon l’enquête Cevipof-Ipsos-Sopra Steria publiée jeudi dernier par Le Monde. Ensuite il est malmené dans les premières enquêtes concernant la primaire du PS où il serait battu par Arnaud Montebourg. Enfin, il sait depuis mercredi qu’il trouvera sur son chemin, quoiqu’il arrive Emmanuel Macron.
De surcroit il doit affronter désormais la défiance de Manuel Valls. Il pensait que la loyauté répétée et assumée privaient le premier ministre de toute ambition personnelle. Il est bien obligé de constater qu’il s’est trompé. Du coup certains, à gauche commencent à imaginer que François Hollande pourrait jeter l’éponge. C’est le pari que fait ouvertement Emmanuel Macron, même si les habitués du Château affirment que c’est impossible. En réalité personne n’en sait rien. Il ne dit rien de ses intentions à personne, n’organise rien de concret et ne veux rien préparer au point de créer chez ses amis un climat déstabilisant.
UN DANGER NOMME VALLS
Le chef de l’État reste intimement persuadé que le jour où il se déclarera candidat, aucun poids lourd du gouvernement ni aucun de ses fidèles au sein du PS, ne lui feront défaut. Pas même les ministres Michel Sapin et Jean-Yves Le Drian, qui semblent de plus en plus attirés par l’alternative Valls. Il est certain également que Christiane Taubira, Martine Aubry et Nicolas Hulot appelleront à voter pour lui en 2017. S’appuyant sur le score de 23 % réalisé par le PS aux élections régionales de décembre 2015, il estime donc qu’il doit remonter une dizaine de points pour pouvoir se qualifier au second tour de la présidentielle.
Mais plusieurs de ses proches ne sont pas aussi confiants. C’est le cas de ses enfants, et de leur mère Ségolène Royal qui redoutent de le voir éliminé dès le premier tour en 2017, voire dès la primaire en janvier. L’humiliation serait terrible pour un président sortant. Par ailleurs de nombreux hollandais conviennent que le danger principal pour François Hollande se nomme désormais Manuel Valls, bien plus qu’Emmanuel Macron.
MACRON VEUT OCCUPER LE TERRAIN
Ce dernier s’est donc résolu à annoncer, mercredi matin, sa candidature à l’élection présidentielle de 2017, comme nous l’avions laissé envisager dimanche dernier. Pour le symbole, l’ex-ministre a choisi de le faire dans un centre d’apprentissage à Bobigny, en Seine-Saint-Denis. Dans le discours d’une vingtaine de minutes qu’il a prononcé Emmanuel Macron s’en est pris aux blocages qui, selon lui, paralysent la France. Afin de justifier sa candidature non partisane, l’ancien ministre de l’économie a également mis en avant l’espérance qu’il entend incarner, notamment auprès de la jeunesse et a insisté sur le fait qu’il souhaitait rassembler les français. Une manière de répondre à la fois à ceux qui l’accusent d’être le futur fossoyeur de la gauche et à ceux qui lui reprochent de troubler la primaire de la droite en se lançant quatre jours avant son premier tour.
Pour espérer l’emporter, Emmanuel Macron n’a pas le choix de la stratégie : il doit bousculer afin de séduire le camp des progressistes, qu’il situe à gauche et à droite. Il a notamment dans son viseur les 30 % de Français qui disent ne plus se sentir proches d’aucun parti politique. Pour ce faire il entend occuper le terrain et multiplier les interventions. Deux à trois déplacements par semaine sont prévus d’ici à la fin de l’année, chacun sur une thématique précise. Jeudi 17 et vendredi 18 novembre, il était à Marseille. Son objectif, est de sortir le débat de la grisaille gestionnaire incarnée par les autres candidats, qui ne présentent que des mesures d’ajustement.
UNE DECISION IRREVOCABLE
L’ex-Ministre de l’économie compte aussi multiplier les déplacements à l’étranger et en outre-mer, pour asseoir son image d’homme d’État. Début décembre, il sera à New York, où il donnera une conférence à l’université Columbia. Il se rendra également en Allemagne, pour insister sur la nécessité de refonder l’Union européenne autour d’un noyau dur de pays. Et un voyage aux Antilles est en gestation, pour parler de transformation écologique. D’autres déplacements sont également en cours de préparation au Maroc, en Algérie et en Israël.
Pour l’instant le chef de l’État, qui s’est entetenu avec Emmanuel Macron cette semaine, persiste à ne pas vouloir faire une cible de son ancien collaborateur. Il ne veut créer aucune situation irréversible avec lui. Car il est convaincu qu’une fois qu’il aura lui-même annoncé sa candidature en décembre, Emmanuel Macron se retirera de la course et reviendra dans le giron hollandais. Le fondateur du mouvement En Marche ! a pourtant bien précisé mercredi sur France 2 que sa candidature à l’élection présidentielle était irrévocable, même si le président François Hollande est lui aussi candidat.
CHUTE DE JUPPE DANS TOUS LES SONDAGES
A droite l’actualité c’est naturellement le premier tour de la primaire qui se déroule aujourd’hui. On s’attend à quelques couacs en termes d’organisation. Car il s’agit d’une première pour la droite. Toute la semaine a été émaillée de sondages faisant ressortir la progression fulgurante de François Fillon aux dépens du score attribué à Alain Juppé, comme nous l’annoncions il y a deux semaines. Et cela jusqu’au dernier moment puisqu’une toute dernière enquête réalisée vendredi par Ipsos pour Le Monde donne, pour la première fois depuis le début de la campagne, François Fillon en tête des intentions de vote.
En cinq jours, le député de Paris a gagné 8 points dans ce baromètre et 18 points depuis le mois d'octobre. Résultat : il totalise 30% des intentions de vote. A l'inverse, Alain Juppé connaît une chute vertigineuse. Depuis octobre, le maire de Bordeaux a perdu 12 points. Surtout, il en a perdu 7 en moins d'une semaine. Il est aujourd'hui crédité de 29% des voix soit exactement le même total que Nicolas Sarkozy qui est très stable depuis un mois. L’ancien Président a mobilisé le terrain mieux que n’importe quel autre candidat. Par ailleurs toutes les études montrent que lors d’une primaire, ce sont les 5 à 10 % d’électeurs les plus radicaux qui font pencher la balance dans un sens ou dans un autre. Ce qui constitue un argument en sa faveur, pour le premier tour au moins.
LA GRANDE INCONNUE DES SONDAGES
La grande inconnue de ce jour sera la participation. En 2011, la primaire socialiste avait réuni environ 2,66 millions de votants au premier tour, soit environ 5,8 % des 46 millions d’inscrits sur les listes électorales à l’époque. Bien en deçà des 79,5 % qui ont ensuite voté au premier tour de la présidentielle, six mois plus tard.
Les sondeurs sont aujourd’hui bien en peine d’estimer précisément combien d’électeurs feront réellement le déplacement. Ce qui présente plusieurs limites : d’abord, rien ne dit que tous ceux qui affirment aujourd’hui fermement qu’ils vont aller voter tiendront parole. A l’inverse, rien ne dit non plus que ceux qui se disent presque sûrs d’aller voter ne feront pas du tout le déplacement. Corollaire de cette inconnue sur la participation, les échantillons de sondés restent en général faibles. Les sondages publiés ces derniers jours se basent ainsi sur les réponses de 647 (IFOP) à 1337 (Ipsos) personnes certaines d’aller voter à la primaire. La méthode utilisée par les sondeurs français, celle des quotas comporte donc une marge d’erreur ou un intervalle d’incertitude. Ainsi lorsqu’il est dit qu’Alain Juppé est à 29 % et que Nicolas Sarkozy est à 25 %, la réalité est plus complexe : le score de chacun d’eux est en fait estimé à ce chiffre, plus ou moins 2,5 points environ. Alain Juppé peut donc se retrouver à 27 % et Nicolas Sarkozy… aussi à 27 %.
LA FED MONTRE LES DENTS
Au chapitre économique il convient de retenir que le gouvernement a abaissé sa prévision de croissance de l’économie française en 2016 de 1,5 % à 1,4 %, ainsi que l’a annoncé, vendredi, le ministre de l’économie et des finances, Michel Sapin. L’entourage de ce dernier à Bercy a fait observer que l’abaissement de 0,1 point de PIB ne changeait pas la dynamique à l’œuvre depuis un an et demi. Cet objectif de 1,4 % a été jugé atteignable par le Haut Conseil des finances publiques, organe indépendant chargé d’évaluer la crédibilité des prévisions budgétaires de l’exécutif, dans un avis au gouvernement rendu public vendredi. Il reste toutefois supérieur aux prévisions de l’Insee, de la Commission européenne, du Fonds monétaire international et de l’OCDE, qui parient sur une hausse de 1,3 % du PIB en 2016.
L’autre fait dominant résulte des propos tenus jeudi soir par la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, devant le Congrès américain. Il en ressort qu’un resserrement monétaire pourrait intervenir relativement rapidement, si les données économiques continuaient de montrer des progrès. Prudente, elle a une nouvelle fois répété que la hausse des taux serait graduelle, constatant que l’économie américaine conservait encore des marges de progression. La sérénité affichée par la présidente de la Fed tranche avec l’agitation de la Bourse américaine, qui a fortement augmenté dans la foulée de la victoire de Donald Trump. Une façon, sans doute, de marquer l’indépendance de l’institution, alors que le nouveau président a vivement critiqué sa politique de taux bas lors de sa campagne électorale.
RUMEURS DE FUSION HAVAS-VIVENDI
Le discours de Janet Yellen a un peu plus encore conforté les convictions des marchés. Selon les données de CME Group, ces derniers évaluent à 91 % la probabilité d’un relèvement des taux à l’issue de la prochaine réunion du Comité de politique monétaire de la Fed, les 13 et 14 décembre. Ceux-ci, qui oscillent dans une fourchette de 0,25 % à 0,50 %, pourraient augmenter d’un quart de point. Après une première hausse en décembre 2015, ce resserrement monétaire a été constamment repoussé. Mais désormais, tous les indicateurs sont au vert pour passer à l’action. La croissance a progressé de 2,9 % au troisième trimestre en rythme annuel, tandis que le chômage est à 4,9 %. Jeudi on a ainsi appris que les demandes d’allocation-chômage sont tombées à leur plus bas niveau depuis novembre 1973, selon le département du travail.
Coté business, le fait marquant de la semaine a été l’officialisation par la France et le Royaume-Uni de la mise en commun de certaines de leurs activités, acceptant de répartir de part et d’autre de la Manche leurs compétences dans les missiles. Décidé lors du traité de Lancaster House en 2010 et négocié depuis six ans, ce projet de rationalisation a été approuvé par les Parlements français et britannique cette année. L’accord a été scellé, mercredi à Paris, par les ministres de la défense des deux pays. Il concerne le missilier MBDA et servira de test pour d’autres rapprochements. Paris et Londres ont accepté une dépendance mutuelle. Concrètement, quatre centres d’excellence associant recherche et production ont été identifiés : les bancs de test et calculateurs embarqués sont regroupés respectivement à Bourges et au Plessis-Robinson, les actionneurs de gouvernes et les liaisons de données à Stevenage. Cela concerne 600 personnes côté français et 400 côté britannique.
Un rapprochement entre Vivendi et Havas pourrait avoir du sens mais aucune discussion formelle n'est en cours actuellement, a déclaré vendredi lors d'une interview à Reuters Yannick Bolloré, PDG du groupe de publicité après une semaine marquée par de nombreuses rumeurs allant dans ce sens. Deux jours plus tôt, le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, avait souligné les convergences entre les entreprises des médias, du contenu, du marketing et des services, ajoutant que le sujet d'un rapprochement entre Havas et Vivendi n'était pas sur la table, mais qu'il ne fallait jamais dire jamais. Havas, le numéro cinq mondial de la publicité, est détenu à 60% par le groupe que dirige Vincent Bolloré qui est aussi le président du conseil de surveillance de Vivendi dont il détient un peu plus de 20% du capital. Vincent Bolloré a estimé à plusieurs reprises que Havas et Vivendi devraient travailler plus étroitement, avec une possible fusion des deux groupes à l'horizon.
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