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Macron veut déstabiliser Juppé
par Yves de Kerdrel

L’ancien Ministre de l’économie de François Hollande s’apprête à annoncer sa candidature mercredi, à la veille du dernier débat des candidats à la primaire de la droite, afin de « ringardiser » Juppé.

12/11/2016 - 21:34 Temps Lecture 13 mn.

Alors que Donald Trump vient de se faire élire à la Maison Blanche, la compétition se poursuit, de ce côté de l’Atlantique, entre le président de la République et son premier ministre en vue de 2017. Devant l’Assemblée nationale, mercredi dernier, Manuel Valls a expliqué que la victoire de Donald Trump soulignait le besoin de frontières, la nécessité de réguler l’immigration et de mieux protéger les classes moyennes et populaires, y compris françaises, qui vivent ce sentiment de déclassement. Le premier ministre, qui cultive sa stature présidentielle et qui caresse l’idée de se poser en recours en cas de défection de M. Hollande, a notamment insisté sur le rejet par l’électorat trumpiste de la mondialisation économique.

Ce discours tranche avec le social-libéralisme incarné ces dernières années par Manuel Valls, et plus largement par le Parti socialiste. Ce recentrage idéologique du Premier Ministre entamé en réalité depuis quelques semaines, n’est pas innocent, selon les proches de François Hollande. Ceux-ci considèrent que le premier ministre poursuit toujours par petites touches son entreprise de singularisation. Reste à savoir s’il mène celle-ci dans la perspective de 2017 ou pour l’après-présidentielle afin de rester un acteur central au sein du PS.

HOLLANDE EBAUCHE SON COMITE DE CAMPAGNE

Les soutiens du chef de l’État estiment au contraire que l’élection de Donald Trump et les inquiétudes qu’elle soulève dans le monde servent François Hollande en lui permettant de balayer les critiques sur sa capacité à incarner la fonction présidentielle. Le président de la République compte d’ailleurs user de son avantage institutionnel dès la semaine prochaine, lors du sommet des chefs d’État pour la COP 22, organisé les 15 et 16 novembre à Marrakech. Le 18 novembre, il participera aussi à Berlin à un sommet informel à six pays, dont les Etats-Unis, l’occasion pour lui d’apparaître aux côtés du président américain, Barack Obama, et de la chancelière allemande, Angela Merkel.

De fait, le président de la République, ébauche petit à petit son comité de campagne qu'il a réuni pour la première fois, en milieu de semaine dernière. Ce groupe a dorénavant vocation à se réunir une fois par semaine autour de lui. On y retrouve Stéphane Le Foll, François Rebsamen ou son conseiller parlementaire Vincent Feltesse. Mais aussi Guillaume Bachelay, l'homme qui coordonne les idées du futur programme et le jeune député de l'Hérault Sébastien Denaja, 37 ans. De même que la sénatrice des Pyrénées-Atlantiques Frédérique Espagnac, son ancienne attachée de presse. Najat Vallaud-Belkacem est la seule ministre du gouvernement Valls à faire partie de ces réunions.

MACRON CANDIDAT DES MECREDI ?

Tout cela intervient alors que des indiscrétions laissent entendre qu’Emmanuel Macron déclarera bientôt sa candidature à l'élection présidentielle de 2017. C’est l’un de ses principaux lieutenants qui l’a laissé entendre : l’ancien ministre de l’économie pourrait se déclarer avant le 20 novembre, c’est-à-dire avant le premier tour de la primaire de la droite. Il est même question de mercredi 16 novembre, veille du dernier débat des candidats de droite. Pourquoi cette soudaine précipitation ? Parce qu’Emmanuel Macron a tout intérêt à ce que le match se joue entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, et pas entre Alain Juppé et François Hollande. Dans l’entourage du Maire de Bordeaux on estime qu’il a tout intérêt à y aller avant la primaire et ça inquiète, parce que si Emmanuel Macron arrive dans le jeu maintenant, il peut séduire certains électeurs d’Alain Juppé, et en réaction mobiliser ceux de Nicolas Sarkozy.

Dans les jours à venir, Emmanuel Macron va continuer d'occuper le terrain. Il fera une autre interview, après celle décoiffante donnée à l’Obs la semaine passée, pour dévoiler son programme sur les finances publiques, puis au cours d’un déplacement en Allemagne, il fera ses propositions sur l’Europe. Début décembre, il sera aux Etats-Unis et continuera en parallèle ses déplacements partout en France. Dans cette première interview programmatique, l'ancien ministre de l'économie propose, en matière d'éducation, l'autonomie des établissements scolaires dans le primaire et une réforme de la carte scolaire. En matière d'emploi, il souhaite la nationalisation de l'UNEDIC, il préconise une durée du travail en fonction de l’âge et la fin des 35 heures pour les jeunes. Il est aussi favorable à un droit au chômage pour les travailleurs indépendants et les auto-entrepreneurs, et des allocations chômage en cas de démission.

SARKOZY PARIE SUR UN EFFET TRUMP

L’actualité internationale s’est évidemment invitée dans la Primaire de la droite. Toute la semaine passée, les sarkozystes ont suggéré qu’Alain Juppé ressemblait à Hillary Clinton. Trop favori des sondages, candidat préféré des élites, trop centriste… Le maire de Bordeaux leur a répondu devant ses partisans. Encore une fois en assumant sa ligne pour le rassemblement. Une façon de répondre aux sarkozystes qui décrivent son concept d’identité heureuse comme un constat naïf de la situation. Lui en fait un objectif et se pose maintenant en réconciliateur des territoires. Le favori des sondages a réagi à l’élection du nouveau président américain par un communiqué. Après les félicitations de rigueur, il mettait en garde le nouvel hôte de la Maison Blanche : « Le monde a besoin d’une démocratie apaisée et qui contribue à l’équilibre du monde, aujourd’hui gravement menacé. »

Une réponse aussi à Nicolas Sarkozy. Car dès l’élection de Donald Trump acquise, les proches de l’ancien chef de l’État ont commencé à faire le parallèle entre Hillary Clinton et Alain Juppé. Comme la démocrate américaine, le maire de Bordeaux serait, selon eux, le candidat du système et du statu quo. Un positionnement jugé inapte à répondre à la colère de la majorité silencieuse. Et même s’ils ne se sont pas réjouis de la victoire de Donald Trump, les sarkozystes voient dans son élection la confirmation de leur ligne politique. Depuis le début de la campagne, ils sont persuadés que la primaire et l’élection présidentielle se joueront sur les questions identitaires et sur le clivage entre le peuple et les élites.

INQUIETUDES DE BRUXELLES SUR LE DEFICIT

Sur le plan économique l’heure est naturellement aux questions budgétaires. A en croire les prévisions d’automne de la Commission européenne, rendues publiques mercredi, le déficit public de la France repassera sous la barre des 3 % du produit intérieur brut en 2017, à − 2,9 %, comme promis par Paris à la Commission en 2015. Mais à politique inchangée, autrement dit, sans recettes additionnelles ou coupes supplémentaires dans les dépenses de l’État, le déficit public dépassera immédiatement ce fameux plafond de 3 % imposé par le pacte de stabilité et de croissance l’année suivante, s’affichant à nouveau à − 3,1 % du PIB en 2018…

Si le taux de chômage devrait continuer à légèrement baisser (à 10 % de la population active en 2016, 9,9 % en 2017 et 9,6 % en 2018), le poids de la dette publique ramené au PIB va, lui, à en croire Bruxelles, continuer à s’alourdir, à 96,8 % en 2017 et 97,1 % en 2018. Pour établir ces chiffres, la Commission s’est basée sur des hypothèses de croissance très légèrement plus modestes que Bercy, tablant sur 1,4 % de hausse du PIB en 2017 (contre 1,5 % pour Paris) et s’appuyant sur le projet de budget 2017 envoyé par Paris.

Les vives critiques de la droite française, accusant le gouvernement actuel de laisser filer les dépenses et de concocter un budget de campagne pour 2017, n’ont que peu d’échos à Bruxelles, où les pays à problèmes, pour l’an prochain, sont davantage l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Finlande ou la Belgique. En revanche, l’après-élections françaises inquiète, alors que les candidats de la primaire à droite parlent tous de s’affranchir momentanément des exigences du pacte de stabilité. La Commission Juncker s’est distinguée, ces deux dernières années, par son interprétation particulièrement flexible du pacte de stabilité, autorisant Rome à déduire de son déficit bruxellois des milliards d’euros au titre de la crise des migrants, recommandant de ne pas sanctionner le Portugal et l’Espagne malgré le non-respect par ces deux pays des engagements pour leurs budgets 2015. Et évidemment, en accordant en 2015 un énième délai de deux ans à la France.

MODIFICATIONS DE LA TAXE SUR LES DIVIDENDES

Cette nouvelle période de grâce pour un pays déjà bénéficiaire à répétition de la clémence bruxelloise, était passée difficilement auprès des « petits États », durement touchés par la crise et l’austérité, ayant le sentiment qu’une fois de plus les « grands » pays bénéficiaient d’un traitement de faveur. Devoir de nouveau, en 2017, prendre position sur un budget français explosant les 3 % pour 2018, sans pour autant désavouer un tout nouveau gouvernement : la Commission n’a absolument pas envie de se retrouver dans cette position intenable.

C’est dans ce contexte que Michel Sapin a apporté quelques précisions sur le projet de loi de finances rectificative qui doit être présenté en conseil des ministres vendredi prochain. Un collectif budgétaire qui devrait probablement tenir compte du fait que l’objectif de 1,5 % de croissance prévu en 2016 sera difficile à atteindre. Le PLFR devrait également intégrer un nouveau dispositif de taxe sur les dividendes à la suite de la censure prononcée, le 30 septembre, par le Conseil constitutionnel. Cette contribution de 3 %, en effet, n’était pas applicable aux montants distribués entre sociétés d’un même groupe lorsque celui-ci est sous le régime de l’intégration fiscale. Un mécanisme excluant de fait les filiales de groupes étrangers, ce que le Conseil a jugé contraire au principe de l’égalité devant l’impôt.

Le gouvernement avait dès lors le choix entre deux options : supprimer cette exonération ou l’étendre aux filiales de groupes étrangers. Il a opté pour la seconde, ce qui entraînera, selon Michel Sapin, une perte de recettes de 300 millions d’euros. Mais ce sera compensé par une mesure discutée avec l’AFEP. Pour l’heure, personne ne connaît les modalités précises de ce mécanisme de compensation.

AMUNDI SUR LE PIED DE GUERRE

C’est enfin dans ce PLFR que devrait figurer le dispositif, mis sur pied par l’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron sous le nom de « compte entrepreneur-investisseur », destiné à alléger la fiscalité sur les plus-values réalisées par des entrepreneurs qui vendent leur entreprise pour réinvestir dans d’autres. Si le principe en est retenu, il devrait toutefois être sérieusement encadré et son nom même devrait changer. L’objectif est que ce dispositif bénéficie strictement à l’investissement dans des PME innovantes, avec une obligation d’accompagnement de la part du chef d’entreprise investisseur.

Du coté du business, ça bouge dans la gestion d’actifs. Six ans après une première tentative, l’italien Unicredit mène la vente de sa filiale Pioneer Asset Management, qui pèse 220 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Cinq offres de reprise étaient attendues, jeudi dernier, dont celle du français Amundi, leader européen de la gestion d’actifs dans le giron du Crédit agricole. Autres prétendants, un consortium mené par la poste italienne, l’américain Ameriprise, le britannique Aberdeen Asset Management, ainsi que l’australien Macquarie. La transaction pourrait rapporter 3,5 milliards d’euros à Unicredit qui vise à dégager des plus-values pour renforcer ses fonds propres. Le britannique Source, mis en vente par le fonds d’investissement Warburg Pincus, pourrait intéresser aussi Amundi ou Lyxor, le spécialiste de la gestion indicielle dans le giron de la Société générale.

OPERATION MAGISTRALE DE TOTAL EN IRAN

En dehors de cela, l’événement de la semaine a été l’annonce par Patrick Pouyanné du retour de Total en Iran à la suite d’un accord de négociations exclusives signé mardi dernier à Téhéran. Le groupe français va prendre la tête d’un consortium destiné à reprendre une partie de l’exploitation du gisement appelé South Pars. Il s’agit d’investir dans un premier temps 2 milliards de dollars, dont un milliard pour Total, pour des installations de production et d’acheminement vers le réseau domestique iranien. Le pétrolier français sera associé au Chinois CNPC et à l’Iranien Petropars.

Total est la première major occidentale à retourner en Iran. Ce gisement est la pierre angulaire de la stratégie économique de la République islamiste et donc aussi politique. Pour Total, l’enjeu est aussi de taille. Le pétrolier qui a été le premier à couper dans ses investissements à la suite du choc pétrolier de la mi-2014, entend démontrer qu’il sera aux avant-postes pour la reprise des grands projets, et surtout dans le gaz. Avec un calcul mathématique simple : la réduction drastique des investissements dans le monde depuis un an crée d’elle-même la pénurie de demain.

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