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Yves de Kerdrel
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Après Macron, Valls veut enterrer Hollande
par Yves de Kerdrel
Le combat pour l’après-Hollande a démarré. Emmanuel Macron a pris une longueur d’avance en s’émancipant du gouvernement et en créant son mouvement. Mais Manuel Valls n’a pas dit son dernier mot. Au nom de la défense des grandes valeurs de la gauche.
Comme l’a écrit il y a quelques jours le New York Times, François Hollande n’est plus qu’un mort-vivant. Il a beau continué à parler de lui, encore de lui et toujours de lui à l’occasion de telle ou telle manifestation, jamais le rejet n’a été aussi violent à son égard. Et même les bons chiffres de l’emploi pour septembre n’y ont rien changé, tant les français de gauche, après avoir eu du mal à supporter la trahison de celui qui devait incarner leurs idéaux, ne goûtent que très moyennement à la désinvolture du personnage, à ses confidences sans interruption et à ses fameuses petites blagues.
Pour preuve : seulement 4 % des 17 047 personnes interrogées dans la 7e vague de l’enquête électorale du Cevipof se déclarent satisfaits de l’action de François Hollande. C’est le taux le plus faible enregistré depuis le lancement de ce vaste sondage, en novembre 2015. Lors de la première vague, 12 % des sondés se disaient satisfaits. Ce taux était tombé à 8 % six semaines plus tard, en janvier, lors de la controverse sur la déchéance de nationalité. Puis, de mars à septembre, il a oscillé entre 5 et 6 %. La proportion d’insatisfaits atteint 70 % (+1 par rapport à septembre), soit deux points en dessous du record d’insatisfaction qui avait été enregistré en mai, au plus fort des crispations sur la loi El Khomri. François Hollande n’a toutefois pas attendu cette nouvelle vague de sondage pour battre le record d’impopularité d’un président français depuis 1958.
VALLS PREND SES DISTANCES
Dans ce contexte de dégénérescence complète de la gauche morale Manuel Valls, qui a toujours marqué une très grande loyauté à l’égard du Chef de l’Etat a décidé de prendre enfin ses distances. C’est le livre de confidences de François Hollande à deux journalistes du Monde qui a provoqué la colère du premier ministre et une forme de honte, selon lui, chez les militants et les élus socialistes. Pour le premier ministre, les cinq prochaines semaines vont donc être décisives pour la gauche de gouvernement. Elles vont démontrer si le chef de l’Etat, qui doit dire début décembre s’il se représente ou pas, est capable de reprendre lien avec sa majorité et avec les Français.
C’est pourquoi le premier ministre se prépare enfin. Notamment, selon ses proches pour parer à toutes les éventualités, y compris celle d’une défection du président de la République. A cause de la situation politique actuelle, il a le sentiment d’avoir une véritable responsabilité afin que la gauche sorte le mieux possible de cette période très périlleuse. Pour avancer, Manuel Valls a donc enclenché une opération de recentrage à gauche. Il évoque désormais dans ses discours une laïcité plus inclusive et moins clivante. Il appelle au rassemblement de la gauche. Il vante désormais le revenu universel. Mais le premier ministre a du mal à s’imposer comme un recours indiscutable. Ses sondages sont aussi bas que ceux du chef de l’Etat, et les parlementaires socialistes, s’ils n’en pensent pas moins de François Hollande, ne semblent toujours pas disposés à se rallier à Manuel Valls.
MACRON MIEUX PLACE QUE VALLS
Cette guerre des nerfs va durer encore de longues semaines, jusqu’à l’annonce de sa décision par François Hollande. Il y a quelques semaines, le Parti socialiste craignait d’être absent du terrain médiatique pendant la primaire de la droite. Il parvient au contraire à en occuper le centre, au-delà de ses espérances. Un sondage Kantar Sofres pour le Figaro est venu confirmer cet état de fait en révélant qu’Emmanuel Macron ferait, pour les Français, un meilleur président que Manuel Valls. Le premier ministre jouit toutefois d'une plus grande crédibilité que son rival parmi les électeurs de gauche et du PS. Le premier ministre est préféré à son ancien ministre de l'Economie par 52% des sympathisants socialistes et par 39% de ceux de gauche.
L'étude valide donc la stratégie des deux hommes. Manuel Valls, s'il devait remplacer François Hollande comme candidat à la présidentielle, est prêt à jouer le jeu d'un mode de désignation qui lui permettra de légitimer sa candidature auprès des électeurs de gauche. Emmanuel Macron, de son coté, s'adresse directement aux Français et se refuse à passer par la primaire organisée par le parti socialiste. C'est la raison pour laquelle il refuse la main tendue par le chef du gouvernement. De fait l’ex-locataire de Bercy continue la structuration de son mouvement et de son éventuelle candidature.
SARKOZY AGITE TOUS LES CHIFFONS ROUGES
Alors qu’il a créé En marche ! le 6 avril, Emmanuel Macron a dévoilé, mercredi dernier, la liste des principaux représentants de son mouvement, parmi lesquels on trouve aussi bien des personnalités politiques, de gauche comme de droite, que des chefs d’entreprise ou des acteurs de l’économie sociale. Au total, neuf délégués ont été nommés. Pour être des ambassadeurs du mouvement auprès des adhérents aussi bien qu’à l’extérieur. Côté politiques, la tête d’affiche est Bariza Khiari, sénatrice socialiste de Paris et cofondatrice du Club XXIe siècle. On trouve aussi
Stéphane Travert, député socialiste de la Manche et Caroline Saudemont, maire divers droite d’Arques, dont les cristalleries avaient été sauvées après que Bercy a contribué à trouver un repreneur américain. Côté entreprises, la nomination de la Nordiste Françoise Holder, qui a cofondé avec son mari Francis les boulangeries Paul, est un signe important. Car c’est une adhérente du Medef, elle y préside le comité sur l’égalité hommes-femmes, mais fut aussi membre du comité directeur de l’Institut Montaigne, un think tank libéral.
A droite la pente est toujours bien raide à remonter pour Nicolas Sarkozy. A chaque nouvelle enquête, l’ancien chef de l’Etat recule pendant qu’Alain Juppé consolide son avance au sein de presque toutes les catégories de potentiels votants à la primaire de la droite. Une situation très critique pour l’ancien président de la République, qui aime à répéter qu’une campagne se joue sur la dynamique. Si la panique n’a pas encore gagné les rangs, les signaux d’alarme sont déjà bien allumés. Car il ne reste plus que trois semaines et demie avant le premier tour et le candidat a déjà dévoilé de nombreuses cartes. Depuis quelques jours, les sarkozystes ont donc lancé une nouvelle offensive contre Alain Juppé. A chacune de leurs interventions, ils dénoncent le soutien du centriste François Bayrou au maire de Bordeaux. Honni par une partie de la droite pour avoir voté François Hollande en 2012, le président du MoDem est le parfait chiffon rouge pour électriser la foule des meetings.
LE MYSTERE DE L’ALLIANCE JUPPE-BAYROU
C’est dans ce sens que 165 proches de l’ancien chef de l’Etat ont signé une tribune où ils accusent François Bayrou de vouloir soumettre la future majorité à ses propres idées. Selon eux, Alain Juppé aurait les mains liées par cette alliance. Le maire de Bordeaux n’a jamais caché son intention de vouloir ouvrir sa majorité aux centristes. Dans un post Facebook écrit d’une plume acide et argumenté comme un réquisitoire, le maire de Pau assume son choix de voter François Hollande en 2012 pour mieux faire le procès du sarkozysme. Il y évoque les atteintes graves et répétées aux principes de notre vie en commun, les abus de pouvoir et l’orientation de la campagne de 2012.
Sans vraiment savoir si quelque chose a été convenu entre Alain Juppé et François Bayrou, les sarkozystes agitent le fait que les députés Républicains n’auront pas la majorité absolue dans la future Assemblée en cas de victoire du maire de Bordeaux. Dans ce cas très hypothétique, les troupes centristes pourraient constituer une minorité de blocage qui affadirait le programme. Nicolas Sarkozy voit aussi dans cette séquence une façon de mobiliser le cœur de la droite qui n’a jamais pardonné à François Bayrou son vote de 2012. Difficile par contre de savoir à quel point cela peut lui permettre d’élargir au-delà de son électorat pour enfin inverser sa courbe dans les sondages. Encore une fois, il prend le risque de ne charmer que ceux qui sont déjà convaincus.
UNE CROISSANCE TOUJOURS TRES MOLLE
Au chapitre économique le fait principal de ces derniers jours concerne la croissance hexagonale. Après un recul de 0,1 % au deuxième trimestre, la croissance française a enregistré une légère hausse de 0,2 % au troisième trimestre, selon les chiffres publiés vendredi dernier par l’Insee. Alors que l’institut prévoit une progression du produit intérieur brut de 0,4 % au quatrième trimestre, l’objectif de 1,5 % de croissance à la fin de l’année, sur lequel tablait le gouvernement, semble s’éloigner. Le ministre de l’économie et des finances, Michel Sapin, reconnaît qu’il sera difficile à atteindre. L’Insee estime, de surcroit, que la croissance ne devrait pas dépasser 1,3 % en 2016.
Il demeure néanmoins, même si le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A inscrits à Pôle emploi a enregistré une spectaculaire baisse (– 66 300) en septembre et même si l’Insee prévoit 130 000 créations d’emplois cette année dans le secteur privé, que l’activité économique reste poussive. Toutes les composantes du PIB semblent, à tour de rôle ou simultanément, affectées par des soubresauts. Ainsi, au troisième trimestre, la production totale de biens et services a enregistré un léger rebond de 0,4 %, après avoir baissé de 0,2 % au trimestre précédent. La production manufacturière se redresse (+ 0,5 %) après un recul de 0,1 % le trimestre précédent, mais connaît un net repli dans les domaines des matériels de transports (– 3,3 %) et de l’énergie (– 2,7 %). La bonne nouvelle, c’est le redémarrage de la production dans la construction : + 1 % après – 0,4 %. Selon l’indicateur publié vendredi par le ministère du logement, les mises en chantier de logements neufs ont enregistré une hausse de 7,4 % de juillet à septembre par rapport à la même période l’année précédente.
REUNION DE LA FED AUJOURD’HUI ET DEMAIN
Autre événement majeur : la dernière réunion avant l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Ce mardi 1er ainsi que demain, le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale va se pencher sur l’état de santé de l’économie américaine. Et ce, afin d’évaluer si celle-ci est suffisamment solide pour supporter une remontée du loyer de l’argent, qui évolue aujourd’hui entre 0,25 % et 0,50 %. S’il est peu probable qu’elle relève ses taux cette semaine, elle devrait en revanche préparer le terrain pour le faire en décembre. C’est le scénario privilégié par les investisseurs. Sur les marchés, la probabilité de voir la Fed agir lors de sa réunion du 13 et 14 décembre est en effet estimée à plus de 72 %. Un niveau comparable à celui observé en décembre 2015, juste avant que l’institution ne se décide à relever ses taux, pour la première fois depuis plus de huit ans.
Le résultat des élections du 8 novembre pourrait également influencer ce scénario. Pendant sa campagne, le candidat républicain Donald Trump n’a en effet eu de cesse de critiquer la politique de Janet Yellen, la présidente de la Fed, l’accusant de maintenir les taux artificiellement bas afin de soutenir la candidature démocrate de Hillary Clinton. La victoire de Donald Trump pourrait engendrer de la volatilité, car les marchés commenceraient très vite à anticiper le départ de Janet Yellen, dont le mandat se termine en théorie début 2018. A l’inverse, l’élection de Hillary Clinton pourrait susciter un regain d’optimiste parmi les investisseurs, d’autant que son programme prévoit l’augmentation de certaines dépenses publiques. De quoi favoriser l’activité, et donc, une remontée des taux un peu plus rapide que prévu.
En matière de business, l’événement de ces tous derniers jours a résidé dans la chute boursière du titre Gemalto. Le spécialiste français de l'authentification et de la sécurisation des transactions numériques a surpris tout le monde vendredi dernier en revoyant à la baisse son objectif de bénéfice opérationnel pour 2017. Alors qu'elle prévoyait jusqu'ici d'atteindre autour de 660 millions d'euros, la direction ne table désormais plus que sur 500 à 520 millions. Cette révision à la baisse de 140, voir 160 millions d'euros a fait l'effet d'une bombe sur les marchés. Le titre a accusé la plus forte baisse de l'indice SBF 120 vendredi matin, plongeant de plus de 13%, avant de perdre encore près de 6 % à la veille de la Toussaint.
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Éditorial / Sarkozy à la peine et Hollande à la dérive
16/10/2016 - 00:59

