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Yves de Kerdrel
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Juppé solidement installé comme favori
par Yves de Kerdrel
C’est toujours le feu à l’Elysée depuis la publication du livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme relatant plus de soixante entretiens avec le Président de la République et où ressort tout le cynisme du personnage. Comme en témoignent ses propos sur l’immigration, sur les juges, sur l’opposition voire même sur les footballeurs. Désormais les ministres ne s’attardent plus sur le perron de l’Elysée après les conseils des ministres. Surtout la conséquence immédiate de ce livre a été la prise de distance de manuel Valls, qui se prépare désormais à concourir aux primaires dans l’hypothèse d’un « empêchement » présidentiel.
Le Premier Ministre a réagi très durement à la légèreté du Chef de l’Etat depuis le Canada où il était en visite officielle. Et depuis son retour il multiplie les contacts, les entretiens « off » avec les journalistes et les réunions avec ses proches afin d’être en mesure de se présenter à la primaire socialiste face à Arnaud Montebourg et à Benoit Hamon. Tout dépendra maintenant de ce que décidera François Hollande au début décembre, une fois connu le champion de la droite. Pour l’heure le Chef de l’Etat reste toujours décidé à se présenter. Mais il n’est pas exclu que Ségolène Royal soit missionnée par les éléphants socialistes afin de faire comprendre à son ancien compagnon qu’il doit se retirer.
FAIRE BOUGER LES LIGNES
De son côté Emmanuel Macron continue de faire avancer sa machine. Mardi dernier, il était en meeting à Montpellier où il a notamment parlé laïcité, religion, école, ou protection sociale. Quelques jours plus tôt il avait donné une interview fleuve au site internet du magazine Challenges où il abordait la question des institutions, du récit national, du rôle présidentiel, mais aussi de sa vision de la société avec un positionnement à la fois gaullien et libéral. Selon les informations de WanSquare l’ancien Ministre de l’Economie travaille sur un programme axé autour de douze à quinze propositions refondatrices, qui seraient dévoilées progressivement d’ici la fin de l’année. L’idée est pour lui de proposer des choses vraiment différentes, qui vont faire bouger les lignes.
Pour l’instant son discours reste fortement teinté de social-libéralisme. En matière de lutte pour l’emploi, l’ancien énarque considère par exemple qu’il faut aller plus loin que la loi El Khomri sur le travail. Il préconise une inversion générale et assumée de la hiérarchie des normes et déplace au niveau des accords d’entreprise des champs du droit du travail qui pourraient être déconcentrés. Promoteur d’une société du choix, Emmanuel Macron estime qu’il faut décloisonner de nombreux pans du modèle français, en accordant notamment plus de place au secteur privé dans le fonctionnement de la santé publique, ou en revoyant les normes de construction dans le logement, quitte si nécessaire à réduire certaines capacités de recours. De même, il ne s’interdit pas de confier au privé des risques aujourd’hui assurés par l’Etat, citant l’exemple des sapeurs-pompiers.
SURPRISE CHEZ LES VERTS
Parmi les évènements de la semaine politique il faut bien sûr souligner l’élimination de Cécile Duflot dès le premier tour de la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts. Il s’agit d’un véritable camouflet pour celle qui faisait figure de favorite dans ce scrutin auquel ont participé plus 12 000 personnes, soit 75 % des inscrits. C’est l’élu européen, Yannick Jadot, qui s’est imposé en tête du vote avec 35,61 % des voix, talonné par sa collègue à Bruxelles, Michèle Rivasi (30,16 %) que personne n’attendait là. L’ancienne secrétaire nationale d’EELV se savait en difficulté en interne. Elle s’était présentée à reculons à cette primaire et avait construit toute sa campagne vers l’externe.
Cécile Duflot paie non seulement les choix de sa campagne mais aussi ses années à la tête du parti et sa sortie en 2014 du gouvernement, fortement critiquée à l’époque en interne. Ce résultat ne constitue pas non plus une bonne nouvelle pour EELV. L’élimination de la députée de Paris affaiblit un peu plus un parti déjà mis à mal par des crises internes à répétition. Et naturellement tout cela constitue une bonne nouvelle pour François Hollande, même s’il semble acquis que Cécile Duflot va maintenant se rapprocher de Benoit Hamon, voire même de Jean-Luc Mélenchon.
TOUT LE MONDE A BRUXELLES
A droite tous les candidats multiplient les interventions sur le terrain et dans les médias avant le prochain débat télévisé, sur les chaines d’info, prévu le 3 novembre prochain. Et leurs proches s’évertuent à lever des fonds. Selon nos informations, un discret dîner de levée de fonds a été organisé mercredi soir à Uccle au profit d’Emmanuel Macron. Un dîner a en effet été organisé par Marc Grosman, l’un des fondateurs du groupe Célio avec une vingtaine de convives.
Le candidat Alain Juppé a également été vu à Bruxelles il y a cinq mois. C’est le très libéral Boris Dilliès qui l’a fortement aidé dans sa quête de fonds. Proche de Juppé, le député s’est chargé d’organiser en personne le dîner-levée de fonds en faveur de son poulain. Celui-ci a eu lieu au Cercle de Lorraine. Du côté de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, le secrétaire général des Républicains et ex-ministre du Budget, était également à Bruxelles pour y donner une conférence au B19. Nicolas Sarkozy était déjà venu en personne à Bruxelles lever des fonds en février dernier. Il l’a fait à l’occasion, lui aussi, d’un dîner organisé par des amis. Et de l’avis d’un expert, l’ex-président de la république est celui qui lève le plus de fonds en Belgique. Il y a enfin Nathalie Kosciusko-Morizet. Invitée pour une conférence à Uccle il y a trois mois, elle a profité d’un dîner à la Villa Lorraine, pour s’attirer la sympathie de la quinzaine de convives présents ce soir-là.
SARKOZY FAIT MONTER JUPPE
Pour l’heure Alain Juppé fait toujours la course en tête dans les sondages. Candidat trop à gauche pour les uns et homme toujours de droite pour les autres, Alain Juppé a donné des gages, cette semaine, à sa propre famille politique en parlant de reconstruire un modèle social viable et efficace. Avec une cote de popularité au zénith et des adversaires qui le mettent au centre du jeu, Alain Juppé poursuit sa campagne en pente douce. Depuis la rentrée et grâce à la bonne météo des sondages, Alain Juppé n’a eu pas eu besoin de passer à l’offensive. Il se contente de riposter aux attaques.
Pour la plupart des observateurs politiques, quand Nicolas Sarkozy fait ou dit quelque chose, ça devient immédiatement le thème de la campagne. Sauf que les sorties de Nicolas Sarkozy ne lui ont toujours pas permis de se réinstaller comme le favori de la primaire. Au contraire. L’ancien président de la République a beau accuser son rival de miser sur les déçus de la gauche, ce sont surtout ses phrases polémiques sur les Gaulois ou le climat qui semblent mobiliser ses propres opposants. Au fil des semaines, Alain Juppé s’installe comme le choix rationnel des désabusés du sarkozysme. Et plus Nicolas Sarkozy fera du Nicolas Sarkozy, moins le maire de Bordeaux aura des raisons de changer de ligne.
FILLON RESTE SEREIN
De plus en en plus nombreux sont ceux qui pensent que François Fillon pourrait surprendre avec un score au moins deux fois supérieur aux chiffres annoncés par les différents sondeurs. L’ancien Premier Ministre croit toujours en ses chances d’accéder à la finale du scrutin des 20 et 27 novembre. A ses yeux, rien ne permet d’écrire le scénario final à l’avance. Dans le dernier mois de campagne, ce passionné de sport automobile entend accélérer le rythme des meetings et des interventions médiatiques. Il sera notamment l’invité de « L’Emission politique », jeudi prochain, sur France 2.
Quant à Nathalie Kosciusko-Morizet, elle s’est prononcée mercredi dernier pour un accord large avec le centre, incluant le MoDem de François Bayrou, en vue des législatives de 2017. Ce faisant, la députée de l’Essonne se démarque fortement de Nicolas Sarkozy, qui refuse de tendre la main à François Bayrou depuis que ce dernier a choisi en 2012 de voter à titre personnel pour François Hollande. La candidate qui défend une droite de progrès estime, comme Alain Juppé, que la primaire doit être la plus large possible.
DISCUSSIONS BUDGETAIRES
Au chapitre économique, la discussion budgétaire bat son plein à l’Assemblée et dans les commissions. Mardi dernier, la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale a adopté un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale, présenté par Valérie Rabault visant à permettre à plusieurs centaines de milliers de retraités d’échapper à la contribution sociale généralisée. Pour ce faire, elle propose d’augmenter de 5 % le seuil du revenu fiscal de référence permettant ainsi à un retraité de bénéficier du taux zéro de CSG, et donc de ne plus être soumis à celle-ci. Une mesure qui pourrait toucher 480 000 ménages et faire économiser 45 euros par mois en moyenne aux personnes concernées.
Reste à trouver les ressources correspondantes. Celles-ci auraient pu être mobilisées grâce à un amendement adopté en commission des finances qui revient sur l’avantage fiscal accordé aux attributions d’actions gratuites dans le cadre de la loi Macron. Un amendement auquel Michel Sapin s’est montré opposé. De fait Valérie Rabault a déposé un nouvel amendement maintenant le régime antérieur pour les PME n’ayant jamais distribué de dividendes et évite un effet rétroactif sur les actions distribuées en 2016.
TENSION ENTRE LA BCE ET L’ALLEMAGNE
Plus les mois passent, plus les sujets de tension se multiplient entre l’Allemagne et la Banque centrale européenne. Face à l’efficacité déclinante de ses mesures de soutien à la zone euro, la BCE ne cesse d’appeler les Etats à agir à leur tour pour soutenir la croissance européenne. Or, l’Allemagne est à première vue la mieux placée pour le faire. Pour ne pas dire la seule. Championne de la vertu budgétaire, avec un excédent public de 0,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2015, elle affiche également un excédent de la balance courante (solde des échanges de biens, services et paiements divers) frôlant… 9 % de son PIB. Un record. Selon l’institut de conjoncture munichois Ifo, il pourrait atteindre 278 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année, dépassant ainsi celui de la Chine !
Ces surplus colossaux sont aujourd’hui pointés du doigt par nombre d’économistes, dont ceux du Fonds monétaire international. En accumulant de tels excédents, nos voisins seraient en partie responsables de la faiblesse de la croissance européenne. Voilà pourquoi l’OCDE appelle aujourd’hui l’Allemagne, comme la BCE, à jouer un peu moins les écureuils pour augmenter ses dépenses. Le problème c’est que nos voisins épargnent plus qu’ils ne consomment et investissent afin d’assurer les retraites futures d’une population vieillissante.
SOLOCAL : LA DEFAITE DES MAUVAIS
Autre sujet majeur à la frontière de la macro et de la micro-économie : François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et régulateur français de l’assurance, a de nouveau réclamé, le 14 octobre, une modération des taux servis sur les contrats d’assurance-vie, afin de prendre en compte la persistance des taux bas. Pour appuyer sa demande, il a fait remarquer que, dans le même temps, le rendement de l’obligation française à dix ans avait baissé de 0,80 point de pourcentage.
La question des taux bas est essentielle pour les assureurs. Pour maintenir des taux attractifs, le secteur se repose sur les obligations entrées en portefeuille au cours des années précédentes – et qui affichent des taux supérieurs – et sur les réserves qu’ils ont pu mettre de côté par le passé.
Le feuilleton Solocal a connu mercredi soir un épisode important et pas définitif avec le rejet par les actionnaires du plan de restructuration financière proposé par la direction. Et cela malgré tous les bâtons qui ont pu être mis dans les roues des petits porteurs. Malgré leur échec flagrant les dirigeants n’ont même pas eu la dignité de remettre leur mandat. Désormais il faut rebâtir un nouveau plan qui ne spolie plus les actionnaires et qui satisfasse les créanciers. Sans doute avec l’aide du Tribunal de Commerce. Jacques-Henri David, ancien patron de la Deutsche Bank en France et élu mercredi soir administrateur aura un rôle déterminant dans les semaines qui viennent.
Sinon, Air France KLM devrait connaître quelques modifications au niveau de sa gouvernance. Jean-Marc Janaillac tout récemment arrivé aux manettes de la compagnie aérienne préparerait une scission au niveau de la direction d’Air France. Serait évincé son actuel pdg, Frédéric Gagey, au profit de Jean-Marc Janaillac au poste de président, un directeur général devant être prochainement nommé. De son côté, Patrick Drahi continue à faire feu de tout bois pour améliorer sa situation financière tendue tout en se donnant les moyens de se développer outre Atlantique : il a décidé de mettre en Bourse ses deux filiales américaines acquises récemment, Suddenlink et Cablevision. La levée de fonds pourrait atteindre 2 milliards de dollars et intervenir dès le début de 2017.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / Sarkozy à la peine et Hollande à la dérive
16/10/2016 - 00:59

