WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Sarkozy à la peine et Hollande à la dérive
par Yves de Kerdrel

Tous ceux qui pensaient que l’élection de 2017 se résumerait à un duel Hollande-Sarkozy doivent changer leur fusil d’épaule. Car à droite, Alain Juppé n’a plus beaucoup d’obstacle devant lui. Quant à Hollande, il semble trouver plaisir à se faire hara-kiri en public.

16/10/2016 - 00:59 Temps Lecture 13 mn.

L’actualité politique de la semaine a été évidemment marquée par le premier débat de la primaire à droite qui s’est déroulé jeudi dernier. Pendant plus de deux heures, les sept prétendants à l'investiture présidentielle de la droite et du centre ont confronté leurs propositions, souligné leurs différences, mis en scène, également, leur confrontation. Dès les premières secondes, Jean-François Copé a attaqué sur son thème préféré: la rupture promise en 2007. Juste à côté de lui, à sa droite, Nicolas Sarkozy a empoigné fermement le bord de son pupitre. Il aura eu ce geste plusieurs fois dans la soirée. Le tirage au sort a voulu que l'ancien président se trouve placé au centre du plateau, et à plusieurs reprises, les autres candidats l'ont placé aussi au centre de leurs attaques. Pour François Fillon, l'exercice de différenciation avec Nicolas Sarkozy a été plus délicat. Seul Alain Juppé a évité l'affrontement. La voix parfois enrouée, l'ex-premier ministre s'est tenu volontairement en retrait.

Au final 36 % des téléspectateurs considèrent que le maire de Bordeaux est le vainqueur du premier débat de la primaire de la droite et du centre, selon une enquête Kantar Sofres réalisée avant et après l'émission pour Le Figaro, LCI et Public Sénat. Mais ce chiffre est à prendre avec beaucoup de précaution car le sondage a été réalisé sur une base très faible de téléspectateurs (seulement 625, alors que la base minimale est de 1.000). Selon cette même enquête Nicolas Sarkozy se place second avec 22% d'opinions favorables. François Fillon et Bruno Le Maire arrivent troisièmes ex aequo avec 11%, reléguant loin derrière Nathalie Kosciusko-Morizet (3%), Jean-Frédéric Poisson (2%) et Jean-François Copé (1%).

UN BON DEBAT POUR JUPPE ET FILLON

Selon cette enquête, le meilleur candidat à la présidence de la République est Alain Juppé pour 41% des personnes interrogées, mais celui-ci perd cinq points entre le début et la fin du débat. Nicolas Sarkozy arrive deuxième, avec 24%, loin devant Bruno Le Maire (14%) et François Fillon (9%). Juppé apparaît également comme le plus capable de faire un bon président de la République (50%) et le plus capable de gagner l'élection présidentielle (61%), loin devant Sarkozy qui recueille 28% d'adhésion au premier critère et 31% au second. Au titre des qualités testées, Alain Juppé arrive en tête des candidats qui ont le plus convaincu pendant le débat, avec 72%, devant Bruno Le Maire et François Fillon (52%) puis Nicolas Sarkozy (48%). Juppé est aussi décrit comme le plus sincère (32%) mais Sarkozy l'emporte nettement sur le plan du dynamisme, qualité que lui reconnaissent 34% des téléspectateurs.

Toujours est-il que ce premier débat a été très regardé. 5,6 millions, c'est le nombre de personnes qui ont regardé le débat hier soir, avec un pic à 6,5 millions. Cela constitue un très gros succès pour TF1 qui a pu ainsi 26,3 % des parts d'audience de la soirée télévisée. C'est beaucoup plus que le premier débat de la primaire socialiste il y a quatre ans. En nombre de téléspectateurs, à titre de comparaison, jeudi dernier, L'émission politique avec Alain Juppé avait réuni 2,76 millions de téléspectateurs, presque autant que Nicolas Sarkozy lors de son passage dans cette même émission le 15 septembre (2,7 millions).

AMBIANCE DELETERE A L’ELYSEE

A gauche, on assiste à une vraie débâcle. Les socialistes pensaient en avoir déjà beaucoup vu avec François Hollande, mais la sortie du livre « Un président ne devrait pas dire ça », jeudi 13 octobre, a provoqué une véritable onde de choc parmi les troupes du chef de l’État. Immigration, islam, vie privée, justice, critiques contre le PS… dans cet ouvrage, le chef de l’État livre de nombreuses confidences sur sa présidence, parfois dans un style très libre. Des propos rapportés par les journalistes du Monde Gérard Davet et Fabrice Lhomme, qui n’ont pas été démentis par l’Élysée, et qui ont aussitôt suscité la consternation dans son camp et les attaques de la droite lors du premier débat télévisé de sa primaire jeudi soir.

Au-delà même des paroles précises de François Hollande, c’est le rapport du chef de l’État aux médias qui interroge une fois de plus les socialistes. Car ce nouveau livre paraît après toute une série d’autres ces derniers mois, eux aussi largement nourris par des confidences de François Hollande. Une propension du chef de l’État à commenter sa propre action que certains des siens interprètent comme une erreur, voire une faute. Depuis trois jours, l’entourage présidentiel essaie d’éteindre l’incendie, plaidant, sans grande conviction, pour un exercice de transparence de la part du Chef de l’état.

ROYAL ET VALLS SE PREPARENT

Quoi qu’en dise le pouvoir, les dégâts politiques peuvent être de taille pour le chef de l’État. D’autant que la parution de ce livre tombe à un très mauvais moment pour lui. Avant cette nouvelle polémique, tout avait été en effet mis en place pour lancer la précampagne de candidature de François Hollande à la primaire du PS en janvier, puis à la présidentielle. D’abord, une interview accordée à L’Obs, le 13 octobre, dans laquelle le président de la République se dit prêt, puis dans la foulée, le lancement programmé d’un appel de parlementaires socialistes en sa faveur, avant une série de discours ciblés.

Comme chaque semaine depuis la rentrée, a eu lieu mercredi soir la réunion de coordination organisée par les proches du Chef de l’état, rue de Solferino. L’ambiance y était crépusculaire, selon plusieurs participants. Le coup est rude, mais peut-il pour autant remettre en cause la candidature du chef de l’État ? Un socialiste peut se réjouir de cet énième incident du quinquennat. Il s’agit d’Arnaud Montebourg, adversaire désigné du président sortant à la primaire de la gauche. Le premier ministre Manuel Valls, en déplacement au Canada, a dit mesurer les conséquences des propos de François Hollande sur l'institution judiciaire, tout en regrettant ces débats et l'ampleur qu'ils prennent. Le locataire de Matignon se prépare désormais ouvertement à être candidat à la primaire de la gauche en cas de renoncement du Chef de l’État. Idem pour Ségolène Royal, dont on connaît l’aversion pour Manuel Valls et qui dispose toujours d’un fort capital de sympathie chez les français.

MACRON ET LA FRANCE QUI CHOISIT

De son coté Emmanuel Macron a continué de tracer son chemin avec un meeting mardi dernier au Mans. Au menu de cette nouvelle étape du diagnostic pour la France de l’ancien ministre de l’économie, on a pu trouver les thématiques du logement, de la santé, de l’emploi, de l’éducation et de la sécurité. Mais toujours pas de programme. Promis, les propositions viendront, assurent ses proches, qui précisent qu’elles seront distillées entre novembre et décembre. Pour l’instant, donc, au Mans, comme à Strasbourg ou à Montpellier, troisième ville étape de sa tournée la semaine prochaine, on en est resté au stade des pistes de réflexion.

Mais, dans le détail, ces pistes ont commencé à donner, mardi, une vision plus nette du projet de l’ancien ministre de l’économie. En critiquant une société bloquée par l’importance trop grande donnée à la norme à laquelle il faut substituer la demande individuelle, l’ancien banquier d’affaires s’inscrit clairement dans la tradition politique libérale. Avec pour mot d’ordre global : le modèle social français actuel ne fonctionne plus, il faut donc le revoir dans son ensemble. Le système conçu après la Libération, qui consiste à offrir la même chose à tout le monde, n’est plus adapté à la société française, où la demande individuelle est très forte, explique Macron, qui veut remplacer la France qui subit par la France qui choisit.

UNE LIGNE DE CRETE DELICATE

Un viatique que l’ex-ministre décline à tous les niveaux. Sur la question de l’emploi, il n’a jamais caché que la loi El Khomri n’allait pas assez loin à ses yeux. Reprenant sa théorie des insiders dans le monde du travail qui bloqueraient l’accès aux outsiders, il considère que la norme unique ne protège plus, mais enferme et cadenasse le système. Il soutient donc une inversion générale et assumée de la hiérarchie des normes et déplace au niveau des accords d’entreprises des champs du droit du travail qui pourraient être déconcentrés.

L’ancien ministre de l’économie, qui a créé son mouvement En Marche ! en le qualifiant de « ni de droite, ni de gauche », sait qu’il avance sur une ligne de crête délicate. A trop s’afficher comme un responsable politique libéral, il prendrait en effet le risque d’entamer son haut niveau de popularité dans un pays où le libéralisme politique n’a jamais été majoritaire dans les urnes. Un qualificatif qu’Emmanuel Macron peine toujours à faire sien, préférant renvoyer le débat sur les limites actuelles du système français.

PLONGEON HISTORIQUE DE LA LIVRE

Sur le plan international, l’actualité a été dominée par les derniers épisodes concernant le futur Brexit. La livre sterling a atteint cette semaine son plus bas niveau depuis le milieu du XIXe siècle, selon l’indice de la Banque d’Angleterre pondéré en fonction des échanges commerciaux. Le profil des cours de la Livre ne laisse aucun doute. Ils ont effectué un premier plongeon juste après le discours d’ouverture de la première ministre, Theresa May, au congrès du Parti conservateur, le 2 octobre qui semble vouloir opter pour un « hard Brexit ». Un choix pourtant largement considéré comme suicidaire, dans lequel la politique prend le pas sur l’économie et où le Royaume-Uni tourne le dos à un marché de 450 millions de consommateurs qui absorbe 45 % de ses exportations.

En fait, l’incertitude persistante sur le type d’accord commercial recherché par Londres avec ses voisins continentaux et le doute sur le maintien du « passeport » qui permet à la City d’être la capitale financière de la zone euro n’ont fait qu’alimenter l’inquiétude des financiers. Il va donc falloir détricoter les liens avec l’Union Européenne puis en nouer d’autres sur des bases nouvelles. Personne n’imagine que cette deuxième tâche soit achevée au terme des deux ans prévus par l’article 50. D’où l’angoisse de la falaise de mars 2019, ce cliff edge devenu le leitmotiv de toutes les peurs de la City.

LA REPONSE DE DRAHI A L’AMF

Dans ce contexte, les scénarios apocalyptiques reprennent de plus belle sur la fuite des principaux acteurs de la City. Selon les calculs du cabinet Oliver Wyman, un scénario catastrophe pourrait voir le départ de 35 000 emplois. Soit environ 10 % de la masse salariale de la City : un coup très sévère, mais pas de remise en question totale de la domination de Londres comme centre financier européen. De plus, le pire n’est jamais sûr. Si un système d’équivalence au passeport est trouvé, Oliver Wyman estime que 4 000 emplois seulement seraient perdus.

Du coté des entreprises, peu de nouveautés cette semaine. En dehors de la réponse du Berger Drahi à la bergère AMF qui a retoqué son projet d’offre su SFR. Le groupe de Patrick Drahi a indiqué qu’il avait acheté hors marché pour 5,21% d’actions de SFR Group, et qu’il contrôlait désormais 82,94% du capital de l’opérateur français. Ce qui a naturellement produit une envolée du cours de bourse. Début septembre, Altice a lancé une offre publique d'échange avec pour objectif de s'emparer des 22,25% du capital de SFR que le groupe ne détenait pas encore. Mais l'Autorité des marchés financiers l'a rejetée le 4 octobre, jugeant ses conditions imprécises.

Du nouveau également du côté de Canal +. Le groupe a annoncé qu’il vise un doublement de ses abonnés, à plus de 10 millions, dès 2017. Le tout en maintenant le revenu moyen par téléspectateur de la chaîne premium Canal et en conservant le niveau de marge nette par abonné aux bouquets. En cassant à 19,90 euros le prix d'entrée de sa chaîne premium, Canal vise ainsi de nouveaux bassins de clients potentiels. Pour les 2,5 millions de jeunes qui regardent la télé sur PC, tablette ou Smartphone, facturer 19,90 euros pour Canal sur ces supports est une manière de proposer une alternative aux Netflix ou Amazon Prime Video. En parallèle, Canal a conclu dernièrement des accords avec Free et Orange, qui vont distribuer leur propre version du bouquet thématique CanalSat. Cette mécanique n'est toutefois pas sans risques. L'abonné Canal actuel à 40 euros peut considérer que la nouvelle offre à 20 euros va lui suffire. Maintenir l'Arpu (revenu par abonné) est donc un objectif ambitieux.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Le duel Macron-Hollande s’intensifie

09/10/2016 - 07:58

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Hollande persiste vers sa candidature

02/10/2016 - 00:26