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Yves de Kerdrel
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Le duel Macron-Hollande s’intensifie
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’Etat continue à faire campagne sans se déclarer. De manière à ne pas laisser la place à Arnaud Montebourg et surtout à Emmanuel Macron qui est devenu sa principale cible. Symptôme de l’enjeu de cette bataille à mort : le ralliement du communicant Robert Zarader à l’ancien ministre de l’économie.
François Hollande poursuit, jour après jour, une campagne présidentielle qui ne dit pas son nom. C’est certain qu’il n’a pas encore pris de décision définitive. Parce qu’il attend d’avoir le nom de son adversaire de droite pour cela. Et parce qu’il s’assure du soutien des aubrystes et de certains éléphants de la rue de Solférino. D'un côté il y a l’inexpugnable envie de se représenter pour un second mandat, de l'autre la possibilité de renoncer face à son impopularité. Entre les deux, il n’y a pas de troisième alternative. Sauf à envisager de renoncer sous condition. Par exemple face à la perspective d'une défaite historique de la gauche, François Hollande décide de se retirer. Mais soumet son soutien au candidat qui intègre dans son programme des propositions qu'il estime indispensable pour le pays. Ce serait une première sous la cinquième République.
De son coté, Emmanuel Macron est dans la même situation. S’il a pris la décision d’aller à l’élection il ne peut ni l’annoncer, ni dévoiler son programme sans savoir qui il aura en face de lui, notamment à gauche. En tous cas, l’ancien ministre de l’économie multiplie les signes montrant que son objectif est bien de participer à la course à l’Elysée en 2017. Rien ne pourra nous arrêter, a-t-il conclu à un meeting tenu mardi 4 dernier à Strasbourg, le premier depuis son départ du gouvernement. Devant un millier de partisans de son mouvement, En marche !, au milieu d’une scène entourée de chaises et de prompteurs, l’énarque de 38 ans a multiplié les idées, les pistes plutôt consensuelles, qu’il dit vouloir travailler dans les prochaines semaines, avec ses marcheurs et un groupe de 200 experts.
PETIT DEPART POUR MACRON
Son principal objectif, est de s’accorder non pas sur un catalogue de 200 mesures auxquelles plus personne ne croit, mais d’établir une liste de dix à douze engagements à porter. Manière d’affirmer, une fois de plus, qu’il ne fait pas de la politique comme les autres. Après cette première réunion, deux autres sont prévues, au Mans, mardi prochain, et à Montpellier (le 18 octobre). En attendant, il a déjà laissé envisager l’instauration de la proportionnelle. Celle-ci pourrait être introduite massivement au Sénat et plus modestement à l’Assemblée nationale, afin de conserver la logique majoritaire. De cette manière, Emmanuel Macron espère permettre des coalitions de conviction plutôt que des coalitions d’appareils.
Autre proposition des plus classiques : une limitation des mandats dans le temps, pour éviter que la politique se résume à une République des attachés parlementaires et des permanents de partis. Par ailleurs, afin de rétablir le principe de responsabilité, l’ex-ministre préconise également de créer une commission de citoyens tirés au sort, chargée de contrôler le travail de l’exécutif, avec l’aide de la Cour des comptes. Chaque année, le président de la République pourrait y être auditionné, afin de rendre compte de ses engagements. De la même façon, il estime nécessaire que les ministres soient auditionnés par le Parlement avant de prendre leurs fonctions, afin de s’assurer qu’ils ont le minimum de connaissances requis.
JUPPE, LA COURSE EN TETE
Mais Emmanuel Macron commence à donner des idées à d’autres. Pour ses 39 ans, Matthias Fekl, le secrétaire d’Etat au commerce extérieur que Manuel Valls présente comme son arme anti-Macron, s’est offert un mouvement politique, baptisé Movida. Mardi 4 octobre, jour de son anniversaire, le jeune membre du gouvernement a lancé ce Mouvement pour la vie des idées et des alternatives. Objectif : Porter la gauche de demain. Quelques députés et sénateurs socialistes semblent soutenir cette initiative, parmi lesquels Patrick Bloche, Erwann Binet, Olivier Dussopt ou Sandrine Mazetier, de même que Christophe Sirugue, le secrétaire d’Etat à l’industrie.
Au lendemain d’un déplacement à Ajaccio, Alain Juppé était invité sur le plateau de France 2, jeudi 6 octobre, dans le cadre de « L’Emission politique ». Le maire de Bordeaux, que les sondages placent pour l’instant en tête de la primaire de la droite programmée les 20 et 27 novembre, s’est exprimé trois semaines après le passage de Nicolas Sarkozy, son principal adversaire, dans cette même émission hebdomadaire. L’émission s’est déroulée sous les yeux, entre autres, de l’ancien secrétaire d’Etat Frédéric Lefebvre qui était candidat à la primaire de la droite mais qui n’avait pas réuni les parrainages nécessaires.
SONDAGES DEFAVORABLES A SARKOZY
Même s’il a officiellement six adversaires pour cette primaire, Alain Juppé n’en a ciblé qu’un, d’entrée de jeu : Nicolas Sarkozy, son principal rival. Interrogé sur les attaques de ce dernier, qui s’en prend au fait que des électeurs de gauche ont l’intention de voter pour lui, l’ancien Premier Ministre a rétorqué que la seule chance de Nicolas Sarkozy de gagner, c’est de remporter les voix de l’extrême droite. Il a cependant maintenu qu’il soutiendra l’ancien président de la République si ce dernier remporte la primaire de la droite. Mais à une condition : que cette primaire soit honnête.
De son coté, Nicolas Sarkozy continue de dérouler sa campagne en profondeur, selon son expression. Une semaine après une série de mauvaises nouvelles qui ont émaillé sa campagne le candidat reste convaincu que le match est plié en sa faveur.
Alors qu'Alain Juppé reste en tête des intentions de vote, Nicolas Sarkozy dit ne pas regarder les sondages… officiellement. Dans le dernier baromètre de popularité Elabe pour Les Echos et Radio Classique, Nicolas Sarkozy stagne à la 19e place du classement, avec 22 % de popularité auprès des Français (-1 sur un mois), signe d'un rejet persistant. Mais plus embêtant dans la perspective de la primaire de la droite, il est, ce mois-ci, le seul des candidats à voir sa popularité baisser auprès des sympathisants de la droite et du centre. Nicolas Sarkozy perd du terrain non seulement auprès d'eux, avec 45 % de popularité (-4 points), mais aussi auprès des sympathisants Les Républicains, son coeur de cible. Là, il chute de neuf points, à 62%.
EN ATTENDANT LE DEBAT DU 13
Tout se passe comme si le positionnement de sa campagne inquiète jusqu'à son électorat. L'impression donnée de ne traiter qu'un seul sujet inquiète, même si à droite, les préoccupations identitaires et sécuritaires dominent, l'économie est aussi un sujet majeur. D'où, après les saillies sur les Gaulois, les Gabonais ou le réchauffement climatique, l'interview économique dans « Le Figaro » pour tenter de corriger le tir. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy organisera son meeting parisien au Zénith, avec, à la tribune, avant lui, François Baroin et Ingrid Betancourt. Il y abordera la question du déclassement des catégories moyennes, qu'il a commencé à esquisser dans le Bas-Rhin. C'est cette idée qu'il devrait développer plus longuement tout à l’heure.
A quelques jours du premier débat télévisé, jeudi 13 octobre, dont chacun craint qu’il se transforme en un duel Sarkozy-Juppé, les petits candidats cherchent à exister par des moyens plus ou moins contestables. François Fillon a ainsi souhaité publiquement, comme Alain Juppé, que la primaire de la droite soit la plus large possible. Diagnostiquant un système politique à bout de souffle, François Fillon a jugé indispensable de mener une recomposition politique en 2017.
NOTE DE CONJONCTURE TERRIBLE
Sur le plan économique la dernière note de conjoncture de l’Insee a fait l’effet d’une douche froide sur le gouvernement. L’institut a revu fortement à la baisse sa prévision de croissance pour 2016, qui devrait plafonner à 1,3 %, malgré une probable accélération de l’activité en fin d’année. Dans sa note de conjoncture publiée jeudi, l’institut statistique a abaissé de 0,3 point sa prévision du mois de juin, qui pariait sur une croissance de 1,6 % du produit intérieur brut. Une conséquence du trou d’air subi par l’économie française au printemps, avec une contraction de l’activité de 0,1 %.
Si le chiffre annuel de 1,3 % était confirmé, la France ferait à peine mieux cette année qu’en 2015 (1,2 %), alors que les signaux économiques laissaient entrevoir une reprise enfin marquée huit ans après la crise des subprimes. Elle ferait en outre moins bien que la moyenne de la zone euro pour la troisième année de suite. Plus grave peut-être encore, l’objectif de réduction du déficit public, fixé à 3,3 % du PIB, pourrait se trouver fragilisé, faute de recettes fiscales à la hauteur des attentes. Une situation de mauvais augure pour le gouvernement, à quelques mois de la présidentielle. Le ministre des finances, Michel Sapin, n’a pas écarté que l’objectif gouvernemental de 1,5 % ne soit pas atteint cette année. Outre l’Insee, plusieurs organisations ont corrigé à la baisse leurs hypothèses de croissance pour la France, à l’image de l’OCDE (1,3 %) ou bien du FMI (1,3 %).
DISCUSSIONS EN PANNE AVEC ATHENES
D’après l’Insee, l’économie française devrait néanmoins bénéficier de quelques facteurs positifs en 2016, qui viendront embellir un tableau globalement morose. Le pouvoir d’achat des ménages devrait ainsi augmenter de 1,8 % sur l’ensemble de l’année, entraînant une hausse de 1,5 % de la consommation des ménages. L’investissement des entreprises progresserait de 3,6 %, après + 2,7 % en 2015, favorisé à la fois par la baisse des taux d’intérêt. Et, même à 1,3 %, la croissance serait suffisante pour que le chômage baisse. Le taux de chômage devrait continuer à baisser modérément jusqu’à la fin de l’année, pour redescendre à 9,5 % de la population active en métropole et atteindre 9,8 % en intégrant l’outre-mer, contre respectivement 9,6 % et 9,9 % à la mi-2016. Par ailleurs, la production industrielle en France a fortement rebondi de 2,1 % en août, après un recul de 0,5 % en juillet, annonce vendredi l’Insee.
Dans un tout autre domaine, la relation entre Athènes et ses créanciers continue de s’embourber. Cela fait presque un an que les représentants du Fonds monétaire international, de la Banque centrale européenne et du Mécanisme européen de stabilité discutent avec le gouvernement d’Alexis Tsipras sur les modalités du versement d’une nouvelle tranche de prêts (un peu plus de 11 milliards d’euros), dans le cadre du troisième plan d’aide au pays (86 milliards d’euros au total). Il a d’abord fallu six mois aux deux parties pour s’entendre sur les réformes à effectuer, côté grec, afin d’obtenir le droit en retour de toucher leur chèque.
LA CLAQUE DE L’AMF A ALTICE
La promesse concernant l’allègement de la dette n’a pas été tenue, les réformes n’ayant été qu’à moitié mises en place. Plusieurs sources à Bruxelles assurent qu’il n’y a aucune volonté politique, du côté des ministres des finances, pour discuter d’un allègement à long terme de la dette grecque. Certes, la restructuration aurait un coût, mais pas énorme, puisqu’on ne parle pas de baisse du nominal mais juste, par exemple, d’allonger encore un peu les maturités de la dette existante. Il s’agirait pour le MES, le principal concerné, de renoncer à quelques centaines de millions ou même à quelques milliards. Rien, comparé aux plus de 250 milliards déjà prêtés à la Grèce depuis 2010.
Du coté des entreprises, le géant pétrolier Total va récupérer 2,8 milliards d'euros de la vente de sa filiale de chimie. Il prend ainsi de l'avance sur son programme de cession d'actifs. La firme poursuit, en parallèle, son plan de réduction des coûts et des investissements. C’est finalement à Carlyle que le géant pétrolier Total a décidé de donner la préférence pour lui vendre sa filiale de chimie Atotech. L’annonce a été officialisée et il en coûtera finalement 3,2 milliards de dollars (environ 2,86 milliards d'euros), à la société de gestion américaine. L'opération doit maintenant être soumise au processus de consultation des représentants du personnel, et recevoir le feu vert des autorités de la concurrence
Par ailleurs, chez Altice, la nouvelle a fait l’effet d’une gifle. Mardi 4 octobre, l’Autorité des marchés financiers a informé le propriétaire de SFR qu’il s’opposait à l’offre publique d’échange, qui prévoyait le rachat en titres Altice des 22,5 % du capital de SFR qu’il ne possédait pas encore. Montant de l’opération dévoilée début septembre : 2,4 milliards d’euros. L’OPE devait permettre à Altice d’utiliser plus facilement la trésorerie de SFR et d’éviter de partager les dividendes exceptionnels. En cause, selon l’AMF, le projet du groupe de télécoms de mettre en place une rémunération du modèle Altice auprès de SFR Group et des principales filiales opérationnelles.
L’AMF semble ainsi donner raison à certains actionnaires minoritaires de SFR, qui se plaignaient des modalités de l’offre, et qui considéraient que l’OPE avait été calculée pour favoriser les actionnaires d’Altice, parmi lesquels figure Patrick Drahi, le patron d’Altice, au détriment de ceux de SFR. C’est le cas d’United First Partners, un courtier londonien, qui a écrit à l’AMF pour contester le prix proposé par Altice, et la méthode de calcul. De fait, l’OPE a été annoncée, alors que le cours de SFR, qui venait de passer une année difficile, avait dégringolé de 45 % en un an. Reste désormais à savoir si l’AMF sera aussi rigoureuse avec l’absurde plan de recapitalisation de Solocal qui ne vise qu’à renflouer les créanciers.
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