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Yves de Kerdrel

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Et si c’était un duel Sarkozy-Macron ?
par Yves de Kerdrel

L’ancien Président de la République impose son tempo dans la campagne pour la primaire de la droite et du centre. A gauche, même si les proches de François Hollande se mettent en ordre de marche, tout se précise du côté d’Emmanuel Macron pour une candidature en 2017 quel que soit le cas de figure.

25/09/2016 - 00:27 Temps Lecture 13 mn.

A l’occasion de sa cinquième et dernière participation (du moins, dans ce quinquennat) à l’Assemblée générale des Nations unies, François Hollande s’est offert, mardi dernier à New York, un véritable marathon diplomatique. Onze bilatérales, sept allocutions, une conférence de presse, le tout en quatorze heures. Cette folle équipée avait démarré lundi, soir, à l’hôtel Waldorf Astoria, où M. Hollande s’était vu remettre le trophée d’homme d’Etat de l’année par la fondation Appeal of Conscience. En fait François Hollande a tenu à montrer de New-York qu’il avait encore du souffle. A moins qu’il ne s’agisse d’une dernière bouffée d’oxygène, avant de renouer avec l’étouffante situation politique nationale.

Ses partisans, à gauche, s’organisent en tous cas afin de préparer son éventuelle candidature pour 2017. Une cellule ad hoc réunissant des parlementaires et responsables socialistes vise à défendre le bilan du quinquennat et démonter le programme de la droite. Une conférence téléphonique a lieu tous les jours, week-end compris. En plus des équipes du très hollandais Stéphane Le Foll, qui ont révélé cette semaine leur intention de lancer un site de campagne pour le chef de l'État, le PS œuvre lui aussi en coulisses pour préparer la candidature du président.

MACRON NE FERA PAS MARCHE ARRIERE

Il faut dire que les signaux en provenance de l’entourage d’Emmanuel Macron font apparaître que ce dernier a d’ores et déjà décidé de se présenter en 2017, y compris face à François Hollande. D’autant plus que d’ores et déjà les sondages lui attribuent un score au moins équivalent à celui de François Hollande. L’ancien Ministre de l’Économie fait le pari d’une part que le champion de la droite sera Nicolas Sarkozy, et qu’il pourra ainsi récupérer le soutien d’une grande partie des juppéistes, voire même des fillonistes, et d’autre part qu’Arnaud Montebourg va empêcher la primaire socialiste de se tenir privant ainsi François Hollande d’une opération de re-légitimation.

De fait l’Élysée a tout fait pour que la grand-messe des sociaux-démocrates européens qui avait lieu hier à Lyon avec plusieurs cercles de réflexion, dont les Gracques, l’Institut Montaigne ou Policy Network, soit vidée de sa substance et de ses invités les plus prestigieux. Tour à tour, le commissaire européen Pierre Moscovici, l’économiste Jean Pisani-Ferry, la maire de Paris, Anne Hidalgo, ou l’ex-banquier Jean Peyrelevade ont annoncé qu’ils ne viendraient pas à Lyon. De même, le think tank Terra Nova, proche du Parti socialiste, a décidé de se retirer de l’organisation de l’événement, comme l’a révélé Le Canard enchaîné.

JOUYET ENTRE DEUX FEUS

L’Élysée a été très énervé d’apprendre que l’ex-locataire de Bercy a été convié à clore les débats hier après-midi. Mais sa présence ne fait plus l’unanimité. Coorganisateur du sommet, Gérard Collomb est montré du doigt par les proches de François Hollande. Le maire de Lyon a pris fait et cause pour Emmanuel Macron et multiplie les déclarations appelant François Hollande à renoncer à 2017 pour laisser la place à son ex-protégé. Dans un entretien publié en juillet dans Le Point, Gérard Collomb avait présenté ce colloque comme une étape parmi d’autres de la campagne de celui qui était encore ministre.

Longtemps conciliant avec son ex-secrétaire général adjoint, François Hollande semble décidé à ne plus rien lui laisser passer. Le président a mis du temps à accepter qu’Emmanuel Macron l’avait roulé dans la farine. C’est passé. Maintenant, il lâche les coups. Et Jean-Pierre Jouyet qui est toujours le Maire du Palais de l’Élysée et le père adoptif d’Emmanuel Macron ne sait plus comment vivre cette situation. A tel point que les habitués du Château disent le voir de moins en moins souvent. Il serait même presque régulièrement absent du Conseil des Ministres où sa place est à sa part assis à un bureau donnant sur le jardin.

LA PRIMAIRE A DROITE LANCEE

L’autre caillou dans la chaussure de François Hollande, c’est Arnaud Montebourg. Invité jeudi dernier sur France 2, il a déroulé son programme avec la réinstauration du service national, le patriotisme économique, le soutien aux PME françaises. En revanche, il refuse toujours de dire si oui ou non il participera à la primaire socialiste. Officiellement il attend d’en connaître les règles exactes pour se prononcer. Ce devrait être chose faite le 2 octobre, après le bureau national du Parti socialiste qui doit aborder ce point.

A droite, la campagne pour la primaire a officiellement débuté mercredi dernier après que la haute autorité a déclaré recevables les candidatures de Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Jean-Frédéric Poisson et Nicolas Sarkozy. En revanche Hervé Mariton a été écarté par la Haute Autorité, car des parrainages se sont révélés invalides, notamment en raison de doublons. La campagne sera ponctuée d’au moins trois débats télévisuels. Le premier se déroulera le jeudi 13 octobre et sera organisé par TF1, RTL et Le Figaro. Il aura pour thèmes l’économie et la sécurité. Chaque candidat pourra parler une minute, mais ses rivaux auront le droit de l’interpeller à la fin de sa prise de parole.

JUPPE FAIT UNE CAMPAGNE DE SECOND TOUR

Le deuxième débat, organisé par BFM-TV, i-Télé et leurs partenaires, se déroulera le jeudi 3 novembre. Le troisième se tiendra jeudi 17 novembre sur France 2 et Europe 1. Comme lors de l’élection présidentielle, en cas de second tour, un face-à-face sera diffusé par TF1 et France 2 le jeudi 24 novembre, trois jours avant le scrutin. Comme pour le PS et le PRG en 2011, la primaire de la droite est ouverte. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir sa carte de militant à un parti pour aller voter, mais il faudra en revanche signer une charte d’adhésion aux valeurs de la droite et du centre, être inscrit sur les listes électorales au 31 décembre 2015 ; et payer deux euros par tour de scrutin.

Héraut de l’identité heureuse, Alain Juppé a mis en garde en garde en fin de semaine contre l’hystérisation du débat sur l’islam, dans un contexte sécuritaire tendu. Celui qui est, selon les sondages, le favori de la primaire à droite condamne le durcissement du discours de Nicolas Sarkozy, en pointant le manque de cohérence de son principal rival. Le maire de Bordeaux se pose, à l’inverse, comme un rassembleur, capable de rassurer les Français. Alors que tous les sondages donnent Marine Le Pen qualifiée pour le second tour de la présidentielle, Alain Juppé se considère comme le mieux à même de la battre largement.

SARKOZY DE PLUS EN PLUS SUR DE LUI

De son côté Nicolas Sarkozy poursuit son labourage du pays en maniant de plus en plus les sujets identitaires. Même si les flèches continuent de s’abattre sur lui, avec dans quelques jours la sortie d’un livre assassin sur l’ex-chef de l’état de son ancien conseiller politique, Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy proclame en privé qu’il a déjà gagné la primaire. Il n’ignore pas que les meetings de Juppé sont vides alors que les siens sont pleins à craquer. Même à gauche on en est convaincu. Selon Julien Dray Nicolas Sarkozy ne fait aucune erreur de langage. S'il refuse d'affirmer que l’ex-chef de l’état va remporter la bataille de la primaire de la droite et du centre, il lui reconnaît toutefois la création d'une certaine dynamique dans la campagne. Il concède d'ailleurs que c'est quelque chose que Nicolas Sarkozy a toujours su faire. De fait Julien Dray prédit au Maire de Bordeaux, toujours favori dans les sondages, le même sort qu'Édouard Balladur en 1995.

Au chapitre économique il faut souligner la révision surprise du taux de croissance français pour le deuxième trimestre. En fait l’économie française s’est contractée d’avril à juillet, reculant de 0,1 %, selon un nouveau chiffre publié par l’Insee, qui estimait jusqu’ici que la croissance avait été nulle sur cette période. Cette révision est faite à quelques jours de la présentation par le gouvernement du projet de budget 2017 qui table sur une hausse annuelle de 1,5 %. L’institut a abaissé cette prévision en raison de l’intégration d’indicateurs indisponibles lors de la deuxième estimation et par l’actualisation des coefficients de corrections des variations saisonnières.

DES ALEAS SUR LA CROISSANCE FRANCAISE

La performance au deuxième trimestre contraste avec la forte hausse du produit intérieur brut, au premier trimestre, qui avait atteint 0,7 %. Ce sont les dépenses de consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance française, qui se sont repliées à – 0,1 % entre avril et juin, alors que les prévisions précédentes tablaient sur une croissance nulle. Au premier trimestre, elles avaient connu une forte hausse de 1,1 %. Au deuxième trimestre, la consommation des ménages « recule tandis que leur pouvoir d’achat s’améliore, de sorte que leur taux d’épargne augmente », en passant de 14,5 % à 14,8 %, souligne l’Insee.

Le gouvernement table, lui, sur une croissance de 1,5 % en 2016 et en 2017 pour revenir dans les clous européens l’année prochaine, avec un déficit public sous la barre fatidique des 3 % du PIB, malgré les nouvelles dépenses et les baisses d’impôts annoncés par l’exécutif. Cette prévision est en ligne avec les prévisions de la Banque de France, mais plus optimiste que celle du FMI (1,2 %) et de l’OCDE, qui l’a abaissée mercredi à 1,3 %.

DERNIERE TENTATIVE POUR VIVARTE

Du coté des entreprises il faut relever le nouveau plan de Vivarte pour tenter de sortir de l’ornière financière. Stéphane Maquaire, quatrième PDG en quatre ans, a dévoilé, mercredi, son plan stratégique à cinq ans pour tenter de remettre Vivarte dans une spirale positive. Cet ex-patron de Monoprix a annoncé aux représentants syndicaux son intention de fermer 100 des 680 magasins La Halle aux chaussures. Il s’est donné deux mois pour trouver des repreneurs, bien que ces boutiques soient non rentables et mal placées, la plupart du temps en périphérie des villes. Cette hypothèse éviterait de procéder à de nouveaux licenciements.

Le PDG a également annoncé à ses troupes son ambition de faire regagner au groupe sa place de leader du commerce de l’habillement et de la chaussure. Pour dégager les ressources nécessaires aux premiers investissements à venir, il va mettre en vente l’une des rares filiales très rentables, l’enseigne espagnole de chaussures Merkal. Cette cession s’inscrit dans une litanie déjà bien longue puisque Kookaï, Pataugas et Chevignon sont à vendre depuis juin. L’usine de fabrication de chaussures que l’entreprise possède en Moselle ainsi que l’enseigne Défi mode le sont depuis janvier.

LE DOSSIER MORPHO SE POLITISE

Du coté du dossier Morpho, les choses se compliquent dans la mesure où l’Élysée a décidé de se saisir du dossier. A une semaine du dépôt des offres de dernier tour, le groupe et l'État, son actionnaire de référence avec 15,3 % du capital, ont a priori fait le choix de consolider les acteurs existants du marché. Mais ils n'ont toujours pas tranché sur le nom du repreneur. Selon les informations de WanSquare, Oberthur (contrôlé par Advent), tient la corde sur le prix, avec une valorisation de 2,4 milliards d'euros. Gemalto, le numéro un du marché, lui emboîte le pas, avec une offre autour de 2,3 milliards. Les alliances des fonds Bain-Ardian, et de CVC-Astorg sont sorties du jeu. Reste en revanche, un dernier candidat, Impala, allié à KKR, prêt à signer avec une offre équivalente aux deux leaders industriels, si l'État et Safran devaient changer d'orientation stratégique et faire émerger un nouveau challenger français en biométrie.

Si le prix offert est essentiel pour Safran et son actionnaire, ce n'est pas un critère suffisant. Selon ces mêmes sources, après recommandation de l'APE sur le choix du candidat le plus offrant, le dossier est désormais remonté à l'Élysée, afin d'examiner l'engagement des favoris sur les effectifs. Oberthur garantit à Safran et son actionnaire leur intérêt patrimonial, mais, comme Gemalto, son offre soulève des questions de doublons, à la différence de celle des fonds d'investissements, ainsi que des interrogations sur des risques de transfert de compétences à l'étranger.

Oberthur en est conscient et, il y a une semaine déjà, s'est adressé aux pouvoirs publics au plus haut niveau pour les assurer qu'il entend garantir un niveau global d'emplois permanents en France pendant au moins deux ans pour l'entité de Safran. Le maintien des emplois sur le territoire est d'autant plus sensible que l'appel d'offres exige un maintien des centres de R&D en France, en raison des services sensibles de Safran Identity pour les forces de police françaises et le futur registre européen des données des passagers aériens (PNR). Au volet emploi, s'ajoutent pour Safran des garanties financières très fortes demandées en cas d'obstacle des autorités de la concurrence aux projets industriels. Si le choix semble se tourner vers Oberthur (Advent), les jeux ne sont pas encore faits. L'arbitrage aura lieu dans les prochains jours.

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