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Hollande cherche à imposer sa candidature dans un climat hostile
par Yves de Kerdrel

Le chef de l’état est en campagne. Chaque prise de parole est désormais l’occasion pour lui de montrer qu’il est le seul candidat de gauche à pouvoir gagner. Il ne cherche ni à défendre un bilan, ni à dérouler un programme, mais simplement à éviter la multiplication des candidatures de gauche de manière à se retrouver face à Nicolas Sarkozy et à Marine Le Pen
18/09/2016 - 08:00 Temps Lecture 13 mn.

Les rangs étaient très clairsemés à l’Elysée jeudi matin pour la traditionnelle remise du Prix de l’Audace Créatrice, dont le jury est présidé par Marc de Lacharrière. Cela n’a pas empêché François Hollande de faire un discours très politique évoquant d’emblée le fait qu’il pourrait être « remplacé » d’ici quelques mois – ou pas – et l’éventualité d’être « regretté ». Ensuite il s’est livré à un long plaidoyer portant sur l’ensemble des mesures économiques qu’il a mises en œuvre au cours de son quinquennat depuis le pacte de compétitivité et le CICE jusqu’à la loi El Khomri. Curieusement aucun ministre n’assistait à cette cérémonie où sont toujours présents des représentants de Bercy. Preuve qu’à l’intérieur du gouvernement, comme à l’intérieur de toute la gauche, c’est déjà un esprit de fin de règne qui plane. Manuel Valls, ne fait pas mystère qu’il ne croit plus à une quelconque victoire de la gauche en 2017 et surtout à une victoire de François Hollande. Ce qui n’arrange pas les relations entre les deux hommes. D'après des informations recueillies par WanSquare, Manuel Valls confie à ses proches que la primaire de la gauche, qui se tiendra en janvier prochain, constitue un vrai risque pour François Hollande. De la même manière, il accuse Emmanuel Macron de représenter un vrai risque pour la gauche.

INDICATEURS AU ROUGE POUR LA GAUCHE

En privé, Manuel Valls dresse régulièrement à ses visiteurs un constat désabusé : celui de l'état de division dans lequel la gauche se trouve, alors que la campagne pour l'élection présidentielle se dessine à l'horizon et que la pré-campagne monte en puissance. C’est ce qui l’amène à fustiger ceux qui passent un week-end entier à expliquer que le président ne peut pas être candidat, faisant allusion, notamment, aux déclarations du chef de file des frondeurs du Parti socialiste, Christian Paul, qui avait jugé dans le Journal du dimanche une candidature de François Hollande impossible, évoquant l'impuissance et le fossé entre les discours et les actes du président de la République.Il reste que tous les indicateurs sont au rouge. Les derniers sondages sont inquiétants, pour ne pas dire catastrophiques. Deux enquêtes publiées coup sur coup confirment la baisse continue des cotes de popularité du couple en charge de l'exécutif, les deux dirigeants apparaissant irrémédiablement liés l'un à l'autre. Ainsi,selon un nouveau sondage Ipsos publié par Le Point, François Hollande ne recueillerait plus que 15% d'opinions favorables et Manuel Valls le suit toujours,chutant à seulement 23% de sondés se déclarant satisfaits de son travail. Enfonçant le clou, un autre sondage, commandé à l'Ifop par Sud Radio et Lyon Capitale,donne Hollande et les candidats de gauche éliminés dès le premier tour de l'élection présidentielle. Et ce, quel que soit le cas de figure. Dans tous les scénarios proposés par l'institut de sondage, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et même Bruno Le Maire battrait François Hollande pour affronter Marine Le Pen au second tour. Pire,selon encore un autre sondage, à gauche, le président-candidat serait même battu par Emmanuel Macron, se plaçant de justesse devant Jean-Luc Mélenchon.

HOLLANDE BATTU DANS TOUS LES CAS DE FIGURE

Malgré tous ces éléments hostiles, il semble bien que François Hollande ait fini de tergiverser et que le moment de vérité approche. Selon Didier Guillaume, un proche de François Hollande, ce dernier va se jeter dans la mêlée et briguera bien un deuxième mandat. Ses équipes qui avaient visité le QG de campagne de Nicolas Sarkozy dés le mois de mai dernier, mais qui se le sont fait souffler revoient régulièrement l’ancien QG de 2012, au 59 avenue de Ségur. Des réunions de préparation de la campagne de François Hollande ont désormais lieu chaque semaine Rue de Solferino. Bref, les conditions semblent réunies pour un affrontement violent à gauche, la candidature de François Hollande étant tout sauf l'indication d'un retour prochain à l'unité.Comme l’ont montré les derniers sondages, dans tous les scénarios, la candidate du Front national Marine Le Pen et celui de la droite (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy ou Bruno Le Maire) parviendraient au second tour si le scrutin devait avoir lieu aujourd’hui. Dans le cas où Emmanuel Macron serait candidat et où Alain Juppé gagnerait la primaire de la droite, ce dernier se qualifierait avec 26 % des intentions de vote, derrière Marine Le Pen (28 %) et devant Emmanuel Macron (16,5 %),Jean-Luc Mélenchon (10 %) et François Hollande (9 %). En l’absence d’Emmanuel Macron, Alain Juppé se retrouverait en tête avec 36 %, devant Marine Le Pen (30%), Jean-Luc Mélenchon (12 %) et François Hollande (11 %).

LE PROBLEME DE JUPPE SUR L’IDENTITE

Dans le cas d’une candidature Sarkozy (et donc avec François Bayrou présent au premier tour, qui a promis de se présenter si Sarkozy remporte la primaire), Marine Le Pen arrive en tête au premier tour (29,5 %) devant Nicolas Sarkozy (22 %) ;François Hollande se classant troisième avec 13 %, à égalité avec François Bayrou et juste devant Jean-Luc Mélenchon (12,5 %). Dans le cas d’une candidature Le Maire, Marine Le Pen (32 %) devancerait Bruno Le Maire (16 %) et François Hollande (14 %), devant Jean-Luc Mélenchon (13 %) et François Bayrou (12,5 %).Enfin si François Fillon sortait vainqueur de la primaire de droite, l’ex-Premier ministre se classerait aussi deuxième avec 18,5 %, derrière Marine Le Pen (33 %),François Hollande étant troisième ex aequo avec Jean-Luc Mélenchon (13 %).A droite la campagne officielle de la primaire débutera mercredi après la proclamation officielle par la haute autorité des candidats habilités à concourir.Bien sûr cette campagne a débuté dés 2013 pour François Fillon, dés 2014 pour Bruno Le Maire et Alain Juppé et il y a un mois pour Nicolas Sarkozy. Après quelques échanges marqués par les invectives entre les différents candidats, l’heure est revenue à davantage de sérénité. Sauf dans le camp Juppé où l’on n’arrive pas à se débarrasser de ce concept «d’identité heureuse » qui est devenu le talon d’Achille de l’ancien Premier Ministre.

REMONTEE SURPRISE DE SARKOZY

Les prochains sondages qui tiendront compte de la prestation de Nicolas Sarkozy jeudi soir sur France 2 seront observés à la loupe. Surtout après la dernière enquête publiée cette semaine où l’ancien Président poursuit sa remontée. Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont désormais donnés à égalité au premier tour de la primaire de la droite, avec 37% des intentions de vote chacun, dans un sondage Harris Interactive pour France Télévisions. Avec 52% contre 48% à Nicolas Sarkozy, le maire de Bordeaux reste toutefois en tête des intentions de vote pour le deuxième tour de ce scrutin, prévu le 27 novembre, censé désigner le champion de leur camp pour la présidentielle de l'an prochain.Ce même sondage place François Fillon en troisième position (10%), devant Bruno Le Maire (9%), Nathalie Kosciusko-Morizet (3%), Jean-François Copé (2%), Hervé Mariton et Jean-Frédéric Poisson (tous deux à 1%). Toutes les études montrent que Nicolas Sarkozy parvient à fédérer parfaitement le noyau dur de la droite. En revanche, le maire de Bordeaux est plébiscité par les sympathisants centristes de l'UDI et du MoDem (74%), devant François Fillon (9%), Bruno Le Maire (8%), et Nicolas Sarkozy (6%). A noter que dans le cas d'un duel Alain Juppé-Nicolas Sarkozy au second tour, les électeurs comptant voter François Fillon au premier tour seraient 65% à opter pour Alain Juppé, contre 35% pour Nicolas Sarkozy. A 69%, les Français tentés par Bruno Le Maire au premier tour choisiraient aussi le maire de Bordeaux, contre 31% pour l'ancien président de la République.

DES RECETTES DE POCHE POUR LE BUDGET

Chaque semaine apporte son lot d’informations concernant le prochain budget.Selon les informations de WanSquare, le projet de loi de finances devrait comporter des mesures visant à avancer la perception de plusieurs centaines de millions d’euros de recettes fiscales de l’année 2018 à 2017. Afin de boucler le budget 2017,qui doit être présenté le 28 septembre, l'Etat devrait faire appel à la trésorerie des entreprises. Sans hausse d'impôts, cette astuce (un grand classique budgétaire) doit faciliter le retour du déficit public à 2,7 % du PIB l'an prochain, comme le gouvernement s'y était engagé en juillet lors du débat d'orientation des finances publiques.Parmi ces recettes de poche, le gouvernement pourrait durcir les conditions du dernier acompte de l'impôt sur les sociétés versé par les grandes entreprises en fin d'année sur la base de l'anticipation de leur résultat. Près de 400 millions d'euros seraient ainsi escomptés. Autre option à l'étude : une mesure de trésorerie sur la fiscalité des produits financiers. Il serait question de généraliser l'acompte versé par les banques sur le prélèvement forfaitaire des Plan Epargne Logement anciens. Là encore, plusieurs centaines de millions pourraient être gagnés. Enfin, un nouvel acompte sur la taxe sur les surfaces commerciales, qui vise les commerçants exploitant une surface de vente de plus de 400 mètres carrés, est aussi envisagé.

INQUIETUDES POUR LA DEUTSCHE BANK

Au chapitre international il convient de noter la publication d’une batterie d'indicateurs qui devrait quelque peu apaiser les inquiétudes concernant l"état de santé de l'économie chinoise. Après les signaux rassurants envoyés la semaine dernière par la balance commerciale, la production industrielle et les ventes de détail ont accéléré plus fortement qu'attendu en août, selon les chiffres officiels publiés ce mardi. La production industrielle chinoise a ainsi grimpé en août de 6,3% sur un an,son rythme le plus rapide des cinq derniers mois. Elle a été soutenue par la bonne tenue des exportations, l'investissement et la consommation. Coté consommation,les ventes de détail se sont reprises en août, après leur accès de faiblesse du mois précédent, grimpant de 10,6% sur un an.Par ailleurs tout le secteur bancaire surveille de très près le contentieux qui oppose la justice américaine à la Deutsche Bank, suite à des manquements supposés sur le marché hypothécaire américain. En réclamant 14 milliards de dollars, soit 12,5 milliards d’euros, à la banque allemande le ministère de la justice américain espères ans doute transiger à beaucoup moins. Mais, en attendant de connaître l’addition finale, le premier montant articulé a de quoi faire frémir, comparé aux 18 milliards d’euros que pèse Deutsche Bank en Bourse. Alors que le niveau de fonds propres de la banque allemande était déjà jugé insuffisant par les opérateurs, la banque n’aurait d’autre choix que d’augmenter massivement son capital.

UN CHOIX POUR MORPHO DES CETTE SEMAINE ?

Du côté des entreprises, il y a toujours beaucoup d’agitation sur le dossier Morpho. Les cinq candidats à la de la filiale Identity & Security de Safran, redoublent d'efforts pour donner des gages au vendeur et au gouvernement, qui entend garder en France le siège de l'entreprise et les emplois. Personnalité reconnue du monde industriel, Colette Lewiner a été choisie par le consortium Ardian-Bain Capital,candidat au rachat de Morpho, pour assumer la présidence non exécutive de l'entreprise dans le cas où son offre serait retenue. Les fonds d'investissements français et américain, associés à 50-50, cherchent ainsi à garantir à l'Etat français (actionnaire à 15% de Safran, le vendeur, et donc associé de près aux choix du repreneur) l'ancrage tricolore de la société qui opère dans un secteur ultra-sensible,l'identité et la sécurité.Outre le prix, le projet industriel et la protection des intérêts français joueront évidemment un rôle clé dans le choix du repreneur. Le gouvernement entend notamment que le siège social et la R&D restent en France et que les emplois dans l'Hexagone soient maintenus. Il demande également à avoir un représentant au conseil d'administration. L'offre d'Ardian-Bain est en concurrence avec celle de deux industriels, Gemalto d'un côté, et Oberthur (détenu par le fonds Advent) de l'autre, ainsi qu'avec celle d'Impala, la société de Jacques Veyrat, associée au fonds KKR, et celle des fonds CVC-Astorg. Ardian-Bain promet d'investir 1 milliard d'euros sur cinq à six ans pour faire de Morpho le leader mondial de la biométrie et l'introduire ensuite en Bourse. Les cinq candidats devaient déposer leur offre finale vendredi soir. Une décision pourrait être prise dés cette semaine.

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