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Yves de Kerdrel

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Le match Hollande-Sarkozy s’installe
par Yves de Kerdrel

Même si 85 % des français ne veulent plus entendre parler du Chef de l’Etat et si 78 % d’entre eux sont dans les mêmes dispositions vis à cis de Nicolas Sarkozy, le débat actuel, par médias interposés oppose ces deux candidats potentiels pour 2017. Comme si l’Elysée avait besoin de Sarkozy, et Sarkozy de Hollande. Car tous sont désemparés face au phénomène Macron.

11/09/2016 - 07:59 Temps Lecture 13 mn.

Officiellement François Hollande n’est toujours pas candidat. Et il ne fera aucune annonce officielle avant le mois de décembre et surtout avant de savoir qui sera le champion de la droite. Mais tout, dans le discours de combat qu’il a délivré jeudi dernier montre il le sera. Tout cela s’est joué à l’occasion d’une journée organisée par la Fondation Jean-Jaurès et le think tank Terra Nova sur « la démocratie face au terrorisme ». Contrairement à ce que préconisaient certains de ses fidèles, le chef de l’Etat n’a pas accéléré dans le calendrier qu’il s’était lui-même fixé. Il a néanmoins explicitement embrassé un horizon politique qui va, clairement, très au-delà de 2017.

A l’orée d’une campagne présidentielle qui se déroulera, en partie, autour du risque terroriste, le chef de l’Etat sortant pose en chef de guerre. Et reprend à son compte les positions, directes au risque d’être anxiogènes, de son premier ministre. François Hollande endosse donc, de bonne guerre, l’uniforme sécuritaire. Mais c’est surtout une confrontation politique qu’a voulu installer le président avec le futur candidat de la droite et celle de l’extrême droite. Il a mis en pièces les propositions avancées par les ténors de la droite, qu’il s’agisse des propositions sécuritaires de Nicolas Sarkozy comme du concept d’identité heureuse cher à Alain Juppé.

HOLLANDE PLOMBE PAR LES SONDAGES

Tout donne l’impression que François Hollande a déjà choisi son adversaire, c’est-à-dire Nicolas Sarkozy. Même si pour l’heure il est encore difficile de dire quel sera le gagnant de la primaire 48 heures après le dépôt officiel des candidatures et des parrainages nécessaires. Le locataire de l’Elysée a choisi la posture du président protecteur. Ce qui n’est pas une innovation pour un chef de l’Etat sortant, candidat à sa propre réélection. Elle avait déjà été adoptée par François Mitterrand en 1988 et par Jacques Chirac en 2002. François Hollande, lui, s’en saisit contre le terrorisme et les promoteurs de l’exclusion. Le pari est hasardeux, et il intervient bien tard.

D’autant que les sondages sont toujours aussi cruels avec lui. François Hollande serait éliminé dans tous les cas de figure au premier tour de la présidentielle d'après un sondage TNS Sofres-OnePoint pour Le Figaro et LCI diffusé il y a quelques jours. Ce sondage teste neuf hypothèses différentes de candidats à gauche et à droite. François Hollande oscille entre 11 points au premier tour (dans l'hypothèse Emmanuel Macron, François Bayrou et Nicolas Sarkozy candidats face à lui ou dans l'hypothèse Emmanuel Macron et Alain Juppé) et 15 points s'il est opposé à Nicolas Sarkozy comme candidat supplémentaire. Quel que soit le candidat à gauche, François Hollande est battu au premier tour, même si dans les six hypothèses testées avec Emmanuel Macron, celui-ci obtiendrait plus de suffrages que le chef de l'Etat, de 15 à 20% selon les cas.

VALLS PREND SES DISTANCES

Compte tenu de cette forte impopularité, Manuel Valls en est conduit à faire le même pari qu’Emmanuel Macron : c’est à dire que François Hollande ne pourra pas se présenter en décembre prochain à la primaire socialiste, si elle a bien lieu. De fait les proches de François Hollande cachent de moins en moins leur irritation à l’égard de Manuel Valls. Alors que le chef de l’Etat est dans une situation politique difficile plusieurs de ses amis doutent de plus en plus de la loyauté du premier ministre. Le discours du chef du gouvernement, à Colomiers le 29 août, a allumé une mèche dans la « Hollandie ». Lors de cette réunion du PS qui devait être un meeting de soutien au président de la République, Manuel Valls s’est habilement posé en recours possible pour 2017, se disant premier ministre mais libre.

Selon les informations de WanSquare, les relations entre les deux hommes se sont tendues ces dernières semaines et beaucoup notent les piques envoyées par le chef de l’Etat quand il évoque son premier ministre. Au sein du gouvernement, les poids lourds « hollandais », comme Stéphane Le Foll, conservent leur confiance à Manuel Valls. Ils connaissent l’homme et son style, mais répondent de lui. Le départ d’Emmanuel Macron, qu’ils ont vécu comme une trahison, fait gagner des points au premier ministre. D’autres membres du gouvernement, en revanche, ont pris récemment leurs distances. Comme Ségolène Royal, Marisol Touraine ou Najat Vallaud-Belkacem. Une chose est certaine : Valls ne peut pas attendre la décision du président pour se préparer. Ce serait trop tard. Donc oui il se prépare, mais ça ne veut pas dire qu’il veut barrer la route à Hollande.

MACRON CONTINUE SA MARCHE EN AVANT

Pour en finir avec la gauche, rappelons que le sondage Ifop réalisé pour le Journal du Dimanche sur la primaire à gauche laisse entrevoir un match serré. Quand l'Ifop interroge les sympathisants de gauche sur leur préférence entre les différents postulants, François Hollande ne devance que d'une courte tête Arnaud Montebourg (32% contre 30%). L'écart est plus important chez les sympathisants socialistes (46% contre 25%), mais il laisse entrevoir au président sortant un second tour hautement périlleux. Même s'il ne s'agit pas d'intentions de vote, ce rapport de forces confirme que le chef de l'État est aujourd'hui minoritaire dans son camp. Moins de la moitié de ses électeurs de 2012 (44%) ­souhaitent le voir désigné comme candidat.

De son côté Emmanuel Macron a désormais pris le large et travaille à construire son image dans la France profonde. Il s’est aussi rendu à Londres la semaine passée afin de lever des fonds. Un dîner jeudi soir, un petit déjeuner et un déjeuner vendredi devaient réunir des participants priés de bien vouloir apporter leur contribution, et de préférence 7 500 euros, le plafond pour aider financièrement un mouvement politique. D’ici deux semaines il devrait rendre publiques ses conclusions sur l’Etat de la France réalisé à partir de discussions avec les français. A noter que son mouvement qui comptait 50.000 sympathisants avant sa démission en est maintenant à 75.000.

JUPPE SE FAIT RATTRAPER PAR SARKOZY

A droite, Alain Juppé, qui essaye de retrouver un peu d’air avec la sortie d’un livre numérique très personnel, reste le favori de la primaire, même s’il perd du terrain. Depuis qu'il a officialisé sa candidature, Nicolas Sarkozy se rapproche du maire de Bordeaux et n'est plus qu'à deux points d'écart au premier tour, selon un sondage Ifop-Fiducial publié mardi 6 septembre. Cette enquête, réalisée pour i-Télé, Paris Match et Sud Radio, montre qu'Alain Juppé reste en tête avec 35 % d'intentions de vote pour la primaire de novembre, un résultat stable par rapport aux deux dernières vagues de l'enquête en avril-mai et mai-juin. L'ancien chef de l'État gagne pour sa part 5 points par rapport à mai-juin à 33 %. Le sondage souligne aussi la popularité de Nicolas Sarkozy au sein de sa formation politique. Ainsi, chez les seuls sympathisants des Républicains, l'ancien président de la République arrive en tête (48 %), devant Alain Juppé (28 %).

Par ailleurs le fait que Nathalie Kosciusko-Morizet soit parvenue à réunir les parrainages nécessaires pour participer à la primaire va sans doute créer un peu de trouble à droite. Si au second tour, elle ralliera sûrement Alain Juppé, au premier tour, elle risque de lui prendre des voix et donc d’amplifier le caractère de leader de Nicolas Sarkozy, qui pourra compter, quant à lui, sur le ralliement de Bruno Le Maire, qu’il prend soin de ne jamais attaquer. Dans ces conditions on comprend pourquoi si peu de députés juppéistes ont finalement accepté de parrainer NKM. De son côté Hervé Mariton peut faire un score très honorable, avant de se rapprocher in fine de Nicolas Sarkozy.

COUP DE FROID SUR L’ALLEMAGNE

Au chapitre économique, l’actualité a été marquée par le dernier message de Mario Draghi délivré, jeudi dernier, à l’issue de la réunion du conseil des gouverneurs de l’institution. L’institut de Francfort a laissé son taux directeur inchangé, à 0 %. Surtout, il n’a pas modifié son programme de rachats de dettes publiques et privées. Pour justifier le choix du statu quo, la banque centrale a mis en avant deux arguments. D’abord, il faut du temps avant que les mesures déjà prises ne fassent pleinement effet sur l’activité. Ensuite, même si la reprise reste modérée et l’inflation trop basse, l’économie de la zone euro se montre résiliente.

Par ailleurs, un léger coup de froid semble affecter notre voisin allemand. Ses exportations ont, en effet, subi une baisse inattendue en juillet, accusant même leur recul le plus marqué depuis près d'un an, tandis que les importations ont elles aussi fléchi, ce qui laisse penser que la première économie européenne a mal débuté le troisième trimestre. Ces données, publiées vendredi par l'Office fédéral de la statistique, viennent après une série d'autres statistiques jugées décevantes pour le mois de juillet, comme le recul, également inattendu, de la production industrielle ou encore le rebond moins marqué que prévu des commandes à l'industrie. Malgré tout l'institut DIW parie toujours sur une croissance atteignant les 1,9% cette année à la faveur de la bonne tenue de la demande intérieure.

COUP DE CHAPEAU A SANOFI

Enfin parmi les mesures fiscales annoncées vendredi, la décision la plus importante concerne la baisse de l’impôt sur les sociétés, actuellement de 33,33 %. Il sera progressivement porté à 28 % pour toutes les entreprises d’ici à 2020, en commençant par les petites et moyennes entreprises. Les entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50 millions d’euros et qui réalisent jusqu’à 75 000 euros de bénéfice verront leur IS porté à 28 % dès 2017. En 2020, toutes les entreprises, quels que soient leur taille et leur bénéfice, seront imposées à 28 %, soit la moyenne de la zone euro. Bercy a également confirmé le relèvement de 6 % à 7 % du taux du crédit d’impôt compétitivité emploi.

Du côté des entreprises il faut d’abord donner un coup de chapeau à Sanofi qui a été, mardi dernier l’une des premières entreprises du monde à emprunter des fonds à un taux négatif. Le groupe ne paiera aucun intérêt durant les trois ans du prêt. Et au terme de celui-ci, Sanofi ne remboursera pas à ses créanciers tout ce qu’il leur a emprunté : après avoir touché 1,01 milliard d’euros cette semaine, il ne leur rendra en janvier 2020 que 1 milliard tout rond. L’écart correspond à un rendement négatif de l’ordre de 0,05 %. Malgré cela, les investisseurs se sont rués sur l’offre de Sanofi, proposant 2,3 fois plus de fonds que ce que le groupe a finalement emprunté.

UN NOUVEAU CANDIDAT POUR MORPHO

Jeudi, en fin d'après-midi, le ministre de l'Economie, Michel Sapin, et son secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christophe Sirugue, ont demandé au PDG d'Alstom, Henri Poupart-Lafarge, d'engager une phase de discussion et de négociation avant toute décision définitive sur l'usine de Belfort. L'Etat siège au conseil d'administration d'Alstom depuis février et contrôle 20 % des droits de vote grâce à des actions prêtées par Bouygues jusqu'à fin 2017. Sur le terrain la suppression de 400 postes sur les 500 que compte le site ont fait l'effet d'une bombe.

Le sort d'Atotech, la filiale mise en vente par Total, pourrait être scellé d'ici la fin du mois de septembre. Selon les informations de WanSquare le groupe français a dressé une liste restreinte de prétendants, dans laquelle figureraient CVC Capital Partners, Carlyle et une alliance Cinven-BC Partners. Un montant de 3 milliards de dollars a été évoqué, alors que les rumeurs antérieures parlaient plus volontiers de 3 milliards d'euros. Le belge Umicore et le chinois Sinochem, dont les noms avaient aussi circulé, auraient jeté l'éponge.

Quant au dossier Morpho (division de Safran), il a connu un rebondissement de dernière minute avec la candidature d’un consortium d’investisseurs mené par Jacques Veyrat, patron d’Impala, composé du fonds KKR, mais aussi de Xavier Niel, du Groupe d’Albert Frère, de Bernard Arnault et de Marc Ladreit de Lacharrière. Impala affirme vouloir proposer une offre de reprise française à la fois entrepreneuriale et industrielle pour accompagner Morpho dans son développement géographique et sa transition numérique.

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