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Yves de Kerdrel
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L’effet de souffle de Sarkozy démarre doucement
par Yves de Kerdrel
L’ancien Président de la République a surpris le microcosme politique et médiatique en faisant une annonce de candidature sans image, ni son, en privilégiant le fond, c’est-à-dire un livre, sur la forme. Il lui reste maintenant à rattraper un retard toujours important sur Alain Juppé, sans apparaître comme le candidat que François Hollande souhaite affronter à tout prix en 2017.
C’est donc avec un peu d’avance sur le calendrier prévu que Nicolas Sarkozy a levé le suspense sur sa candidature. Sitôt les jeux olympiques terminés il a laissé l’AFP annoncer la sortie d’un nouveau livre « Tout pour la France » dans lequel il se porte candidat pour renouer avec l’Élysée en 2017. Il a fallu attendre 48 heures, c’est-à-dire le journal de 20 heures sur TF1 mercredi pour que le candidat Sarkozy s’exprime enfin après deux jours sans son ni image, et 72 heures pour qu’il tienne son premier meeting à Chateaurenard où toute la sarkozie devait être présente.
Sa campagne sera donc axée autour de plusieurs thèmes forts, déclinés dans son nouveau livre : « vérité », « compétitivité », « autorité », « liberté ». Mais c’est surtout le thème de « l’identité », dans un contexte de menace djihadiste, qu’il va développer dans les prochaines semaines. Pour lui l’essentiel, la clé de cohérence de l’ensemble de la prochaine présidentielle se jouera sur l’identité française, son contenu, son respect, son avenir, et par-dessus tout sa pérennité. Pour l’ancien chef de l’état, les cinq années qui viennent seront celles de tous les dangers, mais aussi de toutes les espérances.
BAISSE DE L’IRPP DES JUILLET 2007
Sa proposition phare consiste à suspendre le regroupement familial – décidé par Valéry Giscard d’Estaing en 1976 – jusqu’à l’adoption d’un nouveau traité européen. Par ailleurs, le candidat Sarkozy, qui remet la valeur travail au cœur de son projet, réhabilite son « travailler plus pour gagner plus ». Il confirme sa volonté de rétablir les heures supplémentaires défiscalisées et de laisser le choix aux entreprises qui le souhaiteraient de s’affranchir des 35 heures, à la condition de rémunérer le temps de travail supplémentaire. Sur les retraites, il réitère son objectif de reporter l’âge légal de départ à 63 ans en 2020 et à 64 ans en 2025, plaide pour la suppression des régimes spéciaux et pour que les règles de calcul de la retraite dans la fonction publique soient alignées sur le régime général. Évoquant la dégressivité des allocations-chômage au bout d’un an, il s’engage à une suppression immédiate de l’impôt sur la fortune et à une baisse immédiate, dès juillet 2017, de 10 % de l’impôt sur le revenu. Une mesure dénoncée par Alain Juppé et François Fillon, au motif qu’elle ferait exploser les déficits.
Les seules nouvelles propositions concernent la fiscalité : la transmission d’entreprise fera l’objet d’une exonération de 85 %, voire d’une exonération totale, si l’activité est maintenue pendant cinq ans au minimum, avec le maintien de la majorité des emplois correspondants. S’il propose à nouveau une exonération totale des charges au niveau du smic, qui diminuerait pour s’annuler progressivement à 1,6 smic, il s’engage pour la première fois à coupler cette mesure au Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) sous réserve de doubler le montant des sommes dédiées à ce dispositif mis en place par François Hollande.
STRATEGIE DU BLAST
Depuis sa déclaration de candidature, l'ex-président de la République applique la stratégie dite du « blast », soit une omniprésence médiatique censée asphyxier ses concurrents. Sur le système Hypermind consultable sur le site internet du Point, ses effets sont mitigés. Il y a une semaine, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé étaient déjà au coude-à-coude pour remporter la primaire de la droite, avec environ 40 % de chances chacun. Pendant le week-end, la cote de Nicolas Sarkozy a ensuite pris l'avantage, se stabilisant autour de 45 %, tandis que celle d'Alain Juppé tombait autour de 37 %. Mais cet avantage s'est estompé en milieu de semaine, et le passage de Nicolas Sarkozy au journal de 20 heures de France 2 semble même avoir contribué à redonner l'avantage au maire de Bordeaux : il aurait aujourd'hui 45 % de chances de l'emporter, contre 41 % pour l'ex-président des Républicains.
En revanche, les attaques virulentes de Nicolas Sarkozy et de ses lieutenants, comme François Baroin, contre « l'identité heureuse » d'Alain Juppé annoncent une campagne primaire violente qui risque d'abîmer les chances de ce dernier à l'élection présidentielle s'il devait remporter la primaire. Celles-ci sont passées de 33 %, avant l'annonce de candidature de Nicolas Sarkozy, à 28 % aujourd'hui. Une perte de 5 points qui ne semble pas profiter à ce dernier puisque ses chances à lui sont restées stables, avant et après, à 25 %. Ironiquement, ce sont François Hollande et Marine Le Pen qui récupèrent les points perdus par Alain Juppé, le premier gagnant 3 points (10 % avant le blast sarkozyste, 13 % après) et la seconde gagnant 2 points (11 % avant le blast, 13 % après).
VALLS INQUIET POUR 2017
Alain Juppé, François Fillon ou Bruno Le Maire n’ont pas réagi directement à l’annonce de candidature pour la primaire à la présidentielle de 2017 de ce dernier. Chacun suit son calendrier, si possible en s’affichant sur le terrain auprès des Français. Cela ne change rien à la campagne de François Fillon qui effectuera sa rentrée dans son fief de Sablé-sur-Sarthe ce dimanche. De même Alain Juppé, qui a fait sa propre rentrée politique hier à Chatou, ne compte pas varier de ligne. L’équipe d’Alain Juppé, qui craignait une baisse sondagière de son candidat après un été compliqué, se rassure en constatant le résultat de la première étude d’opinion de la rentrée. Contre toute attente, Nicolas Sarkozy dégringole de treize points chez les sympathisants du parti Les Républicains (LR), selon le baromètre Ipsos-Le Point alors que l’ex-premier ministre, lui, en gagne trois dans cet électorat stratégique pour la primaire.
A gauche, la multiplication des ambitions présidentielles commence à semer le trouble. L'entrée en lice de Benoît Hamon, Arnaud Montebourg ou encore Cécile Duflot aux primaires PS ou EELV inquiète Manuel Valls. Le Premier ministre exhorte la gauche, dans un entretien publié par l’Express, à être consciente qu'elle peut être éliminée dès le premier tour en 2017. Concernant les ambitions d'Emmanuel Macron et leur récent différend, il assure n'avoir aucun désaccord avec ce dernier. Même si le Premier ministre se targue d'être, contrairement au ministre de l'Économie, socialiste. Pour rappel, en juillet, Manuel Valls avait invité Macron à ne pas céder aux sirènes du populisme, déclenchant une polémique.
MONTEBOURG DEVANT HOLLANDE
S’agissant d’Arnaud Montebourg, candidat à la présidentielle de 2017, il se confirme qu’il se verrait bien contourner la primaire. Même si un sondage secret commandité par la rue de Solferino fait apparaître qu’il battrait haut la main François Hollande avec 53 % de votes positifs. Arnaud Montebourg a longtemps défendu le principe de la primaire au Parti socialiste, et a d’ailleurs participé à celle qui était organisée pour la présidentielle de 2012. Mais en privé il se montre très réservé sur les modalités d’organisation de la prochaine primaire de janvier 2017. Et il se pourrait finalement que celle-ci n’ait pas lieu. Surtout si François Hollande n’est pas candidat. Ce qui dépendra, non pas de la courbe du chômage mais de sa capacité à être présent au second tour.
Sur le front de l’emploi, pourtant les choses s’améliorent doucement. Après deux mois de hausse, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a baissé au mois de juillet, selon les chiffres du ministère du travail. Les personnes sans aucune activité et tenus de rechercher un emploi sont 19 100 de moins qu’en juin, soit une baisse significative de 0,5 %. L’embellie tant attendue par François Hollande semble bel et bien là. Ainsi le nombre de demandeurs d’emplois inscrits en catégorie A a-t-il baissé de 75 000 depuis janvier. Moins impressionnant mais tout de même significatif : il a diminué de 44 100 sur un an, soit moins de 1,2 %. Au total, toutes catégories confondues, le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi, en métropole, est de 6,182 millions de personnes.
ARBITRAGES BUDGETAIRES
Si certains attendaient les chiffres du mois d’août pour avoir une idée plus précise des hypothèses sur lesquelles travaille le gouvernement pour le prochain budget, notamment en matière de fiscalité, ils ne sont pas plus avancés. Pour Michel Sapin, la priorité pour l’élaboration du dernier budget du quinquennat demeure le respect des équilibres budgétaires. Or une nouvelle mesure de baisse de l’impôt sur le revenu, pour qu’elle soit visible et perceptible par les bénéficiaires, coûte cher : au minimum 2 milliards d’euros. Entre Matignon et Bercy, il y a donc un clair désaccord sur la forme possible d’une baisse d’impôt. Malgré tout d’autres pistes continuent à être étudiées. L’une consisterait à augmenter le montant de la prime d’activité, qui, depuis janvier, s’est substituée à la prime pour l’emploi et au RSA activité. Une des pistes porterait sur une baisse de la CSG appliquée aux retraités modestes.
Cette année, Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine, était au cœur de toutes les attentions, lors du symposium annuel de Jackson Hole aux États-Unis. Réunis jeudi, vendredi et samedi, les principaux banquiers centraux de la planète ont largement devisé sur l’économie mondiale. Les États-Unis sont capables de supporter un nouveau durcissement monétaire. C'est ce qu'a laissé entendre, vendredi, la présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, à l'occasion de cette rencontre. La légitimité d'une hausse des taux s'est renforcée ces derniers mois, a-t-elle lâché, en citant tout à la fois la bonne tenue de l'emploi et des prévisions de croissance plus optimistes. La Fed pourrait relever ses taux directeurs -aujourd'hui compris entre 0,25% et 0,5%- dès sa prochaine réunion, le 21 septembre.
LE SCANDALE SOLOCAL S’AMPLIFIE
Mercredi, après des mois de tension entre EDF et le gouvernement, un accord a été trouvé sur le montant de l’indemnisation, 400 millions d’euros, qui sera versée à l’électricien public en contrepartie de la fermeture de Fessenheim. Le dossier bloquait sur l’évaluation du manque à gagner subi par EDF et donc le montant de son indemnisation. Ségolène Royal proposait de verser de 80 millions à 100 millions d’euros, un montant jugé insultant au siège du groupe, qui tablait sur 2 milliards à 3 milliards, un rapport parlementaire évaluant même à 4 milliards les contreparties nécessaires à l’arrêt de Fessenheim. Les négociations ont duré tout l’été pour aboutir aux 400 millions versés en deux fois : 100 millions à la fermeture effective de Fessenheim en 2019, quelques mois après le démarrage de Flamanville, suivi l’année suivante des 300 millions restants. A cela s’ajouterait une part variable, versée dix à quinze ans plus tard. L’accord sera soumis le 14 septembre au comité central d’entreprise. En fin d’année ce sera aux administrateurs d’entériner cette maigre compensation. Avec sans doute à la clé le recours de petits porteurs qui auront le sentiment légitime d’être floués.
Toujours du côté des petits porteurs, ceux de SoLocal (ex-Pages Jaunes) font de plus entendre leur colère, accusant la société de les spolier via une opération de recapitalisation à bas prix. Ils viennent de réclamer à l’Autorité des marchés financiers le lancement d’une enquête sur une communication financière jugée défaillante. SoLocal avait annoncé début août une nouvelle restructuration de sa dette via notamment le lancement d'ici la fin de l'année de deux augmentations de capital pour un montant total de 784 millions d'euros : une augmentation de capital de 400 millions d’euros destinée aux actionnaires (au prix de 1 euro par titre) et une augmentation de capital de 384 millions réservée pour les créanciers, via des compensations de créances.
Ce projet, visant à diviser la dette du groupe par 3, à 400 millions d'euros, réduirait à 10% le poids des actionnaires existants dans le capital, sauf à ce qu’ils puissent réinvestir massivement, ceci étant dans la plupart des cas impossible à des personnes physiques ayant perdu tout ou partie de leur épargne parce qu’il l’avaient confiée à Solocal a dénoncé l'association. Elle a jugé que l’opération favoriserait les créanciers et serait "insultante pour les actionnaires" existants, qui "seraient les seuls à faire des sacrifices", selon elle, rappelant les 440 millions d'euros apportés à SoLocal lors de sa précédente restructuration financière en 2014.
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