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Yves de Kerdrel
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Le futur duel Hollande-Sarkozy s’installe peu à peu
par Yves de Kerdrel
Alors que l’ancien Président de la République devrait annoncer sa candidature jeudi prochain, et quitter en même temps la présidence des Républicains, François Hollande ne cache plus son envie d’être candidat en 2017. Au moment même où Arnaud Montebourg annonce sa propre candidature, après que Benoit Hamon lui ait coupé l’herbe sous le pied la semaine passée.
C’est une information peu surprenante, mais qui va animer cette rentrée politique. François Hollande dit avoir envie de se représenter en 2017, mais il prévient qu’il n’envisage de sauter le pas que s’il y a une possibilité de victoire, dans un ouvrage des journalistes Antonin André et Karim Rissouli, en librairie vendredi 19 août. Et d’ajouter : « Si je perds, j’arrête la politique. » Interrogé sur son bilan, le président évoque les valeurs qu’il a défendues. Estimant avoir tenu le pays en engageant les forces françaises au Mali ou en Centrafrique et face aux attaques djihadistes, le chef de l’Etat considère qu’il est devenu président dans le regard de beaucoup de gens lors des attentats qui ont frappé la France en 2015 et en 2016. François Hollande assure également avoir réglé la question de la trace qu’il laissera dans l’histoire, à travers ces circonstances mais aussi avec le mariage pour tous ou la loi Macron.
Coïncidence ou bonne coordination : le Parti socialiste distribue depuis début juin un dépliant intitulé Révélations sur le quinquennat Hollande qui présente l’action gouvernementale depuis 2012 sous un jour favorable, vantant la gauche qui redresse le pays. Ce tract dit vrai sur un point : la croissance est repartie à la hausse en France par rapport à une année 2012 quasi-nulle. Mais la gauche va un peu vite en écrivant que l’objectif de 3 % de déficit en 2017 devrait être atteint. De même, le tract en question annonce moins 300 à moins 1200 euros d’impôts pour 12 millions de Français depuis 2015. L’Insee estime de son côté que 19,2 millions de ménages ont vu leurs charges fiscales et sociales augmenter en 2014, contre 4,8 millions qui les ont vues diminuer. De manière plus large, la part des prélèvements obligatoires a augmenté de 2012 (43,8 % du PIB) à 2014 (44,8 %), avant de baisser légèrement en 2015 (44,7 %), selon l’Insee.
LE MATCH HAMON-MONTEBOURG
Une chose est sûre : à gauche la campagne présidentielle a débuté soit pour la primaire socialiste, soit pour l’échéance de mai 2017. Benoît Hamon a annoncé, mardi dernier, sur le plateau du 20 heures de France 2, sa candidature à la primaire organisée par le Parti socialiste (PS) en janvier 2017. A 49 ans, il aurait donc décidé de rouler enfin pour lui. S’il se déclare si tôt alors que sa candidature se prépare en coulisses depuis plusieurs semaines, c’est surtout pour prendre de court médiatiquement son principal concurrent au sein du PS, Arnaud Montebourg. Il est persuadé qu’il peut être en 2017 l’homme du rassemblement de la gauche déçue par le quinquennat de François Hollande. Les 27 et 28 août, Benoit Hamon doit réunir ses soutiens à Saint-Denis pour un meeting de lancement de sa campagne. Il devrait afficher à ses côtés les membres de son courant « Un monde d’avance », plusieurs parlementaires socialistes frondeurs, ainsi qu’une partie des troupes du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) et du syndicat étudiant UNEF.
Ce n’est un secret pour personne : Arnaud Montebourg doit officialiser, aujourd’hui, sa candidature à l’élection présidentielle, dimanche, lors de sa traditionnelle fête de rentrée de Frangy-en-Bresse. Selon les informations de WanSquare, Arnaud Montebourg devrait en revanche laisser planer le doute sur sa participation à la primaire organisée par le Parti socialiste en janvier 2017 pour désigner son candidat à la présidentielle. Contrairement à Benoît Hamon, qui a annoncé qu’il y concourra, l’ancien ministre rechigne pour l’instant à s’y présenter, craignant que ce scrutin interne soit verrouillé par la Rue de Solférino pour favoriser la mise sur orbite de François Hollande.
MONTEBOURG NE VEUT PAS DE PRIMAIRE
Car Arnaud Montebourg vise en réalité plus haut qu’une simple bataille entre socialistes. Il veut incarner, en 2017, l’homme capable de rassembler tous les déçus du hollandisme. Pas question pour lui de se limiter à être seulement le candidat des frondeurs du PS. Il veut représenter une alternative beaucoup plus large, celle d’une gauche républicaine qui ne court pas vers le centre comme Hollande et Valls, mais qui veut changer de système. Suivant ce raisonnement, les partisans de l’ancien patron de Bercy assurent ne pas être inquiets de l’entrée en lice de Benoit Hamon. Pour eux, l’ex-ministre de l’éducation nationale ne fait pas le poids politiquement comparé à leur champion.
Durant l’été, le futur candidat a récolté, par le biais de sa plate-forme participative « Le Projet France », des idées pour sa campagne. Son livre programme, sans cesse repoussé, est désormais annoncé pour la fin de l’année. Mais, dès aujourd’hui, à Frangy-en-Bresse, Arnaud Montebourg devrait avancer des propositions tous azimuts, y compris en matière de géopolitique, en dénonçant par exemple le positionnement trop atlantiste à ses yeux des quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Avant l’été, une enquête de l’institut Elabe avait souligné que la marche est encore longue pour Arnaud Montebourg : il y était certes crédité de 17 % d’opinions favorables auprès des sympathisants de gauche, mais contre 32 % pour François Hollande.
EMMANUEL MACRON SUR LE DEPART
Quant à Emmanuel Macron, qui a poussé le vice, cette semaine, à rendre visite à Philippe de Villiers au Puy du Fou, il n’entend pas rester sur le bord de la route. La rentrée politique du fondateur d'En marche attendra encore un peu. Autour de la mi-septembre, selon ses proches. Le temps que la majorité et l'opposition, qui engagent toutes deux des primaires, fassent leur rentrée. Emmanuel Macron doit trouver son espace à l'aube de la campagne présidentielle, alors qu'il ne lève toujours pas le doute sur ses intentions. Lancé début avril, En marche va entrer dans une nouvelle phase : la restitution des résultats de la « grande marche » qui a eu lieu au printemps, au cours de laquelle les militants sont allés à la rencontre des Français. Le mouvement, qui revendique quelque 55.000 adhérents a récolté 100.000 questionnaires, dont l'analyse prend fin. Tout cela devrait le conduire à quitter le gouvernement avant son prochain meeting, donc dans le mois qui vient.
A droite l’actualité est concentrée sur la prochaine déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite et du centre. Celle-ci pourrait bien avoir lieu jeudi prochain à Chateaurenard dans les Bouches-du-Rhône. Cette annonce sera-t-elle déclinée sous plusieurs formes ? Facebook, tribune dans la presse ? Il est fort probable que Nicolas Sarkozy ne se contente pas seulement d'un meeting. Le 25 août est la date limite imposée par les statuts pour quitter la présidence du parti s'il veut participer à cette compétition de la droite. Laurent Wauquiez, vice-président devrait lui succéder à la tête des Républicains. Nicolas Sarkozy lui quittera ses bureaux du 15ème arrondissement parisien pour investir son état-major de candidat situé au 213 rue de l'Université, dans le 7ème arrondissement de la capitale, loué 400.000 euros jusqu’en mai 2017.
SARKOZY ATTENDU POUR UNE GUERRE ECLAIR
Pour beaucoup l’ancien chef de l’état devrait mener une guerre éclair en profitant du dégonflement de la bulle Juppé dans les sondages. Déjà Bruno Le Maire a pris contact avec lui dans l’optique d’un ralliement en échange de Matignon. Ce que François Baroin apprécie peu. Quant à François Fillon, il a fait passer le message qu’il était prêt à prendre la Présidence de l’Assemblée Nationale. Malgré tout chacun fera sa rentrée. Après NKM à Hossegor le 14 août Alain Juppé organise une rencontre avec ses supporters le 27 août à Chatou et François Fillon fait de même à Sablé-sur-Sarthe le 28 août. Restée relativement silencieuse durant les congés d'été, Marine Le Pen, officiellement candidate à la présidentielle, fera quant à elle sa rentrée à Brachay, en Haute-Marne le 3 septembre.
Par ailleurs, si Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Fillon et Bruno Le Maire ont confirmé leur participation au campus des jeunes Républicains de La Baule les 3 et 4 septembre, le programme leur évite soigneusement de se rencontrer : Fillon est attendu samedi matin, Juppé samedi soir et Sarkozy dimanche matin. Aucun débat, aucune rencontre, ni même échange informel n'aura donc lieu entre les quatre principaux candidats à la primaire. À quelques jours du dépôt des parrainages pour la primaire, ce sera la véritable rentrée politique des Républicains, sous l’instigation de Bruno Retailleau.
CHIFFRES ENCOURAGEANTS SUR L’EMPLOI
Peu d’actualité sur le plan économique. Jeudi, l’Insee a publié des chiffres plus qu’encourageants sur le taux de chômage dans l’Hexagone : selon l’Institut national de statistiques, au deuxième trimestre, ce chiffre a atteint 9,6 % de la population active en métropole et 9,9 % dans la France entière. Soit un recul de 0,3 % en trois mois. Le nombre de personnes sans emploi atteint donc, selon l’Insee, 2,8 millions de personnes, soit 74 000 de moins qu’au premier trimestre. Mieux, en un an, celui-ci a reculé de 0,5 %, pour atteindre des niveaux jamais vus depuis le quatrième trimestre 2012 (où le taux de chômage s’établissait à 9,7 %). Bien que sensiblement différents, ces chiffres sont en ligne avec ceux publiés par Pôle emploi : certes les chiffres qu’a publiés l’institution ces deux derniers mois sont à la hausse, mais, vu sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi a baissé de 27 000, selon ses chiffres. Contre 133 000 pour l’Insee.
Parmi les chiffres publiés jeudi, un a attiré l’attention de la plupart des économistes : l’augmentation du halo du chômage, qui compte 100 000 personnes de plus depuis le troisième trimestre 2015. Cet indicateur, qui compte les personnes sans activité qui ne recherchent pas d’emploi ou encore les temps partiels subis, est, selon eux, trop élevé. En fait, ce sont des personnes qui peuvent être découragées, car elles sont au chômage depuis bien trop longtemps. Résultat, l’Insee ne les intègre pas dans ses calculs étant donné qu’elles ne déclarent pas rechercher un emploi.
L’AIR LIQUIDE VOIT SA PLACE DE LEADER MENACEE
Autre élément d’actualité : la fréquentation touristique a rechuté au deuxième trimestre en France sous les effets d'une météo maussade et d'un faible nombre de jours fériés, même si l'Euro de football a permis de limiter les dégâts dans les villes de province qui ont accueilli des matches, selon les données publiées vendredi par l'Insee. Le nombre de nuitées dans les hébergements touristiques a ainsi chuté de 4,8%, à 92,4 millions, sur avril-juin par rapport à la même période de l'an passé, après une hausse révisée à 1,1% au premier trimestre 2016. La baisse a été particulièrement marquée pour les nuitées étrangères (-8,5% contre -2,7% au 1er trimestre), atteignant une ampleur comparable à celle du 4e trimestre 2015, qui a été impacté par les attentats de Paris et de Saint-Denis. La fréquentation des seuls hôtels a reculé de 3,5%, effaçant son rebond du 1er trimestre (+1,9%). La clientèle étrangère, en baisse pour le troisième trimestre consécutif, s'est encore contractée de 7,3%.
Du côté des entreprises, la seule nouvelle importante réside dans l’annonce par l’allemand Linde de son intention de fusionner avec l’américain Praxair, remettant ainsi en cause la place de numéro un mondial des gaz industriels d’Air Liquide. Le Wall Street Journal avait le premier vendu la mèche. Les discussions sont en cours et n’ont encore conduit à aucun résultat concret, selon les communiqués des deux entreprises. Il n’est donc pas possible d’anticiper à l’heure actuelle si, ou dans quels termes, une transaction se matérialisera. Linde et Air Liquide ont longtemps été au coude à coude sur le marché des gaz industriels, utilisés dans le domaine médical et dans une multitude de processus industriels, de la chimie à l’électronique en passant par l’agroalimentaire et l’énergie. Le français a détrôné l’allemand du premier rang mondial avec l’acquisition, bouclée à la fin de mai, de l’américain Airgas, qui devrait porter son chiffre d’affaires annuel à quelque 20 milliards d’euros. Si Linde et Praxair font affaire, leur union créerait une entreprise pesant plus de 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
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