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Yves de Kerdrel

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Le match Juppé-Hollande paraît peu probable
par Yves de Kerdrel

Deux ans après sa déclaration de candidature, Alain Juppé est aujourd’hui dans la tourmente. Après avoir été porté par les sondages, il s’aperçoit qu’il n’a pas de soutiens et intervient sur l’actualité à contretemps. Cela relance la bataille à droite à quinze jours de l' entrée en compétition de Nicolas Sarkozy. Dans un contexte où les français recherchent de l’autorité de l’énergie et des convictions.

07/08/2016 - 06:56 Temps Lecture 13 mn.

Rien ne va plus pour François Hollande qui comptait sur cet été pour se remettre en selle en vue des élections de 2017. Les attentats terroristes ont fait apparaître son incapacité à anticiper les dangers qui nous menacent. La croissance qu’il anticipait s’est évanouie tout d’un coup. Et les bleus n’ont pas gagné l’Euro. De fait le Président ne prendra pas de vacances en dehors de petits séjours au Pavillon de la Lanterne, d’une probable escapade dans le sud chez Pierre Lescure ou Jean-Pierre Jouyet et d’un passage en Corrèze. Déjà le week-end dernier, il a été passer trois jours dans la propriété de la famille Gayet, beau château dans le Gers, très fortement protégé pour l’occasion (300 CRS). Le but était de mettre un terme aux rumeurs d’une rupture entre le Chef de l’État et l’actrice Julie Gayet.

Il reste que la confiance des Français en François Hollande et Manuel Valls est quasiment stable à un niveau très bas après les attentats de Nice et Saint-Étienne-du-Rouvray, selon un sondage Elabe publié jeudi. Seules 17% des personnes interrogées font confiance au chef de l'État pour affronter les problèmes qui se posent au pays, contre 78% qui sont d'un avis contraire. La cote du premier ministre reste stable par rapport au mois précédent, avec 20% des Français interrogés qui lui font confiance, contre 75% d'un avis contraire.

JUPPE ENREGISTRE UNE CHUTE RECORD

Toujours en tête du classement des personnalités avec 44% d'opinions positives, Alain Juppé enregistre quant à lui une baisse sensible (-5). Mais ses difficultés ne profitent guère à ses concurrents pour la primaire à droite de novembre: François Fillon perd 3 points à 30%, Bruno Le Maire est stable à 28% et Nicolas Sarkozy gagne un point à 26%. L'ancien chef de l'État progresse en revanche de 4 points auprès des sympathisants de la droite et du centre, à 57%. Alain Juppé perd également 5 points auprès de cette tranche de l'électorat, tout en conservant un net avantage sur ses concurrents avec 74% d'opinions favorables. François Fillon (60%, -2) et Bruno Le Maire (55%, -6) sont également en baisse auprès des sympathisants de droite.

Mais lorsque l’institut de sondages Elabe s’intéresse à ce que pensent les seuls sympathisants des Républicains, ces derniers placent Nicolas Sarkozy en tête avec 74 % d'opinions favorables, devant Alain Juppé, qui perd 11 points et émerge à 70 % d'images positives. Ce sondage a provoqué une vive secousse dans le clan Juppé conscient que son candidat est désormais sur un toboggan depuis trois mois. La responsable de sa communication a été licenciée. Mais le problème vient d’abord du Maire de Bordeaux, jugé excessif dans sa réaction après l’attentat de Nice, absent au moment de l’assassinat du Père Hamel et incompréhensible dans sa position sur le financement d’un islam de France.

LES PROPHETIES DU JUGE TREVIDIC

C’est dans un peu plus de deux semaines que Nicolas Sarkozy devrait enfin annoncer sa candidature pour la primaire de la droite et du centre. Il bénéficie pour cela d’un parfait alignement des planètes, avec des sondages qui ne cessent de se retourner en sa faveur, des déclarations sécuritaires applaudies par les français, des ralliements de tous bords, y compris de proches de Jean-François Copé comme Christian Jacob, et une campagne très courte de trois mois qui va lui permettre de faire une guerre éclair alors que François Fillon n’arrive pas à émerger et qu’Alain Juppé ne fait plus recette. Les discussions auraient même déjà commencé s’agissant des ralliements. Bruno Le Maire serait déjà prêt à rallier Sarkozy. Et même François Fillon auquel a été promis la présidence de l’assemblée nationale.

L’ancien chef de l’état va réapparaître à un moment où les français sont en demande d’autorité, d’énergie et de convictions de manière à ce que la République tienne tête aux attentats terroristes qui ne vont pas manquer de se poursuivre. Neuf jours après l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray, l’ancien juge anti-terroriste Marc Trevidic a prévenu des dangers qu’encourt la France face à la menace de l’organisation État islamique dans une interview à la télévision belge. Selon lui l’année va être épouvantable avant les élections présidentielles. La tentation pour l'organisation terroriste état islamique va être très grande de s'en prendre au pays. Son espérance à moyen terme, c'est l'essoufflement suite au degré d'horreur. Mais il estime que cela peut durer dix ans.

HOLLANDE PRESSE D’EN DECOUDRE

Au sujet de l'un des deux auteurs de l'attentat lors duquel le prêtre Jacques Hamel a été assassiné, le juge antiterroriste a rappelé qu'il est celui qui l'a auditionné et fait emprisonner après sa tentative de partir en Syrie. La première fois qu’il l’a vu, il avait voulu partir en Syrie. Il venait tout juste d'être majeur pendant la garde à vue. Il s'entourait de personnes plus jeunes que lui. Il avait tenté de partir avec quelqu'un de 15 ans qui y était parvenu. Il était en contact avec beaucoup de jeunes filles plus jeunes pour qu'elles partent avec lui en Syrie. Elles n'avaient que 14,15 ou 16 ans maximum. Donc, il était dans l'immaturité la plus totale. Complétant le profil du tueur, Marc Trévidic dépeint un jeune homme déterminé qui voulait à tout prix partir faire le djihad au sein de l'État islamique.

Malgré ce contexte troublé, François Hollande n’a pas caché lors d’un diner avec la presse présidentielle son envie de remonter sur le ring. Il s'est d'ailleurs livré à une véritable déclaration d'amour à la politique. Le chef de l'État en a profité pour envoyer une pique déguisée à son ambitieux ministre de l'Économie qui rêve de concourir à sa place en 2017. Il a fustigé ainsi ceux qui assurent pouvoir faire de la politique autrement.

Au lendemain du meeting d’Emmanuel Macron, à la Mutualité le 12 juillet, le chef de l'État avait sérieusement envisagé de le faire sortir du gouvernement. François Hollande a hésité longtemps, jusqu'au matin du 14 juillet, soit quelques heures à peine avant son intervention télévisée. Mais, jugeant que Macron serait plus dangereux à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'équipe ministérielle, il avait finalement renoncé. Mardi soir, le président a laissé entendre qu'il n'hésiterait plus en évoquant d'éventuels nouveaux meetings. Sous les habits régaliens d'un président qui se veut garant de la sécurité des Français et de l'unité nationale, l'éventuel candidat n'était jamais loin, même si le chef de l'État a refusé de se dévoiler.

LA BOE DEPLOIE LE GRAND JEU

En aparté, le chef de l'État a décoché quelques flèches contre ses adversaires de droite. Il a jugé que Nicolas Sarkozy avait été trop vite et trop loin dans ses critiques de l'exécutif après Nice. Il a également critiqué la position d'Alain Juppé, qui a semblé chercher le bon positionnement - sans jamais le trouver - au lendemain des deux attentats de juillet. Pendant toute cette rencontre, François Hollande a donc joué au chat et à la souris avec la presse dès qu'il s'agissait de ses intentions présidentielles, qu'il dévoilera avant la fin de l'année. Quoi qu'il en soit avant le 15 décembre, date de clôture des candidatures à la primaire de la gauche.

Au chapitre économique il faut noter que le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, a sorti le grand jeu pour tenter de réduire l'incertitude qui s'est creusée depuis la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne, le 23 juin dernier. Décidés à agir vite pour écarter le spectre de la récession qui hante les milieux d'affaires, les membres du Comité de politique monétaire ont utilisé toute la gamme - ou presque - des instruments de politique monétaire à leur disposition : pour la première fois depuis 2009, ils ont décidé à l'unanimité de réduire le taux directeur, d'un quart de point au niveau historiquement bas de 0,25 %, dans le but d'améliorer les conditions de financement pour les ménages et les entreprises. Ce dernier pourrait être abaissé à près de zéro d'ici à la fin de l'année si nécessaire.

LA JOB MACHINE AMERICAINE A PLEIN REGIME

La banque centrale a par ailleurs décidé d'augmenter de 60 milliards de livres (71 milliards d'euros) les liquidités dans l'économie via son programme d'achat d'obligations d'État. 10 milliards supplémentaires seront investis en achats d'actifs d'entreprises. Un revival d'une pratique initiée au tout début de la crise financière de 2009 mais largement abandonnée depuis. Au total, l'assouplissement quantitatif est porté à 445 milliards de livres. Enfin, un système de financement est relancé pour fournir aux banques des fonds bon marché. Ce déploiement de force révèle une profonde inquiétude du gouverneur sur l'impact du Brexit. Le choc de l'annonce d'un retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne a provoqué, outre la chute de la Livre, de 10 % en moyenne depuis le 23 juin, un net repli de l'activité dans l'industrie, la construction et les services et donné un coup au moral des consommateurs.

Pourtant, contrairement à nombre d'économistes, il ne voit pas le pays plonger dans la récession. S'il a revu nettement en baisse sa prévision pour 2017 à 0,8 % au lieu des 2,3 % prévus en mai, il compte sur le maintien de la croissance à 2 % cette année. Même s'il se dit convaincu que sans cette palette de décisions, la croissance serait moindre et le chômage plus élevé, il a ajouté que la Banque d'Angleterre ne peut pas totalement compenser l'important choc structurel que représente la sortie du Royaume-Uni de l'UE. La tâche la plus importante c'est évidemment la négociation de sortie avec les pays européens.

Par ailleurs les créations d'emplois ont connu une poussée surprise en juillet aux États-Unis, sous l’impulsion des services aux entreprises. L'économie américaine a créé 255.000 emplois de plus qu'elle n'en a détruits le mois dernier, alors que les analystes tablaient sur un ralentissement à 187.000. Le taux de chômage s'est par ailleurs maintenu à 4,9% malgré une augmentation de la population active. Globalement, le nombre de personnes sans emploi aux États-Unis a reculé par rapport à juin pour s'établir à 7,8 millions en juillet. Les rémunérations, observées de près par la Fed qui voudrait voir l'inflation remonter vers un objectif de 2%, ont légèrement augmenté en juin. Le salaire horaire moyen est en hausse de 2,6% sur douze mois.

QUELLE REACTION DE L’AMF FACE AU SCANDALE SOLOCAL

Du côté des entreprises, en dehors de publications de résultats semestriels assez satisfaisants dans l’ensemble ce mois d’août est marqué par l’affaire Solocal (ex-Pages Jaunes). L'action du spécialiste de la communication a fortement chuté après que le groupe a dévoilé lundi soir un projet de restructuration financière visant à réduire sa dette brute des deux tiers, via une augmentation du capital avec maintien du droit préférentiel de souscription (DPS) des actionnaires d'un montant de 400 millions au prix de souscription de 1 euros par action. Solocal a également annoncé une compensation de créances conduisant à une augmentation de capital réservée à l'ensemble des créanciers. Si l'augmentation de capital avec maintien du DPS des actionnaires est entièrement souscrite en cash. Cette augmentation de capital réservée serait d'un montant de 384 millions d'euros et le prix de souscription de 4,73 euros par action.

Il faut encore que ce projet bizarrement annoncé dans la torpeur de l’été soit approuvé par la nouvelle mandataire ad hoc et par les actionnaires. Or contrairement à ce qu’affirme la société, la plupart des porteurs, qui sont des petits actionnaires sont opposés à cette spoliation. RegroupementPPlocal, qui réunit plus de 1100 actionnaires de la société détenant près de 10 % du capital, le juge inacceptable et totalement déséquilibré. L’association, qui a des contacts étroits avec l’Autorité des Marchés Financiers souligne à juste titre que les actionnaires actuels seraient les seuls à faire des sacrifices. De leur côté Arnaud Marion, le redresseur de Doux et Didier Calmels, continuent d’acheter des actions au fil de l’eau pour joindre leurs forces à celles des petits porteurs et empêcher ce « vol à l’étalage ».

Désormais le marché attend une communication officielle de l’AMF sur ce projet d’opération, sur la manière dont Solocal a donné des informations contradictoires au marché depuis plus d’un an (l’été dernier le titre valait 17 euros). Par ailleurs il serait bon que la lumière soit faite sur les pratiques de Natixis. D’un côté les analystes de la banque estiment à 30 euros par action la valeur de la société. De l’autre côté les dirigeants de la banque (dont la filiale DNCA possède près de 5 % du capital) auraient signifié aux petits porteurs qu’ils feraient passer leur rôle de créancier avant celui de gestionnaire pour compte de tiers. Ce qui pose un problème déontologique grave et constitue même un cas d’école pour la place, si cette attitude est avérée.

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