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Yves de Kerdrel

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Après la terreur, la crise politique
par Yves de Kerdrel

L’horrible attentat qui a fait 84 morts à Nice le jour de la fête nationale provoque une immense colère plus que l’unité nationale. La Commission d’enquête sur le Bataclan comme le directeur de la DGSI avaient pourtant prévenu un tel scénario. Après son numéro d’autocongratulation cette nouvelle frappe sur notre sol pose le problème de la compétence du trio Hollande-Valls-Cazeneuve.

17/07/2016 - 07:28 Temps Lecture 13 mn.

Il était un peu plus de 22 h 30, jeudi 14 juillet, quand un camion blanc a foncé vers la foule massée sur la promenade des Anglais, à Nice. Une expédition meurtrière longue de 1 700 mètres, depuis l’hôpital Lenval jusqu’à l’Hôtel Westminster. Son objectif : faucher un maximum de vies. Selon un bilan non définitif communiqué par le ministère de l’intérieur, 84 personnes sont mortes parmi lesquelles plusieurs enfants. Une cinquantaine de personnes se trouvaient vendredi 15 juillet entre la vie et la mort auxquelles s’ajoutaient une cinquantaine de blessés légers et 120 autres personnes impliquées, choquées ou prises en charge par les secours.

Revenu en urgence d’Avignon, où il menait désormais sa double vie privée avec Audrey Azoulay et prenant la parole à Paris quelques heures après les faits, le président de la République a évoqué une attaque dont le caractère terroriste ne peut être nié, annonçant la prolongation de trois mois de l’état d’urgence, qui devait s’achever le 26 juillet. Toutefois, vendredi matin, aucune revendication ne permettait d’étayer le caractère terroriste de l’attaque.

DES BALLES SANS EFFET SUR LE PARE-BRISE

Le chauffeur du poids lourd a été abattu par deux gardiens de la paix de la Brigade spécialisée de terrain, une unité de la police nationale. Certains témoins ont évoqué des échanges de tirs. Le conducteur aurait pu faire usage d’un pistolet 7.65 tandis que des images montraient le pare-brise du camion criblé d’impacts de balles. A l’intérieur, des grenades non amorcées et des armes factices ont été découvertes. Mais le pire c’est que pas une balle tirée par les forces de l’ordre – du 9 millimètres – n’a pu transpercer le pare-brise du camion. C’est ce qui a permis au camion de faire 1.700 millimètres en toute tranquillité et qui en dit long sur la faiblesse de nos munitions.

Bien sûr il y a l’horreur de ce drame, la douleur des familles, et le temps du deuil. Mais pour la plupart des français, c’est l’attentat de trop. Celui qui n’aurait pas dû arriver. Parce qu’on était un 14 juillet. Parce que Nice est connue pour être une ville sûre. Parce que la Commission d’enquête du Bataclan qui a rendu son rapport complet deux jours plus tôt avait pointé du doigt les faiblesses de notre dispositif de renseignement et de protection, s’attirant des réponses méprisantes de Bernard Cazeneuve. Parce que le Directeur de la DGSI avait récemment évoqué à l’Assemblée Nationale ce scénario d’un camion fou, tout comme le Général Gomart, directeur du renseignement militaire.

VERS LA CRISE POLITIQUE ?

Le pire c’est que quelques heures plus tôt le Chef de l’état avait annoncé à la fois la prochaine levée de l’état d’urgence et l’envoi de troupes à Mossoul. Alors que c’est exactement le contraire que les français attendent. C’est-à-dire une sorte de Patriot Act à la française et l’envoi de troupes sur notre territoire pour protéger nos concitoyens. Très vite des appels à la fermeté et à la vigilance ont été lancés par des ténors de l’opposition. A commencer par Nicolas Sarkozy. Suivi par François Fillon et un Alain Juppé, pour la première fois très critique sur le dispositif sécuritaire mis en place par le trio Hollande-Valls-Cazeneuve.

Tout cela laisse augurer une confrontation politique prochaine sur les responsabilités sécuritaires de l’exécutif. L’ancien maire de Nice, Christian Estrosi, s’est, pour sa part, montré beaucoup plus offensif à l’égard du gouvernement. « Il faut un sursaut. Je le demande au gouvernement », a déclaré, sur France Inter, vendredi matin, le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Si l’heure n’est pas à la polémique, je me pose bien sûr des questions, a attaqué M. Estrosi. Pourquoi l’État a-t-il annoncé jeudi à midi la levée de l’état d’urgence et décidé hier soir qu’il faut le prolonger de trois mois ? Tout ça me paraît bien désordonné. »

MACRON – VALLS : 1 - 0

L’union sacrée qui avait prévalu dans les jours suivant les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher n’est donc plus qu’un lointain souvenir. Terminés aussi les marches blanches, les bougies ou l’esprit de Charlie. Les Français ne sont pas en colère seulement contre les terroristes, mais contre les politiques qu’ils ne jugent pas à la hauteur de la situation. Quelques heures auront donc suffi pour enterrer l’exercice d’autocongratulation fait par François Hollande juste après le défilé du 14 juillet.

En revanche, comme nous l’avions annoncé il y a une semaine, Manuel Valls qui s’est beaucoup battu pour qu’Emmanuel Macron soit débarqué du gouvernement n’a pas obtenu gain de cause. Non seulement le Ministre de l’Économie a réussi son meeting de la Mutualité. Non seulement il est toujours Ministre. Mais en plus le recadrage de François Hollande était ridiculement faible. Ce qui témoigne de son déficit d’autorité. Il reste que le fondateur de « En Marche ! » pense bien à partir de manière à être plus audible. Pas maintenant dans cette ambiance de sang. Mais peut-être juste avant le mois de septembre, avant que la vie politique soit polluée par la primaire de droite.

SARKOZY A TROUVE SES LOCAUX

Justement celle-ci se précise de jour en jour. Il est clair désormais que Nathalie Kosciusko-Morizet n’aura pas ses parrainages (elle en est à six) et qu’il n’y aura donc que 5 ou six candidats : Alain Juppé, Jean-François Copé, François Fillon, Hervé Mariton et Nicolas Sarkozy. Selon les informations de WanSquare celui-ci aurait trouvé des locaux de campagne Rue de l’Université dans le dos du Musée du Quai Branly. Le bail serait sur le point d’être signé. Par ailleurs l’ancien chef de l’état pourrait voir se rallier à lui Nadine Morano et Geoffroy Didier. Le seul problème qu’il lui reste à régler est celui de Michèle Alliot-Marie qui veut se présenter à la présidentielle sans passer par la case primaire.

Sur le plan économique, c’est toujours le Brexit qui monopolise toutes les attentions. Fin mai, le Fonds monétaire international avait revu à la hausse sa prévision de croissance 2016 pour la France à 1,5 %, s’alignant sur l’objectif du gouvernement. Mardi 12 juillet, il a abaissé son estimation pour l’an prochain, estimant que le Brexit devrait amputer la croissance française d’environ un quart de point de produit intérieur brut. L’institution de Washington mise désormais sur une progression du PIB proche de 1,25 % en 2017, a-t-elle indiqué à l’occasion de la publication de son évaluation annuelle de l’économie hexagonale.

LE BREXIT PESERA SUR NOTRE CROISSANCE

L’impact du Brexit devrait être marginal en 2016. Mais en 2017, il pèsera via deux canaux : une incertitude et une volatilité plus élevées sur les marchés financiers, générant une reprise plus lente de l’investissement privé, et un affaiblissement des exportations en raison de la moindre croissance du Royaume-Uni et d’autres pays européens, si l’on se fie aux explications du FMI. L’impact sur la consommation, moteur de la reprise française, devrait toutefois rester limité à court terme. Mais ces prévisions ne valent que si les conditions sur les marchés financiers restent stables et que l’exposition des banques françaises au Royaume-Uni demeure limitée, a prévenu le Fonds.

L’institution dirigée par Christine Lagarde avait déjà révisé la semaine dernière sa prévision de croissance pour la zone euro en 2017, à 1,4 %, contre 1,6 % auparavant, en raison principalement de l’impact négatif du Brexit. Le 7 juillet, le secrétaire d’État au budget, Christian Eckert, avait pour sa part estimé que le vote des Britanniques ferait perdre 0,1 à 0,2 point de PIB à la France, sans préciser d’horizon temporel de cette estimation.

Comme dans la version préliminaire de son rapport, sortie le 24 mai, le FMI a rappelé son diagnostic encourageant mais exigeant vis-à-vis de la France. C’est-à dire que l’économie française va mieux, mais que des efforts majeurs sont toujours nécessaires pour stimuler la création d’emplois et remettre les finances publiques sur une voie plus soutenable. Le FMI salue par ailleurs l’adoption de la loi El Khomri, qui devrait être définitivement votée d’ici à la fin du mois, appréciant le fait de préciser les critères du licenciement économique, et la primauté des accords d’entreprise sur les accords de branche en matière d’organisation et de temps de travail. Mais il table toujours sur un chômage structurel restant à un niveau élevé. C’est-à-dire incapable de descendre en dessous de 8,5.

LES RESERVES DE MOODY’S

L’autre plaie de la France, selon le Fonds, c’est sa dette. Alors que la première esquisse du budget 2017 préparée par Bercy et présentée aux parlementaires la semaine dernière table sur un déficit public de 2,7 % du PIB en fin d’année prochaine, le FMI juge que sans mesures supplémentaires, la France atteindra à peine l’objectif d’un déficit public à 3 % du PIB en 2017 avec une dette pouvant aisément dérailler, à plus de 100 % du PIB.

Un constat voisin de celui de l’agence de notation Moody’s, qui publiait également son étude annuelle sur la France, mardi. L’agence est toutefois moins optimiste en termes de croissance : elle prévoit une hausse du PIB tricolore de seulement 1,3 % cette année, et un ralentissement à 1,2 % en 2017. Selon elle, la compétitivité a été minée de longue date par des rigidités structurelles sur le marché du travail, des biens et des services, bien que le gouvernement fasse des efforts pour faire face à ces défis. Sur le Brexit, l’agence est en revanche moins alarmiste que le FMI : le vote britannique aura seulement un impact macroéconomique modeste sur l’Union européenne, et sur la France en particulier, en raison d’une exposition commerciale au Royaume-Uni limitée.

LA CHINE TOUJOURS AU RALENTI

Sur un tout autre chapitre : la croissance économique de la Chine au deuxième trimestre est restée stable, à 6,7 % sur un an, a annoncé, vendredi 15 juillet, le gouvernement chinois. Ce chiffre de croissance du produit intérieur brut est identique à celui du premier trimestre. Il est légèrement supérieur aux prévisions des analystes (6,6 %). L’économie nationale s’est développée de façon modérée mais stable et saine, a annoncé le Bureau national des statistiques, qui s’est déclaré confiant que l’objectif officiel de croissance annuelle, compris entre 6,5 % et 7 %, serait atteint. L’économie chinoise avait réalisé en 2015 son plus faible taux de croissance en vingt-cinq ans, à 6,9 %.

Enfin toujours s’agissant des suites du Brexit, la Banque d’Angleterre a décidé de laisser son taux d’intérêt directeur inchangé. Depuis mars 2009, celui-ci s’élève à 0,5 %. Au cours de l’histoire plus que tricentenaire de la banque, il n’a jamais atteint un niveau aussi faible. Pourtant, trois semaines après le séisme provoqué par le référendum, certains analystes de la City s’attendaient à une nouvelle baisse historique. L’intronisation de Theresa May à la tête de l’exécutif britannique a, semble-t-il, tranquillisé la City. Au début du mois, en pleine tempête sur les marchés, Mark Carney avait déclaré qu’un assouplissement monétaire devrait être nécessaire cet été. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre avait également annoncé un assouplissement des règles bancaires pour éviter un tarissement des crédits.

A ce moment-là, l’arrivée d’un nouveau premier ministre au 10 Downing Street n’était pas programmée avant le 9 septembre et, à la City, la fébrilité commençait à gagner du terrain. Cette semaine, l’atmosphère s’est apaisée. L’intronisation de Theresa May à la tête de l’exécutif britannique a rassuré la City et la Banque d’Angleterre. Si l’heure de l’assouplissement monétaire n’a pas encore sonné à Threadneedle Street, l’économie britannique est entrée dans une phase difficile, a confirmé l’institution dans un rapport publié jeudi 14 juillet. Le résultat du référendum a affecté la confiance des ménages et des entreprises dans l’avenir. Il a aussi provoqué un ralentissement du marché de l’immobilier. L’activité économique va s’affaiblir à court terme, a prévenu le comité de politique monétaire de la banque, qui se dit prêt à prendre toutes les mesures pour soutenir la croissance.

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