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Yves de Kerdrel
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Semaine à haut risque pour François Hollande
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’état sait qu’il ne lui reste plus que deux occasions pour recoller avec l’opinion : une éventuelle victoire de l’Équipe de France ce soir contre le Portugal en finale de l’Euro et son intervention du 14 juillet qui interviendra deux jours après le meeting très libre d’Emmanuel Macron à la Mutualité. Car le bilan de la loi travail est dramatique pour le gouvernement et la gauche.
Le message que François Hollande délivrera aux français après le défilé de ce jeudi 14 juillet sera déterminant. D’abord pour effacer ces deux séquences épouvantables du débat sur la déchéance de nationalité puis du débat sur la loi Travail qui ont divisé les français au lieu de les rassembler. Ensuite pour se replacer en Père de la Nation alors que son défaut d’autorité au cours des semaines écoulées lui a été vivement reproché. Enfin pour rassurer les français sur les conséquences du Brexit et l’avenir de l’union européenne. Dans un climat de tumulte sur les marchés qui commence à affoler les épargnants français.
Cette tâche pourrait être facilitée si, par chance, l’équipe de France gagne ce soir l’Euro de Football en finale contre le Portugal. Comme cela avait été le cas pour Jacques Chirac, alors en cohabitation, avec la victoire de l’équipe de France lors de la coupe du monde de football. Mais elle pourrait être aussi compliquée par l’intervention très individuelle d’Emmanuel Macron qui va réunir près de 2.000 adhérents à son mouvement mardi 12 juillet à 20 heures à La Mutualité. Certaines sources affirmaient que le Ministre de l’économie pourrait quitter le gouvernement à cette occasion. Mais il y a quelques jours encore ce n’était pas du tout son projet. Et il comptait bien rester à Bercy au moins jusqu’à l’automne.
LE NOUVEAU GAYET-GATE
L’autre problème qui pourrait affecter le Chef de l’État a trait à sa vie privée. Puisqu’il est de notoriété publique qu’il a été congédié par Julie Gayet il y a quelques semaines. L’actrice a définitivement quitté l’Élysée. Notamment après les rumeurs de liens étroits entre le Président de la République et Audrey Azoulay, sa ministre de la Culture, qui avait été justement présentée au Chef de l’État par Julie Gayet. Pour l’heure ces informations sont réservées à un public d’initiés parisiens. Mais la presse « people » de l’été ne va pas manquer d’en faire ses choux gras.
Une étape a été franche en tous cas avec le vote de loi travail mercredi 6 juillet en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, après l’échec des députés de gauche opposés au gouvernement à déposer une motion de censure. Ils ne sont pas parvenus à réunir les 58 signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure. Les élus de droite et du centre avaient, eux, annoncé, mardi, qu’ils n’en déposeraient pas, au motif qu’il faut cesser la mascarade et laisser la gauche régler ses comptes en son sein. Parmi les 56 signataires, figuraient les anciens ministres PS Aurélie Filippetti, Benoît Hamon, Thomas Thévenoud et l’écologiste Cécile Duflot. Au total, 27 socialistes ou apparentés, 10 ex-écologistes, 13 Front de gauche et ultra-marins, un radical de gauche et cinq non-inscrits –dont le centriste Jean Lassalle– ont paraphé un texte de censure.
DERIVES BUDGETAIRES
La direction du PS avait averti que les signataires d’une motion de censure votée seraient exclus du parti et ne pourraient donc pas obtenir leur investiture pour les élections législatives de 2017. En mai, la gauche avait déjà échoué, à deux voix près, à déposer une motion de censure du gouvernement. Le texte doit maintenant être transmis au Sénat, qui l’examinera le 13 juillet en commission et le 18 en séance publique. La majorité de droite déposera et fera voter une motion de procédure qui abrégera l’examen du texte et entraînera son rejet. L’Assemblée procédera le 20 juillet à la lecture définitive du texte.
L’actualité de la semaine a été surtout dominée par l’annonce des dérives budgétaires pour 2016 et pour 2017. Il semble que les crédits des ministères, l'an prochain, seront supérieurs de 5,6 milliards d'euros à ce qui avait été annoncé en avril. Tout cela en raison des multiples dépenses supplémentaires, non prévues, annoncées depuis plusieurs mois maintenant par François Hollande. La traditionnelle séquence estivale, durant laquelle le ministre du Budget doit batailler avec chaque titulaire de portefeuille pour grappiller quelques centaines de milliers d'euros partout où c'est possible, n'a cette année pas la même saveur.
JUPPE CONTINUE A SE REPLIER
C'est un fait: François Hollande a, depuis quelques mois, entamé la distribution. Des dépenses de sécurité et de défense que personne ne remet en cause. Mais aussi -et surtout-, des dépenses à destination de l'électorat traditionnel de la gauche. Ainsi les fonctionnaires ont déjà bénéficié de ses largesses, le point d'indice servant à leur rémunération venant d'être dégelé ; parmi eux, les enseignants se sont vus promettre une prime supplémentaire. Une enveloppe importante a également été allouée au plan emploi. Et depuis qu'a été entamée la décrue des impôts pour alléger le fardeau fiscal, après l'explosion du début du quinquennat, ce sont les classes les moins favorisées qui sont les seules à en profiter. Tout cela risque de remettre en cause les engagements pris auprès de nos partenaires européens. L'exécutif sortant pourrait bien ne pas tenir la ligne fixée de ramener de déficit public à 2,7% en 2017.
A droite les tendances observées depuis deux mois s’amplifient avec une nette remontée de la popularité de Nicolas Sarkozy. Selon une enquête du Cevipof menée pour Le Monde, l’ancien Chef de l’État figure maintenant à 30 % d’intentions de vote. De fait Nicolas Sarkozy progresse de 3 points par rapport à la précédente enquête, réalisée en mai, quand Alain Juppé chute d’autant (38 % contre 41 %). L’ancien chef de l’État a notamment pris un net ascendant sur son rival parmi les sympathisants Républicains, les plus susceptibles de voter à la primaire. Loin derrière, Bruno Le Maire crédité de 16 % des intentions de vote. Et de François Fillon (9 %), qui perd un point en un mois et reste bloqué en quatrième position.
3 MILLIONS DE VOTANTS A LA PRIMAIRE ?
Quand les sondés sont interrogés sur leur deuxième choix, Alain Juppé devance nettement son rival. Les partisans de Bruno Le Maire et François Fillon se reporteraient majoritairement sur la candidature du maire de Bordeaux, respectivement pour 37 et 39 %. Enfin, parmi les soutiens de Nicolas Sarkozy, 38 % d’entre eux opteraient pour Alain Juppé comme second choix. Un report qui représenterait un avantage décisif pour l’ancien premier ministre dans une élection qui devrait se jouer en deux tours. Selon Brice Teinturier, près de 3 millions de personnes pourraient participer à la primaire à droite. Parmi les électeurs qui se disent certains de participer à ce vote, une majorité (67 %) a plus de 50 ans et se déclare catholique.
Alors que l’écart se resserre dans les sondages entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, l’équipe du maire de Bordeaux s’efforce de relativiser le trou d’air traversé par son candidat. Depuis des mois, les proches de M. Juppé répétaient que la bulle sondagière dont bénéficiait leur champion finirait par se dégonfler. A moins de cinq mois de la primaire à droite pour la présidentielle, le décrochage de l’ex-premier ministre est pourtant bien réel. Alors que le président des Républicains veut croire que sa remontée actuelle traduit l’amorce d’une dynamique profonde en sa faveur, le camp Juppé y voit un mouvement conjoncturel, estimant que Nicolas Sarkozy a bénéficié du climat de désordre social et d’insécurité, ces dernières semaines.
LES SUITES DU BREXIT
Malgré cette sérénité affichée, l’équipe du maire de Bordeaux admet des ratés, en particulier en matière de communication. Certains regrettent la discrétion d’Alain Juppé au moment des violences en marge des manifestations contre la loi travail ou des attentats terroristes à Magnanville (Yvelines) et à Orlando (Floride, États-Unis), ce qui a eu pour effet de laisser le champ libre à Nicolas Sarkozy sur le terrain de l’autorité. Pour ses partisans, l’ex-premier ministre pâtit de sa stratégie de communication, qui consiste à prendre du recul sur l’actualité immédiate, sans chercher le coup d’éclat médiatique. Si cette attitude lui permet de se placer au-dessus de la mêlée, elle a aussi le tort de le rendre quasiment inaudible dans l’opinion. Pour autant, Alain Juppé ne compte changer ni de stratégie ni de positionnement.
Sur le front de l’actualité économique, ce sont bien sûr les conséquences du Brexit qui tiennent le haut de l’affiche. Le Fonds Monétaire International a révisé vendredi à la baisse sa prévision de croissance pour la zone euro en 2017, tablant désormais sur 1,4%, contre 1,6% auparavant, en raison du Brexit. Le vote des britanniques pourrait coûter entre 0,1 et 0,2 point de croissance à la France. Le FMI pointe différents risques grandissants qui pèsent sur l'économie des 19 pays ayant adopté la monnaie unique européenne. Il mentionne tout d'abord le ralentissement de la croissance mondiale, qui pourrait fragiliser la reprise, tirée actuellement par la demande intérieure. Il cite aussi les conséquences du référendum britannique, la crise des réfugiés et les inquiétudes quant à d'éventuelles menaces terroristes, qui pourraient contribuer à davantage d'incertitudes, ce qui se répercuterait sur la croissance et empêcherait d'avancer sur les réformes. Enfin, il pointe les risques engendrés par la faiblesse du secteur bancaire et financier de certains pays.
LA JOB MACHINE AMERICAINE
De son coté, le secrétaire d'État au Budget, Christian Eckert, a estimé jeudi que le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne pourrait amputer la croissance française de 0,1 à 0,2 point de PIB. Il a notamment mis en avant l'importance des échanges commerciaux entre la France et le Royaume-Uni. Le ministre des Finances Michel Sapin avait estimé après le vote en faveur du Brexit qu'il n'y avait pas d'inquiétude particulière à avoir pour la croissance économique française, les moteurs de la reprise en France étant selon lui internes, à savoir la consommation des ménages et l'investissement des entreprises.
Par ailleurs il faut relever qu’après un passage à vide inattendu en mai, où seulement 11.000 postes ont été créés, la conjoncture aux États-Unis s'est redressée. Le département du Travail a recensé 287.000 créations d'emplois en juin. Ces bons chiffres viennent compléter d'autres signaux encourageants tombés ces derniers jours, comme ceux des dépenses de consommation en avril et en mai, ou encore les indicateurs avancés ISM de l'activité dans les services et l'industrie en juin. Il reste que, depuis avril, les créations d'emplois n'ont été en moyenne que de 147.000 par mois, contre près de 200.000 au premier trimestre. Une situation qui plaide pour le statu quo de la Réserve fédérale, qui ne devrait pas relever son taux directeur lors de sa prochaine réunion, fin juillet. Les marchés doutent même de la possibilité d'une hausse de taux d'ici à la fin de l'année par Janet Yellen et ses collègues.
Sur le front du business l’actualité est surtout marquée par les manœuvres liées à la privatisation des aéroports de Nice et de Lyon. Ces derniers jours il semblait que les pouvoirs publics étaient partis pour des négociations exclusives avec Vinci pour l’un et Atlantia (ex actionnaire d’Ecomouv). D’autant que les prix proposés étaient aussi élevés que celui obtenu pour l’aéroport de Toulouse. En fait il semble qu’Emmanuel Macron ait destiné de donner du temps au temps. D’abord parce que Laurent Wauquiez voit Vinci d’un très mauvais œil et qu’Air France voit Atlantia comme un tremplin pour les compagnies du golfe. Tout cela pourrait donc reporter les décisions finales à la fin de l’été alors qu’elles étaient attendues avant la fin du mois de juillet.
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