WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Quand Hollande Président cohabite avec Hollande candidat
par Yves de Kerdrel

François Hollande ne cache plus, dans ses interventions, son désir de se présenter aux prochaines élections présidentielles, quitte à passer par la case primaire. Mais cela l’oblige à un exercice difficile : continuer à mettre en pratique un programme social-libéral et envoyer des signes à la gauche de la gauche afin de renouer avec tout cet électorat qui l’a abandonné.

03/07/2016 - 00:11 Temps Lecture 12 mn.

Ce n’est désormais plus un secret pour personne. François Hollande a pris sa décision : il sera bien candidat en 2017 à sa propre succession et les primaires ont été conçues par Jean-Christophe Cambadélis, sur ordre, comme un exercice de « re-légitimitation » de l’actuel Chef de l’État comme meilleur représentant de l’électorat de gauche. Tout cela aboutit à une situation incongrue, puisqu’à l’Élysée, où la plupart des conseillers ont trouvé des refuges ici et là en misant sur une défaite inéluctable en 2017, cohabitent un Holland président et un Hollande candidat qui sont obligés de tenir deux discours opposés et contradictoires.

Le François Hollande Président doit continuer d’assumer la mise en œuvre de la loi El Khomri qui revient en seconde lecture à l’assemblée ce mardi avec un probable nouvel usage du 49-3. Ce qui va de nouveau braquer les frondeurs qui préparent le dépôt de leur propre motion de censure à côté de celle que la droite déposera inévitablement. Le François Hollande candidat a besoin au contraire de gauchir son discours afin de renouer avec une grande partie des électeurs de gauche qui s’estiment avoir été trahis par ces quatre années de mandat présidentiel.

LE SPARADRAP FISCAL DE HOLLANDE

Toute cette acrobatie se retrouve en permanence dans la longue interview que François Hollande a donnée jeudi dernier aux Échos où il estime avoir respecté tous ses engagements pris en 2012 et en même temps où il annonce de nouvelles mesures en faveur des entreprises même s’il ne s’agit pas de celles qu’espérait le patronat. Et le François Hollande candidat annonce par la même occasion une possible baisse de l’impôt sur le revenu de 2 milliards d’euros au cas où la croissance atteindrait les 1,7 % en 2017.

En revanche le François Hollande Président revient sur la dernière tranche du pacte de responsabilité en faveur des entreprises qui doit intervenir en 2017. Celle-ci va être considérablement retouchée par rapport à ce qui était initialement prévu, sans toutefois en modifier le montant. C’est sur la répartition de cette tranche que ça va changer. Puisqu’il a été décidé de consacrer les 5 milliards restants au relèvement du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), qui sera porté à au moins 7 % de la masse salariale, et à la baisse de l’impôt sur les sociétés des PME. Jusqu’à présent, il était prévu que ces 5 milliards d’euros soient consacrés à la suppression complète de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S) et à l’amorce de la réduction de l’impôt sur les sociétés (IS).

Ce sont ainsi 3,5 milliards d’euros qui devaient être théoriquement destinés à la fin de la C3S. En 2015, cette contribution de 0,16 % du chiffre d’affaires, fort décriée par les milieux patronaux, a été supprimée pour les très petites entreprises. En 2016, elle est devenue effective pour les petites et moyennes entreprises. En 2017, elle ne concernera plus qu’environ 20 000 grands groupes. Ce sont donc ces mêmes grands groupes qui auraient mécaniquement bénéficié des deux tiers des allégements prévus en 2017. En outre François Hollande décide de recentrer la baisse de l’IS sur les seules petites et moyennes entreprises. Le choix est politiquement limpide. Le chef de l’État a clairement décidé de prioriser le soutien aux PME. Proportionnellement, ce sont aussi elles qui bénéficient plus du CICE, celui-ci ne s’appliquant que sur les salaires inférieurs à 2,5 smic. En outre, le président de la République a annoncé que la prime à l’embauche dans les PME va être prolongée en 2017.

Naturellement personne n’est dupe sur le fait que le discours présidentiel doit désormais être lu avec des lunettes à double foyer. Le Medef juge les annonces du président de la République très improvisées et fustige le bilan fiscal de la semaine passée où une nouvelle taxe a été créée, une autre augmentée et finalement celle qui devait disparaître demeure. Il est vrai que les acteurs du monde économique ont besoin de confiance et de stabilité. Or le gouvernement change les règles du jeu sans prévenir personne et sans se soucier des conséquences. Mais les cris d’orfraie du patronat sont évidemment les bienvenus dans la mesure où ils laissent croire à l’opinion que François Hollande mène à nouveau une politique de gauche.

MONTEBOURG EN EMBUSCADE

Il reste que le locataire de l’Élysée devra passer par la case primaire où son principal adversaire sera Arnaud Montebourg. Mais d’autres y songent également : notamment Benoit Hamon ou Gérard Filoche. L'aile gauche du PS risque donc un trop plein de candidatures, ce qui ferait les affaires de François Hollande. Plus ses futurs adversaires sont nombreux, plus ils seront faibles. Pour les frondeurs, il n'est donc pas question de gâcher cette primaire obtenue de haute lutte, signe à leurs yeux de l'affaiblissement de François Hollande et de la possibilité de trouver un autre candidat de la gauche gouvernementale pour 2017.

Selon les informations de WanSquare, les ténors de la gauche frondeuse se sont réunis en début de semaine dans le 14e arrondissement de Paris. D'abord pour lancer un projet d'une autre gauche de gouvernement. Elle se matérialisera par une plate-forme à laquelle sont appelés à participer les électeurs de gauche. Ensuite, et surtout, pour acter le principe d'une candidature unique de la gauche du PS pour cette primaire à gauche. Arnaud Montebourg a une longueur d'avance. Parti en campagne en mai depuis le Mont Beuvray, l'ancien ministre de l'Économie bénéficie du soutien de Christian Paul et de Laurent Baumel, deux des principaux députés frondeurs à l'Assemblée nationale.

MACRON JOUE LE DEPASSEMENT

Par ailleurs, sa notoriété est plus forte que celle des autres candidats. Enfin, il a été le troisième homme de la primaire de 2011 avec 17 % des suffrages des sympathisants socialistes. Son soutien à François Hollande avait été décisif pour permettre à l'actuel président de la République de battre Martine Aubry. Depuis son limogeage fracassant du gouvernement en août 2014, il ne ménage pas ses critiques contre François Hollande. Il pourrait annoncer sa candidature le 21 août, lors de son traditionnel rendez-vous de rentrée sur ses terres de Frangy-en-Bresse. Mais à gauche certains estiment qu’il pourrait se présenter directement à la présidentielle, persuadé que les primaires avec François Hollande seront soit truquées, soit annulées.

De son côté Emmanuel Macron est toujours dans des dispositions d’esprit visant à se présenter lui aussi directement à la présidentielle sans passer par la case primaire, puisque son credo c’est le « ni droite-ni gauche ». Le 12 juillet à 20 h il réunit ses soutiens à la mutualité afin de les mobiliser et surtout d’expliciter sa démarche. Deux jours avant la déclaration télévisée de François Hollande suivant le défilé du 14 juillet. Cela rappelle l’interview donnée au Monde par Nicolas Sarkozy alors Ministre, deux jours avant une intervention de Jacques Chirac. Toujours est-il que s’il a pensé, à un moment, démissionner avant l’été, maintenant il n’en est plus question.

UNE DYNAMIQUE FAVORABLE A SARKOZY

A droite, l’actualité est marquée par deux faits majeurs : la nette envolée des sondages en faveur de Nicolas Sarkozy aux dépens d’Alain Juppé qui semble désormais installé sur un toboggan. D’autant que désormais, qu’il parle ou qu’il se taise, les sondages lui sont tous défavorables. Au sein de son état-major où l’on avait commencé à se distribuer les postes pour l’après 2017, c’est la débandade et l’on évoque déjà le nom de juppéistes qui franchiraient le Rubicon pour rallier Nicolas Sarkozy.

Le deuxième point marquant est le conseil national des Républicains qui s’est tenu hier. Cette réunion du parlement du parti a été l’occasion pour Nicolas Sarkozy de mettre en avant son bilan à la tête des Républicains en se vantant d’avoir redressé une formation au bord de l’implosion, lorsqu’il en a pris la tête. Requinqué par plusieurs sondages favorables, Nicolas Sarkozy veut apparaître aux yeux des électeurs de la droite comme celui qui a œuvré pour le collectif, quand ses rivaux ne seraient préoccupés que par leurs ambitions personnelles. Soucieux de ne pas se couper des adhérents, ces derniers étaient présents dans la salle de la Mutualité, à Paris. Qu’il s’agisse d’Alain Juppé, de François Fillon, de Jean-François Copé, de Nathalie Kosciusko-Morizet ou d’Hervé Mariton.

LA GRANDE BRETAGNE DANS LE FLOU

Près d’un millier de conseillers nationaux se sont par ailleurs prononcés sur un texte, synthèse de la quinzaine de conventions thématiques (institutions, immigration, fiscalité…) organisées par les républicains depuis septembre 2015. Ce projet est une production sarkozyste car il a été élaboré par Éric Woerth, secrétaire général du parti, et Franck-Philippe Georgin, directeur des études, qui font tous deux partie de la garde rapprochée de l’ancien chef de l’État. La manœuvre se veut subtile : sous couvert de jouer collectif, Nicolas Sarkozy cherche en réalité à imposer ses propositions à ses rivaux pour les contraindre à se positionner par rapport à son seul logiciel.

Sur le front économique toute l’actualité reste marquée par les conséquences du Brexit, en dépit de la confusion créée par le refus de Boris Johnson de devenir Premier Ministre. Les nouvelles prévisions économiques du Fonds monétaire international ne seront pas positives pour la Grande-Bretagne et la zone euro après la victoire des partisans du Brexit au référendum britannique du 23 juin, a dit Maurice Moses Obstfeld, chef économiste du FMI. Ses propos figurent dans un entretien publié vendredi par le quotidien italien Corriere della Sera.

ACTIVITE EN RECUL EN FRANCE

Ce n’est pas une surprise si après le Royaume-Uni, c’est l’Union européenne qui a vu sa note dégradée par l’agence Standard & Poor’s, jeudi 30 juin, une semaine après que les Britanniques ont choisi de quitter l’Europe. En l’occurrence, S&P a rétrogradé d’un cran, de AA+ à AA, la note de la dette de long terme de l’UE, justifiant sa décision par les incertitudes consécutives au référendum du 23 juin. Dans un communiqué, elle explique : « Après la décision des électeurs britanniques de quitter l’UE, nous avons réévalué notre analyse sur la cohésion au sein de l’UE, que nous considérons aujourd’hui comme un facteur neutre plutôt que positif dans la notation. » La perspective de la nouvelle note est stable, ce qui signifie que l’agence estime qu’une dégradation supplémentaire ne sera pas nécessaire à moyen terme. Dans son communiqué, elle ajoute : « Nous pensons que dorénavant, les prévisions de revenus, la planification à long terme et les ajustements des principaux mécanismes d’amortissement financier de l’UE seront sujets à une incertitude accrue. »

S’agissant de la France l'activité dans le secteur manufacturier français s'est contractée en juin pour le quatrième mois consécutif, selon la version définitive de l'indice Markit publiée vendredi. L'indice global du secteur s'est établi à 48,3 le mois dernier, un niveau proche du chiffre de 48,4 relevé en mai et supérieur à la première estimation flash de 47,9. Il se maintient ainsi pour le quatrième mois consécutif sous le seuil de 50 qui distingue croissance et contraction de l'activité. La composante production de l'indice s'est maintenue à 48,1 comme le mois précédent, restant à son plus bas niveau depuis mai 2015. Les nouvelles commandes ont enregistré une sixième baisse mensuelle consécutive et leur repli s'est accentué par rapport à celui observé en mai. Les nouvelles commandes à l'export se sont également contractées tous les mois depuis le début de l'année. En conséquence, l'emploi manufacturier a connu son quatrième mois d'affilée de recul, avec un fléchissement du taux de contraction de l'emploi par rapport au mois de mai.


La rédaction de WanSquare s'associe au deuil de la famille, des amis et anciens collaborateurs de Michel Rocard, décédé hier. Abonné à WanSquare il était l'un des derniers hommes politiques à agir en fonction de l'intérêt général.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Les turbulences s’amplifient pour Hollande avec le Brexit

26/06/2016 - 07:30

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Tout est encore possible pour la présidentielle

19/06/2016 - 08:00