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Yves de Kerdrel
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Tout est encore possible pour la présidentielle
par Yves de Kerdrel
Au Château c’est toujours la débâcle. Et son locataire semble regarder les évènements tout en étant incapable d’y faire face. On l’a vu cette semaine aussi bien avec les débordements scandaleux qui ont accompagné la manifestation de la CGT comme avec le meurtre de deux policiers par un islamiste radicalisé et non surveillé, bien qu’il soit passé par la case prison. Pour François Hollande, chaque enquête apparaît donc comme un couteau remué dans la plaie. Une enquête TNS Sofres OnePoint pour RTL, LCI et Le Figaro est venue en effet doucher encore un peu plus les espoirs de réélection du président de la République, s'il lui prenait l'envie de se représenter.
Pour la gauche, déboussolée, la présence de Hollande à la présidentielle de 2017 passera finalement par l'organisation préalable d'une primaire de « la belle alliance populaire », regroupant les sympathisants du PS, du PRG et les écologistes pro-gouvernement, comme voté à l’unanimité ce samedi au cours d'un conseil national du PS. Si à 72% les Français la souhaitaient, ils sont encore bien plus nombreux chez les sympathisants de gauche (86%) et particulièrement chez ceux du PS (87%). Tout simplement parce que les Français de gauche ne considèrent pas François Hollande comme le meilleur candidat pour 2017. Auprès des sympathisants PS, c'est Manuel Valls qui fait la course en tête (36%) devançant François Hollande (30%) talonné par Emmanuel Macron (29%). Jean-Luc Mélenchon (18%), Arnaud Montebourg (15%) et Nicolas Hulot (15%) sont distancés. A noter que cette primaire aura lieu les 22 et 29 janvier 2017.
MACRON FAIT TOUJOURS LA COURSE EN TETE
Plus intéressant : auprès de l'ensemble des sympathisants de gauche, c'est Mélenchon qui est considéré comme le meilleur candidat (35%), suivi de Hulot (23%), de Valls (21%) et de Macron (20%). Dans cet électorat, Hollande n'occupe que la cinquième place avec 19% des réponses. Jean-Luc Mélenchon prouve ainsi qu'il existe désormais une vie politique hors du PS. À l'inverse, le parcours politique d'Arnaud Montebourg apparaît de façon moins évidente aux yeux des électeurs. Mais c'est auprès de l'ensemble des Français que le chef de l'État est jugé le moins bon des candidats de gauche. Il est même relégué, avec 7%, en queue de liste avec ce qui est communément appelé les «petits candidats»… là où Emmanuel Macron domine (31%).
Dans l'hypothèse où Hollande ne serait pas candidat, Emmanuel Macron est l'option préférée des sympathisants socialistes, qui le placent en tête (40%) devançant légèrement Valls (38%). Hulot (19%), Mélenchon (18%) et Montebourg (17%) sont distancés. Mais dès lors que l'ensemble de la gauche est interrogé, c'est Mélenchon qui prend nettement le dessus (36%), devant Macron (25%), Valls (24%), Hulot (23%). On comprend pourquoi la course est entamée entre Le ministre de l’économie et le Premier Ministre pour quitter le plus tôt possible le gouvernement. Manuel Valls aimerait se faire « virer » par François Hollande et fait tout ce qu’il faut pour cela. Emmanuel Macron semble avoir reporté à septembre son désir de démissionner.
MONTEBOURG VEUT Y ALLER AUSSI
Le Ministre de l’Économie l’a répété une nouvelle fois sur RTL : il n’est pas, aujourd’hui, candidat à la présidentielle. Ce qui ne l’a pas empêché de tenir un discours digne d’un politique qui amorce sa campagne. Pour enfoncer le clou, Emmanuel Macron, à l’origine du mouvement En marche, a critiqué les « courses d’ego », estimant que les citoyens voulaient seulement savoir s’il y a des responsables politiques capables de régler leur problème. De manière ambiguë, le ministre de l’économie assure que sa place est au gouvernement, mais se dit insatisfait de l’offre politique. Le ministre de l’économie a par ailleurs déploré les débordements en marge des manifestations contre le projet de loi travail, appelant à la lucidité.
De son côté Arnaud Montebourg se prépare de plus en plus activement en tentant de coaliser la plupart des frondeurs. Raison pour laquelle il réclamait à cor et à cri qu’une primaire soit organisée de manière à pouvoir sortir François Hollande du jeu. Car sans primaire le Chef de l’État se serait contenté d’agiter le spectre d’un nouveau 21 avril pour décourager ses potentiels concurrents à gauche pour la présidentielle. Pour le président de la République, le fait que Marine Le Pen soit donnée qualifiée pour le second tour par quasiment tous les sondages rend d’office indispensable le vote utile à gauche pour éviter l’élimination générale. Une alerte à l’intention d’Europe Écologie-Les Verts, mais qui vaut également pour d’autres candidats éventuels, d’Arnaud Montebourg à Emmanuel Macron ou Nicolas Hulot.
LE SPECTRE DU 21 AVRIL
Le problème c’est que cet avertissement ne vaut déjà plus pour Jean-Luc Mélenchon qui a déclaré sa candidature en février. Le fondateur du Parti de gauche reste pourtant un traumatisé de 2002. Alors ministre socialiste délégué à l’enseignement professionnel, il avait été profondément marqué par l’élimination de Lionel Jospin au premier tour. Quatorze ans plus tard, il a visiblement évolué sur le sujet, lui qui assure ne pas se sentir concerné par ce raisonnement. Cécile Duflot n’en pense pas moins. Si bien qu’à moins d’un retournement de taille, il devrait y avoir un candidat écologiste en 2017, issu ou non des rangs d’Europe Écologie-Les Verts. écologiste forte l’année prochaine », affirme son entourage. Si elle n’a jamais caché ses ambitions présidentielles, Mme Duflot a toujours assuré qu’elle laisserait la place à Nicolas Hulot si ce dernier décidait de se lancer.
L’organisation d’une primaire a donc été décidée lors du conseil national qu’a organisé le Parti socialiste, hier à Paris. Officiellement, Jean-Christophe Cambadélis jurait être disposé à l’organiser, à condition que chaque formation de gauche y participant accepte deux modalités : que François Hollande puisse y concourir s’il le juge nécessaire le moment venu et que chaque participant accepte de soutenir pour 2017 le gagnant quel qu’il soit. Le premier secrétaire du PS a donc lancé samedi une forme d’ultimatum aux communistes et aux écologistes, en leur demandant de clore définitivement ce débat avant la rentrée de septembre.
GRINCEMENTS DE DENTS A DROITE
A droite ca se tend un peu. Jeudi, la haute autorité de la primaire de la droite et du centre, saisie par Bernard Accoyer et Philippe Gosselin, les représentants des candidats François Fillon et Hervé Mariton, a adressé une recommandation destinée aux candidats à la candidature mais plus spécialement à Nicolas Sarkozy.
Cette juridiction chargée de contrôler la légalité du scrutin demande aux candidats de distinguer aussi clairement que possible l’action qu’ils mènent dans le cadre du parti de celle qu’ils mènent dans le cadre de cette candidature. Depuis plusieurs semaines, les candidats déclarés sont de plus en plus irrités de voir Nicolas Sarkozy rester président du parti et utiliser les moyens de la formation politique tout en faisant campagne en vue de sa future candidature. L’ancien président ne fait plus mystère de sa participation à ce scrutin.
En poussant la haute autorité à se prononcer, les adversaires de l’ancien Président aimeraient en fait que ce dernier soit mis sous pression et démissionne après le conseil national du parti, le 2 juillet. Sans trop d’espoir puisque selon les statuts il aura jusqu’au 25 août pour se déclarer, soit quinze jours avant la date limite de dépôt des candidatures. Les principaux concurrents de Nicolas Sarkozy ne sont pas sur la même ligne d’attaque. L’équipe de François Fillon aurait aimé une action concertée et a proposé à Alain Juppé de se joindre à cette saisine. Le maire de Bordeaux n’a pas jugé opportun d’utiliser cette voie juridique.
JUPPE S’EFFRITE DE PLUS EN PLUS
Autre illustration de cette tension : l’énervement à droite à la suite du ralliement de François Baroin à Nicolas Sarkozy. Certes les deux hommes s’apprécient. Mais nul n’ignore que ce ralliement est surtout motivé par une haine mutuelle entre le Maire de Troyes et Alain Juppé. « Être attaqué par des gens aigris qui ressassent des choses qui remontent à vingt ans, c'est plutôt sympathique pour moi. Cette haine recuite... c'est minable », rétorque aujourd'hui le candidat à la primaire selon des propos rapportés par Le Parisien-Aujourd'hui en France. Le maire de Bordeaux n'a pas pu s'empêcher d'égratigner son ancien secrétaire d'État. Et cela à un moment où la cote d’Alain Juppé continue de reculer. Dans un sondage BVA pour Orange et la presse régionale Alain Juppé perd deux points à 36% des intentions de vote mais demeure largement en tête devant Marine Le Pen (26%) et François Hollande à égalité avec Jean-Luc Mélenchon (14%).
Au chapitre économique l’actualité a été dominée par la dernière note de conjoncture de l’Insee qui voit l’avenir en rose. Selon l’Institut la croissance hexagonale devrait atteindre 1,6 % en 2016 au lieu de 1,5 % jusqu’ici. Par ailleurs le taux de chômage devrait reculer, grâce à la création de 210.000 emplois de plus cette année. La politique économique du gouvernement (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, pacte de responsabilité, prime à l’embauche dans les PME…) devrait notamment permettre de créer 95 000 emplois en 2016, après 80 000 un an plus tôt. L’inversion de la courbe, imprudemment pronostiquée par François Hollande pour la fin 2013 et à laquelle le président a conditionné une éventuelle candidature à sa succession en 2017, aura donc bien lieu mais sera modérée. Le taux de chômage passerait de 10,2 % fin mars, à 9,8 % en fin d’année.
LE DOSSIER SOLOCAL MONTE JUSQU'À MACRON
Après un recul de près de 8% en cinq séances, la Bourse de Paris a repris un peu de hauteur en fin de semaine, soutenu par le rebond de la cote du « Bremain » chez les bookmakers. Selon les données compilées par l’agence Bloomberg, la probabilité d’un maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne est évaluée à un peu plus de 65%, contre 62,5% hier. Cette différence s’explique par l’émotion suscitée après le meurtre d’une députée pro-européenne. S’il est prématuré de parler de retour de l’appétit pour le risque, on peut néanmoins noter une sorte de pause sur les actifs considérés comme refuge. Néanmoins, sur le marché obligataire, le rendement de l’emprunt allemand à dix ans, tombé hier en territoire négatif pour la première fois, se traitait à l’heure de la clôture des marchés d’actions européens à - 0,015 %.
Peu d’actualité du coté du business à part cette affaire Solocal qui pourrait bien prendre vite une tournure judiciaire. Les petits porteurs réunis en association et qui détiennent désormais près de 10 % du capital s’en sont ouverts cette semaine à Emmanuel Macron. Dans ce courrier les actionnaires pointent du doigt les manquements de la Société qui souhaite l’arrivée d’un nouvel investisseur au capital de la société, sur la base d’un prix de souscription ridiculement faible. « Voici avec SoLocal un cas d’école bien réel, symptomatique de cette finance casino... que l’on croyait devenue l’ennemie de l’actuel gouvernement », affirment les actionnaires avant d’ajouter : « D’autres solutions aujourd’hui existent pour Solocal et qui éviteront de donner un nouveau signe négatif aux “petits épargnants” si nécessaires au financement de nos entreprises ; solutions qui respectent les droits de chacune des parties prenantes. Vos déclarations, Monsieur le Ministre, nous laissent espérer que vous tiendrez à faire du cas Solocal un exemple qui prouvera l'intérêt du Gouvernement à conforter les épargnants dans leur envie d’investir leur épargne dans l’économie réelle sans crainte de la voir confisquée par des méthodes de tricheurs. »
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