éditorial / Yves de Kerdrel
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Yves de Kerdrel
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L'exécutif a du mal à en terminer avec la pagaille
par Yves de Kerdrel
Les inondations ont été une courte parenthèse pour le pouvoir au milieu de ces multitudes de grèves qui paralysent le pays et rendent compliquée la vie de millions de salariés. Et encore, en 2002, Gerhard Schröder avait su utiliser à son profit les grandes inondations en Allemagne. Cette fois-ci, François Hollande n’a fait qu’une seule sortie sur le terrain, à Romorantin, où il a été largement conspué. Il faut dire que dans l’esprit de beaucoup de nos concitoyens ces dégâts sont venus s’ajouter aux tracas des grèves et notamment de la pénurie d’essence qui persiste dans deux régions.
A la SNCF, devenue le principal champ de bataille contre le projet de loi travail, la grève a été reconduite par les cheminots en Ile-de-France et dans la plupart des régions, en dépit des débuts de l’Euro. Les aides annoncées mercredi par Manuel Valls en faveur du secteur ferroviaire n’ont pas fait plier les grévistes. Depuis le 1er juin, la grève lancée par la CGT-cheminots, SUD-rail et FO, très suivie par les personnels roulants, est reconduite de jour en jour, malgré les appels de l’exécutif et un accord, approuvé par la CFDT et l’UNSA, consacrant le maintien du régime de travail actuel à la SNCF.
MACRON RETARDE SA DEMISSION
Autre front du mécontentement social, le secteur des déchets. A l’appel de la CGT, deux des principaux sites de traitement de la région parisienne étaient encore bloqués en fin de semaine, de même que l’incinérateur de Fos-sur-Mer, qui traite les ordures ménagères de Marseille, et deux autres dans l’Ariège. Côté carburants, le mouvement se poursuit dans trois des cinq raffineries françaises du groupe Total. Au Havre, la grève du personnel des terminaux pétroliers, qui perturbe depuis seize jours l’approvisionnement des raffineries et des aéroports parisiens, continue également. Dans le ciel, les syndicats de pilotes d’Air France ont entamé hier une grève qui doit durer jusqu’au 14 juin. Enfin, de nouvelles manifestations sont encore programmées à travers le pays, notamment à Rennes, Nantes et Paris, contre la loi El Khomri. Le leader de la CGT Philippe Martinez a même prédit, samedi, une mobilisation "énorme" contre le projet de loi, mardi à Paris.
Dans ce contexte l’ambiance au sein du gouvernement devient de plus en plus délétère. Les rapports entre Manuel Valls et François Hollande sont très tendus. Emmanuel Macron qui espérait quitter le gouvernement fin mai-début juin a été empêché par la «boule puante» sur son ISF et par l’usage qui veut qu’on ne démissionne pas en pleine « chienlit ». Mais le Ministre de l’Economie se situe de plus en plus hors du champ d’action gouvernemental. Et peu importe qu’il y ait ou non des primaires à gauche. Comme il ne se situe «ni à gauche, ni à droite», Emmanuel Macron entend bien se présenter en candidat libre où il espère récupérer l’ensemble des voix des sociaux-libéraux et celles des partisans de droite qui ne veulent ni de Sarkozy, ni de Juppé.
NOUVEAU « DIRCAB » POUR HOLLANDE
L’Elysée continue pour sa part de se vider. Thierry Lataste qui était directeur de cabinet de François Hollande reprend du service dans la préfectorale en Nouvelle Calédonie. Son remplaçant, Jean-Pierre Hugues qui est également un préfet est surtout issu de la promotion Voltaire, comme le Président lui-même et Jean-Pierre Jouyet, le Maire du Palais. Ancien préfet des Landes et du Gard, Jean-Pierre Hugues a occupé le poste stratégique de directeur des affaires territoriales et politiques au ministère de l’intérieur. Par ailleurs, ancien directeur général de la Ligue de Football Professionnel, il présente également l’avantage d’être familier des problèmes d’organisation et de sécurité liés aux grands événements sportifs
Toujours à gauche, la rentrée s’annonce embouteillée et très politique du côté du Parti socialiste. Selon les informations de WanSquare, Martine Aubry et ses amis vont réunir leur courant et au-delà, à la fin de l’été, à Montpellier les 23 et 24 août. Soit quelques jours à peine avant l’ouverture de l’université d’été du PS à Nantes, et juste après la fête de la rose traditionnelle d’Arnaud Montebourg à Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire). L’objectif de cette réunion est de montrer que le courant aubryste demeure le centre de gravité du PS, et peser sur la ligne politique de la campagne présidentielle de 2017. Mais aussi préparer l’après-élection, quel que soit son résultat. Cette initiative s’inscrit dans la droite ligne de la tribune très critique contre l’exécutif et le gouvernement, publiée en 25 février par Martine Aubry et plusieurs personnalités de gauche socialiste et écologiste tels Benoît Hamon, Daniel Cohn-Bendit, Yannick Jadot, Axel Kahn ou Michel Wieviorka.
SARKOZY PASSE A L’ATTAQUE
A droite la semaine a été marquée par la montée en puissance de Nicolas Sarkozy qui a fait un déplacement très attendu mercredi dernier à coté de Lille. Il a notamment consacré un large discours à l’identité, considérant que c’est sur cette thématique que se jouera l’élection de 2017. Le lendemain il a passé près de deux heures sur Europe 1 où il a fustigé les renoncements de François Hollande. Il a notamment accusé le Chef de l’état d’avoir sacrifié la SNCF pour tenter de sauver la loi travail dans laquelle il n’y a plus rien. Nicolas Sarkozy a dénoncé la stratégie de François Hollande visant à faire semblant de tenir sur la loi El Khomri mais à lâcher sur tout le reste.
De manière plus générale, le patron des Républicains a proposé de supprimer le monopole de présentation au premier tour des élections professionnelles pour les grandes centrales syndicales. Selon lui, cela permettrait d’avoir de vrais représentants et pas des apparatchiks d’organisations qui sont au service d’ambitions politiques. L’ancien président souhaite aussi que dans les entreprises les centrales syndicales ne puissent plus nommer des délégués syndicaux qui sont des fonctionnaires de leur centrale, mais que ces délégués soient élus. Enfin il a formé le vœu qu’en cas de conflit, le chef d’entreprise puisse décider d’un référendum.
FILLON FAIT DU GAULLISME SOCIAL
François Fillon poursuit inlassablement sa stratégie de reconquête avec un message plus dur mais en même temps s’inscrivant dans la lignée du gaullisme social. Mardi dernier, à Boulogne-Billancourt, l’ex-premier ministre a présenté une série de mesures destinées à redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes supérieures et aux familles qui ont été, selon lui, matraquées fiscalement depuis 2012. Comme s’il souhaitait adoucir sa potion libérale avec quelques doses de social. Ses propositions phares visent à rétablir l’universalité des allocations familiales et à porter le plafond du quotient familial à 3.000 euros. Il promet encore de baisser les cotisations salariales maladie, pour offrir un coup de pouce aux salariés, et de présenter dès 2017 un projet de loi pluriannuel de lutte contre la très grande pauvreté et l’exclusion.
Au chapitre économique la principale actualité de la semaine réside dans l’abaissement par la Banque mondiale de ses prévisions de croissance au niveau mondial sur fond d’activité anémique dans les pays riches et d’affaiblissement des économies émergentes. Le produit intérieur brut mondial ne devrait progresser cette année que de 2,4 %, marquant une stagnation par rapport à 2015 et une nette dégradation par rapport à janvier, quand la Banque mondiale tablait encore sur 2,9 % de croissance, selon ces nouvelles projections. Ce regain de pessimisme est dû en large partie à la chute des cours des matières premières qui amputent les revenus de nombreux pays en développement. La croissance de ces pays devrait dès lors rester modeste cette année (3,5 %), selon la Banque, qui met par ailleurs en garde contre l’explosion des crédits au secteur privé.
LA BANQUE MONDIALE PRUDENTE
Pour l’institution de Washington, la Chine devrait continuer à croître solidement cette année (6,7 %), tandis que le géant indien a, lui, le vent dans le dos (7,6 %). Brésil et Russie devraient en revanche être frappés par des récessions plus marquées que prévu. Du côté des pays riches, les Etats-Unis voient leur prévision de croissance sabrée de 0,8 point, à 1,9 %, en raison de l’appréciation du dollar qui pèse sur les exportations et de la crise de l’industrie extractive, frappée de plein fouet par le pétrole bon marché. La zone euro devrait, elle, bénéficier d’un élan modeste qui maintiendra sa croissance cette année à 1,6 %. Pour 2017 la Banque mondiale n’est guère plus optimiste et abaisse sa prévision de 0,3 point de pourcentage, à 2,8 %.
Comme prévu la Banque centrale européenne a commencé cette semaine à racheter des obligations d’entreprises. Cette mesure vient en complément des rachats de dettes publiques que la BCE mène déjà depuis plus d’un an. Au total, ces rachats de titres publics et privés s’élèvent à 80 milliards d’euros mensuels. Ils devraient s’étendre jusqu’au printemps 2017 au moins. Avec un objectif, relancer l’inflation, le crédit et la croissance de la zone euro. Tout le problème tient au fait que le crédit aux entreprises peine à repartir. Voilà pourquoi la BCE a décidé de racheter également leurs obligations. Là aussi, l’idée est d’en faire baisser les taux : les entreprises pourraient ainsi se financer moins cher ; ce qui peut les inciter à investir et à embaucher.
SAPIN LEGIFERE SUR LES SALAIRES DES PATRONS
Ces achats ont commencé mercredi dernier sur le marché primaire et secondaire. Ils sont menés par six banques centrales nationales : la belge, l’allemande, l’espagnole, la française, l’italienne et la finlandaise. Les obligations d’entreprises éligibles doivent être notées au moins BBB – par les agences de notation, de quoi garantir leur qualité. Les titres de banques et de filiales de banques sont exclus, mais pas ceux des assureurs. Sont surtout concernés les grands groupes, notamment dans la pharmacie, l’aéronautique, l’agroalimentaire, l’automobile. La BCE communiquera pour la première fois le 18 juillet, puis à un rythme hebdomadaire, sur ses rachats.
Du côté des entreprises, l’Assemblée nationale a donc rendu contraignant le vote des assemblées générales d’actionnaires sur la rémunération des dirigeants d’entreprise, dans la nuit de jeudi à vendredi. En achevant l’examen du projet de la loi dite Sapin 2, les députés ont adopté un article qui prévoit un vote préalable de l’AG des actionnaires sur une proposition de résolution qui contraindra le conseil d’administration. Seront concernés par le vote de l’AG les éléments de rémunération d’activité et avantages de toute nature, liés à l’activité des présidents, directeurs généraux ou directeurs généraux délégués. Par un amendement adopté dans l’hémicycle, les députés ont ajouté la mise en oeuvre d’une procédure de vérification a posteriori des montants à verser au titre des éléments de rémunération variables, exceptionnels, ou reflétant la performance.
FORT CONTINGENT FRANÇAIS AU BILDERBERG
L’autre événement de la semaine a été l’annonce par Airbus de la cession du solde de sa participation dans Dassault Aviation. Le géant européen de l’aérien a confirmé son intention de céder les derniers 23,6 % de Dassault Aviation qu’il possédait, achevant un retrait amorcé voici deux ans. La vente de cet actif doit rapporter 2,4 milliards d’euros. Elle se fera par le biais d’un placement privé, d’un rachat simultané d’actions par Dassault et d’une émission d’obligations convertibles. C’est en juillet 2014 que les dirigeants d’Airbus Group ont décidé d’en finir avec leur participation dans Dassault Aviation, alors de 46,3 %, en la réduisant par paliers.
Enfin c’est ce dimanche que prend fin la réunion annuelle du groupe de Bilderberg, qui s’est réuni dans un hôtel ultra-sécurisé de Dresde. Présidé par Henri de Castries ce groupe réunissant 130 personnalités mondiales a planché cette année sur la Chine, la crise migratoire en Europe et la montée des populismes, un peu partout dans le monde avec un fort accent mis sur le phénomène Trump. Parmi les Français présents à cette session figurent Patricia Barbizet, directrice générale d’Artémis, Nicolas Baverez, avocat et essayiste, l’économiste Olivier Blanchard, Emmanuelle Charpentier représentant l’institut de Biologie Max Planck, Benoit Coeuré, membre du directoire de la BCE, Laurent Fabius, Président du Conseil Constitutionnel, Sylvie Goulard, membre du Parlement européen, Christine Lagarde, directrice générale du FMI et Edouard Philippe, Maire du Havre et proche d’Alain Juppé.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
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29/05/2016 - 07:51

