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Hollande et Valls dans une seringue, Macron sur le départ
par Yves de Kerdrel

Contrairement à ce qu’anticipait le gouvernement, le mouvement de contestation contre la loi El Khomri, au lieu de s’estomper, ne cesse de se durcir. La France est désormais au bord de la paralysie avec un problème de pénurie d’essence et de kérosène qui affecte même les avions, des blocages incessants de l’économie et la poursuite de mouvements de grève et de manifestations.
29/05/2016 - 07:51 Temps Lecture 13 mn.

Comme on pouvait le craindre la contestation contre la loi travail s’est poursuivie, cette semaine, partout en France, avec une multiplication des blocages, des arrêts de travail et des manifestations. De nouveaux incidents ont éclaté dans la capitale, avec encore une trentaine d’interpellations. Inédite sous un gouvernement socialiste depuis 1981, cette mobilisation née le 9 mars dernier est montée d’un cran depuis le week-end, avec l’entrée en lice des salariés des sites pétroliers et des difficultés d’approvisionnement en carburant. Le principal point de crispation qui oppose désormais le gouvernement et les syndicats, c’est l’article 2 du projet de loi, qui consacre la primauté des accords d’entreprise pour ce qui est du temps de travail.

Face à cette tension qui s’exacerbe à un peu plus de deux semaines de l’Euro de football, le gouvernement a réaffirmé son intransigeance, en promettant d’assurer l’approvisionnement en carburant et en électricité des Français, tout en envisageant des aménagements à la marge du texte. Manuel Valls a répété qu’il n’était pas question de renoncer au projet de loi, dont la CGT demande le retrait, mais a jugé possibles des améliorations. Une position approuvée par François Hollande. Sur cette question de l’article 2 il existe désormais une vraie cacophonie au sein de la majorité entre ceux qui tiennent à cette hiérarchie des normes et ceux, comme Bruno Le Roux ou Michel Sapin qui estiment nécessaire un abandon.

MACRON PRÊT A PARTIR

Dans ce climat délétère, Emmanuel Macron continue à jouer sa carte personnelle. Il a joué les provocateurs en donnant une interview aux Échos dans laquelle il prône une modération salariale et la nécessité d’encourager l’investissement. Par ailleurs, le Ministre de l’Économie a annoncé qu’il présenterait avant la fin de l’été un diagnostic pour le pays. Ce diagnostic sera le résultat de ce qui sera remonté de la consultation de 100.000 Français et du travail d’experts de tous ordres. Dans ce but, une opération de porte-à-porte à laquelle 12.000 personnes ont déjà décidé de participer a commencé hier. Une opération qui est financée par les 500.000 euros d’ores et déjà levés par le mouvement et que gèrent l’ex-banquier de BNP Paribas, Christian Dargnat.

A la question de son éventuelle candidature en 2017, si François Hollande venait à ne pas se présenter, Emmanuel Macron continue de botter en touche. Selon les informations de WanSquare, le locataire de Bercy n’attend en fait qu’un retrait substantiel du gouvernement concernant la loi El Khomri pour annoncer son départ. De manière à prendre un peu d’avance sur Arnaud Montebourg qui sera son principal challenger en cas de primaire à gauche. Il a assuré vouloir rassembler les progressistes de tous les camps pour pouvoir faire des propositions ambitieuses lors de la prochaine campagne présidentielle.

SARKO REVIENT, JUPPE PATINE

A droite, les lignes commencent à bouger. Nicolas Sarkozy n’est pas encore officiellement candidat. Ce qui ne l’empêche pas de tester déjà les thématiques de sa future campagne. Par exemple, l’identité nationale. Invité dernier par France fière, un think tank « patriote, libéral et laïc » il a fait vibrer la fibre patriotique et glissé quelques messages politiques. D’abord en chantant une ode à la France éternelle, « ses paysages façonnés par près de cent générations » et de truffer son discours de références à « l’élégance de Watteau », à « la puissance de Géricault » ou aux œuvres de Bossuet, Racine, Péguy, Mauriac ou encore Balzac.

Lors de la campagne de la primaire, Nicolas Sarkozy a bien l’intention de défendre l’assimilation des immigrés à l’histoire et au mode de vie français, seule façon, toujours selon lui, de faire que la France ne s’efface plus devant ses hôtes et que l’école ne diffuse plus tous les lieux communs liés à la repentance. Cette ligne dure, pensée pour attirer de nouveau les sympathisants du FN, sera l’un des clivages avec Alain Juppé qui défend, lui, l’intégration. Un débat qui se focalise sur l’islam.

Pour préparer 2017, les sarkozystes seraient sur le point de louer un siège de campagne non loin du Quai Branly. Ils aiment aussi à se remémorer le passé. Alors que les sondages décrivent un Alain Juppé stratosphérique et un Nicolas Sarkozy très en retard, l’ancien président de la République se raccroche au souvenir de 1995 et y voit un motif d’espoir. Quand la campagne se durcira à l’automne, il est persuadé que son rival s’écroulera, comme le fit Edouard Balladur, alors que lui remontera, comme Jacques Chirac. Il reste qu’Alain Juppé n’est pas tout à fait dans la même situation qu’Édouard Balladur, dans la mesure où il bénéficie certes du soutien des sympathisants de gauche mais il est aussi devant Nicolas Sarkozy chez les sympathisants Républicains.

LE G7 INQUIET DU BREXIT

Sur le front de l’actualité économique l’un des grands moments de la semaine a été naturellement la réunion du G7 au Japon. Les dirigeants des principales puissances mondiales ont naturellement fait de la croissance mondiale leur priorité urgente Estimant qu’elle reste modérée et en-dessous de son potentiel tandis que persistent les risques d’une croissance faible, ils ont donc réitéré leur engagement à utiliser tous les outils de politique économique – monétaire, budgétaire et structurelle – individuellement et collectivement. Les 7 chefs d’état se sont également engagés à faire avancer les réformes structurelles pour doper la croissance, la productivité et le potentiel de production et à donner l’exemple en relevant les défis structurels.

Tous ont répété qu’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne à l’issue du référendum prévu le 23 juin serait un risque grave pour la croissance mondiale. Elle renverserait la tendance à une expansion du commerce mondial et de l’investissement, ainsi que des emplois qu’ils créent, et elle serait un nouveau risque grave pour la croissance. Ce n’était pas un sujet. Mais tous ceux qui étaient assis autour de la table souhaitaient que le Royaume-Uni reste dans l’Union Européenne comme l’a affirmé la chancelière allemande.

LE FMI RESTE CRITIQUE SUR LA FRANCE

En France le fait marquant a été l’annonce d’une nouvelle décrue du chômage. En avril, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A) a baissé de 19 900 (–0,6 %) en métropole, pour atteindre 3,511 millions, selon les statistiques publiées par le ministère du travail et par Pôle emploi. C’est la première fois, depuis le début du mandat du chef de l’Etat, que cet indicateur recule deux mois d’affilée puisqu’en mars, déjà, une diminution, trois fois plus importante, avait été relevée (–60 000). Mais ces données doivent, comme d’habitude, être commentées avec prudence car elles ont été perturbées par le comportement de personnes émargeant au service public de l’emploi : celles qui n’ont pas mis à jour leur dossier ont été plus nombreuses que d’habitude (+ 55 700 en avril comparé à mars) ; du coup, elles n’ont plus été comptées comme étant à la recherche d’un poste, ce qui a fait baisser les chiffres.

Malgré tout c’est une bonne nouvelle pour le gouvernement d’autant plus qu’au cours de la semaine écoulée les expert du FMI ont déclaré : « L’économie française se redresse », à l’issue de leur évaluation annuelle de la France. Cette mission de consultation, réalisée pour chaque pays membre du Fonds, vise à ausculter l’économie tricolore à travers des échanges avec le gouvernement, le Trésor, mais aussi la Direction générale du travail, l’Insee et les partenaires sociaux (Medef et CGT cette année). L’équipe dépêchée à Paris a terminé sa tournée à Bercy, mardi matin, avant de rendre publiques ses observations préliminaires, qui serviront de base à un rapport plus complet, publié mi-juillet.

En dépit d’un ton nettement plus positif qu’en 2015, les experts n’ont cependant pas mâché leurs mots à propos des faiblesses persistantes du système tricolore. « A moyen terme, la croissance va rester modeste. Dès lors, le chômage et l’endettement restent des défis majeurs pour la France. La loi El Khomri, pour importante qu’elle soit, ne permettra pas à elle seule de ramener le chômage de 10 à 5 %. Les négociations actuellement en cours entre les partenaires sociaux, qui visent à fixer de nouvelles règles pour l’assurance-chômage, doivent être la priorité. Le Fonds préconise aussi de renforcer les incitations au retour à l’emploi, par exemple en allongeant la durée de cotisation minimale ou en mettant en place la dégressivité des allocations.

LA COUR DES COMPTES SE REBIFFE

En revanche le gouvernement s’est fait sérieusement tacler par la Cour des Comptes. Dans le rapport rendu public mercredi dernier les sages de la Rue Cambon se montrent très critiques sur l’exécution du budget de l’Etat en 2015. Certes, en apparence, le déficit budgétaire a été inférieur de 15,1 milliards à celui de 2014. Toutefois, note la Cour, ces évolutions sont peu significatives, du fait des éléments exceptionnels – programme d’investissements d’avenir (PIA) et versements au Mécanisme européen de stabilité (MES) – qui avaient dégradé le solde de l’année précédente. La Cour des comptes, elle, présente une évolution annuelle du déficit budgétaire en éliminant les dépenses exceptionnelles, comme les versements au MES, et en prenant en compte les décaissements effectifs de l’Etat aux organismes gestionnaires des PIA. Après ces retraitements, elle établit le déficit budgétaire de l’Etat à 74 milliards d’euros. Soit à peine 300 millions d’euros de moins qu’en 2014.

En termes de business, il est important de noter que lors d’une audition devant la commission des finances du Sénat sur la politique de l’Etat actionnaire Emmanuel Macron, a assuré que le montant de l’indemnisation versée à EDF pour compenser la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim sera défini par des experts indépendants, et non par l’Etat ou par le groupe. Cette précision était attendue dans la mesure où le 20 mai dernier, dans un courrier de Ségolène Royal, adressé au PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, l’État a proposé une indemnisation de l’ordre de 80 à 100 millions d’euros à EDF en contrepartie de la fermeture anticipée de la plus ancienne centrale nucléaire de France, en service depuis 1977. Un montant qui se révèle 20 à 50 fois inférieur aux précédents chiffrages. En septembre 2014, un rapport de l’Assemblée nationale évoquait une somme nécessaire de 4 milliards d’euros. Certains experts avaient ensuite mentionné une enveloppe de 2,5 milliards à 3 milliards d’euros.

LE PATRONAT MET GHOSN AU PIED DU MUR

Sur un autre sujet, les relations se sont fortement tendues cette semaine entre le patronat français et Carlos Ghosn. Dans une lettre envoyée au PDG de Renault et de Nissan le haut comité de gouvernement d'entreprise de l'Afep et du Medef, met directement en cause le montant de la rémunération globale du double PDG. Ce document livre le point de vue du patronat sur le rejet par les actionnaires de Renault (à 54 %) de la rémunération attribuée à Carlos Ghosn au titre de 2015. Le Haut comité regrette la trop grande rapidité avec laquelle le conseil d'administration de Renault a décidé de maintenir la rémunération contre l'avis des actionnaires.

Le comité rappelle que les 7,2 millions constituent l'un des montants les plus élevés attribués aux dirigeants des sociétés du CAC 40. Mais plus profondément, il milite pour une vision plus exhaustive » du package de Carlos Ghosn, en intégrant celui de Nissan, soit 15 millions d'euros en tout. Selon lui, la polémique en cours provient de l'ambigüité créée par le statut très particulier du dirigeant, à la fois aux manettes de Renault et de Nissan. De deux choses l'une, indique le HCGE. Ou bien Renault et Nissan sont deux sociétés autonomes, et dans ce cas, il faudrait, selon le HCGE, justifier soigneusement comment, en terme de disponibilité, la direction peut être exercée par une seule personne, afin de répondre aux critiques qui jugent que la rémunération de Renault équivaut à un mi-temps.

Ou bien, au vu des relations financières étroites entre Renault et Nissan, la performance du patron du groupe français est indissociable de celle du président de Nissan. Et dans ce cas, le conseil français doit raisonner sur l'ensemble des deux fonctions, et donner des indications détaillées sur le package attribué chez Nissan, qui n'est pour l'heure pas détaillé en France. Un exercice nécessaire, insiste le HCGE, d'autant que la valeur des actions de performance attribuées à Carlos Ghosn chez Renault (4,2 millions) dépendent étroitement de la contribution de Nissan aux résultats de Renault. Le patronat s'invite ainsi sur un terrain miné : la gouvernance de l'alliance Renault-Nissan. C'est-à-dire le statut atypique d'une alliance dotée d'un même PDG rendu incontournable, au risque de brouiller les frontières entre ses fonctions chez Renault et Nissan.

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