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Yves de Kerdrel
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Hollande va tenter de sauver les meubles
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État doit s’exprimer mardi matin sur Europe 1 une semaine après l’utilisation de l’article 49-3 qui a provoqué l’explosion de la gauche et alors qu’Emmanuel Macron continue de prendre son envol au point d’afficher de meilleurs sondages que lui en cas d’élection présidentielle. Mais sa parole ne porte plus et cela risque d’être, encore une fois, un tragique coup d’épée dans l’eau.
Semaine meurtrière à gauche où la majorité socialiste a été sur le point d’exploser avec – chose jamais vue – la tentative de dépôt d’une motion de censure par des membres de la majorité présidentielle. Cette tentative a échoué de peu, puisqu’il a manqué deux signatures aux verts et aux frondeurs pour réussir leur coup. Mais elle risque de laisser longtemps des traces. D’autant plus que les 24 députés socialistes qui ont signé cet acte de défiance, dont les anciens ministres Benoit Hamon ou Aurélie Filipetti, sont aujourd’hui sous la menace de sanctions. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a annoncé avoir saisi la haute autorité éthique de son parti afin qu’elle se penche sur le cas de ces parlementaires frondeurs.
Manuel Valls, lui, a pris acte de cette situation en invitant simplement les députés en question à rendre leur carte du parti. Stéphane Le Foll a expliqué qu’il serait logique qu’ils quittent la Rue de Solferino. Mais eux ne l’entendent pas encore ainsi. Ainsi Laurent Baumel, l’un des principaux contestataires a exclu de quitter le PS. De la même manière les aubrystes Jean-Marc Germain, mari d’Anne Hidalgo ou François Lamy ont expliqué dans une tribune publiée par Le Monde, qu’ils entendaient rester au PS afin d’accélérer la reconstruction de la gauche. Quoiqu’il en soit, la haute autorité en question ne prendra aucune sanction directement, puisqu'elle n'en a pas le pouvoir. Composée de dix membres, tous juristes mais pas obligatoirement encartés, cette instance indépendante de la direction du Parti socialiste ne rend que des avis consultatifs.
LE RETOUR DE MONTEBOURG
Cet échec de la motion de censure de gauche contre la loi travail a fait beaucoup de perdants. Mais un vainqueur, Arnaud Montebourg qui prépare son grand retour. Car si au bout de quatre ans d'opposition systématique à François Hollande, les frondeurs viennent de démontrer leur impuissance. Jamais durant le quinquennat ils n'auront réussi à obtenir la moindre inflexion de la politique économique. En revanche c’est une aubaine pour Arnaud Montebourg qui doit prononcer demain, en haut du Mont Beuvray un grand discours pour acter son retour en politique. Jusqu’ici il n'avait pas de troupes or 56 députés viennent de s'offrir à lui. Il n'y a donc plus qu'à les convaincre. Sans doute faudra-t-il décrypter au mot près son discours, car l’ancien Ministre de l’économie qui se réclame aujourd’hui d’une forme de gaullisme populaire a beaucoup évolué.
Ce n’est pas un hasard si François Hollande a demandé à intervenir sur Europe 1 dés le lendemain matin. Il s’agit pour lui de remettre la maison en ordre et de se repositionner en chef de la gauche afin d’éviter des primaires. Il lui faut donc tordre le cou aux ambitions d’Arnaud Montebourg tout autant qu’à celles d’Emmanuel Macron qui agace tout autant. Surtout que des rumeurs ont circulé sur une éventuelle levée de fonds à Londres de la part du Ministre de l’Économie. Ce qui est une pure plaisanterie. Le locataire de Bercy sait trop bien dans quels pièges ne pas tomber. Par ailleurs s’il a besoin de fonds pour une campagne, il sait qu’il peut compter sur l’ensemble du patronat français. La question qui sera posée en revanche à François Hollande tient à la loyauté de son ministre et à un éventuel pacte conclu avec lui comme l’a révélé Médiapart.
JUPPE IMPRIME DE MOINS EN MOINS
A droite l’événement de la semaine a été la publication du programme économique d’Alain Juppé, malheureusement totalement occultée par l’actualité autour du 49-3. Si bien qu’à l’instar de ce qu’il s’était passé pour son dernier opus, le Maire de Bordeaux donne, de plus en plus, le sentiment de ne pas « imprimer » dans l’opinion à l’inverse de François Fillon qui continue de faire son chemin et d’attirer un nombre croissant de dirigeants d’entreprises. Signe très intéressant : l’hebdomadaire Valeurs actuelles qui organise un diner débat à l’Interallié avec l’ancien Premier Ministre a déjà reçu pas moins de 400 demandes et commence à refuser du monde.
S’agissant des débats houleux autour de l’organisation de la primaire, Nicolas Sarkozy aurait passé du temps, ces derniers jours, afin de consulter les acteurs concernés pour trouver un accord sur le vote des Français résidant à l'étranger. L’ex-Chef de l’État s'est fendu d'un courrier explicatif adressé aux citoyens établis hors de France, dans lequel il justifie sa première décision au nom de l'égalité de traitement entre les votants d'une même circonscription. Avant de tempérer en expliquant qu’il a proposé au président de la Commission nationale d'organisation de la primaire, Thierry Solère, et à la présidente de la Haute Autorité de la primaire, Anne Levade, de faire des propositions pour que des exceptions puissent être apportées afin d’appréhender chaque situation dans sa spécificité.
QUELLE BAISSE D’IMPOT POUR LES SOCIETES ?
Selon l'entourage de l'ancien président le président des Républicains chercherait à s'orienter vers un entre-deux. Il souhaite conserver le vote papier dans les plus grandes villes, comme Madrid, Londres ou New York où, selon le compte de ses équipes, 70% des Français de l'étranger seraient établis. Les autres, plus éloignés des centres urbains, pourraient voter par Internet. Tout cela montre que Nicolas Sarkozy entend rester Président des Républicains le plus longtemps possible afin de tout contrôler et tout verrouiller. Voilà pourquoi son annonce de candidature n’interviendra pas avant le début du mois de septembre, comme il l’a récemment confirmé au Point.
En matière économique, l’actualité a été assez pauvre cette semaine. En dehors d’un démenti de Michel sapin sur les informations parues dans Les Échos selon lesquelles il étudierait un scénario de baisse plus forte que, en 2017, du taux de l’impôt sur les sociétés (IS). Alors que François Hollande a récemment déclaré souhaiter une nouvelle baisse d’impôt pour les ménages en fonction des marges disponibles, Michel Sapin a indiqué que, sur ce point, la réflexion n’a pas commencé. A fortiori s’agissant des entreprises, où le Ministre affirme s’en tenir au pacte de responsabilité tel qu’il a été annoncé.
LE FMI A PEUR D’UN BREXIT
Mais justement, le dernier volet du pacte de responsabilité qui doit être mis en œuvre en 2017 prévoit une enveloppe de 5 milliards d’euros de mesures en faveur des entreprises. La première partie de cette enveloppe, pour 3,5 milliards d’euros, devrait être consacrée à la suppression complète de la contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S). L’autre partie de l’enveloppe porte sur l’amorce de la réduction du taux de l’IS, actuellement de 33 % en France, quasiment un des plus élevés d’Europe. Il reste que cette question de la répartition de la dernière enveloppe du pacte de responsabilité partage le patronat. Si le Medef est partisan de la suppression totale de la C3S, tout en continuant à réclamer un alignement de l’IS sur la moyenne européenne, les petites entreprises, par l’intermédiaire de la CGPME, font le siège de Bercy pour un rééquilibrage en 2017 et un effort plus appuyé sur la baisse de l’IS.
Toujours sur le front économique, la semaine a été marquée par la publication d’un rapport très intéressant du FMI sur les conséquences d’un éventuel Brexit. D’après l’institution de Washington, le Royaume-Uni risquerait d'être entraîné dans une spirale autoalimentée de faible croissance économique et de baisse des prix des logements et des valeurs boursières si les électeurs votent en faveur d'une sortie du pays de l'Union européenne le 23 juin. A cela s’ajouterait un arrêt brutal des investissements dans des secteurs essentiels de l'économie tels que l'immobilier d'entreprise et les services financiers. Ce qui pourrait aggraver le déficit record du compte courant britannique. Selon le rapport du FMI, après un Brexit, il faudrait des années au Royaume-Uni pour renégocier ses accords commerciaux avec l'Union européenne et les autres économies mondiales, ce qui freinerait l'investissement et pèserait lourdement sur la confiance des consommateurs et des milieux d'affaires.
LE BEAU COUP DE GHOSN
En matière de business, l’événement de la semaine c’est naturellement la prise de contrôle de Mitsubishi par Nissan. Une opération menée de main de maître par Carlos Ghosn lui-même. Selon le projet, qui a été validé jeudi par les conseils d’administration des deux groupes, Nissan deviendra le premier actionnaire de Mitsubishi Motors en injectant 1,9 milliard d’euros, dans le cadre d’une augmentation de capital, ce qui lui confèrera 34 % des actions. Les trois constructeurs devraient demeurer séparés, mais alliés. Avec Nissan au centre de la toile, à la fois filiale (à 43 %) et actionnaire (à 15 %) de Renault, et bientôt actionnaire-clé de Mitsubishi.
Au total, le trio représente environ 9,5 millions de véhicules vendus chaque année. L’opération rapprocherait ainsi Renault-Nissan des deux champions qui se disputent la première place mondiale, le japonais Toyota (10,1 millions de véhicules) et l’allemand Volkswagen (9,9 millions). Pour peu que les liens noués par Renault-Nissan avec l’allemand Daimler se resserrent, l’ensemble des quatre constructeurs japonais et européens pourrait même prétendre un jour à la première place mondiale. Rappelons qu’après avoir été allié avec Daimler-Chrysler durant les années 2000, Mitsubishi avait mené des discussions très avancées avec Philippe Varin, alors PDG de PSA Peugeot Citroën. Mais, le projet était tombé à l’eau, faute d’accord sur la valeur de Mitsubishi.
LAUVERGEON ENFIN MISE EN EXAMEN
L’autre opération de la semaine a été naturellement l’annonce du rachat de la Saft par Total confirmant les ambitions du groupe pétrolier dans l’électricité. Depuis cette annonce le titre Saft se négocie au-delà du prix fixé par Total pour acquérir ce spécialiste du stockage d'électricité. Le fonds d'investissement Amber Capital a même franchi le seuil des 5%. Dans sa déclaration d’intention il a précisé qu’il envisageait de poursuivre ses emplettes et qu’il n’apporterait pas ses actions à l’offre. Pourtant il n’y a guère de suspense la cible étant favorable à cette OPA. En fait tout semble s’articuler autour du détachement du coupon qui s’élève à 0,85 cent. Tout cela laisse supposer qu’Amber se livre donc à de la pure spéculation- traduit juste spéculation, d’autant une grosse partie des titres détenus par le fonds sont des CFD. De surcroit Patrick Pouyanne, le patron de Total, que conseille Jean-Marie Messier, a expliqué que le squeeze out n'a rien d'urgent. Si bien que si des actionnaires veulent le rester, et que Total n'a pas besoin du dividende de Saft, l’ensemble du cash généré par la société restera dans ses coffres.
En fin de semaine, Anne Lauvergeon, ex patronne d’Areva pendant une décennie a été mise en examen, notamment dans le cadre du rachat de la société minière Uramin par le groupe nucléaire. Le parquet national financier a requis sur plus de vingt pages dans le sens d’une inculpation d’Atomic Anne. Depuis un an, les juges tentent de savoir si Uramin, achetée 1,8 milliard d’euros en 2007, a été correctement valorisée dans les comptes d'Areva entre 2008 et 2011. En février 2014, la Cour des comptes avait dénoncé, auprès du parquet national financier, des malversations comptables supposées. Le parquet a alors ouvert une information préliminaire, avant de décider en mai 2015 l'ouverture de deux informations judiciaires distinctes mais confiées aux mêmes juges d'instruction : l'une concernant des faits supposés d'escroquerie au moment de l'achat d'Uramin, l'autre visant des possibles faits de présentation de comptes inexacts, diffusion d'informations fausses ou trompeuses, abus de pouvoir, faux et usage de faux sur l'exercice 2010-2011.
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