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Yves de Kerdrel

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Pas de pause dans la fronde anti-Hollande
par Yves de Kerdrel

Fort de bons résultats économiques enregistrés fin avril François Hollande a donné le départ cette semaine de sa campagne pour 2017. Malgré tout, les sondages restent toujours aussi défavorables au Chef de l'Etat. Les violences dans les rues ne font que s'accroître et vont s'amplifier avec Notre-Dame des Landes. Et surtout le débat parlementaire sur la loi El Khomri s'annonce dévastateur.

08/05/2016 - 07:51 Temps Lecture 14 mn.

Tout va mieux répète-t-on au Château. Tout va mieux a aussi déclamé Manuel Valls, mardi après-midi à l'Assemblée devant des parlementaires aussi incrédules à droite qu'à gauche. Les Français, eux, sont bien plus sceptiques et jugent toujours très sévèrement le bilan économique de François Hollande, selon un sondage BVA pour le cabinet BC Consulting diffusé mercredi. Pour 81 % des personnes interrogées, le bilan du chef de l’Etat est négatif. Seuls 15 % des Français voient la situation économique du pays s’améliorer depuis quelques mois. Pour 48 %, elle n’évolue pas, et, pour 36 %, au contraire, elle se détériore. Les deux tiers des personnes interrogées sont pessimistes pour les mois à venir : 66 % pensent que la situation sera moins bonne qu’aujourd’hui à la fin du mandat de François Hollande, et, pour 30 %, elle sera meilleure.

L'enseignement intéressant de cette enquête d'opinion, c'est que les jugements négatifs à l’encontre du chef de l’Etat ne profitent pas à l’opposition dans le domaine économique. Seuls 24 % des Français pensent que la situation économique et sociale serait meilleure si Les Républicains étaient au pouvoir. Elle ne serait ni meilleure ni moins bonne pour 50 %, et serait moins bonne pour 25 %. Autre révélation importante, qu'Emmanuel Macron répète déjà en privé : les statistiques du chômage suscitent la méfiance de 65 % des Français, pour qui elles reflètent plutôt mal la situation ; 33 % sont d’un avis contraire.

SONDAGES AU PLUS BAS

Mais pour fêter le quatrième anniversaire de son élection, les mauvaises ondes ne se limitent pas à cette étude. Selon le sondage mensuel réalisé par TNS Sofres pour le Figaro Magazine la cote de popularité de François Hollande est à son plus bas niveau historique : 13 %! Mais surtout jamais autant qu'aujourd'hui les Français se méfient de lui! Dans des proportions totalement incroyables : 91 % des jeunes de moins de 34 ans, sa cible privilégiée de la campagne de 2012, ne lui font pas confiance. François Hollande a également atteint le plus bas niveau jamais enregistré depuis son élection à la présidence de la République avec 16% de confiance, selon un sondage pour Les Echos diffusé jeudi. Désormais, 80% des personnes interrogées déclarent ne pas faire confiance au chef de l'Etat, près d'un sondé sur deux (49%) allant jusqu'à répondre "pas confiance du tout".

Et ce n'est pas le début de la discussion parlementaire sur la loi travail qui est de nature à inverser ce climat. L’horizon de ce texte est encore loin d’être dégagé et les obstacles commencent à se dessiner. A commencer par les dispositions de l’article 2 qui prévoient qu’un accord d’entreprise pourra désormais prévaloir sur un accord de branche, même s’il est moins avantageux pour le salarié. Pour les contestataires du Parti socialiste, c’est l’un des principaux nœuds du texte, car il pourrait conduire à du dumping social. D’ores et déjà, les frondeurs préviennent que si cette mesure n’est pas profondément revue, ils voteront contre le projet de loi le 17 mai. Pour autant, une bonne partie des frondeurs continuent d’espérer que le gouvernement finisse par bouger. En suivant le raisonnement selon lequel il aurait tout à perdre à engager le 49-3 (qui permet de faire passer le texte sans vote) et serait donc bien obligé de négocier pour obtenir une majorité.

UN DEBAT DIFFICILE

Car, de l’avis de tous, en l’état, le texte ne passe pas. Son rapporteur, Christophe Sirugue, avait évoqué le chiffre de 40 votes contre. De son côté, Jean-Marc Germain a fait le calcul : si tout le PS votait pour le texte, le rapport de force serait d’environ 300 pour face à 250 contre, et si 25 décident de voter contre, le texte ne passe pas. Si Manuel Valls continue de réfuter officiellement l’hypothèse du 49-3, cela n’a pas pour autant tranquillisé les esprits. De son côté l’opposition n’est pas en pointe sur ce débat. Alors que la droite avait déposé deux motions de procédure visant à rejeter le texte d’emblée et qu’elle compte avec l’UDI un total de 226 députés, elle s’est fait battre à plate couture (105 voix contre 200 puis 177 voix contre 99). Bien sûr elle ne manquera pas de déposer la motion de censure à laquelle elle aura droit en cas de 49-3.

Les parlementaires d'opposition s’agacent surtout de l’avalanche de cadeaux électoraux annoncés par l’exécutif depuis le début de l’année. Mardi 3 mai, encore, le chef de l’Etat, intervenant à un colloque de la Fondation Jean-Jaurès et de Terra Nova sur « la gauche et le pouvoir », a confirmé qu’il envisageait une nouvelle baisse d’impôts en 2017 pour les plus modestes. Dans l’après-midi, c’est le premier ministre, Manuel Valls, qui a annoncé une hausse de 800 euros de la prime annuelle des enseignants du primaire dès la rentrée 2016 : le coût de cette mesure est évalué à 305 millions d’euros. Depuis le début de l’année, entre le plan formation emploi (1,6 milliard), les mesures en faveur des agriculteurs (900 millions), le financement de la transition énergétique (300 millions), la hausse du point d’indice des fonctionnaires (600 millions), la prolongation du dispositif de suramortissement des investissements pour les entreprises (400 millions), les mesures en faveur des jeunes (200 millions), ce sont déjà 4 milliards d’euros de dépenses nouvelles qui ont été lâchés, selon le décompte effectué par Valérie Rabault, la rapporteure générale de la commission des finances.

OPERATION DE CLIENTELISME

La droite accuse l’exécutif de se livrer à une opération de clientélisme en vue des élections de 2017. Le parti Les Républicains a annoncé qu’il allait ouvrir un compteur des promesses de François Hollande. François Fillon a fustigé le gouvernement, l'accusant d'avoir déjà dépensé en cadeaux ce que la croissance ne lui a pas encore donné. Le parti de la Rue de Vaugirard va plus loin, en assurant que le total des dépenses s’élèverait à près de 15 milliards d’euros (4,3 milliards en 2016, 3,6 milliards en 2017 et 6,6 milliards pour 2018). Dans le détail, il évalue le coût des mesures pour les jeunes à 600 millions d’euros ; celles pour les enseignants, les policiers et les fonctionnaires à plus de 3 milliards et celles pour l’emploi – avec la formation de 500 000 chômeurs et la prime à l’embauche – à 2 milliards. Enfin, il estime que la mesure destinée à étendre le RSA aux jeunes de 18 à 25 ans, prévue pour 2018, atteindrait 6,6 milliards d’euros.

S'agissant de la droite une chose est certaine, c'est le retour sur le devant de la scène de François Fillon qui est parvenu à éclipser Bruno Le Maire et qui représente désormais un réel danger pour le clan Juppé. C’est sa rupture à lui. Après avoir tout misé sur son projet et le travail de fond, François Fillon s’est résolu à ne plus négliger la forme. Le candidat à la primaire de la droite pour la présidentielle de 2017 a adopté une nouvelle stratégie de communication, qui se veut plus percutante. Objectif : rendre enfin audible le discours de celui qui construit méthodiquement son projet de rupture depuis trois ans, sans que cela suscite un grand écho dans l’opinion. Sans avoir changé d’avis, il a désormais la volonté de tenir un discours plus aiguisé, en s’appuyant sur une stratégie médiatique plus puissante. L'ancien premier ministre a fait appel à deux proches, Anne Méaux et Myriam Lévy. La première, patronne de l’agence Image 7 lui prodigue quelques conseils en coulisses. La seconde, Myriam Lévy, est une ancienne journaliste, qui était responsable de ses relations presse à Matignon.

GRINCEMENTS DE DENTS A DROITE

Par ailleurs, comme il fallait s'y attendre, la haute autorité chargée du bon déroulement de la primaire à droite a contesté, mercredi la décision prise la veille à huis clos par le bureau politique du parti Les Républicains de renoncer à organiser par voie électronique le vote à ce scrutin pour les 1,2 million de Français établis hors de France. Ce changement de règle fait suite à une initiative de Nicolas Sarkozy, qui a organisé à la surprise générale, mardi, un vote sur sa proposition, en l’absence d’Alain Juppé, de François Fillon et de Bruno Le Maire. Ce point précis semblait faire l’objet d’un consensus entre les différents candidats depuis plusieurs mois et le sujet n’avait pas été prévu à l’ordre du jour du bureau politique. Favorables au vote par Internet, les camps Juppé, Fillon et Le Maire ont naturellement dénoncé un coup de force du président du parti.

Sur le plan économique, pas de nouvelles spectaculaires cette semaine en dehors de la très intéressante enquête PMI de Markit qui est souvent en avance sur les statistiques officielles. Or selon cette étude, le secteur manufacturier français est resté ancré en zone de contraction au cours du mois d'avril. L'indice des directeurs d'achat compilé par le bureau de recherche pour l'Hexagone s'est établi à 48 le mois dernier, contre 49,6 en mars et 48,3 en version flash. Il s'agit d'un plus bas au cours des douze derniers mois. Markit, qui évoque un renforcement de la contraction de l'activité, explique notamment que les nouvelles commandes et la production ont enregistré leurs plus forts replis depuis respectivement février et avril 2015. Mais le plus grave c'est que la France demeure le seul pays à indiquer des destructions de postes en avril, pour le deuxième mois consécutif.

Par ailleurs, c'est une Asie à deux vitesses que vient de décrire le Fonds monétaire international dans la dernière édition de ses Perspectives pour l’Asie et le Pacifique, publiée mardi. Avec d'un côté la Chine et le Japon, dont l’économie ralentit. Et de l’autre, une Inde et une Asie du Sud-Est dynamiques. L’institution, dirigée par Christine Lagarde prévoit un taux de croissance pour la région de 5,3 % en 2016 et 2017, contre une précédente estimation de 5,4 %. Depuis ses prévisions d’octobre 2015, les marchés ont subi le contrecoup de l’essoufflement économique chinois et de la dégringolade des cours du pétrole. Des milliards de dollars de valorisation sont partis en fumée.

KESSLER A L'HONNEUR A LA CITY

Selon cette passionnante étude du FMI, la croissance de la Chine, moteur crucial pour l’économie mondiale, va s’élever à 6,5 % en 2016, et à 6,2 % en 2017. C’est un peu mieux que les prévisions d’octobre 2015, même si elles demeurent largement en deçà des 6,9 % de 2015, le taux de croissance le plus faible en Chine depuis un quart de siècle. En outre le Fonds relève que les autorités chinoises s’efforcent de rééquilibrer le modèle économique vers les services et la consommation intérieure. Mais il s’inquiète du niveau élevé des créances douteuses et des remèdes du gouvernement. La presse chinoise a récemment rapporté que Pékin envisageait de convertir une partie des créances qui plombent le bilan des banques en participations dans les entreprises endettées mais aussi de les amalgamer en produits financiers susceptibles d’être revendus.

Peu d'actualité dans le monde du business en attendant l'investor day d'Euronext qui se tiendra vendredi prochain et au cours duquel Stéphane Boujnah présentera son plan stratégique pour la bourse paneuropéènne. S'agissant de la communauté financière il est important de retenir que Denis Kessler, le patron de Scor, s’est vu attribué, il y a quelques jours, le statut de citoyen d’honneur de la City de Londres à l’occasion d’une cérémonie réunissant plus de 300 personnes à Londres. Après avoir été élu membre de l'Institut en début d'année, le voilà désormais Freeman de la city de Londres. Une récompense attribuée à très peu de français en dehors de Ferdinand de Lesseps. Il s’agit d’une des plus anciennes cérémonies traditionnelles encore en vigueur aujourd’hui, dont on pense qu’elle s’est tenue pour la première fois en 1237. Denis Kessler a fait un discours à la Mansion House et s’est notamment exprimé contre le Brexit. Il a été fortement applaudi !

A noter enfin l'information dévoilée par Mediapart d'une possible mise en vente de I-Télé par Vivendi. Information que WanSquare avait déjà dévoilé dans ces colonnes il y a quelques semaines. Le fait que cette chaîne perd de l'argent de manière récurrente, que Vincent Bolloré ne s'intéresse pas à l'information et qu'il redoute que le passage en clair de LCI (qui n'a affecté pour l'instant que BFMTV) et la création d'une nouvelle chaîne publique d'information en continu ne dégrade un peu plus les conditions d'exploitation de cette chaîne. Mais surtout le patron de Vivendi a reçu des propositions de Patrick Drahi et surtout du tandem Niel-Pigasse qui seraient difficilement refusables. Il n'y a donc rien de précis dans les tuyaux. Mais tout ceci explique sûrement pourquoi cette chaîne d'information n'est pas dirigée.

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