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Yves de Kerdrel
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Macron s’impose à gauche et Fillon rebondit à droite
par Yves de Kerdrel
En l’espace de deux semaines le Ministre de l’économie s’est imposé comme la seule alternative à un François Hollande totalement démonétisé, au point de s’émanciper chaque jour davantage de celui qui l’a nommé là où il est. A droite, la primaire aborde sans doute un tournant avec le rebond spectaculaire de Fillon et l’érosion des deux candidats les plus lisses : Bruno Le Maire et Alain Juppé.
L’auteur de ces lignes étant en reportage aux États-Unis c’est ce qui justifie que cet éditorial hebdomadaire vous parvient avec quelques heures d’avance. Merci pour votre compréhension.
Yves de K.
Deux semaines après avoir mentionné ses ambitions lors du 20 heures de France 2 Emmanuel Macron continue chaque jour à accumuler les initiatives personnelles, sans que sa participation au gouvernement ne soit pour l’instant remise en cause. Mercredi 20 avril ce n’est pas une, mais deux interviews polémiques du ministre qui ont été publiées. Dans la première, à la revue Risques, il s’en prend à l’ISF, estimant qu’il faut lui préférer une taxation de la succession. Une sortie dont l’Élysée n’avait, pas été prévenu. Dans le second entretien, au quotidien belge Le Soir, il laisse planer le doute sur ses intentions pour 2017, expliquant que son mouvement est destiné à nourrir un projet présidentiel, sans s’avancer sur l’identité de celui qui le portera.
Mais les bons sondages s’accumulent, et avec eux les interrogations qui entourent les ambitions réelles du jeune ministre. Dans le baromètre ViaVoice pour Libération, paru jeudi 21 avril, 38 % des personnes sondées (8 points de plus en un mois) estiment qu’il ferait un bon chef de l’État contre 28 % pour Manuel Valls, et seulement 11 % pour François Hollande. Le chef de l’État ne semble cependant pas décidé pour le moment à brider son ancien conseiller, quand bien même le premier ministre, Manuel Valls, ne cache plus son exaspération face à ses sorties. Il le laisse notamment construire son mouvement, En marche !, qui doit lancer une grande opération de porte-à-porte courant mai.
MACRON CHEZ JEANNE D’ARC
Bien qu’il s’en défende, la machine qu’Emmanuel Macron s’échine à construire à de plus en plus des allures d’appareil électoral. Pour preuve, il a engagé l’entreprise de stratégie électorale Liegey Muller Pons (LMP), la même qui avait collaboré avec François Hollande en 2012 pour préparer la campagne. Son conseiller spécial à Bercy, Ismaël Emelien, a, de son côté, quitté le ministère pour aller renforcer le pôle communication du mouvement, avec Julie de La Sablière, épouse du banquier vedette de Morgan. Une demi-douzaine de personnes chez LMP gèrent l’organisation technique de l’opération de porte-à-porte baptisée « la Grande Marche ». Si le procédé semble très classique, les moyens mis le sont moins. Le cabinet LMP veut dresser à l’aide d’un logiciel et des données statistiques et électorales une « feuille de route » des portes auxquelles aller frapper, dans des quartiers représentatifs de la population. Une sorte de sondage à ciel ouvert, inspiré des campagnes américaines.
Naturellement, Emmanuel Macron, dont l’assise populaire est difficile à cerner, est très attendu au tournant, notamment dans sa propre majorité, sur cette grande opération de terrain. Entre-temps, il peaufine le « style Macron » avec des pas de côté inattendus. Il présidera, à la demande du maire Républicains d’Orléans, Olivier Carré, les Fêtes de Jeanne d’Arc le 8 mai, défendant ainsi un symbole dont la récupération est habituellement une spécialité de l’extrême droite. Il continue aussi à faire la publicité de son nouveau parti en multipliant les plateaux télé et les interviews à la presse écrite. Si bien que selon une étude IFOP publiée mardi, seuls 16 % des Français seraient prêts à voter pour Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle (dans une hypothèse où Arnaud Montebourg serait candidat, mais pas François Hollande).
COURSE AUX PARRAINAGES À DROITE
A droite la campagne des primaires prend un tour nouveau avec la chasse aux parrainages. Chaque prétendant doit en effet avoir la signature de 20 parlementaires, ainsi que celle de 250 élus (issus d’au moins 30 départements différents) et de 2 500 adhérents à jour de cotisation (de 15 départements).
Depuis vendredi, la course est officiellement lancée. Tous les candidats déclarés disposent de bulletins à faire remplir par leurs soutiens. A l’heure actuelle, seuls Alain Juppé, Nicolas Sarkozy (qui devrait déclarer sa candidature vers la fin du mois d’août), Bruno Le Maire et François Fillon sont assurés de réunir le nombre de parrainages nécessaires. Chacun entend en afficher le maximum pour réaliser une démonstration de force lors du dépôt officiel des signatures, le 9 septembre.
Sans attendre les bulletins de parrainage, l’ex-premier ministre a présenté la liste des 71 parlementaires qui le soutiennent dans Le Figaro, jeudi 21 avril. Mais son réseau est si vaste que certains, chez les Républicains, l’imaginent plutôt en présenter près de 120. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy n’auront aucun mal, non plus, à réunir les précieux sésames. Le premier peut compter sur au moins une quarantaine de parrainages assurés chez les parlementaires, alors que le second dispose d’un vivier d’une cinquantaine de députés et de sénateurs prêts à appuyer sa candidature. Bruno Le Maire, de son côté, dit avoir déjà recueilli les paraphes de 32 parlementaires et ceux de plus de 500 élus locaux. Mais le député de l’Eure pourrait en présenter davantage le jour J.
UN GUIDE DE BONNE CONDUITE DE LA PRIMAIRE
En dehors des quatre « gros » candidats, les deux seuls capables de rassembler les parrainages nécessaires demeurent Jean-François Copé et Hervé Mariton. L’ex-président de l’UMP, qui réunit près d’une vingtaine de parlementaires chaque mardi matin à l’Assemblée, assure être en mesure d’atteindre le nombre requis. Mais au sein des Républicains, beaucoup en doutent, soulignant que Jean-François Copé compte sur l’appui de plusieurs élus déjà engagés avec Nicolas Sarkozy. De son côté, Hervé Mariton tente de rallier à sa cause la cinquantaine de parlementaires qui l’avaient soutenu lors de sa candidature pour la présidence de l’UMP, fin 2014. Mais pour l’instant, seuls une quinzaine d’entre eux se disent prêts à s’engager en faveur du député de la Drôme.
La haute autorité de la primaire à droite en vue de l’élection présidentielle de 2017, présidée par Anne Levade, vient de finaliser le guide électoral de ce scrutin. Ce document précise toutes les règles de l’organisation, comme les parrainages requis pour pouvoir candidater, le nombre et la composition des bureaux de vote ou encore les dates du scrutin. Alors que la campagne s’annonce explosive, ce document de 21 pages, bien que n’étant pas un guide de bonne conduite, précise toutefois, dans l’un de ses articles, que les candidats s’engagent à soutenir publiquement le candidat à la présidence de la République désigné à l’issue de la primaire et à prendre part à sa campagne. La haute autorité n’a pas non plus décidé de mettre en place des sanctions si jamais des dérapages survenaient entre les candidats. Elle se donne néanmoins le droit de faire des recommandations.
Un détail n’échappera pas non plus aux équipes de campagne : tous les candidats devront fournir, avant le 20 décembre, les comptes de financement à la haute autorité, qui les rendra ensuite publics.
DRAGHI ENERVE BERLIN
Mais à droite, l’événement de ces derniers jours est assurément la publication par le site internet de Valeurs actuelles d’un sondage Ifop sur les primaires à droite où François Fillon fait un bond spectaculaire passant de 8 à 15 points en l’espace d’un mois, et devançant largement Bruno Le Maire qui retombe de 16 à 12 points. Cela prouve que la nouvelle stratégie plus offensive de l’ancien Premier Ministre imprime enfin dans l’opinion et que les sympathisants de droite semblent lassés des candidats trop fades et lisses comme Alain Juppé et Bruno Le Maire.
Sur le plan économique, c’est toujours la politique monétaire de la BCE qui focalise l’attention. Jeudi dernier, à l’issue de la réunion de son conseil des gouverneurs, la Banque centrale européenne a laissé son principal taux directeur inchangé (0 %) et a confirmé l’augmentation de ses rachats d’actifs de 60 à 80 milliards d’euros par mois, comme annoncé le 10 mars. Ce programme sera élargi à l’achat d’obligations d’entreprises de la zone euro. Les achats seront menés à partir du mois de juin, sur le marché primaire (dès l’émission des titres) ou secondaire (à la revente), par six banques centrales nationales : la belge, l’allemande, l’espagnole, la française, l’italienne et la finlandaise. Les obligations d’entreprises éligibles devront être notées au moins « BBB– » par les agences de notation – de quoi garantir leur qualité. Les titres de banques et filiales de banques seront exclus, mais pas ceux des assureurs. La BCE n’a en revanche pas diffusé le montant mensuel de rachats visés.
DARTY TRES CONVOITE
Depuis quelques semaines, les conservateurs d’outre-Rhin tirent à boulets rouges sur les mesures accommodantes de l’institution. Selon eux, ses taux bas ruinent les épargnants de Berlin ou Munich, tandis que ses rachats de dettes publiques alimentent le laxisme budgétaire des pays du Sud, comme le Portugal ou la Grèce.
Loin de perdre son sang-froid, le patron de la BCE a répondu avec calme. Il a développé un argument-clé, partagé par nombre d’économistes : les taux bas ne sont pas la seule conséquence des choix monétaires. Ils sont d’abord le symptôme d’une croissance et d’une inflation faibles, a-t-il expliqué. Et ce, en Europe comme dans les autres pays industrialisés.
Forte actualité du côté des entreprises avec de multiples surenchères sur Darty. Conforama est désormais prêt à débourser 1,09 milliard d’euros pour s’offrir Darty, au terme de sa troisième surenchère en vingt-quatre heures. Le groupe sud-africain Steinhoff, propriétaire de Conforama espère coiffer au poteau la Fnac, qui, une vingtaine de minutes auparavant, avait proposé 1,04 milliard d’euros, au terme également de sa troisième surenchère. Ce petit jeu a dopé le titre Darty, coté à la Bourse de Londres : il a gagné 23 % jeudi, pour s’établir à 161,50 pence, soit le double de sa valeur par rapport à septembre 2015, date à laquelle la Fnac a lancé son OPA. Darty vaut désormais un tiers du montant de son chiffre d’affaires.
EDF VOIT LE BOUT DU TUNNEL
De son côté, l’état actionnaire injectera 3 milliards d’euros chez EDF à l’occasion d’une prochaine augmentation de capital. La décision a été prise lors du conseil d’administration qui s’est tenu vendredi 22 avril après-midi. Pour sortir le groupe électricien de la zone de risques financiers dans laquelle il se trouve, le conseil a validé le principe d’une recapitalisation d’un montant total de 4 milliards d’euros, d’ici à la clôture des comptes 2016, c’est-à-dire à février 2017. L’État y souscrira pour 3 milliards d’euros. Comme il l’a fait cette année, il compte par ailleurs percevoir ses dividendes des deux prochaines années sous forme d’actions, et non en numéraire. Si bien qu’au total, la part de l’État dans le capital d’EDF devrait rester stable, à 85 %.
Trois autres mesures adoptées par le conseil d’administration s’ajouteront à cet effort de l’État pour permettre à EDF de mieux tenir le choc provoqué par la chute des prix de l’électricité en Europe. La première consiste à durcir le plan d’économies annoncé en début d’année. Au lieu de comprimer ses coûts de 700 millions d’euros d’ici à 2018, EDF entend désormais les réduire de plus de 1 milliard d’euros à l’horizon 2019. La deuxième grande mesure, évoquée depuis plusieurs mois, consiste à céder des actifs. Le chiffre est désormais officiel : EDF entend vendre pour 10 milliards d’euros d’actifs divers, dont une partie des actions qu’il détient dans le Réseau de transport d’électricité. Enfin EDF prévoit de réduire ses investissements. Ce coup de frein sur les dépenses ne concerne toutefois pas les grands projets stratégiques comme le déploiement — assez contesté — du compteur Linky ou l’éventuelle construction de deux réacteurs nucléaires à Hinkley Point, en Grande-Bretagne.
Vincent Bolloré n’a pas mâché ses mots sur Canal+ lors de l’assemblée annuelle des actionnaires de Vivendi. Si la chaîne cryptée ne se redresse pas, « on coupera le robinet » a-t-il déclaré. Sur sa seule activité française, Canal+ pourrait perdre jusqu’à 400 millions d’euros en 2016, a insisté le président du conseil de surveillance de Vivendi. Derrière ces propos, une politique d’économies plus vaste se met en place. Sans avoir été présenté comme tel, un plan de « cost-killing » s’est mis en place. La direction l’assume mais assure qu’il n’y a pas de plan social et que le cœur de l’activité de Canal+ n’est pas touché. Ce plan s’incarne dans la nouvelle direction des achats de la chaîne. Et dans un personnage, qui la dirige depuis novembre 2015 : Michel Sibony, responsable des achats du groupe Bolloré depuis 2002. L’homme a déjà importé des méthodes éprouvées dans le domaine de la logistique chez Havas, agence de publicité rachetée par Bolloré en 2012.
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