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Yves de Kerdrel
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Emmanuel Macron sème le trouble à gauche et chez Juppé
par Yves de Kerdrel
L’initiative solitaire du Ministre de l’Economie est naturellement peu appréciée par les socialistes, à commencer par Manuel Valls. Elle est également regardée de travers par le clan Juppé qui pensait pouvoir attirer avec son candidat l'ensemble des sociaux-démocrates et des réformateurs de gauche. Et cela à un moment où l’étoile du Maire de Bordeaux commence à pâlir dans les sondages.
François Hollande a encore perdu deux points de confiance en avril, avec seulement 13% d'opinions favorables. C’est ce que révèle un sondage réalisé par l’institut You Gov. Par ailleurs cette même enquête fait ressortir que les Français sont massivement hostiles (75%) à ce qu'il se représente à la présidentielle en 2017. Au lendemain de l'abandon de la réforme constitutionnelle sur la déchéance de nationalité, près de quatre Français sur cinq (78%) jugent négativement l'action du chef de l'Etat. Il recueille encore 42% d'avis favorables chez les sympathisants PS, mais c'est chez les électeurs centristes qu'il a le plus perdu en un mois, selon cette enquête commanditée par le Huffington Post et iTELE. Seules 14% des personnes interrogées se disent favorables à ce que le président sortant se représente à l'élection présidentielle en 2017.
Par ailleurs près d'un Français sur deux se dit favorable à l'organisation d'une primaire pour la présidentielle ouverte à l'ensemble des partis de gauche. Mais là encore, ils sont 61% à estimer que François Hollande ne devrait pas s'y présenter face à d'autres candidats. De son côté Manuel Valls atteint un nouveau record d'impopularité en avril à 22% d'opinions favorables selon un sondage Elabe publié jeudi par Les Echos. Deux ans après sa nomination à Matignon, la cote du premier ministre est en recul d'un point par rapport à mars et s'érode au total de 14 points depuis décembre.
UNE OPERATION ANTI-JUPPE ?
Dans ce contexte assez catastrophique pour le couple éxécutif, l’annonce mercredi 6 avril par Emmanuel Macron du lancement d’un nouveau mouvement politique baptisé En marche ! a créé une incroyable confusion à gauche. Construit à partir d’un site Internet, dévoilé en direct sur la plate-forme Dailymotion, ce nouveau mouvement vise à fédérer au-delà du clivage gauche-droite. En pratique, il sera possible d’adhérer à En marche !, tout en restant membre d’un parti républicain comme le PS ou LR. Objectif proclamé du ministre de l’économie : Refonder par le bas, avoir des idées neuves et construire la majorité sur ces idées neuves pour le pays.
S’il y pense à chaque instant, il n’est pas question, pour l’instant pour Emmanuel Macron de reconnaître que cette initiative pourrait servir de marchepied pour la présidentielle. Cette initiative tombe à un moment particulièrement délicat pour François Hollande. Le chef de l’Etat n’a toujours pas levé le doute sur sa capacité à se représenter en 2017. Mais, à l’Elysée comme à Matignon, tout est fait pour minimiser l’affranchissement du ministre de l’économie. Emmanuel Macron avait, pris soin de prévenir le week-end dernier François Hollande et Manuel Valls de son projet. Le Chef de l’état espère, semble-t-il pouvoir utiliser l’initiative de son ancien collaborateur pour se régénérer en 2017. Surtout il voit avec d’un bon œil comment la création de ce mouvement peut déstabiliser les sociaux-libéraux jusque-là attirés par Alain Juppé et qui ont trouvé un nouveau porte-drapeau.
L’EPINE DE NUIT DEBOUT
Naturellement Manuel Valls vit très mal cette émancipation du Ministre de l’Economie qu’il avait, lui-même, fait rentrer au gouvernement en septembre 2014, et avec lequel il est en froid glacial depuis un an. L’entourage du premier ministre tente de se rassurer en expliquant que la mode Macron ne durera pas. Les deux appartiennent à la deuxième gauche. Reste à savoir s’il existe un espace politique pour cette nouvelle force. Une récente note du Cevipof, évalue autour de 6 % seulement la place des sociaux-libéraux dans l’électorat.
Ce qui est intéressant par ailleurs dans l’initiative d’Emmanuel Macron, c’est qu’elle est intervenue trois jours avant que le conseil national du Parti socialiste approuve à l'unanimité le principe d'une primaire de la gauche début décembre, pour choisir un candidat à l'élection présidentielle de 2017. Le PS a toutefois repoussé à juin le choix de laisser concourir un seul ou plusieurs candidats issus du PS à cette primaire de la gauche. Près de deux Français sur trois sont favorables à la tenue d'une primaire de la gauche, selon un sondage Opinionway pour Le Figaro publié samedi. Les sympathisants de gauche approuvent même à 75% cette idée d'une primaire organisée par le PS, y compris en présence de François Hollande.
SARKOZY CESSE DE S’EFFONDRER
A droite, avec une nouvelle candidature, celle de Jacques Myard, la primaire tourne de plus en plus au ridicule. Ce qui fait les affaires de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. Mais pas du tout celle d’Alain Juppé qui avait tout misé sur ce tour de barrage. De surcroit la popularité du maire de Bordeaux, s’érode fortement chez les sympathisants de gauche. Certes, avec 47 % de bonnes opinions chez les Français, Alain Juppé demeure en tête du classement des personnalités, mais chute de 5 points. Auprès des sympathisants des Républicains, il reprend 4 points, à 79 % de bonnes opinions et en gagne 9 auprès de ceux du Front National. Auprès des sympathisants de gauche, le maire de Bordeaux dégringole, en revanche, de 12 points, à 43 %.
Nicolas Sarkozy, stable auprès des Français (à 24%) retrouve des couleurs chez les sympathisants de la droite et du centre, regagnant 10 points à 52 %. Il n’a donc, semble-t-il, pas pâti de la validation par la Cour de cassation des écoutes entre lui et son avocat. En revanche, Bruno Le Maire décroche, lui, son meilleur score auprès des sympathisants Républicains, avec 59 % de bonnes opinions, contre 48 % en octobre dernier, et 57 % à droite et au centre. Il est aussi celui qui souffre le plus, vis-à-vis de ses grands rivaux, d’un déficit de notoriété.
LES JEUNES SONT TRES EXTREMISTES
Autre phénomène insolite : Marine Le Pen arrive en tête des personnalités pour relancer le pays en 2017 chez les jeunes des classes moyennes, dans une étude publiée dans Le Figaro, mercredi dernier. 45% des personnes interrogées (des 18-35 ans dont le revenu mensuel est compris entre 1 800 et 3 000 euros pour une personne seule et entre 2 400 et 5 000 euros pour un couple) la citent, loin devant le reste de la classe politique. Derrière la présidente du FN, on trouve en effet, dans l’ordre, Alain Juppé (21), Emmanuel Macron (13) ou Jean-Luc Mélenchon (10). Un sondage Ipsos-Sopra Steria réalisé avant les régionales de 2015 plaçait déjà le FN en tête des intentions de vote des jeunes
Pendant ce temps-là Nicolas Sarkozy continue à s’efforcer de faire travailler le parti. Une semaine après avoir fait plancher les dirigeants sur la fiscalité, le président du parti Les Républicains (LR) a organisé, mercredi, une convention thématique sur l’éducation nationale. L’ancien chef de l’Etat a promis l’abrogation de la réforme du collège. L’ancien président annonce également une autonomisation accrue, notamment des universités qui seront libres de gérer le niveau des droits d’inscription, mais aussi qu’il obligera les enseignants à passer 25 % d’heures en plus au sein des établissements en leur promettant une augmentation de salaires.
L’école, prétexte au discours sur l’identité. Enfin Nicolas Sarkozy veut contraindre les décrocheurs à faire un service militaire adapté où ils pourraient passer leur permis.
ACTIVITE TOUJOURS ATONE DANS LE BATIMENT
Sur le plan économique, il faut retenir de ces derniers jours que la Banque de France a révisé, vendredi, sa prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour le premier trimestre en France, la relevant à 0,4 %. Il s’agit de sa troisième et dernière estimation pour cette période. Lors de sa première estimation, en février, l’institution avait déjà pronostiqué une hausse de 0,4 % du PIB, mais elle avait revu ce chiffre en baisse de 0,1 point en mars, faisant alors état dans le secteur de l’industrie d’une pause dans la production et les livraisons. Celles-ci sont depuis reparties à la hausse, selon la Banque de France, qui se fonde sur son enquête mensuelle auprès des entreprises. Les commandes se sont par ailleurs intensifiées, surtout en provenance de l’étranger. Dans le secteur du bâtiment, l’activité reste stable, avec une progression du gros œuvre mais un tassement du second œuvre.
Par ailleurs, selon les informations de WanSquare, le gouvernement va abaisser, dans son programme de stabilité présenté la semaine prochaine, sa prévision d’inflation à 0,1 % pour 2016, contre 1 % aujourd’hui. Paris n’entend pas dévier de ses objectifs : à savoir un déficit ramené à 3,3 % du PIB cette année, puis à 2,7 % en 2017. Pour y arriver, Bercy bénéficiera d’un résultat pour 2015 meilleur qu’attendu (avec un déficit ramené à 3,5 %), réduisant la marche à franchir cette année. L’exécutif mise aussi sur un retour progressif de la croissance, avec une prévision maintenue à 1,5 % du PIB cette année. Autre pilier du plan de marche, la réalisation de substantielles économies. Sur le plan de 50 milliards d’euros d’économies programmées sur la période 2015-2017, 16 milliards doivent être réalisés cette année et 15,4 milliards l’an prochain.
BERCY FACE AU DOSSIER EDF
Mais la tâche n’est pas simple. Tout d’abord parce que Bercy va devoir composer avec une inflation bien moindre que prévu. Alors que le projet de budget pour 2016 a été élaboré sur une hypothèse d’inflation de 1 %, celle-ci sera révisée à 0,1 % dans le programme de stabilité. Et Bercy la voit ensuite modérément repartir (autour de 1 % en 2017). Cette moindre inflation pèse sur les recettes de TVA et contrecarre les efforts d’économies attendues sur les prestations sociales (le nouveau mode de revalorisation n’a pas les effets escomptés). Résultat, Bercy va se voir contraint d’annoncer autour de 3,8 milliards d’économies complémentaires pour 2016, puis 5 milliards pour 2017.
Du côté des entreprises publiques, une fois le dossier Orange-Bouygues Telecom rangé au placard, Bercy doit s’attaquer à EDF. La tension monte à l’approche de la décision finale d’investissement dans les deux réacteurs EPR d’Hinkley Point, que le conseil d’administration d’EDF doit voter avant l’assemblée générale des actionnaires du groupe prévue le 12 mai. Le doute s’est insinué jusqu’au sein du gouvernement sur la pertinence d’un projet à 24 milliards d’euros (dont 16 milliards à la charge de l’électricien) qui engage l’avenir de l’opérateur historique et, au-delà, de toute la filière nucléaire française. Alors que le ministre de l’économie soutient sans réserve l’idée d’une décision rapide, sa collègue de l’énergie a émis des réserves fortes.
QUEL AVENIR POUR AIR FRANCE ?
Début mars, lors du sommet franco-britannique d’Amiens, Paris et Londres avaient réaffirmé leur détermination à voir ce projet aboutir. Auditionné par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, mardi dernier, Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF a répondu par une fin de non-recevoir à ceux qui lui demandent de reporter le projet de trois à cinq ans en jugeant que EDF sera alors mieux armé pour affronter un tel défi financier et industriel. Il a, par ailleurs, estimé qu’un report pousserait Londres à se tourner vers des solutions alternatives, remettrait en cause le partenariat avec China General Nuclear (CGN) et obligerait à renégocier les contrats avec les principaux fournisseurs. D’où la perte probable d’une grande partie des sommes déjà investies.
Autre entreprise publique sur la sellette : Air France après l’annonce du départ surprise d’Alexandre de Juniac. Le PDG d’Air France-KLM a bien choisi son moment pour quitter ses fonctions. Pour la première fois depuis 2008, les comptes d’Air France sont revenus dans le vert. En déficit chronique depuis cette période, la compagnie aérienne a renoué avec les bénéfices en 2015. Avec Frédéric Gagey, PDG d’Air France, aux commandes, la compagnie a dégagé l’an dernier un résultat net de 243 millions d’euros. Un retour à meilleure fortune retardé d’un an pour cause de grève des pilotes d’Air France en septembre 2014. Le conflit avait coûté, à l’époque, près de 500 millions d’euros à la compagnie qui avait terminé l’année dans le rouge.
Si Air France a retrouvé la santé, la compagnie n’est pas vraiment tirée d’affaire. Pour une bonne part, sa meilleure santé financière est liée à la baisse des coûts du pétrole. Mais cette chute des cours bénéficie aussi à toutes ses rivales. Plus inquiétant, la compagnie, comme ses rivales, doit faire face depuis quelques mois à une baisse continue de sa recette unitaire sur ses vols long-courrier, longtemps la vache à lait des compagnies aériennes. Enfin, le plan « Perform 2020 », qui devait entrer en vigueur en janvier 2016 pour restaurer la compétitivité de la compagnie, est encore en négociation.
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