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Yves de Kerdrel
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François Hollande perd pied et Macron pas loin de la démission
par Yves de Kerdrel
La dernière année du mandat présidentiel commence très mal avec le demi-tour complet sur la question de la déchéance de nationalité et les manifestations étudiantes contre la loi El Khomri. Si Manuel Valls reste loyal mais critique envers le Chef de l’Etat, en revanche Emmanuel Macron pourrait bientôt prétexter des abandons sur la loi travail pour démissionner et préparer sa candidature.
Rarement l’ambiance a été aussi pesante à l’Elysée. Certains proches du Président de la République avouent qu’ils ne peuvent plus lui parler, qu’il est très souvent absent de son bureau ou bien qu’ils n’arrivent pas à obtenir de réponse. Comme si François Hollande était sorti assommé de l’épisode complètement raté de la tentative de révision constitutionnelle. C’est donc par une allocution télévisée voulue courte et solennelle, qu’il a dû se résoudre enterrer ce projet annoncé dans son discours au Congrès réuni à Versailles le 16 novembre. Pour tous les observateurs de gauche et de droite, cette renonciation, due à la modification par la gauche du texte originel, est un cruel aveu de faiblesse et d’impuissance pour le locataire de l’Elysée.
Naturellement, après cette retraite en rase campagne, François Hollande a tenté d’habiller sa défaite en endossant la position régalienne et sécuritaire, la seule au fond qui lui ait véritablement réussi dans ce quinquennat. Mais l’uniforme du chef de guerre ne peut plus camoufler ce que révèle cet épisode : le rapport de force historiquement bas dont doit désormais s’accommoder le chef de l’Etat. François Hollande a notamment réussi à ne pas être en capacité de faire voter par la droite une mesure pourtant tirée de ses propositions, après avoir déchiré la gauche, non plus sur le seul terrain économique et social cette fois, mais sur celui, infiniment plus déstabilisant, des valeurs.
UNE CONTESTATION RECORD DANS LE PAYS
François Hollande en était persuadé : la déchéance de nationalité, qui n’avait initialement suscité que peu de réticences au Parti socialiste avant de rencontrer peu à peu de plus en plus de réticences, serait rapidement digérée par son camp, avec la pression de l’opinion. Il n’en a rien été. Le projet de loi constitutionnelle de protection de la nation, en quelques semaines, aura déchiré son gouvernement et sa majorité. Quant à la droite, la compétition interne en vue de la primaire et la volonté de ne pas faire de cadeau politique au Chef de l’Etat, à un peu plus d’un an de la présidentielle, l’a emporté. L’impossibilité était à la fois tactique et idéologique. L’art de la synthèse, qu’aime tant François Hollande était devenu cette fois-ci impossible.
C’est désormais l’état politique du président qui inquiète l’ensemble du personnel politique. Jamais François Hollande n’a semblé si proche de la paralysie politique. Au point de désespérer jusqu’à son premier cercle, déjà catastrophé par les mésaventures du projet de loi El Khomri, l’échec du remaniement et le rejet massif de l’opinion exprimé dans les sondages. Selon les chiffres de la police, près de 390 000 personnes ont défilé jeudi contre cette réforme portée par la ministre du travail. Il s’agit d’ores et déjà du plus grand mouvement de contestation de la politique économique et sociale, depuis le début du quinquennat.
MACRON PRÊT A PARTIR TRES VITE
L’exécutif, s’il ne prend pas cette grève à la légère, en minimise donc l’impact. Toute la question est de savoir si le nombre de manifestants peut inciter les parlementaires à revoir le texte. D’ores et déjà Manuel Valls a tendu une nouvelle fois la main aux étudiants. Ce qui le place, lui aussi, dans une situation de faiblesse et très éloigné de son projet de 49-3. Face à une majorité socialiste qui porte un regard critique sur certains aspects du texte, la menace d’un passage en force n’est plus à l’ordre du jour. Si bien qu’au Medef on estime la loi El Khomri va être vidée de tout contenu polémique pour éviter une nouvelle crise. L’objectif prioritaire à l’Elysée comme à Matignon est donc de ressouder une majorité maussade et non plus de convaincre les organisations syndicales.
Cette situation nouvelle est regardée de très près par Emmanuel Macron qui cherche le bon moment pour démissionner afin de retrouver une virginité politique pour la présidentielle de 2017 où il devra affronter Arnaud Montebourg. Les intentions de vote catastrophiques attribuées à François Hollande ont fini de le convaincre qu’il y avait bien un créneau pour se lancer. Surtout si les attaques à droite sur Alain Juppé continuent de créer un espace vide au centre. Le projet présidentiel « en marque blanche » publié cette semaine par Jacques Attali lui fournit de surcroit un outil clés en mains.
SARKOZY ISOLE… POUR LE MOMENT
A droite, la situation est de plus en plus absurde. Avec notamment une multiplication des candidatures qui frise l’absurde. La dernière en date, celle de Geoffroy Didier, poulain de Brice Hortefeux et adjoint de Valérie pécresse étant la plus insolite. Chez les Républicains, de plus en plus semblent faire le pari que le futur s’écrira sans Nicolas Sarkozy. Malmené dans les sondages et poursuivi par les affaires, l’ancien Président ne fait plus peur. Le parti devait être la base arrière de la reconquête. De mois en mois, il donne plutôt l’impression d’être un camp retranché marginalisé par la primaire et snobé par les ténors. A part Hervé Mariton, aucun candidat déclaré ne participe aux conventions thématiques. Mardi dernier, lors d’un bureau politique important sur les investitures, Alain Juppé et Bruno Le Maire ne se sont même pas déplacés.
Et l’ancien président est de plus en plus isolé rue de Vaugirard. Récemment, il a perdu de précieux conseillers : Ange Sitbon, directeur des élections, et Emmanuel Millan, directeur financier, ont rejoint Laurent Wauquiez tandis que José do Nascimento, directeur des fédérations, a intégré l’équipe de Valérie Pécresse. S’il peut toujours compter sur sa garde rapprochée du huitième étage Nicolas Sarkozy dispose de conseillers qui ne travaillent pour lui que par intermittence. Henri Guaino n’écrit que les discours très importants. Quant à Emmanuelle Mignon, la cheville ouvrière du programme de 2007, elle envoie quelques notes sporadiques.
VERS UNE SORTIE DE MAASTRICHT
Par ailleurs son programme fiscal est très critiqué en interne. Il promet en effet de faire voter dès juillet 2017, s’il est élu, un contre-choc fiscal de 25 milliards d’euros de baisse d’impôts, avec l’idée d’atteindre l’équilibre à la fin du mandat. Outre la suppression de l’ISF ou des charges pour les emplois au smic, sa proposition phare reste la baisse de l’impôt sur le revenu à hauteur de 10 %. En parallèle, il s’engage à couper dans les dépenses en mettant en œuvre un programme de 100 milliards d’euros d’économies, notamment à travers le recul de l’âge de la retraite, mais étalé sur cinq ans. Quitte à creuser les déficits dans les premières années du mandat car les économies attendues ne combleraient pas de manière immédiate la baisse des recettes. Cette volonté de s’écarter de la trajectoire de Maastricht, que partage également Arnaud Montebourg, marque le vrai début des primaires et d’un profond débat idéologique à droite.
Autre scène pittoresque à droite, l’échange de coups bas entre François Fillon et Bruno Le Maire. Depuis son entrée en campagne ce dernier 0progresse. Au point d'avoir piqué la troisième place des sondages à l'ex-hôte de Matignon. Alors, pour asseoir sa candidature, Bruno Le Maire ne se prive plus d'enfoncer le programme ultra-libéral de François Fillon. S'il est maintenant capable d'être le troisième homme de la primaire, Bruno Le Maire s'attaque à la marche suivante. En tentant notamment d'éteindre une petite musique qui laisse entendre qu'en se présentant, il joue en fait une prochaine nomination à Matignon.
PIQURE DE RAPPEL DE BRUXELLES
Sur le plan économique la France peut toujours se féliciter d'avoir réduit fortement son déficit budgétaire en 2015 – au point que certains parlent de « cagnotte ». La Commission européenne n'est pas dupe. Elle a estimé vendredi que la stratégie budgétaire française repose en grande partie sur des facteurs cycliques. Pour elle, la France accuse toujours un retard considérable en matière d'efforts structurels pour corriger son déficit public excessif. C'est une piqûre de rappel lancée à Bercy qui a tendance à balayer bien trop rapidement les objectifs structurels car seul l'engagement d'un retour du déficit public nominal sous la barre des 3% du PIB en 2017 compte. Et Bruxelles de s’inquiéter, à juste titre de toutes les dépenses nouvelles créées depuis le début de l’année et non budgétées.
Malgré tout, pour le deuxième mois consécutif, la consommation des ménages en biens a fortement grimpé en février. Les Français ont choisi de délier leur bourse en ce début d’année 2016 et la croissance ne s’en portera que mieux. Les dépenses des ménages en biens ont progressé de 0,6 % en février, a indiqué l’Insee. En février, le niveau des achats mensuels de biens effectués par les Français est au plus haut historique. Le record de début 2011 a été dépassé. Il a donc fallu cinq longues années à la France pour effacer les stigmates de la crise financière, sans compter que le nombre d’habitants a entre temps augmenté d’environ 300.000 personnes par an. Malgré cela, certains économistes craignent que le taux d’épargne, déjà très élevé fin 2015 - à 15,9 % du revenu disponible -, ne progresse encore.
BOUYGUES HUMILIé PAR MACRON
Sur le plan business l’événement de la semaine a été bien sûr la rupture des discussions sur le dossier du rachat de Bouygues Telecom par Orange. Une rupture due essentiellement aux exigences posées par Emmanuel Macron à Martin Bouygues. La rencontre entre le Ministre de l’économie et l’industriel s’est très mal passée. Martin Bouygues est sorti humilié de cette rencontre où il lui a été expliqué qu’il lui fallait payer plus cher les actions Orange…pour avoir le droit de s’y taire. Manuel Valls et sa directrice de cabinet ont essayé de recoller les morceaux. Mais Martin Bouygues a pris un tel coup sur la tête qu’il ne souhaitait plus revenir à la table des négociations, en dépit de l’entregent de Stéphane Richard. Il devrait s’en expliquer dans une interview à paraître demain dans le Figaro.
Outre Emmanuel Macron, l’un des grands empêcheurs de ce deal a été Xavier Niel qui ne voulait prendre aucune part au risque d’éxécution au point d’avoir rajouter au deal un dossier de plus de mille pages lui permettant de sécuriser chaque antenne-relais. Pour beaucoup d’observateurs, l’attitude du Ministre de l’économie est peu compréhensible, dans la mesure où il se définit comme un libéral. Il semble donc n’avoir eu qu’une lecture politique du dossier, en voulant montrer qu’il savait défendre les intérêts de l’Etat, et en s’opposant aux souhaits de Manuel Valls et de François Hollande.
UN NOUVEAU PRESIDENT POUR WENDEL
L’autre sujet de préoccupation du microcosme parisien réside dans les ambitions de Vivendi en Italie. En négociations depuis plusieurs mois avec Mediaset, le groupe de médias de Silvio Berlusconi, Vivendi souhaite prendre le contrôle de Mediaset Premium, le bouquet de chaînes payantes italien. Selon les informations de WanSquare, la piste privilégiée pour ce deal amical verrait Vivendi prendre 3,5 % du capital de Mediaset, ce qui lui donnerait l’accès à Mediaset Premium. En retour, l’entreprise de Silvio Berlusconi profiterait de l’opération pour entrer au capital du groupe de M. Bolloré, dans un schéma de participations croisées.
Toutefois, « un rachat en cash ou en actions » de Mediaset Premium, deuxième bouquet de télévision payante italien loin derrière Sky Italia, propriété de Rupert Murdoch, n’était pas exclu vendredi. Vivendi espère parvenir à un accord d’ici à la fin de la semaine du 4 avril, avec le projet de faire naître deux sociétés, a priori sous forme de joint-venture : l’une consacrée à la production, l’autre au développement d’une plate-forme de VOD.
Parmi les bruits de la ville, il semble désormais acquis que Nicolas Ver Hulst, descendant Wendel et à un moment pressenti pour prendre la suite d’Ernest-Antoine Seillière soit nommé président de Wendel lors de la prochaine assemblée de la holding familiale, en remplacement de François de Wendel dont le mandat prochain à l’issue de la prochaine assemblée. Nicolas Ver Hulst est chairman of the Management Board des fonds Alpha. Il a débuté sa carrière chez France Telecom avant de travailler aux études économiques de la BNP et à la Banexi. Il entre ensuite dans le groupe Wendel comme directeur chargé du développement. En 1990, il rejoint Alpha Associés Conseil. Il est diplômé de l'Ecole polytechnique et titulaire d’un MBA de l'INSEAD.
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