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Yves de Kerdrel
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Le fiasco de Hollande témoigne d’un pays en crise morale
par Yves de Kerdrel
L’émission de télévision conçue pour faciliter la communication présidentielle a été un échec tant sur le fond que sur la forme. Le message du « tout va très bien, madame la Marquise… » a eu du mal à passer dans une opinion au bord du « burn out ». Pendant ce temps là les révisions économique émises par le FMI pour l’ensemble de la planète et la contestation de la BCE en Allemagne inquiètent.
Comme c’était à craindre l’émission Dialogues Citoyens de jeudi soir sur France 2 a été un échec. D’abord seulement trois millions et demi de téléspectateurs l’ont regardée contre 9,9 millions lors de l’émission du 11 février sur TF1 et France 2. Ce faible score représente à peine plus d’un tiers de celui enregistré par l’émission lors de l’intervention télévisée du président au mois de février, qui était diffusée simultanément sur deux chaînes, TF1 (5,4 millions de téléspectateurs) et France 2 (4,4 millions). Ensuite les préparatifs de l’émission avec le retoquage de deux invités jugés suspect de peu de sympathie pour la politique gouvernementale ont donné une image plutôt « télécommandée » de cette émission.
Enfin, malgré les quatre jours de préparation et le défilé des conseillers en communication dans le bureau présidentiel, il n’en est resté aucune phrase forte en dehors du traditionnel « Je poursuivrai jusqu’au bout. » Sauf que cette fois-ci, la promesse ne résonne plus que comme une tentative désespérée d’entrevoir de nouveau l’issue d’un tunnel qui, à un an du premier tour de l’élection présidentielle, paraît hors de portée. Il y a peu, le président estimait en privé que Nicolas Sarkozy, largement distancé, avait jusqu’à l’été pour tenter de recoller à Alain Juppé et qu’après, il serait trop tard. Le diagnostic semble aujourd’hui valoir pour lui-même.
OPTIMISME FORCENE DE HOLLANDE
Reconquérir au plus vite le minimum vital pour résister aux interrogations croissantes des socialistes et à leur pression pour une primaire : le président a compris qu’il n’avait plus désormais que quelques semaines pour rester dans la course. D’où ses trois impératifs : rétablir ses sondages, reconstruire un message, et réintroduire du clivage. S’agissant des sondages le cas semble désespéré, tant est basse aujourd’hui la cote de popularité du chef de l’état et surtout tant est élevé son rejet dans l’opinion. Concernant le clivage, François Hollande semble décidé à sortir de l’image trop social-libérale qui lui colle désormais à la peau et sur laquelle surfe Emmanuel Macron. D’où ses déclarations sur France 2 visant à réhabiliter sa méthode du compromis et à protéger le modèle social. Quant au message, il a été décidé d’insister sur ce qui va mieux. Mais comme cela ne correspond pas à ce que ressentent les français, cette émission a eu un effet contre-productif dans l’opinion.
D’ailleurs dés le lendemain, vendredi, François Hollande a cherché à marteler le message d’optimisme forcené qu’il avait asséné la veille. En rendant visite à un nouveau centre de recherche de Plastic Omnium, qui vient d’ouvrir à Venette dans l’Oise. L’occasion de répéter encore : Ça va mieux, même s’il reste beaucoup à faire. Comme il va le faire à plusieurs reprises dans les prochaines semaines. En espérant que la courbe de chômage s’inverse enfin, pour donner du crédit à ses mots.
MACRON JOUE SA PARTITION
Pendant cette émission catastrophique, Emmanuel Macron était lui à Londres, invité par le Financial Times à discourir sur l’Europe. S’exprimant dans un anglais parfait devant un parterre de responsables économiques et d’experts britanniques de l’Europe, le ministre de l’économie a défendu l’approche pragmatique du gouvernement français en matière économique et sociale, consistant, selon lui, à ne mettre en œuvre que 60 % à 70 % des réformes envisagées à la suite des mouvements de contestation contre le projet de « loi travail » de Myriam El Khomri. Manifestement, Emmanuel Macron ne s’était pas coordonné avec le chef de l’Etat. Ce qui est peu surprenant, dans la mesure où les rapports entre les deux hommes se sont largement tendus depuis son passage au 20 h de France 2 il y a une semaine.
Quant à l’idée d’un décalage entre les promesses de campagne et les réalisations du quinquennat, là non plus les deux hommes ne sont pas, à l’évidence, sur la même ligne. A l’exact opposé d’Emmanuel Macron, le président de la République a assuré, au contraire, que l’après-mai 2012 était dans la droite ligne de la campagne électorale qui avait précédé son entrée à l’Elysée. Compte tenu de l’auditoire qui était le sien jeudi, à Londres, mais aussi sans doute de ses convictions profondes sur le sujet, on comprend qu'Emmanuel Macron n’ait, lui, pas manifesté le même empressement à se référer au fameux discours du Bourget que François Hollande a encore revendiqué jeudi soir.
CACOPHONIE A DROITE
Auparavant, le ministre de l’Economie avait fait part à l’auditoire de ses convictions européennes et de sa crainte d’un affaiblissement du Royaume-Uni en cas de « Brexit ». Ce sera d’ailleurs, selon nos informations, le sujet essentiel de son interview au « Andrew Marr show », émission politique vedette de la chaîne BBC One, qui sera diffusée aujourd’hui. Cependant le Ministre de l’économie s’est pris les pieds dans le tapis avec une maladroite opération de communication dans Paris-Match. D’autant plus qu’il en a fait porter la responsabilité à son épouse. Ses conseillers les plus proches redoutent que cet étalage de la vie privée finisse par se retourner contre le locataire de Bercy.
A droite, la cacophonie est à son paroxysme avec une primaire où sont déjà alignés onze candidats déclarés. Ce déluge de candidatures n’est pas près de se tarir. Michèle Alliot-Marie devrait se dévoiler début mai et d’autres invités surprises pourraient encore apparaître. Contraints de se convertir à la primaire après l’affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon, les dirigeants de la droite craignent ce scrutin où les divisions s’étalent en place publique. Cette frénésie des ego fait ressurgir leurs angoisses. Les candidats annoncés comme favoris sont conscients de l’énervement de moins en moins dissimulé des parlementaires et des militants, de tout ce peuple de droite plus habitué à suivre un chef qu’à compter les prétendants.
L’ATOUT BAROIN
De son côté Nicolas Sarkozy reste loin de cette agitation et moque ces candidats à la candidature. Les candidats les plus aguerris, dont il fait partie, ont encore le secret espoir de limiter les candidatures. Au lieu de faire signer seulement 20 parlementaires, ils entendent présenter les signatures de 80 voire 100 d’entre eux, ce qui réduira d’autant plus le stock disponible pour les autres candidats. Sans oublier que les parrainages seront rendus publics, ce qui pourrait rendre certains frileux. Avec ce filtre, les principaux dirigeants de la droite sont persuadés qu’au final il y aura, réellement, entre quatre et six candidats seulement sur la ligne de départ.
A entendre ses partisans, ce serait d’ailleurs la carte maîtresse de Nicolas Sarkozy. L’atout majeur qui pourrait lui permettre de l’emporter face à Alain Juppé lors de la primaire à droite pour la présidentielle. Mais depuis quelques jours tout Paris ne parle plus que du ticket Sarkozy-Baroin. D’après nos informations, les deux hommes ont noué un pacte dés l’été dernier. En cas de retour à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a promis à son ancien ministre de l’économie de lui confier Matignon. En échange, le sénateur de l’Aube s’est engagé à soutenir l’ex-chef de l’Etat. Et si l’ex-chef de l’Etat se retrouvait dans l’impossibilité de se présenter, il pourrait soutenir la candidature de son protégé pour mener bataille contre M. Juppé. Une certitude : leur alliance est solide, comme le répètent plusieurs dirigeants des républicains. Car chacun a intérêt à se servir de l’autre pour défendre ses propres ambitions.
LA PRUDENCE DU FMI
Très discret jusque-là, le maire de Troyes entend s’impliquer plus franchement dans la campagne de la primaire à l’issue du congrès de l’Association des Maires de France, qui se tiendra du 31 mai au 2 juin. Nicolas Sarkozy et François Baroin auraient d’ores et déjà prévu de mettre en scène leur alliance à cette occasion. Leurs équipes coopèrent déjà : l’attachée de presse de François Baroin travaille en étroite collaboration avec l’entourage de M. Sarkozy ; son ancien directeur de cabinet à Bercy, Didier Banquy, est le trésorier de l’association de financement du président des républicains en vue de sa campagne pour la primaire.
Sur le plan économique la semaine a été marquée par les dernières perspectives économiques du FMI. Après 3,1 % en 2015, le produit intérieur brut (PIB) du globe ne devrait plus progresser que de 3,2% en 2016 et de 3,5% en 2017, marquant un recul respectif de 0,2 et 0,1 point par rapport à janvier. Dans une récente allocution, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a rappelé que la reprise était encore trop timide, trop fragile, et que cette faiblesse persistante risque d’avoir des répercussions dommageables sur le tissu social et politique de nombreux pays. Dans la zone euro, la faiblesse de l’investissement, le haut niveau du chômage et la fragilité des bilans pèsent sur la croissance, d’où une prévision modérée de 1,5 % cette année et de 1,6 % l’an prochain. Les perspectives pour les pays émergents et en développement sont très inégales et généralement moins favorables qu’au cours des vingt dernières années.
SCHAUBLE VERSUS DRAGHI
Mais les risques qui pèsent sur l’avenir sont désormais plus prononcés : un retour des turbulences financières, qui entamerait la confiance, une période prolongée de cours pétroliers en berne qui pourrait aggraver les perspectives de déstabilisation des pays exportateurs de pétrole, un ralentissement de l’économie chinoise plus marqué que prévu actuellement qui pourrait avoir de graves retombées internationales sur le commerce, les cours de matières premières et la confiance, ou encore des crises qui ne sont pas d’ordre économique - liées à des conflits géopolitiques, à des dissensions politiques, au terrorisme, aux flux de réfugiés ou aux épidémies mondiales - qui menacent un certain nombre de pays.
Parmi ces premiers éléments de tension, toute l’Europe observe la manière dont le patron de la BCE est devenu le bouc émissaire préféré des conservateurs allemands, notamment de Wolfgang Schäuble. Le ministre des finances allemand avait jusqu’à présent toujours mis la sacro-sainte indépendance de la BCE en avant pour refuser de commenter la politique monétaire. Mais cette époque semble révolue. Intervenant le 8 avril, il a accusé la banque centrale d’être responsable du succès du nouveau parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD)
Le ministre met en garde contre l’apparition de bulles spéculatives. Depuis plusieurs mois, le ministre met aussi en garde contre l’apparition de bulles spéculatives, notamment dans l’immobilier, que provoquerait la politique monétaire menée par Francfort.
JANAILLAC EN PISTE POUR AIR FRANCE ?
Du côté des entreprises, l’événement de la semaine passée a été l’annonce de l’annonce d’un partenariat stratégique entre Vivendi et la Fnac. Le géant de la musique et des médias va bénéficier d’une augmentation de capital réservée d’un montant de 159 millions d’euros, à un prix de 54 euros par action. Cette opération lui permettra de détenir environ 15 % de la Fnac et de détenir autant de droits de vote. La part détenue par le groupe Artémis, holding de François Pinault, sera diluée à l’issue de l’opération : il détiendra environ de 33 % du capital de l’enseigne, contre 38,8 % aujourd’hui.
Cette augmentation de capital sera soumise à l’aval des actionnaires de la Fnac le 17 juin, lors de leur assemblée générale. Si elle est votée, Vivendi entrera au conseil d’administration de la Fnac. L’enseigne présidée par Alexandre Bompard s’est engagée à lui accorder deux sièges au sein d’un conseil qui en compte dix. L’apport de cet argent frais et l’appui de Vincent Bolloré tombent à point nommé. Depuis l’automne, le distributeur se débat pour mener à bien une OPA sur Darty. En novembre, la Fnac avait obtenu l’accord du conseil de Darty pour un rachat combinant échange d’actions et paiement en liquide. Mais le 18 mars le groupe s’est rallié à la contre-offre du sud-africain Steinhoff, maison-mère de Conforama. Pour séduire les actionnaires de Darty, Alexandre Bompard doit augmenter la part de liquidités de son offre. Les 159 millions d’euros apportés par Vivendi pourraient donc venir financer une surenchère.
L’avenir d’Air France mobilise l’attention de toute la République. Lundi dernier, Véronique Bédague-Hamilius, la directrice de cabinet de Manuel Valls a fait acte de candidature pour remplacer Alexandre de Juniac. Mais tant Jean-Pierre Jouyet que le Premier Ministre l’ont convaincue de rester à son poste aussi longtemps que possible. Le problème, c’est que compte tenu de la faiblesse de la rémunération, des problèmes posés par les hollandais et du climat interne de l’entreprise il n’existe pas de candidat issu du privé. Nicolas Dufourcq a décliné. Tant et si bien qu’aujourd’hui le candidat offrant le meilleur profil est Jean-Marc Janaillac, le patron de Transdev. Sauf qu’il est issu de la promotion Voltaire. Et qu’il est un très proche de Ségolène Royal aussi bien que de François Hollande. Ce qui risque de compliquer sa nomination.
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