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Yves de Kerdrel
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De la crise sociale à la crise de régime
par Yves de Kerdrel
Toute la France croit qu’elle est engluée depuis deux mois dans une crise sociale liée au vote de la loi El Khomri, avec une agitation menée par la CGT. Mais c’est d’une crise de confiance qu’il s’agit envers un Etat incapable de faire régner l’ordre. Et surtout d’une crise de régime, car le couple exécutif n’est soutenu ni par la majorité silencieuse des français ni par sa majorité parlementaire.
Si certains indicateurs économiques sont objectivement meilleurs à moins d’un an de l’élection présidentielle, le refrain du « ca va mieux » ne passe toujours pas dans l’opinion dans la mesure où l’agitation sociale liée au vote de la loi El Khomri plonge les français dans un profond sentiment de défiance à l’égard du couple exécutif. Cela s’est traduit cette semaine par une terrible chute de la cote de popularité (si tant est que l’on puisse utiliser ce mot) de François Hollande et de Manuel Valls.
Selon une vaste étude Ipsos-Steria menée pour le Cevipof et Le Monde seules 1 % des personnes interrogées se disent très satisfaites de l’action de François Hollande. Les rangs des « pas du tout satisfaits » continuent, en revanche, de grossir sensiblement : ils sont désormais 53 % (contre 43 % lors de la troisième vague, réalisée du 11 au 20 mars), ce qui tire encore vers le bas le taux de satisfaction moyen vis-à-vis du chef de l’Etat. Sur une échelle de 0 à 10, la note » du Chef de l’Etat est donc descendue à 2,1 (contre 3,4 en novembre 2015 ; 2,8 en janvier ; 2,5 en mars).
LA PRIMAIRE SOCIALISTE ENTERREE
La très forte impopularité du président se répercute également sur les intentions de vote en sa faveur. Là encore, François Hollande parvient encore à descendre alors qu’on pouvait croire qu’il avait atteint un plancher. De janvier à mars, il avait régressé de 4 points dans les intentions de vote des personnes certaines d’aller voter à la présidentielle. Dans l’hypothèse où Nicolas Sarkozy serait le candidat de la droite, il ne recueillait plus que 16 % des suffrages. Cette fois, il perd encore deux points, à 14 %, et se trouve talonné par François Bayrou (stable à 13 %) ainsi que par Jean-Luc Mélenchon (12 %). Dans l’hypothèse d’une candidature d’Alain Juppé, François Hollande obtiendrait le même score (14 %). Le président de la République est donc très loin de pouvoir disputer la qualification pour le second tour : il accuse 14 points de retard sur la présidente du Front national, Marine Le Pen, qui est créditée de 28 % des intentions de vote quel que soit le candidat du parti Les Républicains.
Tout cela est d’autant plus problématique pour François Hollande que la primaire socialiste est désormais bel et bien enterrée. Ainsi en ont décidé les ténors socialistes, en dépit des statuts du parti socialiste. Et cela n’est pas forcément dans l’intérêt de François Hollande qui, s’il se présente ne bénéficie que d’une base électorale de 14 %, proche de celle de Jean-Luc Mélenchon et court le risque de voir se présenter une candidature écologiste, une candidature communiste deux candidatures d’extrême-gauche et surtout une candidature frondeuse avec un Arnaud Montebourg capable de dépasser la barre des 15 %. Le locataire de l’Elysée se retrouverait donc dans la même situation que Lionel Jospin en avril 2002 avec un émiettement du vote de gauche, mais à partir d’une base qui ne représente plus que 33 % du vote des français contre 42 % il y a quatorze ans.
VALLS JUGE TROP INTRANSIGEANT
Pour sa part Manuel Valls connaît une chute de popularité toute aussi vertigineuse. Il se retrouve à 18 % dans le dernier sondage TNS Sofres du Figaro Magazine et à 14 % pour une étude YouGov commandée par le Huffington Post et iTélé. Ce qui le rend plus impopulaire encore que son prédécesseur à Matignon, Jean-Marc Ayrault. Mais à Matignon cela n’est pas un sujet. Selon la plupart de ses proches Manuel Valls serait prêt à sacrifier sa popularité pour mener au bout la réforme du code du travail qu’il juge historique, non seulement pour la gauche mais pour la France. Il investit sur l’avenir, pensant être certain qu’en cas de victoire, le gain politique, à titre personnel, sera inestimable.
En somme pour Manuel Valls, il faut que rien ne change dans la ligne gouvernementale pour que tout change à terme en France. Il reste que sa fermeté n’est pas du goût de tous au gouvernement. D’autant plus qu’il n’est pas du tout disposé à être conciliant avec les velléités parlementaires socialistes, notamment côté frondeurs. Et naturellement il ne s’interdit pas, si nécessaire, de recourir une nouvelle fois à l’article 49-3 pour faire adopter la loi en juillet. Le problème c’est qu’il aura, cette fois-ci, à faire avec deux motions de censure. L’une déposée par la droite et l’autre déposée par la gauche. Et certains parlementaires de droite ont déjà indiqué qu’ils étaient prêts à voter les deux motions de censure indifféremment. Ce qui déboucherait inévitablement sur une crise politique.
SARKOZY AU PIED DU MUR
A droite, si pour Nicolas Sarkozy l’heure de la grande remontée n’a pas encore sonné, lui a pris sa décision en tous cas. C’est qu’il a confié la semaine passée à Valeurs actuelles. D’après l’enquête électorale menée par le Cevipof, en partenariat avec Le Monde et réalisée par Ipsos-Sopra Steria, le rapport de forces est toujours inchangé entre les deux favoris du scrutin des 20 et 27 novembre. L’ancien Chef de l’état reste distancé de quatorze points par le maire de Bordeaux dans les intentions de vote pour le premier tour de la primaire (27 % contre 41 %). Par rapport à mars, leurs scores n’ont quasiment pas bougé : le premier gagne un point quand le second en perd un chez les personnes sûres de voter. Rien de très spectaculaire, mais cette légère remontée de l’ex-président de la République – déjà mesurée par des enquêtes BVA et IFOP publiées récemment – montre que ce dernier est au moins parvenu à enrayer sa baisse continue dans l’opinion depuis le début de l’année.
Si le suspense reste entier sur l’issue de la primaire, les Français, eux, jugent l’affaire déjà pliée. A six mois du scrutin, ils sont 64 % à considérer qu’Alain Juppé l’emportera contre 18 % pour Nicolas Sarkozy. Perçu comme le grand favori de la primaire, l’ex-premier ministre apparaît également comme le candidat de droite disposant des plus grandes chances de victoire en 2017. Il arriverait en tête au premier tour de la présidentielle, avec 35 % – en l’absence de son allié centriste, François Bayrou – en devançant largement Marine Le Pen (28 %) et François Hollande (14 %). S’il représentait son camp, Nicolas Sarkozy, lui, n’arriverait qu’en deuxième position avec 21 % des voix, derrière la présidente du FN (28 %) et devant le président sortant (14 %).
LE FMI ALARMISTE SUR LE BREXIT
Au chapitre économique pas d’indicateurs vraiment marquant. En revanche l’OCDE a publié ses traditionnelles perspectives économiques qui sont tout aussi alarmistes que celles du FMI ou de la Banque Mondiale. L’organisation installée au Château de la Muette estime que la croissance mondiale sera tout juste de 3 % cette année. Et mise, pour 2017, sur un très léger rebond à 3,3 %. Le désœuvrement d’une partie de la population, la faible progression des salaires et l’accroissement des inégalités déstabilisent de plus en plus les Etats. Bien que le taux de chômage au sein de l’OCDE soit en légère baisse et devrait être ramené à 6,2 % en 2017, 39 millions de personnes seront toujours sans emploi, soit 6,5 millions de plus qu’en 2007.
S’agissant de la Chine, l’OCDE table cette année sur une croissance de 6,5 % au lieu de 6,9 % en 2015, et sur un nouveau recul l’an prochain à 6,2 %. Le risque d’un brusque repli à court terme de la croissance a quelque peu diminué, a admis l’organisation, tout en rappelant que les choix des autorités chinoises pour soutenir l’économie risquent d’exacerber les risques financiers et d’ajouter aux difficultés à plus long terme. Par ailleurs l’OCDE prévoit que la croissance des Etats-Unis passera sous la barre des 2 % cette année, à 1,8 %. La première puissance économique mondiale, affectée par la faiblesse de ses investissements et de ses exportations, n’est donc plus une locomotive.
UNE EXCELLENTE DIRECTRICE DU TRESOR
S’agissant de l’Europe, ces prévisions insistent sur l’existence de plusieurs risques baissiers, dont un vote du Royaume-Uni consacrant sa sortie de l’Union européenne. D’après les calculs de l’OCDE, ce « Brexit » pourrait amputer de plus de 5 % le PIB britannique d’ici à 2030. Dans ce contexte la France s’en sort plutôt bien : l’OCDE a révisé à la hausse ses prévisions – de 1,2 % à 1,4 % – et s’attend à une croissance quasi stable en 2017. Idem pour l’Allemagne qui devrait passer de 1,6 % cette année à 1,7 % l’an prochain. Comme le FMI, il y a quelques semaines, l’organisation a appelé les Etats à investir dans les infrastructures pour dynamiser l’économie, d’autant plus qu’ils peuvent se financer à des taux d’intérêts très bas sur les marchés.
Du coté du business, l’actualité importante de la semaine est la nomination d’Odile Renaud-Basso, actuelle directrice générale adjointe de la Caisse des dépôts, où elle est chargée de la gestion des fonds d’épargne, à la tête de la direction générale du Trésor après la démission surprise de Bruno Bézard. Odile Renaud-Basso a bénéficié de l’appui de Jean-Pierre Jouyet qui l’avait imposée, il y a quatre ans au cabinet de Jean-Marc Ayrault, alors qu’elle n’était que mollement candidate à ce poste en raison des nombreux déplacements qu’il nécessite. C’est un camouflet pour Michel sapin qui poussait la candidature de sa directrice de cabinet, Claire Waysand et pour Emmanuel Macron qui appuyait celle de Sandrine Duchêne, avec qui il a travaillé à l’Elysée où elle occupait les fonctions de conseillère économique avant de partir chez AXA. Hervé de Villeroché, ancien du Trésor, parti au FMI était également candidat mais avait peu de soutiens. Tous les quatre ont passé un grand oral dans le bureau de Marc Guillaume, le secrétaire général du gouvernement.
LES ACTIFS QUE L’ETAT VA VENDRE
Cette nomination est une double première. D’abord parce qu’Odile Renaud-Basso sera la première femme à diriger l’administration du Trésor, placé sous la tutelle conjointe du ministre des finances et du ministre de l’économie ainsi que du ministre des affaires étrangères du fait du large éventail de ses missions. C’est aussi la première fois que le passage de la Caisse des dépôts au Trésor s’effectue dans ce sens, alors qu’il y a toujours eu des tensions entre les deux institutions. Cette catholique de 51 ans avait été pressentie par Nicolas Sarkozy pour être nommée au sein du directoire de la Banque centrale européenne lors du départ de Jean-Claude Trichet, en 2011. Son remplacement au sein de la Caisse des Dépôts devrait attendre dans la mesure où les réorganisations en préparation dans cette maison pourraient conduire à transformer le poste qu’elle occupait de numéro deux.
On en sait un peu plus sur la recapitalisation d’EDF et d’Areva depuis l’audition de Martin Vial, le patron de l’Agence des Participations de l’Etat. Rappelons que le Trésor s’est engagé à injecter 3 milliards d’euros au capital d’EDF et 4 milliards chez Areva. Une somme inhabituelle, qui représente plus de 10 % du patrimoine public coté, estimé à 62,4 milliards d’euros au 31 mai. Martin Vial prévoit, d’abord, de puiser dans les excédents du compte d’affectation spéciale des participations financières de l’Etat, une réserve qui atteignait 2,4 milliards d’euros à la fin 2015. Mais l’APE compte également réaliser des cessions. La vente de 60 % des aéroports de Nice et de Lyon est déjà engagée. Ces opérations pourraient rapporter jusqu’à 1,5 milliard d’euros. Des allégements au compte-gouttes sur certaines lignes du portefeuille coté sont également à l’étude, à commencer par PSA-Peugeot-Citroën où l’Etat bénéficie d’une importante plus-value latente.
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