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Yves de Kerdrel

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La crise politique a bel et bien commencé
par Yves de Kerdrel

Le Chef de l’État, qui se plaisait il y a dix jours à rappeler que l’histoire est tragique, se montre incapable d’apporter une réponse crédible à des français fortement secoués par l’horrible attentat de Nice. Son Premier Ministre se cantonne au registre de l’invective. Quant à Bernard Cazeneuve, il est donné démissionnaire après les lacunes policières du 14 juillet à Nice, et ses multiples mensonges.

24/07/2016 - 08:00 Temps Lecture 13 mn.

Dix jours après l’attentat de Nice, qui a tué 84 personnes le 14 juillet, François Hollande ressemble à un lapin saisi par les phares d’une voiture. Il enchaine les conseils de défense, les déclarations creuses et les discours compassionnels, sans apporter la moindre réponse crédible aux millions de français tétanisés après la mort de 253 personnes tuées par des terroristes islamistes en dix-huit mois. Ses seules paroles ont visé la création d’une vraie réserve opérationnelle et les appels à la prolongation de l’état d’urgence qu’il souhaitait supprimer il y a moins de deux semaines.

Le Parlement a donc définitivement adopté, jeudi, le projet de loi prolongeant pour la quatrième fois l’état d’urgence, le Sénat ayant voté conforme le texte entériné à la mi-journée à l’Assemblée. Députés et sénateurs réunis en commission mixte paritaire s’étaient mis d’accord, mercredi soir, sur un texte commun pour prolonger l’état d’urgence jusqu’à la fin de janvier 2017. L’Assemblée nationale a voté jeudi par 87 voix contre 5, quelques heures avant le Sénat, cette quatrième prolongation de l’état d’urgence, assortie d’un volet de nouvelles mesures antiterroristes. Puis le vote du Sénat a définitivement fait adopter cette prolongation.

UNANIMISME DE FACADE

Mercredi soir, lors de la commission, qui a duré moins d’une heure, les députés ont accepté des amendements des sénateurs interdisant les rassemblements dont la sécurité ne serait pas assurée, et facilitant la fermeture des lieux de culte dans lesquels sont tenus des propos incitant à la haine et à la violence. Il s’agit du renforcement de mesures déjà existantes et utilisées. Ils ont également retenu l’automaticité de la peine complémentaire d’interdiction de territoire français pour les personnes étrangères condamnées pour terrorisme et l’interdiction de la semi-liberté pour les condamnés en rapport avec le terrorisme. Les députés ont en revanche refusé l’application du régime de la rétention de sûreté et de la surveillance de sûreté aux personnes condamnées pour un crime terroriste que voulaient les sénateurs.

Mais cet unanimisme au moment du vote masque de profondes divergences entre la droite et la gauche, notamment en matière de réponse au terrorisme. Alors que Les Républicains ont encore réclamé de changer le droit, Manuel Valls a rejeté toute législation d’exception, notamment des centres de rétention pour les personnes suspectes. L’exécutif a souhaité que le texte autorise à nouveau les perquisitions administratives et permette l’exploitation des données trouvées dans tout système informatique ou de communication saisies dans ce cadre, ce qu’avaient demandé Les Républicains. En outre, si une perquisition révèle l’existence d’un autre lieu fréquenté par la personne visée, un droit de suite permettra de le perquisitionner dans la foulée.

CAZENEUVE SUR LA SELLETTE

Tout cela ne va pas suffire à faire retomber la polémique qui commence à enfler sur l’ampleur réelle et la qualité du dispositif policier déployé à Nice le 14 juillet au soir. Une seule voiture de police municipale barrait la promenade des Anglais à l’endroit où cette dernière devenait piétonne au moment où est arrivé le camion conduit par Mohamed Lahouaiej Bouhlel, a révélé le quotidien Libération de jeudi 21 juillet. Le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, qui avait affirmé le contraire, la veille, a donc saisi l’Inspection générale de la police nationale d’une évaluation technique du dispositif de sécurité et d’ordre public en place à Nice le soir du 14 juillet.

Selon Libération, qui s’appuie sur une source policière qui a pu visionner les images de la vidéosurveillance mais aussi sur des photos prises quelques instants avant l’attaque, un seul véhicule de police, celui des agents municipaux, se trouvait au milieu de la chaussée, côté mer, à l’endroit où l’artère devenait piétonne en ce soir de fête, peu avant que le camion n’arrive. Aucun membre de la police nationale n’est alors présent. Il n’y avait donc aucune voiture de police nationale susceptible de barrer la chaussée. Le pire c’est que les premières voitures de la police nationale se trouvaient environ 400 mètres après le début de la zone piétonne. De fait, selon les informations recueillies par WanSquare à l’Élysée, il semblerait que Bernard Cazeneuve soit désormais officiellement sur la sellette pour être démissionné dés que le calme reviendra.

RECOURS POUR LA LOI TRAVAIL

Sur un tout autre sujet, le gouvernement a enfin obtenu satisfaction cette semaine. Puisque faute de motion de censure après un troisième et ultime recours au 49.3 à l’Assemblée nationale, la loi travail a été définitivement adoptée jeudi 21 juillet. Lors d’une très brève intervention dans un hémicycle quasi désert le président de l’Assemblée, Claude Bartolone a constaté, qu’après ce troisième recours du gouvernement à l’arme constitutionnelle pour permettre l’adoption du projet de loi sans vote, aucune motion de censure n’avait été déposée. Il a annoncé dans la foulée la fin de la session extraordinaire du Parlement. Les députés Républicains vont cependant saisir maintenant le Conseil constitutionnel. Le Front de gauche a indiqué, dans un communiqué, vouloir faire de même.

Par ailleurs, ce n’est pas parce que le texte est adopté que l’on n’entendra plus parler de ce texte. Dans la rue, la contestation n’est pas terminée, malgré une pause estivale après douze journées de manifestations entre le 9 mars et le 5 juillet, souvent émaillées de violences. Les syndicats opposés au texte, CGT et FO en tête, promettent de reprendre la mobilisation le 15 septembre. Le patronat avait applaudi la première version du texte début mars, avant de critiquer ses évolutions. S’il a regretté la suppression du plafonnement des indemnités prud’homales et ne décolère pas contre la création du compte personnel d’activité incluant le compte pénibilité, il adhère néanmoins à plusieurs points majeurs comme la sécurisation des licenciements économiques.

FILLON REPART EN CAMPAGNE

Du coté des primaires de droite la campagne a repris ses droits. Après quelques hésitations, François Fillon est le premier des quatre principaux candidats à l’investiture pour la présidentielle à avoir repris sa campagne sur le terrain. Avec un déplacement en Bretagne, il a été retrouver les futurs électeurs d’une primaire qui prend une tournure de plus en plus sécuritaire et identitaire. Dans toutes les écuries, on considère en effet que la succession des attentats va influencer les débats de la rentrée. En attendant de voir l’ambiance de l’automne, le député de Paris continue sa campagne entamée il y a longtemps, un jour d’avril 2013, lorsqu’il avait lâché lors d’un voyage au Japon qu’il serait candidat quoi qu’il arrive en 2017.

En observant ses sondages stagner autour de 10 %, certains de ses adversaires font plutôt courir le bruit qu’il renoncera avant. François Fillon assure qu’il ira jusqu’au bout et se rassure en recomptant le nombre d’élus qui le soutiennent. Pour le moment, son réseau de parlementaires tient bon. Pour participer à la primaire, il a déposé en avril les signatures de 72 parlementaires alors que le règlement n’en impose que 20. Lors d’une récente réunion publique en plein air devant 750 personnes à La Trinité-sur-Mer, Isabelle Le Callennec, députée d’Ille-et-Vilaine, et François Goulard, président du conseil départemental du Morbihan, avaient fait le déplacement.

SARKOZY, L’HOMME DU MOMENT

De son coté, Alain Juppé était cette semaine à Berlin où il a été reçu durant une heure par Angela Merkel – comme Nicolas Sarkozy le 21 juin. Le Maire de Bordeaux tente d’utiliser les évènements pour droitiser son discours et enrayer sa chute dans les sondages. Mais l’ancien premier ministre a aussi tenu à se démarquer du Front national qu’il considère comme un adversaire et a rappelé que l’extrême droite, sur les réseaux sociaux, le surnomme « Ali Juppé » parce qu’il refuse de considérer l’islam incompatible avec la République. Le maire de Bordeaux se dit convaincu qu’il faut renforcer la lutte contre la radicalisation dans les écoles et dans les prisons et rappelle qu’il préconise une police pénitentiaire, idée que semble désormais reprendre le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas.

Mais c’est certainement Nicolas Sarkozy, dont l’image et l’autorité ont été restaurées par tous ces évènements, le grand gagnant. Invité du 20 heures de TF1 il a évoqué une guerre totale. L’ancien président de la République a énuméré les mesures qu’il lui semblait nécessaire de prendre : ouvrir de centres de déradicalisation, mettre à la porte les personnes fichées S d’origine étrangère, équiper les fichés S qui présentent un risque de radicalisation d’un bracelet électronique ou les placer en centre de rétention. Il a également estimé que les préfets devaient pouvoir prendre la décision de fermer des lieux de cultes musulmans ayant des liens avec l’idéologie salafiste et de pouvoir en expulser les imams.

LE FMI S’INQUIETE DU BREXIT

L’ancien chef de l’État devrait continuer à être très actif dans les prochains jours, en se posant en principal opposant au gouvernement. Après ses déclarations très acerbes, Nicolas Sarkozy a réuni un bureau politique de son parti. Puis, il a reçu les parlementaires au siège du parti, mardi matin. L’ancien Président est convaincu que la prochaine élection présidentielle se jouera sur la façon de protéger les Français, et l’homme le mieux placé pour être un chef de guerre. Or, aujourd’hui seuls 33 % des Français font confiance au gouvernement face au terrorisme, selon un sondage IFOP publié par Le Figaro. Après les attentats de janvier 2015, les personnes interrogées étaient encore 51 % à se déclarer confiantes, un chiffre resté stable après le 13 novembre 2015, à 50 %.

Sur le plan économique, l’actualité tourne toujours autour des conséquences du Brexit. Le Fonds monétaire international a, à son tour, revu ses prévisions de croissance mondiale à la baisse, en partie à cause du résultat du référendum qui s’est tenu outre-Manche le 23 juin. Ce dernier représente un considérable risque baissier pour l’économie mondiale, souligne l’institution de Washington, dans la mise à jour de ses Perspectives de l’économie mondiale. Dans le détail, l’économie mondiale devrait croître de 3,1 % en 2016 et de 3,4 % en 2017, contre 3,2 % et 3,5 % estimés en avril, prévoit le FMI. Selon lui, le Brexit affectera peu les États-Unis, dont l’économie devrait progresser de 2,2 % en 2016 et de 2,5 % en 2017.

LA BCE TOUJOURS PRETE A REAGIR

En revanche, les doutes planant sur le futur statut du pays devraient amputer le produit intérieur brut britannique de 0,2 point en 2016 et de 0,9 point en 2017. Il tomberait ainsi respectivement à 1,7 % et à 1,3 %. Si la croissance de la zone euro a été un peu révisée à la hausse pour 2016 (+ 0,1 point, à 1,6 %), en raison des bons chiffres du premier trimestre, elle marquera en revanche un peu le pas en 2017, à 1,4 %, soit 0,2 point de moins par rapport à l’estimation d’avril. De fait, le Brexit pèsera sur la confiance des entreprises et des ménages. Et l’Allemagne sera probablement plus affectée que la France : son PIB devrait augmenter de 1,2 % en 2017, contre 1,6 % prévu en avril, tandis que la croissance tricolore ne perdra que 0,1 point en 2017, passant à 1,2 %, après 1,5 % cette année.

Dans ces conditions, la Banque centrale européenne s’est dite prête, jeudi 21 juillet, à agir encore plus si nécessaire pour soutenir l’économie de la zone euro toujours atone, jugeant néanmoins la résistance des marchés financiers jusqu’ici encourageante. Si nécessaire, pour atteindre ses objectifs, le conseil des gouverneurs agira en utilisant tous les instruments dans le cadre de son mandat, a déclaré son président Mario Draghi à Francfort, lors de la conférence de presse qui a suivi la réunion du conseil des gouverneurs de l’institut. Mario Draghi a dans le même temps jugé réconfortante la résistance jusqu’ici des marchés financiers de la zone euro après le vote des Britanniques en faveur de la sortie de l’UE le 23 juin. Il a indiqué qu’il était encore trop tôt pour évaluer l’impact final du Brexit et pour que la BCE tire des conclusions concernant la suite de sa politique monétaire.

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