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Yves de Kerdrel
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Hollande persiste vers sa candidature
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’état n’a qu’une seule obsession : se présenter en dépit des divisions de la gauche et des sondages de plus en plus mauvais pour lui. D’autant qu’il est toujours convaincu que Nicolas Sarkozy gagnera la primaire. Dans ce contexte le meeting d’Emmanuel Macron de mardi prochain aura une résonnance particulière.
François Hollande fait face à un dilemme bien étrange : plus il affirme sa candidature à la présidentielle prochaine, plus il baisse. Difficile de lire autrement sa nouvelle dégringolade après une séquence où le chef de l'État a tenu un discours de campagne (à la salle Wagram sur l’esprit de la France), multiplié les promesses et les déplacements. Le plus grave peut-être, pour le président, est de constater que ce rejet massif est désormais aussi le fait des sympathisants socialistes: seuls 41 % d'entre eux lui font confiance. À quelques mois de la primaire de janvier, François Hollande n'a quasiment plus de socle électoral. A tel point que certains de ses plus proches lui conseillent de renoncer à sa candidature.
Mais à ses visiteurs du soir, notamment Julien Dray, Stéphane Le Foll ou Robert Zarader, le Président de la République oppose une assurance stupéfiante, voire même une force tranquille. Tous les sondages, toutes les attaques venant de la droite, comme de son camp, tous les dossiers en préparation sur les faces les plus sombres du quinquennat le laissent de marbre. Il est convaincu que lui seul à la capacité de rassembler à gauche, grâce notamment à la division créée à gauche par le duel Hamon-Montebourg, par la neutralité de Martine Aubry, et par le positionnement très libéral d’Emmanuel Macron.
RABIBOCHAGE AVEC TAUBIRA
C’est dans cet esprit que le Chef de l’Etat s’est affiché cette semaine avec son ex-Garde des Sceaux, Christiane Taubira, qui avait pourtant claqué la porte du gouvernement, il y a quelques mois, à cause de la déchéance de nationalité. Cela s’est passé il y a quelques jours lors d'une cérémonie officielle à l'Elysée, durant laquelle François Hollande a réintégré dans leurs grades militaires quatre mineurs grévistes de 1948. Pour avoir fait grève pour protester contre des décrets qui prévoyaient la baisse de leur rémunération, ces hommes du Nord-Pas-de-Calais avaient perdu leur emploi, leur logement et leur grade de réserviste ou de résistants.
Réparer une seule injustice, c'est déjà mettre le monde en ordre a déclaré à cette occasion un François Hollande visiblement ravi de faire d'une pierre deux coups : se réconcilier (au moins symboliquement) avec la classe ouvrière et afficher sa bonne entente avec son ancienne ministre, qui l'a toujours ménagé. Car la présence au côté d'un Hollande entré en campagne de celle qui focalise toujours l'animosité de la droite est loin d'être anodine. Cela fait longtemps que Christiane Taubira roule pour François Hollande, affirme-t-on dans l’entourage d’Arnaud Montebourg. Alors qu'à la primaire du PS de 2011, elle avait ouvertement soutenu au premier tour le député de Saône-et-Loire.
JUPPE S’INSTALLE DANS LE PAYSAGE
Par ailleurs la cellule "riposte" dont nous révélions l’existence il y a une semaine prend corps de plus en plus. Gérée par une poignée de parlementaires socialistes, elle vise à fournir quotidiennement des arguments aux élus désireux de soutenir la candidature du président. Des fiches de synthèse thématiques sont donc établies et transmises aux membres de cette structure, qui sont ensuite chargés d'en marteler les arguments dans les médias ou sur les réseaux sociaux. La première de ces notes de synthèse concerne les finances et le budget. Elle est composée de deux grandes parties : "Notre idée de la France" et "Leur idée de la France" ; et de trois sous parties : "depuis 2012", "aujourd'hui", et "demain". Il s'agit de défendre le bilan du quinquennat passé et esquisser les défis du prochain, tout en agitant la menace d'un retour de la droite au pouvoir.
D'autant qu'en face, Alain Juppé est en train de s'installer dans le paysage comme l'homme de la situation pour quasiment toutes les sensibilités. Dans un moment où tous ses concurrents baissent, l'ancien premier ministre monte et passe en tête chez les sympathisants des Républicains (62 %, + 4), chez ceux de droite (48 %, + 4) et, plus curieusement, chez les sympathisants socialistes (47 %, + 9). Davantage qu'Emmanuel Macron, c'est Alain Juppé qui fait bouger les lignes. Encore faut-il que le Maire de Bordeaux remporte la primaire. Et l’inquiétude monte un peu partout à droite sur le déroulement de ce scrutin et les éventuels risques de fraude.
UNE PRIMAIRE SOUS SURVEILLANCE
Avec 10 228 bureaux, la droite fait aujourd’hui mieux que la primaire du Parti socialiste et du Parti radical de gauche en 2011 (9 425). Pour avoir plus de lieux de vote là où les électeurs de droite sont nombreux, le comité d’organisation du scrutin a mis en place une clé de répartition dès l’été 2015. Celle-ci repose sur les scores cumulés de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou (Mouvement démocrate, MoDem) et de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République) au premier tour de l’élection présidentielle de 2012. L’équipe de Nicolas Sarkozy avait tenté de faire plutôt prendre en compte sa performance au second tour, ce qui aurait permis de minorer l’influence des voix centristes. Mais les autres candidats n’ont pas accepté.
La droite espère profiter du contexte politique pour attirer plus de monde que la gauche en 2011 (2,66 millions d’électeurs au premier tour, 2,86 millions au second tour). Dans ces conditions, l’enjeu est d’éviter les files d’attente constatées lors de l’élection à la présidence de l’UMP entre Jean-François Copé et François Fillon en 2012. Si l’on projette cette carte électorale de la primaire sur la géographie électorale des dernières élections, les deux principaux candidats, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, ont déjà dans le viseur des zones où ils doivent faire le plein de voix. Le maire de Bordeaux mène une campagne d’ouverture au centre. Nicolas Sarkozy mène, lui, une campagne identitaire. Il espère reconquérir les électeurs partis au Front national en 2012.
SARKOZY MARQUE UNE PAUSE
La troisième vague du baromètre Kantar Sofrès One Point pour RTL Le Figaro et LCI publié en fin de semaine marque un recul des intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy à la primaire. Crédité de 34 % des suffrages fin août, à égalité avec Alain Juppé, au lendemain de l'annonce officielle de sa candidature, l'ancien président recule d'un point, à 33 %, tandis que le maire de Bordeaux progresse de cinq points, à 39 % des intentions de vote. Au second tour, Juppé l'emporterait avec 59 % des voix contre 41 % à Sarkozy dans l'hypothèse d'une participation à 2,9 millions d'électeurs. Soit un écart de dix-huit points alors qu'il n'était qu'il n'était que de dix points en août. L'ex-chef de l'État ne progresse plus que de trois points par rapport à la première vague, réalisée en juin, tandis que l'ancien premier ministre gagne deux points.
En quittant la direction des Républicains pour descendre dans l'arène, le 22 août, Nicolas Sarkozy avait réussi à déplacer les lignes au sein de l'électorat de la primaire. La proportion des centristes qui disaient vouloir aller voter était descendue à 11 % de l'électorat de l'UDI. Elle remonte à 15%. Chez les électeurs MoDem, cette proportion est passée de 6 % en juin à 7 % en août. Elle est de 9 % aujourd'hui. Globalement, les sympathisants des partis du centre, très majoritairement favorables à Alain Juppé, sont donc plus nombreux dans l'électorat de la primaire, tandis que la mobilisation de ceux du FN ne varie pas. Au sein de cette population l'écart se réduit au profit d'Alain Juppé. Nicolas Sarkozy captait 44 % des sympathisants du FN, il n'en attire plus que 39 % aujourd'hui, Le maire de Bordeaux, lui, passe de 22 % des intentions de vote à 28 % chez les électeurs de Marine Le Pen.
UNE DETTE PLUS ELEVEE QUE PREVU
Au chapitre économique la nouvelle la plus douloureuse est venue de l’Insee en fin de semaine. Car la dette publique de la France s’est établie à 2 170,6 milliards d’euros au deuxième trimestre, en hausse de 31,7 milliards par rapport au trimestre précédent. Rapportée à la richesse nationale, cette dette de l’ensemble des administrations publiques, mesurée selon les critères de Maastricht, atteint 98,4 % du produit intérieur brut, contre 97,5 % à la fin du premier trimestre de l’année. Le ratio de la dette au deuxième trimestre est donc supérieur à l’objectif affiché par le gouvernement français pour l’ensemble de 2016. Selon Bercy, la dette publique devrait en effet atteindre 96,1 % du PIB cette année, comme l’an dernier, et se stabiliser l’an prochain à 96 %.
Sur le plan international un événement est passé inaperçu hier puisque le renminbi (ou yuan) a officiellement intégré le panier de devises servant à fixer la valeur des droits de tirages spéciaux (DTS), l’actif de réserve du Fonds monétaire international. Il y rejoint le dollar, l’euro, la livre britannique et le yen japonais. La mesure – essentiellement technique – a d’abord valeur symbolique. Mais pas des moindres. C’est une reconnaissance internationale et publique des efforts que la Chine a entrepris pour internationaliser sa monnaie depuis environ six ans. Pour Pékin, il est donc avant tout question de prestige et de réputation, alors même que les droits de tirage spéciaux jouent un rôle limité. Pour gagner son entrée dans le panier du Fonds, la Chine a notamment autorisé des banques centrales étrangères à accéder au marché des changes chinois.
RACKET AMERICAIN SUR LA DEUTSCHE BANK
Le chaud et le froid ont soufflé sur la Deutsche Bank, vendredi. La bonne nouvelle est tombée en fin d'après-midi. L'amende record de 14 milliards de dollars (12,5 milliards d'euros) aux États-Unis qui menace la première banque allemande pour solder un ancien litige lié à la crise des "subprimes" pourrait être divisée par trois. La Deutsche Bank serait en passe de conclure un accord avec la justice américaine afin de ramener la facture à 5,4 milliards de dollars (4,8 milliards d'euros). Cette bonne nouvelle a été immédiatement saluée par les marchés. L'action, qui avait chuté de 8 % à l'ouverture, entraînant dans son sillage tout le secteur bancaire européen, a terminé en hausse de 6,39 % (11,57 euros). Le CAC 40, qui avait plongé avec les banques dans la matinée, est parvenu à terminer légèrement dans le vert.
L'amende record américaine avait, au cours des deux dernières semaines, fait naître de nombreuses inquiétudes sur la santé de la première banque d'investissement européenne, déjà en lutte avec une faible rentabilité. Impliquée dans près de 8.000 litiges judiciaires dans le monde, elle a provisionné 5,5 milliards d'euros pour y faire face. Ce qui paraissait insuffisant. Des investisseurs, inquiets de sa solidité financière, commençaient à s'en détourner. Une dizaine de fonds spéculatifs, qui utilisaient les services de compensation du géant bancaire pour réaliser des opérations sur les marchés de produits dérivés, ont transféré leurs opérations et retiré les liquidités excédentaires déposées chez lui. La Deutsche Bank a tenté de désamorcer la bombe en indiquant que les mouvements sur les fonds étaient habituels et qu'en parallèle, elle avait enregistré des entrées d'argent de la part d'autres gros investisseurs.
TRES BELLE OPERATION POUR SAFRAN
Bousculé par ses actionnaires minoritaires, SoLocal, a décidé d'améliorer la proposition soumise en août à ses actionnaires pour la restructuration de sa dette. Et cela à quelques jours d’une assemblée décisive. Mais pour les actionnaires minoritaires qui comptent trois gros blocs (l’association RegroupementPPLocal : 7 % du capital et non 0,8 % comme dit de manière éhontée la société, l’actionnaire activiste Benjamin Hayet : entre 5 et 10 % et le trio Didier Calmels, Arnaud Marion et Jacques Henri-David) ce n'est toujours pas suffisant. Ils contestent par ailleurs l'attribution de bons de souscription aux créanciers, au motif légitime que c'est un détournement au profit des créanciers du fruit futur des développements de SoLocal. On en est à point où le management (Robert de Metz et Jean-Pierre Rémy) semblent prêts à tout pour sauver leur poste. Mais plusieurs coups de théâtre qu’ils n’ont pas anticipés devraient se produire dans les jours à venir.
Enfin, s’agissant de la cession de Morpho Safran a tranché. A l’issue de la réunion de son conseil d’administration, jeudi 29 septembre, l’équipementier a annoncé être entré en négociations exclusives avec Advent International, associé à Bpifrance, pour la cession de ses activités d’identité et sécurité. La fusion d’Oberthur Technologies, conseillé par Sébastien Proto chez Rothschild & Cie et de l’ex-Morpho va permettre la constitution d’un géant employant 14 300 salariés pour un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros. Safran, conseillé par Philippe Villin, a vendu au plus offrant, sous la haute vigilance de l’Etat qui a négocié ces derniers jours afin d’obtenir des repreneurs des engagements sociaux et des garanties sur l’ancrage français de la pépite technologique tricolore.
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Éditorial / Hollande cherche à imposer sa candidature dans un climat hostile
18/09/2016 - 08:00

