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Yves de Kerdrel
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Hollande bientôt en piste face à Fillon
par Yves de Kerdrel
Le second tour de la primaire de la droite devrait confirmer la très nette avance de François Fillon que nous annoncions en exclusivité dimanche dernier. Désormais chacun attend la déclaration de candidature de François Hollande.
François Hollande attendait anxieusement les chiffres du chômage du mois d'octobre, les derniers avant le créneau de candidature. Finalement, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A a reculé pour le deuxième mois consécutif, en baisse de 0,3%. C’est un obstacle de moins sur la route du Chef de l’État. Les grognards du hollandisme vont maintenant pouvoir accélérer. Objectif pour Stéphane Le Foll, Michel Sapin, Bruno Le Roux et les autres : graver l’idée que la candidature est certaine. Mais depuis quelques semaines, François Hollande est une tombe. Il ne se confie à personne, craignant que ses intentions ne fuitent. Tout ce que l'on sait, c'est que la semaine du 5 décembre a été gardée vierge par le cabinet du président de la République
Initialement, le patron du groupe PS au Sénat et proche de François Hollande, Didier Guillaume, avait annoncé la date du 10 décembre, avec certitude. Il a ensuite été démenti par Stéphane Le Foll, autre membre de la garde rapprochée du président, qui a affirmé ne pas croire que cette date ait été fixée. La vraie date de candidature reste un mystère. Mais le président n'a pas tant d'options que cela. La première semaine de décembre, le chef de l'État doit multiplier les déplacements en France, tandis que le 30 novembre, puis les 2 et 3 décembre, il se rendra à l'étranger, en République tchèque puis aux Émirats arabes unis. D'après un autre de ses proches, il devrait se prononcer le 1er, le 5 ou le 6 décembre. D'ici là, son équipe rapprochée épluche les déclarations de candidatures prononcées par ses prédécesseurs, avec une préférence pour celle de Jacques Chirac en 2002.
VALLS COMME UN LION EN CAGE
De son côté Manuel Valls est de plus en plus déterminé à empêcher une candidature du chef de l’État. Mais c’est visiblement un échec. Après la cinglante sortie de Malek Boutih contre une candidature de François Hollande, Manuel Valls poursuit son travail de sape, convaincu qu’il est que lui seul peut réunir la gauche et mener le combat présidentiel (et empêcher Arnaud Montebourg de remporter la primaire du PS). Mais il a prévenu que si le Chef de l’État était candidat il ne jouerait pas le rôle de colleur d’affiches. Une chose est certaine : avec la fin de la primaire de la droite, la guerre froide qui oppose en coulisses François Hollande et Manuel Valls autour de la candidature socialiste en 2017 arrive dans sa phase décisive, à quelques jours de la décision du président sortant.
Du côté d’Emmanuel Macron, qui poursuit sa campagne avec la publication de son livre « Révolution » on attend également avec curiosité tous les signes émanant de l’Élysée concernant une candidature de François Hollande. Les proches du Président de la République, après avoir visité l’immeuble du 59 avenue de Ségur, pour y installer son QG de campagne, sont maintenant en discussion afin de louer l’ancien siège de Libération, près de la Place de la République. Quant à Arnaud Montebourg il est tellement convaincu de la candidature de François hollande qu’il a déjà appelé les électeurs de droite à venir voter à la primaire socialiste afin d’éliminer l’actuel Chef de l’état.
LE RISQUE BAYROU
A droite le feuilleton de la primaire sera clos ce soir. Avec une participation toujours très importante qui témoigne de l’intérêt des sympathisants de droite pour une élection à rebondissements. Comme WanSquare l’avait annoncé dimanche dernier, le score du premier tour a été une grande surprise pour les sondeurs et les experts qui s’attendaient à un autre tiercé avec dans l’ordre : Juppé, Sarkozy et Fillon. Pour ce soir, même si de nombreux socialistes viendront voter Juppé, et même si le député de Paris ne fera tout de même pas un score de maréchal en dépit du ralliement de Nicolas Sarkozy, il y a peu de suspense. En revanche ce qui sera intéressant à observer, sera l’attitude des juppéistes après la défaite annoncée, quels sont ceux qui rallient François Fillon et quels sont ceux qui tentent de nouvelles manœuvres de division.
Car François Bayrou qui promettait de se présenter aux présidentielles si Nicolas Sarkozy était désigné tout en soutenant Alain Juppé dans le cadre de la primaire de la droite et du centre, n’exclut plus désormais de candidater. L’ancien Président de la République a beau avoir été battu, le maire de Pau ne peut pas admettre que la présidentielle se déroule sans sa participation directe ou indirecte. C’est la raison pour laquelle il a annoncé à deux reprises son éventuelle candidature. Mais si François Bayrou représentait plus de 10 % du corps électoral en 2007 et en 2012, ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est d’autant moins le cas que le centre, les démocrates chrétiens, et les réformateurs sont désormais plus attirés par Emmanuel Macron que par quelqu’un qui a déjà été quatre fois candidat à l’élection présidentielle.
UN BUDGET POST-BREXIT
Au chapitre purement économique la semaine a été marquée par la présentation du premier budget britannique de l’après-Brexit. Face au ralentissement attendu de la croissance en 2017, la décision a été prise de laisser filer les déficits. Sur cinq ans, le Trésor britannique prévoit d’emprunter 122 milliards de livres sterling de plus (soit 144 milliards d’euros). Sur ce total, 59 milliards de livres sont directement liés au Brexit – ce qui met en fureur les partisans de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE), qui contestent ce montant. Le complément de 63 milliards est justifié par de moindres recettes fiscales du fait de la détérioration de la croissance, et par la mise en place d’un plan de grands travaux.
Ce trou de 122 milliards de livres sterling est cependant moins spectaculaire qu’il n’y paraît. Au total, sur la période, cela revient à une augmentation du déficit de 1,1 % du produit intérieur brut (PIB). Il faut rappeler que ce gouvernement conservateur a été élu par deux fois, en 2010 et en 2015, sur la promesse de l’austérité, et il compte s’en tenir à cette image de bon gestionnaire. D’ailleurs, les coupes budgétaires continuent. La grande majorité d’entre elles, qui étaient déjà annoncées, entreront en vigueur dans les prochaines années. Les allocations sociales, en particulier, vont continuer à être réduites. Mais la réalité économique a changé. Si la croissance du PIB reste très robuste – elle est prévue à + 2,1 % pour 2016 –, elle devrait ralentir en 2017. La prévision officielle du gouvernement est de + 1,4 % pour 2017.
MESURES DE RETORSION POUR LES BANQUES AMERICAINES
Mercredi dernier, Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne chargé de l’euro, a présenté une mesure ayant pour objectif de soumettre à des normes financières plus strictes les filiales de très grosses institutions de pays tiers qui présentent un risque systémique et disposent d’activités significatives en Europe (d’au moins 30 milliards d’euros d’actifs) en cas de gestion ordonnée d’une faillite. En clair, Bruxelles veut imposer aux filiales européennes de JPMorgan ou Goldman Sachs de détenir suffisamment de capital dans l’Union pour pouvoir faire face à une faillite en Europe sans que soit mis à contribution l’argent public européen ou les déposants locaux.
En pratique, ces banques de pays tiers considérées comme too big to fail (« trop grosse pour faire faillite »), devraient, comme treize établissements identifiés en Europe se conformer aux nouvelles règles prudentielles, c’est-à-dire augmenter leur capacité à absorber des pertes financières en cas de crise en se constituant un matelas de fonds propres et de dettes convertibles. Pour la Commission, il s’agit de répliquer à une mesure similaire adoptée aux Etats-Unis il y a trois ans. Ces règles américaines s’appliquant aux banques étrangères avaient suscité les protestations de l’Union. Les médias anglo-saxons s’inquiètent déjà des conséquences de ces mesures prudentielles pour les établissements britanniques dans la perspective du Brexit. Une fois que le Royaume-Uni aura quitté l’Union, et en l’absence d’accord commercial spécifique entre Londres et Bruxelles, les banques de la City risquent d’être considérées comme des établissements « tiers » elles aussi.
LE CODE AFEP-MEDEF PLUS PRECIS SUR LES REMUNERATIONS
En matière de business, il faut noter la nouvelle évolution du code de bonne conduite AFEP-Medef sur la question des rémunérations. En mai dernier, le patronat avait promis pour l’automne une refonte en profondeur de ses recommandations en matière de salaires des dirigeants et plus largement d’organisation des entreprises. La modification la plus spectaculaire porte sur le rôle des actionnaires dans la détermination du salaire des dirigeants. Jusqu’à présent, les sociétés étaient tenues de soumettre ces rémunérations au vote des actionnaires. Mais elles restaient libres, ensuite, d’en tenir compte… ou non. C’est ce qui a provoqué un tollé chez Renault. Au printemps, l’assemblée générale du constructeur automobile a voté à 54 % contre les émoluments de Carlos Ghosn, l’un des PDG les mieux payés de France : plus de 7,2 millions d’euros pour un mi-temps, sa rémunération principale provenant de son autre poste, chez Nissan. Le 29 avril, le conseil d’administration de Renault a néanmoins décidé de ne pas revenir sur le salaire décidé, avant de faire un petit geste en juillet, en abaissant de 20 % le plafond prévu pour la partie variable.
Dans les nouvelles recommandations de l’AFEP et du Medef, le vote des actionnaires, de consultatif, devient impératif. Plus moyen pour les entreprises qui choisissent de se soumettre à ce code de s’asseoir sur l’avis de l’assemblée générale. Mais ce tour de vis n’aura qu’une portée très limitée. En effet, le gouvernement a, entre-temps, fait voter une loi, dite Sapin 2, qui doit donner définitivement le pouvoir aux actionnaires sur ce terrain en 2018. Les dispositions du nouveau code n’ont donc vocation à être appliquées qu’à l’occasion des assemblées générales de 2017. L’AFEP et le Medef ont un peu renforcé leurs recommandations sur plusieurs autres points. Le code conseille désormais de ne pas attribuer de rémunération variable, d’options d’actions ou d’actions de performances aux présidents non exécutifs. Il préconise de donner davantage de transparence aux bonus versés aux nouveaux dirigeants, et de limiter à deux ans de salaire les « golden parachutes » accordés à ceux qui partent. Enfin, les administrateurs ne pourront plus être qualifiés d’indépendants de la société au-delà de douze ans de présence au conseil. Certains administrateurs pouvaient jusqu’alors toujours se présenter comme indépendants alors qu’ils siégeaient au conseil depuis près de quinze ans.
CES VAUTOURS QUI VEULENT FAIRE UN HOLD-UP SUR SOLOCAL
Enfin s’agissant du feuilleton Solocal, une nouvelle fronde des actionnaires est en train de se constituer, avec l’aide de Nicolas Mérindol ex-directeur général des Caisses d’Épargne et aujourd’hui patron du groupe Carmin, qui pourrait à nouveau emporter le morceau lors de l’assemblée générale convoquée le 15 décembre prochain. La société, qui vient de publier des résultats trimestriels montrant à quel point ce sont les frais financiers qui saignent l’entreprise, explique que si le plan n’est pas adopté, les créanciers feront jouer les covenants. Mais d’autres surprises juridiques ne sont pas à exclure, selon certains proches du dossier au Tribunal de Commerce. Une chose est certaine, deux ou trois fonds vautours cherchent à déstabiliser la société alors que celle ci est bénéficiaire après avoir payé ses frais financiers et les impôts.
C’est le cas par exemple du « hedge fund » Boussard et Gavaudan, dirigés par deux anciens de Goldman Sachs. Ils font partie de ces créanciers prêts à aller au dépôt de bilan en rendant l'exigibilité immédiate de la dette alors que, justement en 2014, ils se sont fait rembourser 400 millions d’euros par l'apport des actionnaires sans autre contrepartie que le décalage de l'échéance au printemps 2018. Et ils exigent le remboursement maintenant au principe que les covenants qu'ils ont mis en place ne sont pas respectés et après avoir bénéficié d’un excédent de frais financiers de plus de 120 millions d’euros depuis cette augmentation de capital. Et cela sur fond d’un troublant et assourdissant silence de l’Autorité des Marchés Financiers.
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