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Macron est le troisième homme de la présidentielle
par Yves de Kerdrel

Au moment où débute la primaire du Parti Socialiste, avec sept candidats, Manuel Valls peine à s’imposer comme le favori. Mais surtout Emmanuel Macron est  devenu le troisième homme de la présidentielle avec des intentions de vote qui vont jusqu’à 18 %.

18/12/2016 - 07:33 Temps Lecture 13 mn.

L’Élysée est devenu un théâtre d’ombres depuis ce premier décembre qui a vu François Hollande annoncer son intention de ne pas se représenter. Depuis, le Chef de l’Etat est devenu un super inaugurateur de chrysanthèmes et Bernard Cazeneuve, exécute les affaires courantes, en tant que Premier ministre fraichement installé à Matignon et dont la déclaration de politique générale a été plus que décevante. Mais tout cela a au moins un avantage pour le couple exécutif, c’est sa remontée dans les sondages. La popularité de François Hollande fait un bond de 14 points en un mois au classement des personnalités établi par Ifop Fiducial et le premier ministre Bernard Cazeneuve se hisse en tête de ce hit-parade.

Avec 35% de bonnes opinions, le chef de l'État retrouve le milieu du tableau, après avoir stagné durant des mois en bas de classement. Quelques jours après sa nomination à Matignon, Bernard Cazeneuve gagne 8 points à 56% et détrône le vaincu de la primaire de la droite, désormais deuxième avec 54% de bonnes opinions, selon cette enquête pour Paris Match et Sud Radio. Deux semaines après sa victoire à la primaire, François Fillon cède pour sa part 6 points à 48%. Parmi les plus belles progressions, Arnaud Montebourg gagne 5 points en un mois et se hisse en troisième position à 51%, à égalité avec Emmanuel Macron (51%, +2), devant Jean-Luc Mélenchon (49%, +2). Martine Aubry perd 2 points à 47%, François Bayrou 5 à 46% et Manuel Valls, qui ne profite pas de l'annonce de sa candidature à la primaire socialiste, perd 5 points à 45%.

CAMPAGNE LABORIEUSE POUR VALLS

Concernant cette primaire qui a officiellement démarré jeudi avec la clôture des candidatures officielles, les prétendants sont donc sept, dont une seule femme puisque la haute autorité a rejeté deux candidatures hier. Pour certains Benoit Hamon pourrait être la surprise de cette primaire. Il a pris de vitesse Arnaud Montebourg et le gêne dans la constitution d’une grande coalition des frondeurs. Sa proposition phare est l’instauration d’un revenu universel de 535 euros par mois. Vincent Peillon que tout le monde pensait retiré de la vie politique depuis qu’il avait quitté le ministère de l’éducation nationale au printemps 2014 est donc bien candidat comme nous le laissions envisager la semaine dernière avec comme principal supportrice Anne Hidalgo, dont le compagnon, est un aubryste de la première heure. Il est sorti de sa retraite politique en expliquant que le choix de François Hollande de ne pas se représenter avait changé la donne. Sa candidature surprise est surtout vue comme une tentative du noyau dur socialiste d’empêcher Manuel Valls de s’imposer comme le nouveau leader du parti.

Mais celui qui souffre le plus pour le moment est Manuel Valls qui était présenté comme le favori et qui peine à remplir les salles de ses meetings. Son positionnement est très complexe, puisque cet ancien rocardien se pose en successeur de François Hollande et se retrouve en position de devoir assumer le bilan du quinquennat, qui est aussi le sien. Son mot d’ordre est désormais « Faire gagner tout ce qui nous rassemble. » C’est ce qui l’a amené à proposer il y a quelques jours un référendum portant sur la suppression du 49-3 qui a fait plus rire qu’autre chose, dans la mesure où il a été violemment attaqué pour avoir utilisé à six reprises cette arme constitutionnelle.

FILLON FINALISE SON EQUIPE

A droite de l’échiquier politique l’actualité de la semaine a été constituée par l’annonce d’un premier organigramme de l’équipe de campagne de François Fillon. La direction de la campagne, toujours assurée par Patrick Stefanini, est complétée par le juppéiste Vincent Le Roux, au poste de conseiller. Bruno Le Maire se chargera d’un pôle international, tremplin idéal pour le Quai d’Orsay en cas de victoire. Alors qu’ils avaient été peu représentés dans le nouvel organigramme du parti, les proches d’Alain Juppé font un retour en force. Benoist Apparu sera un des porte-parole, Hervé Gaymard travaillera sur le projet et Gilles Boyer, qui a été le directeur de la campagne du maire de Bordeaux, sera un des deux trésoriers.

Les sarkozystes sont également dans l’équipe : Laurent Wauquiez sera conseiller politique, Gérald Darmanin et Eric Ciotti dans une cellule riposte. Toutefois, les fidèles de l’ex-chef de l’Etat n’obtiennent pas les postes-clés. Cette équipe déjà très large sera encore complétée par de nouveaux noms en janvier. Malgré cette synthèse, François Fillon a placé ses fidèles aux postes importants : Patrick Stefanini reste son directeur de campagne, Bruno Retailleau à la coordination et à la stratégie. En revanche, les femmes sont peu nombreuses au sein de l’équipe de campagne de François Fillon. La députée Valérie Boyer est désormais affectée au département « faits, chiffres et arguments ». Par ailleurs deux représentants de Sens commun (Christophe Billan et Madeleine de Jessey), font également partie de l’organigramme.

MACRON SUR UN NUAGE DANS LES SONDAGES

Les sondages concernant le premier tour de la présidentielle se précisent après la renonciation de François Hollande. François Fillon et Marine Le Pen arrivent en tête des intentions de vote selon l'enquête Ipsos-Sopra Steria pour le Cevipof et le Monde. Le candidat investi par la droite remporte entre 26% et 29% des intentions de vote contre 24% et 25% pour la présidente du Front national suivant les quatre scénarios esquissés par l'institut de sondage (présence ou non de Manuel Valls, d'Arnaud Montebourg ou de François Bayrou). Dans les quatre hypothèses, Emmanuel Macron, fondateur du mouvement "En marche!" et le candidat de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon se disputent la troisième place, avec des intentions de vote comprises respectivement entre 13 et 18% et 13% et 14%. L'ex-Premier ministre Manuel Valls se trouve lui en quatrième position (entre 11% et 12% selon les hypothèses) tout comme Arnaud Montebourg (7%). En cas de présence de François Bayrou, l'ex-ministre du Redressement productif perd une place (6%) et cède un point au président du MoDem.

François Fillon sait maintenant qu’il est dans une situation de favori, donc délicate. C’est ce qui l’a amené à déminer certaines de ses positions sur la santé. D’abord à travers une tribune dans le Figaro où il n’évoque plus la question des gros risques et des petits risques. Par ailleurs, mercredi dernier, il s’est rendu à l’hôpital Marie-Lannelongue au Plessis-Robinson. Il y a annoncé qu’il allait demander à des experts indépendants de réaliser un audit des comptes sociaux. Mais il a aussi répété qu’à aucun moment, il n’a voulu privatiser l’Assurance-maladie. Il reste que le panier de soins remboursés par l’Assurance-maladie pourrait varier. De fait, les professionnels du secteur de la santé seront consultés dès début janvier 2017 pour déterminer ce que les assurances complémentaires et les mutuelles pourraient prendre à leur charge.

L’INSEE ASSOMBRIT SON PRONOSTIC

Au chapitre économique, les dernières prévisions de l’Insee, publiées jeudi assombrissent un peu plus la fin de mandat de François Hollande. Les chiffres sont en effet loin, très loin d’une croissance supérieure à 1,6 % que vantait encore, en juin, le président de la République. La progression du produit intérieur brut ne devrait finalement atteindre que 1,2 % en 2016, soit autant qu’en 2015 et moins que les 1,3 % encore espérés par l’Institut il y a deux mois. Malgré cette faible croissance, le chômage a bien amorcé une lente décrue. Il devrait passer sous le seuil des 10 % de la population active en fin d’année sur la France entière, à 9,9 %, pour atteindre 9,8 % à la mi-2017, selon les prévisions de l’Insee. Un effet des politiques d’emploi du gouvernement.

L’accélération de la consommation, moteur traditionnel de la reprise tricolore, et l’investissement des entreprises, second étage de cette fusée, ont certes enregistré un net rebond en début d’année. Mais le trou d’air du deuxième trimestre a brisé les espoirs d’une amélioration durable. Et la croissance restera modérée jusqu’à la mi-2017. Si l’Institut ne fait pas de prévision pour l’ensemble de 2017, l’acquis de croissance n’est que de 1 % pour 2017. Pas de quoi laisser entrevoir une accélération nette de la machine économique tricolore l’an prochain. Du côté des éléments engageants, l’investissement des ménages en logement, redevenu positif depuis un an, devrait s’amplifier. Le commerce extérieur, qui a plombé la croissance cette année, doit, lui, retrouver de l’élan. Enfin, l’investissement des entreprises devrait repartir en légère hausse.

LA FED AGIT… MAIS AVEC PRUDENCE

A l’issue de deux jours de réunion, le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine a non seulement décidé, mercredi 14 décembre, de relever d’un quart de point ses taux directeurs, mais il anticipe également trois hausses en 2017, au lieu de deux prévues initialement. Cette augmentation est la troisième, après celles de décembre 2008 et de décembre 2015. Ce mouvement indique que la Fed est désormais un peu plus optimiste sur les perspectives de l’économie américaine, sans toutefois donner l’impression d’anticiper sur les décisions que Donald Trump pourrait prendre une fois installé à la Maison Blanche.

Lors de sa conférence de presse, Janet Yellen, la présidente de la Fed, s’est efforcée de montrer qu’il n’y avait aucun emballement dans sa décision. Même si celle-ci a été prise à l’unanimité des membres du FOMC, Janet Yellen a utilisé une panoplie d’expressions pour tempérer les interprétations. Cette prudence s’explique par le fait que la patronne de la Fed voulait à tout prix éviter qu’on pense que la banque centrale était en train d’anticiper un effet Trump. Les conjectures sur le futur programme économique du président élu vont, en effet, bon train. La perspective d’une baisse de la fiscalité pour les ménages et les entreprises ainsi qu’un gigantesque plan d’investissement dans les infrastructures alimentent l’idée d’une relance budgétaire capable d’emballer la croissance, ce qui nécessiterait une accélération de la hausse des taux de la part de la Fed.

LES PRATIQUES ETRANGES DE SOLOCAL

Du coté du business, l’Agence des participations de l’Etat et Areva avancent dans la recapitalisation du groupe nucléaire ; une étape essentielle avant d’obtenir le feu vert des autorités européennes de la concurrence pour le sauvetage du groupe en grande difficulté. A l’issue d’un conseil d’administration, tenu jeudi dernier son directeur général, Philippe Knoche, a annoncé que des offres fermes avaient été déposées, pour un montant de 500 millions d’euros, soit 10 % de l’augmentation de capital prévue. Il s’agirait du tandem japonais Mitsubishi Heavy Industries (MHI)-Japan Nuclear Fuel Limited (JNFL), qui était en négociation avancée. Cette opération s’inscrit dans le cadre d’un plan plus large prévoyant la scission d’Areva, créé en 2001 par le mariage de Framatome et Cogema, en deux entreprises distinctes. Baptisé NewCo, le « nouvel Areva » abritera les activités du cycle du combustible nucléaire et bénéficiera de 3 milliards d’euros pour renforcer son bilan.

Par ailleurs Areva SA sera recapitalisé à hauteur de 2 milliards d’euros, mais seulement par l’Etat. Quant à l’activité de fabrication et de maintenance des réacteurs (Areva NP), qui développe l’EPR et l’Atmea, elle va passer sous le contrôle d’EDF en 2017. C’est sur la recapitalisation de NewCo, qui sera détenu à au moins 67 % par l’Etat, que portent les négociations. Bouclées avec les Japonais, elles se poursuivent avec le géant China national nuclear Corporation (CNNC). Un accord difficile à conclure dans un contexte où les partenaires potentiels profitent des faiblesses d’Areva, qui n’est pas en position de force pour négocier après avoir accumulé 10 milliards d’euros de pertes entre 2011 et 2015 et une lourde dette.

L’autre événement de la semaine a été la seconde assemblée générale extraordinaire de Solocal destinée à approuver le nouveau plan de restructuration. Cette assemblée a donné lieu à un événement jamais vu, jusqu’ici en France, puisque la première résolution ayant été retoquée, les dirigeants ont décidé de la faire revoter. Ce qui a permis une inversion du score. Tout cela sans que l’Autorité des Marchés Financiers, garante de la bonne gouvernance, et par ailleurs protectrice des épargnants, ne trouve rien à redire. Ce précédent, même s’il est entériné par la justice, jettera de toute manière une tâche indélébile à la fois sur le plan approuvé jeudi et qui offre la société aux créanciers sur un plateau d’argent et sur l’intégrité des dirigeants de Solocal, désormais discrédités à jamais.

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