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Fillon inquiet par la Macron-mania
par Yves de Kerdrel

Ce mois de janvier 2017 s'annonce très intense sur le plan politique avec des primaires socialistes - sans doute pleines de surprises - et le retour sur le devant de la scène de François Fillon après un mois de diète médiatique.

01/01/2017 - 09:01 Temps Lecture 14 mn.

François Hollande a donc adressé hier soir ses derniers vœux aux français en tant que Président de la République. Il en a profité pour faire à nouveau le bilan positif de son action et pour mettre en garde le pays contre le programme de François Fillon. Une façon pour lui de continuer à exister politiquement à l'occasion de la présidentielle de 2017 en dépit de son renoncement. En revanche il s'est bien gardé d'indiquer son choix concernant la primaire du Parti socialiste. Quelques jours plus tôt il avait usé exceptionnellement de son droit de grâce pour obtenir la libération immédiate de Jacqueline Sauvage, condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari violent. Une décision saluée par toute la classe politique mais dénoncée par les magistrats.

Dés demain la campagne pour la primaire socialiste va redémarrer sur les chapeaux de roue après la trêve des confiseurs. Pour échapper aux sombres perspectives des sondages, qui prévoient une non-qualification au second tour de la présidentielle, les socialistes font le pari de rassembler leur camp. C'est l'objectif de la primaire des 22 et 29 janvier. Ils espèrent une forte mobilisation des sympathisants qui propulsera dans les enquêtes le vainqueur en tête des candidats de gauche, devant Mélenchon et Macron. Pour éviter le flop, la direction du parti a assuré la semaine passée que l'ensemble des personnes inscrites sur les listes électorales en 2016 pourraient participer. Pour l'heure, les premières enquêtes d'opinion ne penchent pas forcément en faveur des socialistes. Selon un sondage Ifop, 39 % des Français pensent que la primaire va dégrader l'image du PS et du candidat quand seulement 10 % y voient un effet positif.

MACRON DEROULE SON PROGRAMME

De son côté, Emmanuel Macron a envoyé à ses 115.000 adhérents un livret avec les premières orientations de son projet. Les lignes directrices de la politique économique et sociale qu'il compte mettre en oeuvre en cas de victoire à l'élection présidentielle prennent ainsi progressivement forme. Son projet prévoit de favoriser l'investissement privé au service de l'innovation. Emmanuel Macron veut notamment revoir le cadre fiscal pour encourager la prise de risque et donner à nos entreprises l'accès aux capitaux dont elles ont besoin. Il veut notamment remplacer le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi par une mesure pérenne qui renforcerait leur compétitivité: les cotisations patronales serraient réduites de 6 points pour toutes les entreprises.

Côté travail Emmanuel Macron propose de créer un vrai service public de l'activité et de la formation. Les chômeurs et les travailleurs pauvres verraient leurs droits renforcés et les Français pourraient s'adresser directement aux prestataires de formation, sans intermédiaire. Les 35 heures demeureraient mais de nouvelles souplesses au niveau de l'entreprise ou de la branche pourraient être trouvées. L'ancien locataire de Bercy veut aussi réduire l'écart entre le salaire brut et le salaire net. Il veut pour cela supprimer les cotisations maladie et chômage que paye le salarié -une solution serait aussi trouvée pour les indépendants et les fonctionnaires. Cette mesure sera financée par une hausse de la CSG de l'ordre de 1,7 point -sauf sur les petites retraites et les indemnités chômage.

MONTEBOURG CIBLE LE POUVOIR D'ACHAT

Enfin concernant l'Europe, Emmanuel Macron propose que soit instauré un budget de la zone euro qui financera les investissements communs, aidera les régions les plus en difficulté et «répondra aux crises». Il veut, dans ce cadre, qu'un poste de ministre des finances de la zone euro soit créé pour définir les priorités et accompagner les États dans leurs réformes. Il faut, selon lui, que dans 10 ans, «une convergence fiscale, sociale et énergétique» soit atteinte.

De son côté Arnaud Montebourg a également déroulé quelques éléments de son programme. Première proposition ancrant clairement son projet à gauche : Mettre fin à l’austérité, abroger la loi travail et lancer un grand plan de relance de 30 milliards d’euros pour soutenir la croissance économique. En lançant sa campagne le 21 août, le candidat avait d’abord affirmé vouloir renégocier la loi travail, avant de rectifier le tir à l’occasion d’un déplacement à Florange. Arnaud Montebourg veut aussi rendre 800 euros par an de pouvoir d’achat aux Français par une baisse de la CSG, encadrer les salaires des patrons en les obligeant à augmenter les salaires de leurs employés s’ils souhaitent augmenter le leur, ou proposer à chaque Français l’accès à une mutuelle publique à 10 euros par mois.

VERS UN ACCORD FILLON-BAYROU

À droite, en dépit de la léthargie hivernale, l'actualité a été agitée par les rumeurs d'un accord conclu entre François Fillon et François Bayrou, dont le Canard Enchaîné s'est fait l'écho. Le champion désigné de la droite aurait proposé au patron du Modem des places aux législatives pour que les candidats de son parti puissent constituer un groupe à l'Assemblée. Pour quelle contrepartie ? Un abandon de candidature à l'élection présidentielle de François Bayrou, ou son ralliement à François Fillon entre les deux tours.

En fait l'ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy serait très inquiet de l'avance d'Emmanuel Macron, qui pèse de plus en plus dans la campagne. Le maire de Pau n'a pas encore donné sa réponse. Il faut dire que les propositions ne manquent pas : de son côté, Emmanuel Macron a également appelé Bayrou à le rejoindre, une requête restée elle aussi sans réponse. Le chef de file du MoDem laisse planer le doute et s'est même opposé au programme de François Fillon dans le passé. Toujours selon le Canard Enchaîné, ce suspense devrait prendre fin le 14 janvier.

UNE RENTRÉE CHARGÉE A DROITE

Une chose est sûre : François Fillon va sortir de sa diète médiatique dés le début de 2017 avec un 20 heures sur TF1 le mardi 3 janvier. Le lendemain il s'envolera pour Las Vegas, afin d'assister au CES, le plus grand événement dédié au high-tech à l'échelle mondiale. Cette première date sera l'occasion de revenir sur son programme, et de défendre notamment les mesures les plus contestées, celles qui concernent l'assurance maladie et la suppression de 500.000 postes de fonctionnaires. La deuxième sera un moyen de réaffirmer sa modernité. Le 10 janvier, il devrait inaugurer son QG de campagne et donner par la même occasion ses voeux à la presse. Quatre jours plus tard, il animera le Conseil national du parti Les Républicains, dont il veut faire un rendez-vous unitaire.

Quelques déplacements à l'étranger devraient aussi s'ajouter à ce programme chargé. D'après Paris Match, François Fillon pourrait s'envoler vers Israël pour répondre à l'invitation de Benyamin Netanyaou. Selon Le Figaro, il devrait aussi se rendre à Berlin pour rencontrer Angela Merkel le 23 janvier. Mais comme durant le mois de décembre, ces rendez-vous devraient se faire en grande partie loin des caméras. Le mois de janvier devrait être à double-tranchant pour lui, car ponctué par la primaire de gauche, qui se tient les 22 et 29 janvier. Un moment susceptible de lui voler la vedette, et en même temps de le placer au coeur de l'actualité, puisqu'il est l'adversaire désigné de tous les candidats de la gauche.

LE CHOMAGE BAISSE VRAIMENT

Au chapitre économique la principale nouvelle de la semaine concerne le chômage avec un net reflux pour le troisième mois consécutif. Après avoir atteint un pic en février 2016 (3,591 millions), le nombre de chômeurs s’est donc réduit de 144 000. Sur les trois derniers mois, le recul avoisine 110 000, soit la plus forte baisse trimestrielle depuis début 2001, selon le ministère du travail. Le nombre de personnes qui sont sorties des listes de Pôle emploi parce qu’elles ont repris une activité n’a jamais été aussi important depuis avril 2008.

La tendance s’avère particulièrement bonne pour les chômeurs de moins de 25 ans : leur nombre, dans la catégorie A (en métropole), a diminué de près de 11 000 en novembre et de près de 50 000 depuis janvier (– 9,5 %). Mais les chômeurs de plus de 50 ans, eux, ont vu leurs effectifs repartir à la hausse (+ 0,2 %). Tout comme ceux qui sont à la recherche d’un poste depuis au moins un an (+ 0,2 % également, soit près de 2,579 millions de personnes, outre-mer compris). Autres résultats qui nuancent le tableau d’ensemble : le nombre de demandeurs d’emploi qui ont occupé un poste au cours du mois écoulé (catégories B et C) continue de progresser. Ainsi, sur les trois catégories (A, B et C), les chiffres sont orientés à la hausse, en novembre (+ 0,3 %) tout comme sur une année (+ 0,5 %), alors qu’ils refluent de 3,4 % en un an pour la seule catégorie A – la plus commentée.

REBOND DE L'OR NOIR

Les statistiques communiquées la semaine passée sont en ligne avec l’amélioration que l’Insee observe sur le front de l’emploi. Au troisième trimestre, les effectifs dans le secteur privé se sont accrus d’un peu plus de 57 000. De septembre 2015 à septembre 2016, les bataillons de salariés dans les entreprises privées se sont étoffés de près de 179 000. La performance pourrait même être un peu meilleure, de janvier à décembre 2016, avec près de 190 000 personnes supplémentaires employées dans le secteur marchand, d’après la dernière note de conjoncture de l’Insee. Du coup, le taux de chômage devrait reculer en 2017, mais faiblement, passant à 9,8 % de la population active à la mi-2017 sur l’ensemble du territoire (outre-mer compris), contre 10 % au troisième trimestre 2016.

Après trois ans de repli et un début d’année 2016 catastrophique, les cours de l’or noir sont repartis à la hausse depuis un mois : le baril de brent de la mer du Nord a atteint 56,09 dollars mardi 27 décembre à la clôture sur l’Intercontinental Exchange de Londres. Mi-janvier, son prix s’était effondré à moins de 28 dollars, du jamais-vu depuis 2003. La surproduction de pétrole était devenue incontrôlée en raison de la politique des vannes ouvertes de la Russie et des pétromonarchies du golfe Arabo-Persique, Arabie saoudite en tête.

Les experts du secteur restent toutefois prudents, au sein des compagnies comme des grandes institutions bancaires. Plusieurs inconnues demeurent. Les cours pourraient souffrir d’un dollar fort, qui pénalise les acheteurs de brut munis d’autres devises. Les énormes stocks accumulés ces dernières années – 3,1 milliards de barils (dont 20 % aux Etats-Unis), un niveau historiquement haut, restent à purger. Par ailleurs plusieurs pays de l’OPEP ont été exemptés de l’effort, comme la Libye. Sa production est repartie plus vite que prévu après la réouverture d’oléoducs et de terminaux d’exportation. Mais la principale inconnue est américaine. L’arrive de Donald Trump à la Maison Blanche rend l’environnement très favorable au monde pétrolier. Le président élu a nommé aux postes-clés de l’énergie des partisans de la dérégulation du secteur hostiles à la politique environnementale de Barack Obama.

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