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Yves de Kerdrel
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Macron poursuit sa route en attendant Bayrou
par Yves de Kerdrel
Pour la première fois l’ancien ministre de l’économie arrive en tête des personnalités dans lesquelles les français ont le plus confiance. Cela va-t-il amener François Fillon à muscler sa campagne. Au moment où François Bayrou pourrait entrer en scène.
C’est naturellement le premier débat de la primaire socialiste qui devait être le point fort de la semaine politique. Et les résultats n’ont pas été à la hauteur de l’attente. D’abord en termes d’audience. Puisque diffusé jeudi soir sur TF1, ce débat entre les sept candidats n'a séduit que 3,8 millions de téléspectateurs, soit 18% du public. Un score bien en deçà du premier débat de la primaire de droite, qui avait rassemblé en octobre dernier 5,6 millions de personnes, soit une part de marché de 26,3%. En 2011, France 2 avait retransmis le débat entre les candidats socialistes. L'émission avait été suivie par 4,9 millions de Français, soit 22 % de part de marché. Cette fois, il aura sans doute manqué de quelques ingrédients pour doper les scores. À commencer par l'absence d’Emmanuel Macron, ainsi que celle de Jean-Luc Mélenchon, qui auraient pu animer le débat. Le prochain rendez-vous est fixé à ce soir à partir de 18 heures sur BFMTV et iTELE, en partenariat avec la radio RMC.
S’agissant de ce premier débat, une enquête Elabe, réalisée auprès de 1 117 téléspectateurs, a donné l’avantage à l’ancien ministre Arnaud Montebourg, plus déterminé et grandiloquent, jugé le plus convaincant par 29 % des sondés, devant Manuel Valls (26 %) et l’ancien ministre Benoît Hamon (20 %). Du côté des médias, le débat a laissé les commentateurs sur leur faim, la presse disant vendredi attendre mieux de la suite. Manuel Valls, désigné par le tirage au sort pour s’exprimer le premier, a d’emblée mis l’accent sur la nécessaire réussite de la primaire afin de donner de l’élan à son vainqueur face à la droite de François Fillon et à l’extrême droite de Marine Le Pen. Pour éviter l’élimination de la gauche, les candidats ont dit leur volonté de discuter avec Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron pour se rassembler.
MACRON MULTIPLIE LES RALLIEMENTS
Comme prévu ce premier débat a fait apparaître des lignes de fracture sur l’appréciation du bilan de François Hollande. Les sept candidats ont ainsi dressé un bilan contrasté du quinquennat. Défenseur le plus farouche du bilan qui est aussi le sien, Manuel Valls a dû répondre à de nombreuses reprises aux critiques de ses adversaires. L’ancien chef du gouvernement a aussi eu maille à partir avec Vincent Peillon sur la question du terrorisme, et avec Benoit Hamon et Arnaud Montebourg sur la loi travail. Principale mesure économique à être débattue, le revenu universel de Benoît Hamon, a fait quasiment l’unanimité contre lui.
Autant ce débat de la primaire socialiste n’a pas enthousiasmé les foules, autant la marche en avant d’Emmanuel Macron continue de mobiliser de plus en plus d’adhérents. En témoigne le sondage Kantar Sofres-OnePoint publié vendredi par le Figaro Magazine. Puisque le leader d’En Marche ! s'installe en tête de ce classement des personnalités dans lesquelles mes Français ont le plus confiance grâce à un score de 50 % auprès des sympathisants socialistes. Dans cette catégorie, il est au même niveau que Manuel Valls mais largement devant tous les autres candidats à la primaire des 22 et 29 janvier.
UNE TROISIEME PLACE DANS LES SONDAGES
Selon un autre sondage BVA-Salesforce publié jeudi, Emmanuel Macron recueillerait 16% des suffrages au premier tour d’avril prochain en cas de victoire de Manuel Valls (11%) à la primaire organisée par le Parti socialiste. Face à Arnaud Montebourg, Benoît Hamon ou Vincent Peillon, l’ex-ministre de l’Economie ferait mieux avec 20% d’intentions de vote. De fait il consolide sa troisième position derrière Marine Le Pen et François Fillon et devant Jean-Luc Mélenchon.
Toujours est-il que la machine Macron tourne de plus en plus fort, notamment grâce aux réseaux sociaux. Mais ses déplacements et meetings en province sont tous couronnés de succès. C’est pourquoi certains proches de François Fillon ne parlent plus de « bulle Macron » mais de « Montgolfière ». L’ancien Ministre de l’Economie a bénéficié ces jours-ci de deux renforts de poids avec l’arrivée de Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie depuis mai 2013, qui va devenir le responsable du programme et des idées. Il sera chargé de piloter le groupe de quelque 400 experts revendiqués par En marche ! afin de nourrir le candidat en propositions. Il devra notamment peaufiner le cadrage budgétaire du programme et sera également l’interlocuteur du mouvement pour les syndicats, les entreprises.
LE MEA CULPA DE FILLON
La journaliste Laurence Haïm, 50 ans, va également rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, dont elle devrait devenir l’une des porte-parole. Correspondante de Canal+ et d’i-Télé à Washington, elle était l’une des rares journalistes françaises, avec ceux du Monde, de France 24 et de l’Agence France-Presse, à être accréditée à la Maison Blanche. Preuve qu’Emmanuel Macron compte aller loin dans la campagne et muscle son dispositif pour y parvenir, le sondeur Denis Delmas, 55 ans, qui fut président de TNS Sofres en France de 2002 à 2006, puis pour toute l’Europe de 2006 à 2013, a également intégré il y a une quinzaine de jours le mouvement En marche !. Il en est devenu l’un de ses 50 salariés permanents. Il est chargé de la veille de l’opinion et de l’analyse des sondages de la campagne. Selon les informations de WanSquare Emmanuel Macron doit dévoiler l’organigramme complet de son équipe de campagne d’ici à la fin du mois de janvier. Le nom de son directeur de campagne, dont le recrutement se révèle plus long que prévu, est notamment très attendu.
Dans cette situation marquée par la montée en puissance d’Emmanuel Macron, que rejoignent d’anciens sympathisants d’Alain Juppé, François Fillon s’est efforcé mercredi de relancer sa campagne en faisant son mea culpa au sujet de son projet de réforme de la Sécu, attaqué de toutes parts. Il a tenté de clore l’empoisonnant procès instruit par ses adversaires coalisés contre son projet de réforme de l’Assurance-maladie en réaffirmant sur BFM TV avoir été mal compris sur ses propositions, pour partie retirées de son site Internet. François Fillon en a profité pour rappeler avoir lancé un débat avec l’ensemble des responsables de la santé, les médecins, avec de nouvelles propositions avant la fin du mois de janvier ou début février.
LA DROLE DE COALITION DES SARKOZYSTES
L’ancien Premier ministre a par ailleurs changé radicalement de ton au sujet du président syrien, Bachar Al-Assad, présenté en novembre comme le meilleur rempart contre le djihadisme pour les chrétiens d’Orient, et qualifié mercredi de dictateur et de manipulateur. Il s’en est pris, en particulier, aux médias français qui ont diffusé une interview du dirigeant syrien dans laquelle ce dernier jugeait « bienvenue » la position sur la Syrie du candidat des Républicains.
Mais la semaine de rentrée de François Fillon a été un peu gâchée par la coalition des sarkozystes qui ont commencé à critiquer le champion de la droite lors de son déplacement à Nice. Le député de Paris a rappelé tout le monde à l’ordre avant de balayer les critiques en affirmant « Chacun pense ce qu’il veut, moi, je trace ma route. C’est moi qui suis candidat à l’élection présidentielle. Ce n’est pas l’élection d’un parti. Ce n’est pas une élection qui se négocie avec des parlementaires ou avec des responsables politiques, c’est la rencontre d’un homme avec le peuple français. » Une réponse cinglante à Christian Estrosi et Laurent Wauquiez qui avaient réclamé que le candidat élu à la primaire donne une coloration plus sociale à son projet, notamment en proposant la défiscalisation des heures supplémentaires.
LE MILLESIME RECORD DE L’ALLEMAGNE
Au chapitre économique, il faut retenir l’excellente performance de l’Allemagne qui a vu son PIB progresser de 1,9 % en 2016 selon les chiffres publiés, jeudi, par l’institut Destatis. C’est la plus forte progression depuis 2011. Après un léger ralentissement au troisième trimestre, la machine allemande est donc fortement repartie en fin d’année grâce à une hausse des commandes industrielles. Le mois de novembre a offert un nouveau record sur le plan du commerce extérieur : les exportations ont bondi de 5,6 % par rapport au mois de novembre 2015, à 108,8 milliards d’euros de biens et services livrés à l’étranger ; les importations ont progressé de 4,5 % sur la même période, permettant au pays d’afficher une impressionnante progression de l’excédent de la balance commerciale à 22,6 milliards d’euros, contre 20,5 il y a un an.
L’Allemagne n’a donc pas encore été affectée par les nuages qui obscurcissent le ciel du libre-échange. Ni le Brexit ni l’élection de Donald Trump n’ont pour l’instant pénalisé les carnets de commandes du made in Germany. Et le dieselgate n’a eu que peu de répercussions sur l’industrie automobile, si cruciale outre-Rhin. En 2016, Volkswagen a enregistré une progression de ses ventes de 3,8 %, à 10,3 millions de véhicules livrés, et Mercedes a pour la première fois vendu plus de 2 millions de véhicules dans le monde, après une progression de plus de 11 % par rapport à l’année précédente.
LES FAUCONS DE LA BCE SE FONT ENTENDRE
L’autre grande actualité de la semaine est liée à la publication du premier flot de pronostics de la Banque Mondiale qui a esquissé pour 2017 une reprise sans tonus. L’an dernier, le produit intérieur brut mondial a enregistré sa plus mauvaise performance depuis la fin de la crise financière, avec une progression de 2,3 %. Cette année, la croissance globale devrait légèrement accélérer, à + 2,7 %. Rien qui traduise toutefois un élan généralisé. Cette amélioration s’explique surtout par la sortie de récession de grosses économies émergentes comme le Brésil ou la Russie.
Enfin, selon les informations recueillies outre-Rhin par WanSquare, les opposants au programme d'achats de dette de la Banque centrale européenne ont fait entendre leur voix lors de la dernière réunion du Conseil de gouverneurs. Autour de son président, Mario Draghi, l'institution gardienne de l'euro avait le choix entre continuer les achats au rythme mensuel actuel de 80 milliards d'euros pendant six mois supplémentaires ou bien les prolonger de neuf mois jusqu'à fin décembre 2017 à un rythme mensuel de 60 milliards. C'est cette dernière option qui a été retenue, avec l'appui de Peter Praet, l'économiste en chef de l'institution, et de Benoît Coeuré, autre membre du directoire.
Le plus connu des opposants à cette mesure a été le président de la Bundesbank, qui n'est pas cité, étant donné la règle de l'anonymat voulue par la BCE. Jens Weidmann est certainement de ceux qui estiment que le programme d'intervention devrait rester un instrument d'urgence à n'utiliser qu'en dernier ressort dans un scénario défavorable, tel qu'une situation de déflation imminente. Un argument souvent utilisé en public par l'Allemande Sabine Lautenschläger, également classée parmi les faucons au Conseil des gouverneurs, elle qui a été membre de la Bundesbank. Or, tout indique que la menace de déflation est écartée. Pour autant, la majorité des membres de l'institution considère que l'inflation sous-jacente n'est pas encore auto-entretenue et qu'il est trop tôt pour crier victoire.
CARNET DE COMMANDES RECORD POUR AIRBUS
Du coté du business, on a appris en fin de semaine que trois juges d'instruction vont enquêter sur les dispositifs utilisés par le constructeur français pour contrôler les émissions polluantes de ses voitures diesel, selon une information de l'AFP. Le parquet a ordonné l'ouverture de cette information judiciaire pour tromperie sur les qualités substantielles et les contrôles effectués sur cette circonstance que les faits ont eu pour conséquence de rendre la marchandise dangereuse pour la santé de l'homme ou de l'animal a précisé le parquet. Dans la foulée de cette information, le titre plongeait de plus 4 % à la Bourse de Paris. En novembre dernier, la répression des fraudes avait déjà décidé de porter le fruit de ses enquêtes sur les moteurs Diesel de Renault à la justice. La décision du parquet de Paris sous-entend que les éléments trouvés par la justice sont suffisamment troublants pour aller plus loin dans les investigations et déterminer si oui ou non il y a tromperie.
Sur un plan plus positif notons qu’Airbus a livré 688 appareils en 2016, soit 53 de plus qu’en 2015, malgré les retards de ses fournisseurs. Durant le dernier mois de l'année, l'avionneur est même parvenu à livrer pas moins de 111 appareils, contre une cinquantaine en moyenne durant les autres mois de l'année . Et ce, tout en engrangeant 321 commandes, contre 410 sur les 11 mois précédents. Un sprint final exceptionnel qui permet à Airbus de terminer la course aux commandes en tête, pour la neuvième fois en dix ans, avec un total de 731 commandes supplémentaires (hors annulations), contre 668 pour Boeing. L'avionneur européen est certes distancé par son rival européen en nombre de livraisons, pour la cinquième année consécutive. Mais Airbus a atteint son principal objectif commercial : un nombre de commandes supérieur à celui des livraisons. Ce qui permet à son carnet de commandes de s’établir au niveau record de 6.874 appareils, d'une valeur totale, au prix catalogue, de plus de 1.000 milliards de dollars.
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08/01/2017 - 08:24

