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Fillon cherche un second souffle
par Yves de Kerdrel

L’annonce de l’alliance Bayrou-Macron n’a pas bouleversé les tendances des différents sondages, mais a permis à l’ancien Ministre de l’économie de stopper sa chute. Quant à François Fillon il peine à trouver un second souffle.

26/02/2017 - 07:56 Temps Lecture 13 mn.

Jusqu’au dernier Moment François Bayrou a donc maintenu le suspense sur sa décision. Il n’a prévenu ses très proches que mardi dernier dans la soirée, la veille de l’annonce officielle de son ralliement à Emmanuel Macron. Un ralliement dont tout le monde a bien compris qu’il se faisait davantage par défaut que par enthousiasme. François Bayrou à 65 ans et il n’avait plus le même peps pour entamer une quatrième campagne électorale. Il n’était pas certain de réaliser le score minimal de 5 % à partir duquel les dépenses sont remboursées et n’avait pas envie de connaître le sort d’Alain Madelin ou celui de Philippe de Villiers. Enfin il n’était même pas assuré de bénéficier des 500 parrainages nécessaires pour officialiser sa candidature.

Son ralliement à Emmanuel Macron pose cependant bien plus de problèmes à l’intéressé qu’il n’en résout. D’abord parce que la personnalité écrasante de François Bayrou et ses 35 années de vie politique vont naturellement empiéter sur celle du jeune leader d’En Marche qui avait 4 ans lors que le Maire de Pau faisait déjà de la politique. Ensuite parce qu’il existe un florilège de déclarations de François Bayrou très acerbes et sceptiques à l’égard d’Emmanuel Macron qualifié notamment de « candidat des forces de l’argent ». Enfin parce que personne ne peut imaginer que derrière cette alliance il n’y a pas un échange de bons procédés, en termes de postes ministériels, de quotas de députés ou de réforme du mode de scrutin.

MACRON REINVENTE LE BOUCLIER FISCAL

Selon nos informations, ce soir Emmanuel Macron doit diner avec Jean-Louis Borloo pour l’attirer dans ses filets. Non seulement le fondateur de l’UDI devrait éviter de tomber dans ce piège, même s’il est très critique sur la campagne de François Fillon, mais en plus il va se montrer très critique sur cette alliance avec François Bayrou, dont il est convaincu qu’elle va plomber à moyen terme l’image et la candidature du leader d’En Marche !

Curieusement, ce ralliement est intervenu trois jours avant qu’Emmanuel Macron dévoile dans Les Echos son programme économique. Un programme, assez complet en terme de politique de l’offre, mais décevant s’agissant de la sphère publique avec un objectif de réduction des dépenses publiques de 60 milliards d’euros sur 5 ans (Manuel Valls en a fait 40,5 en deux ans), avec une réduction infime du nombre de fonctionnaires et avec assez peu d’importance accordée à la recherche d’un équilibre budgétaire et une diminution de la dette : deux préoccupations majeures de François Bayrou. Par ailleurs viendra sans doute un moment où les plus socialistes de son mouvement réinstaure « le bouclier fiscal » avec la taxe de 30 % sur les revenus de l’épargne (prélèvements sociaux compris) qui va poser problème lorsqu’il relèvera le taux de la CSG.

UN EFFET BAYROU LIMITE SUR LES SONDAGES

En termes d’impact sur les sondages, l’effet est pour l’heure plutôt positif. Le rolling de Paris Match qui était calculé tous les jours en tenant compte de la candidature de François Bayrou a remis à jour ses estimations et Emmanuel macron a gagné immédiatement 3,5 points. Ce qui le porte à 22,5 % deux points devant François Fillon, qui profite lui aussi de la défection du Maire de Pau. Le rolling des Echos est du même acabit avec 23 % pour Emmanuel Macron et 21 % pour François Fillon, sachant que la marge d’erreur est de 2,5 points.

Comme nous l’indiquions la semaine dernière, une alliance Bayrou Fillon n’est pas forcément très favorable sur le plan purement arithmétique, dans la mesure où l’électorat du maire de Pau est constitué pour la moitié d’électeurs de François Hollande. De plus François Bayrou apparaît comme l’homme qui a déjà trahi deux fois la droite, en 2007, lors de ses rencontres nocturnes avec Ségolène Royal et en 2012 en appelant à voter pour François Hollande. Il est donc fort probable que cette alliance ne satisfasse que les Gracques, ces purs représentants du système, dont le cœur a toujours balancé entre les deux personnalités en question.

FILLON S’APPRETE A REPARTIR EN CAMPAGNE

Toute la question est désormais de savoir comment François Fillon va retrouver un nouveau souffle, alors que ses interventions de la semaine écoulée se sont limitées à la présentation de son programme en matière de santé devant la mutualité française et à une rencontre importante avec Alain Juppé mercredi dernier. Ce dernier a fini par sortir de sa retraite bordelaise et a accepté de prêter main forte au champion de la droite, notamment à l’occasion de meetings. François Fillon applique donc à la lettre le conseil que lui a donné Nicolas Sarkozy la semaine précédente : « Rassemble toute la droite, sinon tu n’y arriveras pas ! »

Comme on s’y attendait le Parquet National Financier a opté vendredi pour l’ouverture d’une information judiciaire dans l’affaire Fillon. Ce qui est le moindre mal. Désormais l’intéressé fait le pari qu’il sera plus audible. La semaine qui vient va le voir reprendre les rencontres et les meetings. Le lundi 6 mars il participera à un diner débat organisé par un grand hebdomadaire parisien. Ce dernier a été submergé de demandes. Le dîner réunira aux Salons Hoche près de 500 personnes qui se sont inscrites en moins de cinq jours. Ce qui témoigne d’une mobilisation encore très forte à droite. De surcroit, de tous les candidats à l’élection présidentielle, François Fillon est le seul à pouvoir disposer, à la suite des législatives de juin, d’une véritable majorité parlementaire. Alors que c’est bien sûr l’inconnue pour Emmanuel Macron, pour Benoit Hamon ou, a fortiori, pour Marine Le Pen.

LA CRAINTE LE PEN PESE SUR LE SPREAD

Enfin l’équipe de campagne de François Fillon devrait se montrer désormais beaucoup plus offensive à l’égard d’Emmanuel Macron. Avec trois angles d’attaques. Le flou de son programme. Le boulet que constitue son alliance avec Bayrou, en espérant que cela produise les mêmes résultats que ceux obtenus lors de la primaire sur Alain Juppé. Et enfin le financement de sa campagne électorale. Puisqu’Emmanuel Macron a été contraint d’emprunter de l’argent à une ou plusieurs grandes banques françaises et étrangères. Et d’apporter une caution. A moins que celle-ci ait été donnée par d’autres que lui… La transparence souhaitée par les électeurs devrait s’imposer dans ce domaine-là aussi.

Reste l’hypothèse Marine Le Pen dont le score, dans les sondages, reste à son plus haut niveau historique entre 26 et 28 %. Dans un duel au second tour elle est désormais créditée de 45 %, quand son père n’avait récolté que 18 % des voix en 2002. Cela signifie que le plafond de verre est en train d’éclater, à la faveur des émeutes en banlieue, des lycées bloqués et des attaques contre les policiers. A l’étranger l’éventualité de son élection est prise bien plus au sérieux qu’en France. D’où l’élargissement constant du spread entre l’OAT française et le Bund allemand. A noter le remarquable travail publié cette semaine par l’Institut Montaigne sur les conséquences désastreuses, en termes économiques, d’une arrivée au pouvoir du Front National.

MANSUETUDE DE BRUXELLES POUR LA FRANCE

Au chapitre économique, la semaine a été marquée par le verdict de Bruxelles sur les trajectoires financières des différents pays membres de l’Union Européenne. Pour une fois la France a reçu une forme satisfecit. Elle reste rangée dans la catégorie des pays à déséquilibres excessifs, et la Commission continue à pointer une dette publique encore très élevée (96,4 % du PIB en 2016, 96,7 % en 2017), un déficit public encore conséquent (même si pour la première fois depuis neuf ans, il devrait repasser sous la barre des 3 % du PIB en 2017), une fiscalité jugée trop élevée pour les entreprises et un déficit commercial toujours conséquent. Cependant, Bruxelles souligne que les réformes annoncées, ont bien été mises en œuvre. Notamment la loi El Khomri, qui contribue à réduire les rigidités du marché du travail et le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi qui a eu un effet positif sur l’emploi.

A la Commission, on estime donc que les moteurs pour résorber les deux faiblesses de l’économie tricolore, le manque de compétitivité et les déficits publics, sont en marche et que la dette publique a du coup des chances de se stabiliser, et de ne pas atteindre le seuil symbolique des 100 % du PIB. Le message de Bruxelles est sans ambiguïté : sauf changement complet de politique par le futur président de la République, le pays est dans la bonne voie. Il reste cependant encore très loin des impressionnantes performances de l’économie allemande.

L’EURO REPART A LA HAUSSE

L’Allemagne, elle non plus, ne change pas de catégorie : la Commission européenne continue à considérer que la première économie de l’union monétaire présente des déséquilibres mais juge toujours qu’ils ne sont pas excessifs. Pourtant, son excédent courant a encore battu un record historique en 2016, à 281 milliards d’euros, soit 8,7 % de son PIB, avec des exportations plus importantes que jamais. Or, selon les critères retenus par Bruxelles, un excédent courant dépassant 6 % du PIB annuel d’un pays menace la stabilité économique de la zone euro…

Sans que cela ait forcément un lien, l’euro a nettement repris du terrain cette semaine face au dollar, la monnaie unique se montrant particulièrement fluctuante face aux incertitudes politiques en Europe, tandis que le billet vert se trouvait freiné par le contenu d’un document de la Réserve fédérale (Fed). L’euro s’est rapproché des 1,06 dollar, contre 1,03 après l’élection de Donald Trump. Il semble que ce mouvement soit lié surtout au climat politique en France. Par exemple l’euro a brusquement rebondi au moment où François Bayrou annonçait ne pas être candidat à l’élection présidentielle. Cette annonce semble laisser de la marge à Emmanuel Macron, parfois présenté comme le plus pro-européen des candidats.

De l’autre côté de l’Atlantique, le dollar s’est un peu affaibli après la publication du compte-rendu de la dernière réunion de politique monétaire la Réserve fédérale, même si ce document confirme la volonté de ses responsables de mener assez vite une hausse des taux a priori favorable au billet vert. Il semble que les cambistes espéraient peut-être un signe plus clair sur une hausse des taux dès mars, prochaine réunion de la Fed. La banque centrale américaine a relevé en décembre ses taux pour la première fois depuis un an, mais elle s’est abstenue de continuer lors de sa première réunion de l’année, dont les minutes de mercredi dressaient le compte-rendu.

MAUVAISE SEMAINE POUR BOLLORE

Du côté du business, la semaine a été marquée par une succession de très bons résultats de grandes sociétés du CAC 40. Notamment Axa, PSA, Bouygues, Vivendi (avec une guidance très positive pour 2017) ou Orange. En revanche les propos tenus par Stéphane Richard sur ses ambitions en matière de croissance externe laissent entrevoir peu d’espoir d’une opération avec Canal + dont il a été beaucoup question ces dernières semaines. De même il ne semble pas qu’Orange soit acheteur de la participation de Vivendi dans Telecom Italia, acquise à un prix élevé par Vincent Bolloré. Ce qui vient s’ajouter à ses soucis judiciaires en Italie après l’acquisition controversée de titres Mediaset.

Alors que PSA avance à grands pas dans son projet de rachat d’Opel, Carlos Ghosn a annoncé jeudi qu’il lâchait le volant de Nissan mais il reste aux commandes de Renault. Jusqu’à quand ? c’est la question qui est sur toutes les lèvres. Deux événements pourraient contribuer à faire bouger les lignes. En octobre, le constructeur présentera un plan stratégique, qui doit permettre d'atteindre une marge opérationnelle de 7 % en 2022. Cette feuille de route pourrait être l'occasion de mettre en avant des dirigeants susceptibles un jour de prendre les manettes de la marque au Losange. Deuxième rendez-vous au cours duquel Carlos Ghosn pourrait plus franchement prendre du champ : la fin de son mandat actuel à la tête de Renault, en juin 2018. Même si en 2015, une révision des statuts avait fait reculer la limite d'âge à 72 ans pour tenir la présidence du conseil de Renault, permettant au dirigeant de rester, s'il le souhaite, jusqu'en 2026.

S’agissant de succession patronale, cela s’agite chez Carrefour où Georges Plassat doit quitter le groupe dont les deux principaux actionnaires sont Bernard Arnault et la famille Houze. L’hypothèse d’un remplacement par Bernardo Sanchez Incera, directeur délégué de la Société Générale, devrait tourner court. C’est vrai qu’il y a eu des discussions serrées entre le clan Arnault et Philippe Houze. Mais selon nos informations les deux camps se sont désormais accordés sur le même nom qui devrait être rendu très vite.

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