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Yves de Kerdrel
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Macron dans une phase délicate
par Yves de Kerdrel
Plus les semaines passent, plus Emmanuel Macron apparaît comme l’héritier de François Hollande et d’une partie de la Rue de Solferino. C’est ce qui constitue le plus gros risque pour lui au moment où les sondages montrent une inversion des courbes.
Emmanuel Macron est-il en train de dilapider tout le capital électoral qu’il avait constitué depuis un an, lors qu’il a créé En Marche ? C’est ce que commencent à se demander la plupart des experts, sondeurs et politologues de tout genre. L’ex-Ministre de l’Economie a réussi à percer de manière spectaculaire dans les sondages grâce à un positionnement « ni droite, ni gauche » et par un goût pour la transgression. A cela se sont ajoutés des facteurs chance, comme la disparition de Manuel Valls du paysage politique ou les affaires concernant François Fillon.
Aujourd’hui le problème de celui qui est (toujours) numéro deux dans les sondages, c’est qu’il n’est plus trans-partisan, puisqu’il est devenu le réceptacle d’une très grande partie des socialistes qui quittent le radeau de la méduse. En Marche ! est devenu en l’espace de quelques jours un Parti socialiste bis. Et tout cela est logique puisque au lieu de poursuivre dans la transgression, le programme qu’Emmanuel Macron a rendu public est totalement socialiste. Ses conseillers de l’ombre sont les mêmes que ceux de François Hollande. Jusqu’à l’imprimeur de ses éléments de campagne qui est l’imprimeur historique du PS.
LA MACHINE MACRON FAIT DES RATES
Les masques commencent donc à tomber et c’est ce qui explique l’inversion de sa courbe des sondages révélée en fin de semaine. Puisqu’un sondage Ipsos-Le Monde réalisé du 6 au 7 mars, fait apparaître un recul de deux points des intentions de vote pour Emmanuel Macron. Et cela juste après qu’il ait enfin publié son programme tant attendu. A cela s’ajoutent les rumeurs sur une nomination de Ségolène Royal ou de Marisol Touraine comme Premier Ministre, s’il était élu. De quoi faire peur à tous ceux qui veulent tourner la page de ce quinquennat.
Ce premier sondage significatif devrait être suivi par d’autres enquêtes annoncées pour les prochains jours et qui confirment toutes, selon les informations de WanSquare, la nette érosion du phénomène Macron. D’autant qu’à cela s’ajoutent quelques soucis dans l’organisation de sa campagne. Comme le conflit d’intérêt majeur apparu avec le rôle dévolu au frère de Bernard Mourad, expert santé, et consultant pour Servier. Ou comme la révélation par le Canard Enchainé d’une enquête à charge menée par l’inspection des finances sur une manifestation très couteuse organisée à Las Vegas lorsqu’Emmanuel Macron était Ministre de l’Economie.
PAYSAGE ENFIN ASSAINI A DROITE
A droite, le paysage est enfin clarifié. François Fillon qui jouait son va-tout dimanche dernier au Trocadéro a réussi à faire taire tous ceux qui menaient la fronde contre lui. Alain Juppé bien sûr qui a battu en retraite avec très peu d’élégance dés lundi dernier. Puis les caciques du parti, Gérard Larcher et Bernard Accoyer. Idem pour les trois présidents de région : Christian Estrosi, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Et enfin François Baroin qui mardi encore espérait toujours être un Plan B, et a fini par aller à Canossa en acceptant d’être chargé jeudi du rassemblement politique. Ce qui fait de lui un Premier Ministre possible.
Depuis la cote de François Fillon ne cesse de remonter dans les sondages, aussi bien les enquêtes d’image, que les rollings quotidiens. Et Le signal le plus marquant a été l’effet contre-productif du dernier article à charge du Canard Enchainé – sur un prêt de 50.000 euros effectué à François Fillon par Marc de Lacharrière et bien sûr remboursé – qui a été vécu comme de l’acharnement. L’autre signal très positif vient de l’affluence dans ses meetings en Province. A nouveau mardi à Orléans, il a fait salle comble et tous ses soutiens n’ont pas pu rentrer dans la salle. Il se passe la même chose qu’au moment où la situation s’est retournée en sa faveur lors de la primaire.
EROSION LENTE DE MARINE LE PEN
Bien sûr il reste l’échéance judiciaire de mercredi prochain, date de la convocation de François Fillon pour une mise en examen. Même s’il existe une toute petite chance pour qu’il soit placé sous le statut de témoin assisté, la nouvelle étant déjà publique depuis dix jours, cela ne changera rien. Et comme la clôture des candidatures à l’élection présidentielle intervient le vendredi 17 mars, il sera très vite question de la campagne et notamment du débat du 20 mars su TF1, exercice qui devrait être favorable à François Fillon et à Benoit Hamon et beaucoup plus difficile pour Emmanuel Macron.
Par ailleurs, il apparaît que Marine Le Pen ne progresse plus désormais dans les enquêtes d’opinion. Ce qui est un autre élément favorable pour François Fillon à un moment où loin d’affadir son discours, il le durcit nettement sur le terrain sociétal, sécuritaire et anti-islamiste. Tout cela rappelle de plus en plus la campagne de Jacques Chirac en 1995 (il était à 17,5 % u début mars) face à un Balladur (à 24 – 25 %). Et les courbes ont commencé à se croiser au début du mois d’avril. Ce qui pourrait intervenir cette année aussi au même moment.
BON DEBUT D’ANNEE POUR LA FRANCE
Au chapitre économique il faut noter que la Banque de France a revu à la hausse jeudi à 0,4 % sa prévision de croissance pour l’économie française au premier trimestre, constatant un rebond de l’activité dans le secteur industriel comme dans celui des services et du bâtiment. Cette estimation, établie à partir de son enquête mensuelle de conjoncture auprès des chefs d’entreprise, est en hausse de 0,1 point par rapport à une première évaluation publiée le 8 février, qui tablait sur une hausse du produit intérieur brut (PIB) de 0,3 %.
Selon la Banque de France, la production industrielle a ainsi progressé de façon soutenue en février, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire, de la chimie et des biens d’équipement. Dans ces secteurs, les livraisons et les commandes accélèrent, tandis que les stocks s’approchent de leur niveau plancher de 2010, détaille l’institution monétaire, qui précise que les chefs d’entreprise prévoient une hausse de la production en mars. Dans les services, l’activité a également poursuivi sa progression, notamment dans l’intérim, le transport et le conseil. L’activité, enfin, est repartie dans le bâtiment, où le second œuvre et dans une moindre mesure le gros œuvre sont en hausse.
RIGUEUR TOUJOURS DE MISE AU ROYAUME-UNI
La Banque de France table sur une croissance de 1,3 % cette année en France, après 1,1 % en 2016. Ce chiffre est légèrement inférieur à celui anticipé par le gouvernement (1,5 %). La prévision gouvernementale est jugée optimiste par plusieurs institutions, à l’image de la Cour des comptes, qui l’a qualifiée dans son rapport annuel d’un peu élevée, au regard du consensus des économistes, situé entre 1,2 et 1,3 %. Dans ses prévisions du printemps, l’OCDE a toutefois revu à la hausse mardi son estimation à 1,4 %, laissant entrevoir un léger rebond de l’activité cette année, après un chiffre décevant en 2016 (1,1 %).
L’autre événement marquant de la semaine a été la présentation du projet de budget britannique. Le premier post-Brexit. Alors que la croissance résiste jusqu’à présent, avec un produit intérieur brut en hausse de 1,8 % en 2016, le chancelier de l’Echiquier avait la possibilité de desserrer les cordons de la bourse. Grâce à cette bonne conjoncture, le déficit va s’établir à 2,6 % du PIB cette année (pour la période avril 2016-mars 2017), au lieu de 3,5 % prévu initialement. Mais il maintient une politique de rigueur que David Cameron avait reconfirmé il y a tout juste un an. Et cela en raison notamment du poids de la dette (1 700 milliards de livres sterling) qui oblige à dépenser chaque année 50 milliards de livres sterling rien que pour payer les intérêts. C’est plus que pour la défense et la police réunies.
LES TRES BONS CHIFFRES DU CAC 40
Philip Hammond a donc donné d’une main, en débloquant des crédits à l’aide aux personnes âgées et aux écoles, et repris de l’autre, en augmentant la fiscalité sur les auto-entrepreneurs. Cette dernière mesure lui a valu la furie de la presse britannique de droite, qui y voit une attaque contre une population déjà précaire. Si Philip Hammond est aussi inflexible, c’est qu’il reste inquiet pour la croissance britannique. L’organisme de prévision économique du Royaume-Uni table sur un ralentissement dans les années à venir. Après 2 % de croissance en 2017, il envisage 1,6 % et 1,7 % pour 2018 et 2019. Tout cela à cause du Brexit. Jusqu’à présent, les Britanniques ont surpris en dépensant sans compter, en piochant dans leur épargne et en augmentant leurs emprunts. Mais l’inflation, conséquence de la chute de la livre sterling, risque de les stopper net dans leur élan.
Du côté du business, l’élément le plus significatif a été la compilation des résultats définitifs du CAC 40 pour 2016. Ensemble, les 40 champions membres de l’indice ont dégagé 75,5 milliards d’euros de bénéfice net en 2016. Un montant en hausse de 32 % par rapport à celui de 2015. Sur les 40 groupes du CAC qui ont présenté leurs comptes, 30 ont amélioré leurs résultats d’une année sur l’autre. La palme revient à ArcelorMittal. LafargeHolcim, en plein dans l’actualité avec son souhait de participer à la construction du mur voulu par Trump entre les Etats-Unis et le Mexique, s’est également bien redressé. Le groupe le plus décevant reste Engie où les rumeurs de dissensions au top niveau du management refont surface.
LE TESTAMENT DE PLASSAT
Si les grandes entreprises françaises ont bénéficié d’un superbe alignement des planètes en 2016 grâce à la conjonction de taux d’intérêt très bas, de prix de l’énergie en nette baisse et de la faiblesse de l’euro par rapport au dollar, l’optimisme reste de mise pour 2017. En moyenne, les analystes parient sur une nouvelle progression de 14 % des bénéfices par action des grands groupes européens en 2017, puis de 9 % en 2018.
Lors de la présentation des résultats 2016 de Carrefour, Georges Plassat a expliqué pourquoi son enseigne allait désormais se concentrer sur l’alimentaire. Dans un discours quasi-testamentaire il a expliqué que les hypermarchés appartenaient désormais au passé. Contrairement à son concurrent de chez Casino, Jean-Charles Naouri, Georges Plassat ne veut pas réduire la taille de ses hypers. Alors que l'étalement urbain a fait venir autour d'eux des centaines de milliers d'habitants, il estime que ce foncier acquis à bon prix il y a un demi-siècle a une valeur inestimable. Mais il admet qu’il faudra libérer des espaces pour la restauration, des animations diverses ou des salles de sport.
CONSECRATION POUR ATOS
Cette nouvelle occupation de l'espace traduit une autre révolution. Les mètres carrés destinés à être convertis sont ceux dédiés aux produits non-alimentaires. Les hypermarchés ont perdu la bataille du non-alimentaire face au e-commerce. Une étude récente de Morgan Stanley indique qu'en France, Amazon, vend aujourd'hui plus de non-alimentaire que les hypers Carrefour ou Leclerc. En soulignant que son groupe réalisait désormais 83 % de son chiffre d'affaires dans l'alimentaire, Georges Plassat en prend acte. Désormais, la bataille se jouera sur l'alimentation. Et ce sera un vrai combat.
Enfin il faut saluer la très belle consécration d’Atos qui va faire son entrée au CAC 40 en prenant la place de Klépierre. C'est le premier changement au sein de l'indice CAC 40 depuis un an. Le choix d'Atos consacre notamment le beau parcours boursier de la SSII dirigée par Thierry Breton, ancien patron de France Télécom et ancien ministre de l'Economie. L'action Atos affiche en effet une progression de près de 67% sur un an, soit la deuxième meilleure performance de l'indice CAC Next 20, l'antichambre de CAC 40. Le groupe viendra donner une tonalité un peu plus high tech au Cac 40, souvent critiqué pour laisser trop peu de place à la « nouvelle économie ».
Avec une valeur boursière de 11,62 milliards d'euros, Atos affichera la 38ème capitalisation de l'indice CAC 40, place occupée jusqu'ici par Klépierre (11 milliards d'euros). La foncière paye, pour sa part, sa performance boursière décevante (-8,14 % depuis un an). Klépierre, qui gère des centres commerciaux, est en effet très sensible à l'évolution des taux d'intérêt et la remontée récente des rendements sur les marchés obligataires a pesé sur son cours de Bourse. Nokia et Bouygues étaient aussi considérés comme étant en danger en cas de modification de l'indice. Par ailleurs, le Conseil scientifique des indices a aussi procédé à des changements au sein de l'indice SBF 120. Le groupe parapétrolier CGG sort. Deux valeurs font leur entrée : le groupe de semi-conducteurs Soitec et le spécialiste des revêtements de sol, Tarkett.
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