éditorial / Yves de Kerdrel
éditorial
Yves de Kerdrel
éditorial
La fébrilité et le désordre s’installent chez Macron
par Yves de Kerdrel
Le grand favori de la campagne présidentielle est touché par le syndrome Juppé. Il redoute la révélation de faits qui entacheraient son image. Mais surtout le ralliement de Manuel Valls sème le trouble dans son camp, en attendant l’arrivée d’autres alliés.
Emmanuel Macron était à l’antenne d’Europe 1, mercredi matin lorsque Manuel Valls a rendu public avant 9 heures son ralliement au leader charismatique d’En Marche ! Les images vidéo de cette séquence font apparaître la décomposition du favori de la campagne présidentielle lorsque Thomas Sotto lui demande une réaction. Un long silence de dix secondes précède un simple remerciement ânonné d’une voix blanche. A ce moment là tous ceux qui sont présents dans le studio d’Europe 1 ou qui assistent à la scène en direct comprennent à quel point le soutien de l’ancien Premier Ministre constitue un baiser mortel pour Emmanuel Macron.
Pressentant l’événement, le poulain de François Hollande, désormais ouvertement soutenu par l’Elysée, avait tenu une conférence de presse improvisée la veille sur le renouvellement de la vie politique. Mais cela apparaissait comme une opération de sauve-qui-peut mal ficelée juste quelques heures avant que Manuel Valls réunisse ses fidèles à la Questure de l’Assemblée Nationale. Chez En Marche ! on serine tous les jours depuis mercredi la même réponse aux journalistes : « ce n’est qu’une voix de plus ». Il reste que pour beaucoup d’électeurs d’Emmanuel Macron le seul nom de Manuel Valls constitue un repoussoir.
EN MARCHE, FILIALE DU PS !
Surtout celui qui il y a un an à Amiens annonçait la création de son mouvement en assurant vouloir refonder la politique en dehors du traditionnel clivage droite-gauche se retrouve être une filiale de la Rue de Solferino avec du personnel qui provient en grande partie de cellules du PS, avec l’imprimeur du PS et avec les éléphants du PS. La bulle Macron qui a notamment gonflé sur le rejet du hollandisme davantage que sur les affaires de la Droite se trouve donc au bord de l’éclatement. D’autant que ses premiers soutiens, les patrons du CAC 40, commencent à avoir des doutes sur le sérieux, la faisabilité et le chiffrage de son programme économique.
A cela s’ajoute un élément sociologique important. La plupart des sondeurs s’attendent à une abstention record le 23 avril. De l’ordre de 35 à 38 %. Ce qui est exceptionnel pour un premier tour d’élection présidentielle. Cette abstention serait principalement le fait des plus jeunes qui sont notamment les plus enclins à voter soit pour Macron, soit pour Marine Le Pen. Alors que les électorats de Fillon, Hamon ou Mélenchon sont beaucoup moins volatils Si cette abstention se confirmait, cela pourrait déjouer les pronostics d’un grand nombre de sondeurs.
CES TENORS QUI PREVOIENT LE PIRE
Les proches de François Fillon continuent d’affirmer que la campagne est très dure à mener. D’abord parce que les déplacements sont pollués par des concerts de casseroles que les télévisions diffusent abondamment. Ensuite, parce que la mise en examen de Penelope Fillon, cette semaine, a « remis des pièces » dans la machine médiatique des affaires. Enfin parce que les principaux soutiens de poids de l’ex-Premier Ministre de Nicolas Sarkozy sont peu nombreux à se mobiliser vraiment derrière leur champion.
Par ailleurs il y a les bruits de fond, et les rumeurs de la ville. L’une assure que Nicolas Sarkozy pronostique la victoire de Marine Le Pen à moins qu’il ne s’agisse de « wishful thinking » de manière à ce que le chaos créé à droite ne soit une des conditions rêvées par lui pour revenir. L’autre assure que Jean-Louis Borloo, qui parle à tout le monde, y compris à François Hollande, fait exactement le même pronostic. En fait, tous s’inscrivent dans le scénario d’une défaite assurée de François Fillon dés le premier tour qui ouvrirait la porte à un second tour Macron-Le Pen. Avec ensuite l’éclatement du fameux ni-ni et le vote d’une grande partie de la droite « bien élevée » pour la leader du Front National par colère de s’être fait voler cette élection.
UN TROU DE SOURIS POUR FILLON
François Fillon, lui, garde un moral intact. Il est convaincu qu’il existe plus qu’un trou de souris pour que l’on assiste le 23 avril au résultat le plus surprenant de toutes les présidentielles de la cinquième république. Sans doute se convint-il en partie avec l’aide des études quotidiennes faites par la société canadienne Filteris à partir du big data et à l’aide d’algorithmes. Les derniers chiffres communiqués par celle-ci, vendredi matin, attribuaient au député de Paris 22,44 % des voix contre 23,56 % pour Marine Le Pen et 21,24 % pour Emmanuel Macron (en nette baisse par rapport à la semaine précédente).
Le gros point noir du moment pour François Fillon, c’est la nette percée dans les sondages de Nicolas Dupont-Aignan qui flirte maintenant avec les 5 %. Cette progression s’est faite sans que cela nuise au champion de la droite. Sans doute prend-il quelques voix à une Marine Le Pen outrancière et qui fait peur avec ses propos en matière de politique étrangère ou d’économie. Mais si ce phénomène continue au détriment du fameux vote utile, Dupont-Aignan pourrait être à Fillon ce que Taubira a été à Jospin en 2002.
PREMIERE ETAPE DU BREXIT : LE 29 AVRIL
Au chapitre économique l’événement de la semaine a été le déclenchement officiel de l’article 50 du Traité de Lisbonne par Theresa May afin de mettre en œuvre le Brexit. Dans sa lettre, la dirigeante écrit que Londres et l’Union à vingt-sept s’accommoderaient du fait qu’il n’y ait pas d’accord, bien que ce ne soit pas le résultat recherché. Elle appelle donc à travailler dur pour éviter cette éventualité. A Bruxelles aussi, la machine à négocier le divorce d’avec Londres est désormais lancée, pour réussir ce Brexit.
Donald Tusk a envoyé dès vendredi aux 27 États membres ses propositions de guidelines, les priorités que l’UE aura à cœur de défendre dans le cadre du divorce. S’ensuivra une série de réunions préparatoires au sommet du 29 avril, durant lequel les dirigeants de l’Union devront les endosser collectivement. Comme ils le répètent depuis maintenant des mois, ils voudront préserver leur marché commun, son espace de 500 millions de consommateurs et ses quatre libertés de circulation (des marchandises, des services, des capitaux et des personnes). Pas question d’autoriser Londres à y accéder si le Royaume-Uni réclame de reprendre le contrôle des migrants et de se soustraire aux arrêts de la Cour de justice de l’UE.
CROISSANCE AMERICAINE DECEVANTE
Les Européens réclameront également que Londres s’acquitte de toutes ses obligations au titre du budget de l’UE. Des sommes colossales circulent à Bruxelles : l’ardoise britannique pourrait atteindre 60 milliards d’euros selon des calculs défendus par la Commission. Dans la liste des priorités figurera également la nécessité de protéger les droits sociaux des plus de 3 millions d’Européens vivant au Royaume-Uni, celle de préserver les accords de paix de Belfast, le retour d’une frontière avec la République d’Irlande menaçant la stabilité politique retrouvée en Irlande du Nord.
En matière de conjoncture, le produit intérieur brut américain a crû de 2,1 % entre octobre et décembre en rythme annualisé et en données corrigées des variations saisonnières, au lieu de 1,9 %, selon la précédente estimation. C’est un peu au-dessus de la prévision de 2 % des analystes. Sur l’ensemble de l’année 2016, la croissance a été maintenue à 1,6 % seulement, contre 2,6 % en 2015, le rythme d’expansion le plus faible depuis 2011. La révision en hausse du quatrième trimestre a été portée par l’allant des consommateurs, dont les dépenses ont augmenté de 3,5 %, au lieu de 3 % dans la précédente estimation, faite à la fin de février, ainsi qu’au troisième trimestre. Autre bonne nouvelle, les investissements des entreprises dans les structures ont moins baissé qu’initialement prévu (– 1,9 % au lieu de – 4,5 %).
BLOCAGE DU DEAL LSE-DEUTCHE BORSE
A la fin de l’année, les acteurs économiques avaient noté un attentisme avec la fin d’une campagne électorale très disputée et pleine d’incertitudes, suivie d’une période de transition avant l’investiture du nouveau président républicain. Les exportations ont fléchi de 4,5 %, davantage que précédemment estimé (– 4 %). Les importations sont en hausse de 9 %, contre + 8,5 % estimés auparavant. Au total, le déficit commercial, bête noire de l’administration Trump, a pesé sur le rythme de croissance de la première économie mondiale à hauteur de 1,82 point, la plus mauvaise performance depuis douze ans. La progression des dépenses publiques a été plus faible que prévu (+ 0,2 %), avec un recul de 1,2 % des dépenses de l’État fédéral.
En matière de business le fait marquant a été le blocage du rapprochement entre Deutsche Börse et London Stock Exchange à l’initiative de la Commission de Bruxelles. Les parties n’ayant pas proposé les mesures correctives nécessaires pour lever les craintes en matière de concurrence, la Commission a décidé d’interdire la concentration. Mais c’est surtout le Brexit qui a tué ce deal il y a neuf mois. Tout cela à cause des débats sur le fameux « passeport » européen, dispositif qui permet de vendre un produit financier dans l’ensemble de l’UE après l’approbation d’un seul des régulateurs nationaux. Avec cette fusion, les Britanniques auraient gardé la tutelle de la supervision européenne, et notamment allemande. Ce qui dans cette situation de Brexit est plus qu’incongru.
BEAU SUCCES POUR EDF
De son coté, EDF a annoncé avoir bouclé avec succès une augmentation de capital de 4 milliards d’euros, dont 3 milliards souscrits par l’État français, son principal actionnaire, afin de renforcer sa situation financière. La demande pour le milliard d’euros proposé aux investisseurs, hors État français, a atteint environ 1,9 milliard d’euros, soit 186 % du montant proposé. A l’issue de l’opération, la participation de l’État dans le groupe énergétique est ramenée de 85,6 % à 83,10 %, ce qui se traduit par un élargissement du flottant. Le groupe a affirmé que cette recapitalisation servirait principalement à financer ses opérations de développement sur la période 2017-2020 et à renforcer sa flexibilité financière, dans le cadre d’un plan d’économies, d’amélioration de la performance et de renforcement des fonds propres.
Enfin, le titre du groupe Flo, exploitant de grandes brasseries parisiennes et de la chaîne Hippopotamus a gagné plus de 40 % en séance vendredi matin. Ce décollage spectaculaire résulte de l'annonce jeudi soir d'une offre de reprise par Groupe Bertrand. Ce dernier est connu pour ses brasseries telles que Lipp ou son salon de thé Angelina, ses enseignes Bert's (restauration rapide haut de gamme), Au Bureau (bar-brasserie) et Café Leffe, et bien plus encore comme franchisé exclusif de Burger King en France. Groupe Bertrand apparaît donc, plus que jamais, comme le consolidateur du marché français de la restauration commerciale.
S'agissant de Groupe Flo, sa reprise n'est toutefois pas encore bouclée. Le communiqué publié jeudi soir ne fait d'ailleurs pas état d'une négociation exclusive et encore moins d'un protocole d'accord. Et si ce même communiqué ne le mentionne pas non plus, deux autres candidats ont manifesté leur intérêt pour une reprise globale de Groupe Flo, à savoir Butler Capital Partners, actionnaire principal de Groupe Flo entre 2003 et 2005, et la société d'investissement Verdoso. Pour autant, Groupe Bertrand bénéficierait, selon nos informations, d'une espèce d'accord de principe des créanciers, sachant que la dette de Groupe Flo, dépasse légèrement 70 millions d'euros, ainsi que des actionnaires contrôlant l'entreprise depuis 2005. Pour mémoire, Groupe Flo est détenu à hauteur de 70 % environ par Financière Flo, un consortium d'investisseurs réunissant Compagnie Nationale à Portefeuille (groupe Albert Frère), Ackermans & van Haaren, et Tikehau Capital.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
ÉDITORIAUX

