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Macron, président dès ce soir ?
par Yves de Kerdrel

Tous les sondages - même après l'attentat de jeudi soir - placent Emmanuel Macron en tête du quarteron de candidats susceptibles de franchir le premier tour. Si tel est le cas le leader d’En Marche ! est assuré d’être élu Président de la République le 7 mai prochain.

23/04/2017 - 07:54 Temps Lecture 14 mn.

Dans cette fin de campagne mouvementée et tristement endeuillée par l’assassinat d’un policier, jeudi soir, sur les Champs Elysées, il n’y a qu’une chose de certaine, c’est que tous les sondages sont à l’unisson plaçant tous Emmanuel Macron en tête des intentions de vote du premier tour. Selon les instituts son score de ce soir s’étagerait entre 22 et 24 %. De facto, et quel que soit son adversaire pour le second tour le leader d’En Marche ! serait ainsi assuré d’être élu Président de la République le dimanche 7 mai prochain. Y compris face à une Marine Le Pen qui n’a jamais récolté plus de 6,8 millions de voix et qui devrait en récolter 4 millions supplémentaires pour essayer « de renverser la table ».

A deux jours du premier tour (avec une enquête réalisée avant la fusillade du 20 avril sur les Champs-Elysées), Emmanuel Macron obtient 24% (stable) des intentions de vote exprimées par les personnes interrogées par Elabe pour BFMTV et L’Express. Il devance Marine Le Pen, en baisse de 1,5 point par rapport à la mesure des 16 et 17 avril, à 21,5%. La candidate du Front national est talonnée de près par François Fillon qui obtient 20% (+0,5) et Jean-Luc Mélenchon à 19,5% (+1,5). Quant à Benoît Hamon, il enregistre son plus mauvais score depuis sa victoire à la primaire de la « Belle alliance populaire » organisée en janvier par le Parti socialiste et ses alliés. Crédité de seulement 7% des intentions de vote, il perd un point par rapport à une précédente enquête réalisée les 16 et 17 avril. D’autres sondages présentés hier matin aux leaders d’opinion – et dont la loi nous interdit de donner les chiffres – font apparaître une chute d’Emmanuel Macron après l’attentat de jeudi soir et une forte remontée de Marine Le Pen.

LE SUJET DES MARGES D’ERREUR

La sûreté des choix exprimés atteint désormais un niveau assez élevé : 77% (+4) des personnes interrogées exprimant une intention de vote dans la perspective du premier tour se disent désormais sûres de leur choix, 23% pouvant encore changer d’avis. Notons enfin que la proportion d’inscrits se disant désormais tout à fait certain d’aller voter (note 10 sur une échelle de probabilité allant de 0 à 10) progresse de 3 points par rapport à la semaine dernière et atteint son plus haut niveau depuis le début de la campagne électorale (71%). Sachant que 12% des répondants se placent sur la note 9, et sont par conséquent quasi-certains d‘aller voter, la participation au premier tour de l’élection présidentielle pourrait désormais s’approcher de celle enregistrée en 2012 (79,5%).

Bien sûr les trois autres candidats y croient toujours en se rabattant soit sur les marges d’erreur des sondages (entre 1 et 2,5 % selon les méthodes utilisées), soit sur les études de big data réalisées notamment par la société canadienne Filteris (qui place François Fillon en tête devant Marine Le Pen, suivie par Jean-Luc Mélenchon et enfin par Emmanuel Macron), soit sur les effets inquantifiables du dramatique attentat qui s’est produit jeudi soir sur les Champs-Elysées. Si aucun candidat ne s’est abaissé à la tentation de faire de la récupération politique, il est clair que ce climat de peur profite davantage à François Fillon et à Marine Le Pen qu’à Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon.

ENCORE 6 MILLIONS D’INDECIS

Il reste également deux inconnues fortes mises en avant par une étude du Cevipof publiée mardi dernier par le journal Le Monde. D’une part il s’agit du niveau des indécis (28 %). Cela représente environ 6 millions de voix dont personne ne sait aujourd’hui sur la tête de qui elles vont atterrir. D’autant plus que 67 % des français affirment ne pas se laisser influencer par les sondages pour leur choix. D’autre part il s’agit du niveau de l’abstention. Seul le sondage Elabe mentionné plus haut est optimiste sur l’abstention. Les autres études la placent plutôt autour de 27 à 28 %. Ce qui serait comparable à 2002 où le résultat du premier tour avait produit la surprise que l’on connaît avec l’élimination de Lionel Jospin et la qualification de Jean-Marie Le Pen.

S’agissant du second tour, là encore les sondeurs sont unanimes sur les résultats quelles que soient les six hypothèses testées. C’est Emmanuel Macron qui ressort en tête quel que soit sont adversaire s’il atteint le second tour. Si l’incertitude est très forte quant à l’offre de second tour, quelques enseignements peuvent être tirés de ces multiples hypothèses : D’abord le taux de personnes ne souhaitant pas exprimer d’intentions de vote est très élevé dans chacune des hypothèses (20% à 35% selon la configuration). Ensuite, quel que soit son adversaire, si Emmanuel Macron atteint le second tour, il serait en tête des intentions de vote exprimées. Enfin quel que soit son adversaire, si Marine Le Pen atteint le second tour, elle serait systématiquement battue.

LE FMI TRES OPTIMISTE

Toute la question qui agitera les esprits dés demain en cas de défaite de François Fillon sera l’état de la droite. Certaines personnalités, déjà en marge, des Républicains pourraient vite basculer vers le Front National. Mais il y aura aussi bataille pour prendre la présidence du parti tenue depuis fin novembre par François Fillon. Y aura-t-il alors un Yalta entre Laurent Wauquiez très tenté par le parti et François Baroin plus motivé par la bataille des législatives ? C’est toute la question. Et naturellement la personnalité la plus visitée et consultée depuis quelques jours est Nicolas Sarkozy qui pousse les uns ou retiens les autres.

Au chapitre économique le fait majeur de la semaine écoulée a été la traditionnelle publication de printemps des perspectives mondiales dressées par le FMI. Dans ses dernières prévisions le Fonds monétaire international s’autorise pour une fois un peu d’optimisme : la croissance mondiale, prédit-il, devrait accélérer à 3,5 % en 2017 après 3,1 % en 2016, sur fond de reprise de l’investissement, de la production et du commerce. Le Fonds rehausse ainsi son scénario de 0,1 point de pourcentage, comparé à ses prévisions de janvier. Un progrès modeste mais pas anecdotique. Depuis la crise financière de 2008, ses réévaluations ont presque toujours eu lieu dans un seul sens : à la baisse. De surcroit, en 2018, la croissance devrait encore légèrement rebondir, à + 3,6 %.

LE PMI FRANÇAIS AU PLUS HAUT

Du côté des économies avancées, aux Etats-Unis, les promesses du nouveau président Donald Trump en faveur d’un plan de relance dans les infrastructures et d’une baisse de la fiscalité ont euphorisé les Bourses. Bien dosée, la dépense publique pourrait permettre au produit intérieur brut américain de croître de 2,3 % en 2017 (contre 1,6 % en 2016). En Europe, l’économie britannique n’a pas fléchi sous l’effet du Brexit, en dépit de pronostics alarmistes. La croissance du Royaume-Uni est attendue à + 2 % pour 2017. La zone euro voit, elle aussi, ses prévisions légèrement revues à la hausse (avec une croissance attendue à 1,7 % en 2017) tout comme la France (1,4 %). Les pays de l’union monétaire devraient notamment bénéficier d’un euro plus faible, de politiques budgétaires moins restrictives et des retombées de la relance américaine.

A cela il faut ajouter la publication de l’indice PMI pour la France, qui s’établit à son plus haut niveau depuis six ans. L'indice composite de l'activité globale s'est ainsi redressé à 57,4, en avril contre 56,8 en mars, un plus haut de près de six ans pour l'Hexagone. Et, alors que l'indice composite masque parfois des écarts de performance entre les différents secteurs d'activité, l'amélioration est cette fois-ci généralisée: l'indice a ainsi progressé dans les services, à 57,7 mais aussi pour la production manufacturière à 56 et l'industrie, à 55,1. Une amélioration qui résulte notamment du renforcement de la demande client, qui a permis de soutenir l'emploi et le volume d'affaires en cours, selon les directeurs d'achats interrogés. Qui sont également très positifs pour les mois à venir, anticipant une hausse de l'activité, soutenue par la faiblesse de l'euro, dans une conjoncture plus favorable à l'issue de la période électorale.

COUP DE FORCE D’ARNAUD LAGARDERE

Dans un autre rapport sur la stabilité financière, présenté mercredi, le Fonds monétaire international tire en revanche la sonnette d’alarme concernant le démantèlement des régulations adoptées après la crise financière de 2008. Ce message s’adresse notamment aux dirigeants américains car Donald Trump désire démanteler la loi Dodd-Frank, adoptée en 2010 pour mieux réguler la finance. Vendredi, il a demandé au Trésor américain de réexaminer deux grandes sections du texte. Et il n’est pas exclu qu’après le Brexit, le Royaume-Uni allège les contraintes pesant sur ses banques, afin que celles-ci conservent un avantage concurrentiel.

Du coté du business, l’activité est réduite au strict minimum. Il reste que la semaine a été marquée par le retour en force d’Arnaud Lagardère à la tête d’Europe 1 à la suite de la publication des derniers chiffres d’audience de Médiamétrie plaçant la station de la rue François 1 er derrière RMC. Ce qui est un désaveu pour Denis Olivennes dont le fils de Jean-Luc Lagardère souhaite le départ, activé par Jean-Pierre Elkabbach. Du coup le trouble est au maximum chez Lagardère Active. D’autant que l’inquiétude se nourrit aussi du déménagement prévu pour 2018 : la station va quitter son immeuble près des Champs-Elysées pour être rapproché – d’un point de vue physique et opérationnel – du Journal du dimanche, soumis comme tout le pôle presse (Elle, Paris Match…) à un sévère plan d’économies, avec de nombreux départs à la clé.

OBSTACLES POUR BOLLORE EN ITALIE

Dans les passes d’armes à l’intérieur du groupe Lagardère, l’irruption d’un nouvel acteur n’a échappé à personne : Vincent Bolloré. Fait inhabituel, Lagardère a précisé dans son communiqué que la décision de conforter Jean-Pierre Elkabbach comme conseiller s’est prise en accord avec le président du conseil de surveillance de Vivendi. Les groupes Bolloré et Lagardère ont toujours entretenu de bonnes relations, depuis l’époque du fondateur Jean-Luc Lagardère. Cette relation a perduré entre son fils Arnaud Lagardère et Vincent Bolloré, qui sont voisins dans le quartier de la villa Montmorency, à Paris. Lagardère et Vivendi se sont rapprochés en 2013, quand le premier a cédé au second sa participation de 20 % dans Canal+. Cette vente a marqué la fin d’un différend qui durait depuis 2007 et que l’arrivée de Vincent Bolloré chez Vivendi a contribué à régler.

Pour l’heure Vincent Bolloré est surtout focalisé sur le front italien. Selon l’autorité de régulation des médias et télécoms italiens, en montant brusquement au capital du groupe de communication Mediaset à hauteur de 28,8 %, fin 2016, alors qu’il était déjà l’actionnaire de référence de Telecom Italia, le groupe français Vivendi, dont l’homme d’affaires breton est le premier actionnaire, a enfreint la loi Gasparri, qui interdit à une entreprise d’être présente de façon significative dans les deux secteurs. En vertu de cette décision, rendue publique dans la soirée de mardi, Vivendi a un an pour céder le contrôle de Telecom Italia ou descendre sous la barre des 10 % de Mediaset, et devra faire savoir dans les deux mois comment il compte y parvenir, sous peine de s’acquitter d’une amende représentant 2 % à 5 % de son chiffre d’affaires.

VERS UN DEPART DU PATRON DE LAFARGEHOLCIM

Même si Bolloré a le choix du groupe dans lequel il souhaite se désengager, en réalité une seule option semble s’offrir à lui : celle d’un retrait partiel ou total de Mediaset. En effet, Vivendi a investi 3,9 milliards d’euros dans Telecom Italia pour détenir 23,9 % du capital au 31 décembre, et s’exposerait en cas de revente à une importante moins-value. Même si les analystes considèrent cette participation comme provisoire et purement opportuniste, il est donc improbable que Vivendi se désengage à court terme. On prête à Vincent Bolloré le rêve de monnayer sa participation dans l’opérateur historique italien contre une entrée dans le capital du français Orange.

Enfin, selon le site internet du Figaro, le groupe LafargeHolcim pourrait annoncer dans les jours qui viennent, et vraisemblablement dès demain, le départ de son patron exécutif Éric Olsen. La décision serait prise ce lundi à l'occasion d'un conseil d'administration du groupe, de nouveau convoqué en début de semaine alors qu'il s'est déjà réuni, par téléphone, jeudi dernier en fin de journée.

Ces réunions menées à un rythme intense à la tête du groupe franco-suisse, constitué par la fusion de Lafarge et Holcim en 2015, ont été consacrées à l'examen des soupçons de financement de Daech qui pèsent sur l'ex-Lafarge. La révélation de cette affaire l'an dernier a conduit le conseil d'administration de LafargeHolcim, et en particulier son comité d'audit présidé par Gérard Lamarche, représentant du groupe belge GBL à déclencher ses propres investigations. L'enquête a été confiée aux cabinets d'avocats Baker & McKenzie et Darrois. A l’heure qu’il est le départ d'Eric Olsen, qui s'est expliqué à plusieurs reprises devant le conseil, est donc en négociation. La situation devrait ainsi se dénouer en amont de l'assemble générale du groupe, prévue le 3 mai.

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