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Yves de Kerdrel
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Pour Macron « les ennuis commencent » ce soir
par Yves de Kerdrel
C’est dimanche 14 mai qu’Emmanuel Macron sera investi avec comme premier ministre intérimaire Richard Ferrand, François Bayrou ou Gérard Collomb. Mais il n’ignore pas les difficultés qui l’attendent après une élection qui se fera principalement par défaut.
« C’est maintenant que les ennuis commencent » avait déclaré Léon Blum alors qu’on lui apprenait qu’il devait former un gouvernement dans le cadre du Front Populaire, en 1936. Le grand homme de gauche ne s’était pas trompé, tant cette expérience a été pénible pour le pays, difficile sur le plan économique, très courte, avant de se terminer dans les préparatifs de l’affrontement avec l’Allemagne nazie. Le contexte n’est peut-être pas aussi dramatique. Mais une fois éteints les lampions, ce soir, de la grande fête qui sera donnée par les macronistes sur l’Esplanade des Tuileries pour fêter l’élection de leur champion, c’est ce que ce le président élu aura à l’esprit.
Bien sûr, dans un premier temps, il faudra tirer la leçon de ce second tour qui pourrait se conclure par une victoire du leader d’En Marche à hauteur de 62 à 63 %. Ce pourcentage aurait pu être plus faible, mais la nullité et l’agressivité ridicules de Marine Le Pen ont sans doute convaincu – heureusement – quelques mélenchonistes ou fillonistes déçus de ne pas glisser un bulletin Marine Le Pen dans l’urne par simple sentiment de colère. Il reste, et Emmanuel Macron en est parfaitement conscient qu’il sera, de tous les présidents de la cinquième République celui le plus élu par défaut. Avec un taux d’abstention probable de l’ordre de 75 %, un score de 62 % et un taux d’adhésion estimé par Ipsos pour le Cevipof à 49 %, cela signifiera que moins de 19 % des inscrits auront souhaité sa victoire.
QUEL CHOIX POUR MATIGNON ?
Dans un premier temps, il va lui falloir trouver un premier ministre. Il avait un moment laissé entendre qu’il ferait connaître son nom avant le scrutin de dimanche, puis avant la passation de pouvoirs. Et vendredi matin, il a déclaré sur Europe 1 que si son choix était fait, il ne le communiquerait qu’après l’investiture prévue pour le dimanche 14 mai. A l’heure qu’il est le plus probable est qu’il nomme un premier ministre de transition qui mènera la campagne pour les législatives. Il a essayé de convaincre Jean-Yves Le Drian en mars dernier, mais en vain. Le nom de Jean-Louis Borloo revient en force depuis son interview fracassante de dimanche dernier. Il pourrait surtout faire appel à deux fidèles, Gérard Collomb, le Maire de Lyon, et Richard Ferrand, secrétaire général d'En Marche. Par ailleurs, selon les informations de WanSquare, il s’est montré très insistant auprès de Xavier Bertrand, qui jusqu’ici a refusé de le prendre au téléphone, et de Valérie Pécresse avec qui il a parlé à plusieurs reprises.
Sa difficulté à trouver la personne idoine montre les limites de son souhait de renouveler la vie politique. Initialement il avait rêvé d’un profil comme celui de Pascal Lamy ou de Christine Lagarde. Mais tous les deux ne sont pas formatés pour mener une campagne pour les élections législatives et tenter de constituer une majorité. D’où sa nécessité de trouver une personnalité ayant à la fois une expérience ministérielle, une autorité auprès de candidats à la députation, et une absence de marquage Parti Socialiste. Pour beaucoup il est évident que François Bayrou a un droit de priorité pour ce poste. Mais Emmanuel Macron a appris à connaître le personnage et sait qu’il pose plus de problèmes qu’il n’en résout.
QUEL ETAT-MAJOR POUR L’ELYSEE ?
Dans un premier temps, il lui faut surtout constituer son propre état-major de l’Elysée. Le nom d’Alexis Kohler, ancien de Bercy, revient avec insistance pour occuper la fonction de Secrétaire Général de l’Elysée. Celui de Julien Denormandie, son ancien plus proche collaborateur au Ministère de l’Economie, pourrait faire figure de Secrétaire général adjoint (poste qu’Emmanuel Macron a occupé). A la communication, il est possible qu’il demande à Gaspard Gantzer, qui est issu de la même promotion de l’Ena que lui, d’assurer la transition. Quant à son cabinet il devrait être dirigé par Sophie Ferracci, la femme de son ami Marc Ferracci professeur à Science-Po et la belle-fille de Pierre Ferracci, patron du cabinet d’expertise comptable Secafi-Alpha.
Dés lundi, Emmanuel Macron devrait participer avec François Hollande à la cérémonie du 8 mai sous l’Arc de Triomphe. Ce qui sera pour l’actuel Chef de l’Etat un soulagement. Ce soir il a décidé de réunir tous ses ministres à l’Elysée pour attendre les résultats avant d’appeler lui-même Emmanuel Macron afin de lui communiquer les premières estimations et le féliciter. Ce sera, d’une certaine manière un pot de départ pour le Chef de l’Etat avec ses proches. Le seul, dans cette équipe à faire une triste mine, sera Bernard Cazeneuve qui n’a jamais caché son inimitié avec Emmanuel Macron et qui a d’ores et déjà prévu de rejoindre le cabinet d’avocats August & Debouzy où il a travaillé il y a quelques années. Non sans avoir fait monter les enchères par des discussions avec Gide.
UN PROJET DE DROITE EDULCORE
A droite, la dislocation continue de s’opérer à petit feu, même si François Baroin a été officiellement désigné pour mener le combat de son camp aux législatives des 11 et 18 juin prochain. Ce combat devrait se faire sur la base d’un nouveau projet de gouvernement qu’Eric Woerth est en train de réécrire et qui pourrait être très différent du projet de François de Fillon. Il s’agira, notamment dans le domaine social (travail, assurance-maladie, indemnités chômage, retraite,…) d’un programme très édulcoré. Mais le premier sondage réalisé par Opinion Way et la société SLPV analytics pour Les Echos ne laisse espérer que 200 à 210 sièges pour Les Républicains et le Centre. Ce qui serait largement insuffisant pour prétendre à une cohabitation (la majorité absolue étant de 285 sièges)
Selon ce même sondage réalisé pour les circonscriptions métropolitaines hors Corse (soit 535 sièges sur 577), En Marche parviendrait lors des législatives des 11 et 18 juin prochains à se hisser en tête des forces politiques à l'Assemblée nationale, avec 249 à 286 sièges. La droite et le centre (LR et UDI) recueilleraient donc 200 à 210 sièges - soit le niveau actuel. Le FN pourrait constituer un groupe, avec 15 à 25 députés. Quant au PS, avec 28 à 43 sièges, il serait laminé, écrasé par En Marche. Le Front de gauche obtiendrait 6 à 8 députés. Dans l'hypothèse basse, En Marche ! serait le groupe principal, ce qui est suffisant pour essayer de constituer une majorité. La question, c'est comment et avec qui ?
LE TROISIEME TOUR SOCIAL EN VUE
Pour revenir à la fameuse phrase de Léon Blum, Emmanuel Macron a bien compris qu’il n’aurait pas d’état de grâce. Surtout compte tenu de son premier projet qui consiste, dés le début de l’été à faire passer par ordonnances, une dérèglementation du code du travail, souhaitée par tous les milieux patronaux. Mais cela réveillera aussitôt les ardeurs des mélenchonistes aussi bien que des Le Penistes qui, alliés à une CGT (dont les cadres ont été priés de ne pas partir en vacances), se livreront à un violent troisième tour social. Même si dés le 15 mai il entreprendra des discussions sur ce sujet avec l’ensemble des partenaires sociaux, comme la loi l’y oblige.
Au chapitre économique, la conjoncture continue d’envoyer des signaux positifs. La croissance est restée solide au premier trimestre 2017 dans la zone euro, confrontée à un avenir incertain avec les élections en France et le Brexit . Elle s’est établie à 0,5 %, exactement comme au quatrième trimestre de 2016, selon une première estimation de l’Office européen des statistiques, Eurostat. Ce chiffre est conforme aux attentes des analystes interrogés par le fournisseur de services financiers Factset. En comparaison avec le premier trimestre 2016, le produit intérieur brut (PIB) corrigé des variations saisonnières a enregistré une hausse de 1,7 % sur les trois premiers mois de 2017, dans les 19 pays ayant adopté la monnaie unique.
INVESTISSEMENTS EN HAUSSE EN FRANCE
Dans les 28 pays de l’Union européenne, la croissance économique a quelque peu ralenti au premier trimestre, s’établissant à 0,4 %, contre 0,6 % au dernier trimestre 2016. En comparaison avec le premier trimestre de l’an dernier, la croissance de l’UE s’est établie à 1,9 % sur les trois premiers mois de 2017. Dans ses prévisions d’hiver, publiées le 13 février dernier, la Commission européenne tablait sur une croissance de la zone euro de 1,6 % en 2017 et 1,8 % en 2018, après 1,7 % en 2016. Dans ses prévisions du 18 avril dernier, le FMI tablait, quant à lui, sur une croissance de la zone euro en 2017 à 1,7 %.
S’agissant de la France, les chefs d'entreprise de l'industrie manufacturière ont légèrement revu leur anticipation à la hausse. Ils tablent désormais sur une augmentation de leurs dépenses d'investissement de 6 % en 2017, contre + 5 % en janvier. La hausse est particulièrement forte dans le secteur des biens d'équipement (+ 27 %). D'ordinaire, ces anticipations restent stables à cette époque de l'année. Un signe supplémentaire de l'état d'esprit plutôt positif qui règne chez les chefs d'entreprise. En avril, la confiance des patrons français de l'industrie était au plus haut depuis juin 2011, selon l'Insee.
VICTOIRE DE BOLLORE EN ITALIE
Cette révision à la hausse des intentions d'investissement intervient également alors que le dispositif de suramortissement a officiellement pris fin en avril. Une échéance qui faisait craindre à beaucoup un affaissement des projets des uns et des autres. L'amélioration de l'état d'esprit des dirigeants du secteur commence au contraire à se retrouver dans les chiffres. Après un début de quinquennat marqué par une avalanche de plans sociaux, le solde des annonces d'ouverture et de fermeture d'usines a été nul l'an dernier en France. Et ce pour la première fois depuis 2009, selon l'observatoire de l'investissement Trendeo. Au premier trimestre, l'industrie manufacturière française a également vu le nombre de défaillances d'entreprise reculer de 4,4 %, a indiqué jeudi Altares. Bref, de plus en plus d'indicateurs passent au vert.
Du coté du business, l’événement de la semaine est la victoire de Vivendi dans sa bataille pour la prise de contrôle de Telecom Italia. Le groupe français Vivendi a obtenu jeudi les deux tiers des sièges du conseil d'administration de Telecom Italia. La liste de dix candidats présentée par Vivendi, qui détient 23,94 % de l'opérateur, a obtenu 49,372 % des votes lors de l'assemblée générale des actionnaires de Tim réunie à Rozzano, près de Milan, dans le nord de l'Italie. La liste de cinq candidats d'Assogestioni -une association représentant la majeure partie des sociétés gérant l'épargne en Italie- a également été validée, avec 49,0053 % des votes. Le nouveau conseil compte 15 membres au lieu de 17 précédemment. C’est naturellement une victoire stratégique pour Vincent Bolloré qui met la main sur un groupe deux fois plus gros que Vivendi. C’est aussi une victoire tactique pour Arnaud de Puyfontaine qui pourrait devenir le président de Telecom Italia.
GROSSE INTERROGATION SUR ZODIAC
Toute la question est maintenant de savoir ce que Vincent Bolloré va faire de cette victoire stratégique. Sa priorité est de poursuivre le redressement des comptes de Telecom Italia, de manière à ce que le groupe soit un pourvoyeur de cash-flow et de dividendes pour Vivendi. Cette nouvelle position va changer les rapports de forces face à Mediaset et à une partie de l’establishment italien. Et puis surtout, Vincent Bolloré va redevenir un interlocuteur incontournable pour Stéphane Richard, chez Orange. A un moment où la situation se retourne chez Canal + tant au niveau des chiffres que de l’image, comme en témoigne le recrutement annoncé de Yves Calvi pour la saison prochaine.
L’autre sujet du moment reste l’avenir de Zodiac, après les mauvais résultats du premier semestre 2016-2017. Olivier Zarrouati a donc remis son mandat de Président du Directoire de Zodiac Aerospace à la disposition du Conseil de surveillance. Il restera à son poste le temps nécessaire, afin notamment de poursuivre et de mener à leur terme, le cas échéant, les discussions en cours avec Safran. Des discussions que la famille Peugeot veut sauver. D’où le choix de Yann Delabrière pour éventuellement succéder à Olivier Zarrouati. Dans l’hypothèse – assez forte aujourd’hui - où les négociations avec Safran n’aboutiraient pas à un accord, la mission de Delabrière portera sur le développement du plan « stand alone » du groupe Zodiac et de toute question intéressant la mise en place de la gouvernance opérationnelle la plus efficace pour le futur.
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Éditorial / Macron, président virtuel d'une France à cran
30/04/2017 - 08:30

