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Yves de Kerdrel
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Macron en bonne voie pour avoir une majorité
par Yves de Kerdrel
Le Président de la République a pris ses marques ce week-end au sommet de l’Otan et au G7 de Taormine. Il bénéficie toujours d’un véritable état de grâce qui devrait lui permettre de gagner facilement les élections législatives face à une droite décomposée.
Le gouvernement constitué il y a une dizaine de jours par Édouard Philippe est déjà au travail. Pas une journée n’a été perdue. Sur le front militaire, où Emmanuel Macron entend bien assumer la totalité de ses fonctions de chef des armées, une visite a été rendue à Gao au Sahel en présence de Sylvie Goulard et du ministre (bis) de la défense, Jean Yves Le Drian en présence, naturellement du Général de Villiers, le Chef d’État Major des Armées dont le mandat arrive bientôt à échéance et qui devrait être prolongé.
Déçu de ne pas avoir pu garder l’Hôtel de Brienne, Jean Yves Le Drian qui est tout de même doté d’un beau portefeuille au Quai d’Orsay a vu ses attributions précisées dans un décret du Premier ministre publié ce jeudi 25 mai. Et elles sont extrêmement larges ! En plus des deux casquettes comprises dans l'intitulé de son ministère, il obtient explicitement les portefeuilles du Commerce extérieur et du Tourisme. Au titre du développement international de la France qu'il est chargé de mettre en œuvre, et en l'absence de tout autre ministre concerné, l'ex-ministre de la Défense sera également personnellement chargé de la Francophonie, du co-développement ou encore des Français de l’Étranger.
PREMIERES DISCUSSIONS SOCIALES
La semaine écoulée, fût-elle raccourcie par le Pont de l’Ascension, a été marquée par les premières rencontres avec les partenaires sociaux. Rien n’a été laissé au hasard. Puisque c’est le Chef de l’État lui-même qui a mené mardi ce premier round de pourparlers, cornaqué seulement son conseiller social, Pierre-André Imbert, ancien proche de Raymond Soubie passé par le cabinet de Michel Sapin, puis celui de François Rebsamen, et de Myriam El-Khomri avant d’être promu à l’inspection général des finances. Autre signal important, c’est Laurent Berger, le patron de la CFDT qui a été reçu en premier. Le lendemain les mêmes ont été reçus par Édouard Philippe à Matignon, toujours en compagnie de Pierre-André Imbert afin d’assurer la fluidité de la communication.
Ce qu’il faut retenir de ces premiers entretiens, c’est que le Chef de l’État comme son Premier Ministre ont confirmé vouloir aller vite sans toutefois passer en force – c’est-à-dire sans rédiger les ordonnances pendant que les français sont à la plage. Le deuxième point c’est qu’il semble y avoir une ligne rouge à ne pas franchir, c’est le plafonnement des indemnités prudhommales auquel même les plus modérés sont opposés. Enfin sur les autres sujets, il semble y avoir des marges de négociation avec la CFDT, qui devrait permettre d’installer la fameuse inversion de la hiérarchie des normes qui donne la priorité aux négociations dans l’entreprise, et de mettre en œuvre la fusion des instances représentatives du personnel.
VERS UNE REMONTEE DE L’EURO
Du côté de Bercy, rien de nouveau, comme si Bruno Le Maire et Gérald Darmanin avaient un peu de mal à trouver leurs marques dans ce gouvernement. Le premier s’est rendu à Berlin pour rencontrer son homologue afin d’échanger sur les moyens de renforcer la zone euro. Il s’agissait aussi de poursuivre la discussion de la semaine passée entre Emmanuel Macron et Angela Merkel. Selon nos informations, les deux chefs d’état seraient tombés d’accord pour faire en sorte que le niveau de l’euro face au dollar soit relevé. Ce qui passerait par une hausse des taux de la BCE plus rapide que prévu. En contrepartie l’Europe mettrait en place un grand plan de relance des infrastructures.
La nomination qui continue d’inquiéter le plus est celle de Nicolas Hulot, dont chacun connaît les postions anti-nucléaires. Pour l’heure il ne fait que répéter le programme d’Emmanuel Macron : c’est-à-dire faire en sorte que le nucléaire ne représente plus que 50 % de notre mix énergétique en 2025. Ce qui n’engage pas à grand chose, et ce qui ne signifie même pas la fermeture du moindre réacteur. De fait l’action EDF a pu regagner un peu plus de 3 % sur la semaine écoulée, mais la capitalisation boursière du groupe continue de faire pitié à 26 milliards d’euros (dont 85 % détenus par l’état).
SONDAGES FAVORABLES POUR LA MAJORITE PRESIDENTIELLE
A droite, c’est peu de dire que la campagne pour les élections législatives ne passionne guère de monde. Laurent Wauquiez multiplie les meetings avec comme seul but la présidence du parti en octobre prochain. François Baroin mouille la chemise, de manière à ce que la droite fasse le meilleur score possible. Mais en dehors de Xavier Bertrand qui fait preuve de loyauté absolue, il reste très seul. Et beaucoup de militants de droite reprochent à cette équipe d’avoir renoncé au programme de François Fillon. Il reste que l’affaire Ferrand, relatée par le Canard Enchainé, qui pourrait être suivie par une affaire Bayrou, pourrait peser in extremis sur les résultats du premier tour le 11 juin prochain.
Pour l’heure, les candidats présentés par l'alliance électorale la République En Marche-Modem profitent toujours de la dynamique présidentielle en vue des élections législatives. Selon un sondage Ifop-Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio, le mouvement pro-Macron bénéficie pleinement de la victoire d'Emmanuel Macron et marche vers le scrutin des 11 et 18 juin avec des projections très positives. En effet, le sondage prévoit que pas moins de 31 % des électeurs se portent sur les candidats de la majorité présidentielle, là où, au premier tour de la présidentielle, Emmanuel Macron n'avait recueilli que 24 % des voix. Le raz de marée "En Marche" serait tel que, selon nos informations, même Manuel Valls serait battu à Evry.
RETOUR SUR LE COUP DE BLUFF DE BAYROU
Un sondage Elabe pour BFMTV publié un peu plus tard dans la journée donnait lui l'alliance entre la République En Marche et le MoDem en tête avec 33% des intentions de vote. S'il est difficile d'y voir très clair au milieu de ce paysage politique en pleine recomposition, les chiffres du passé nous permettent d'anticiper de belles projections pour les néo-députés. Ainsi, en 2012, le PS, fort de la victoire de François Hollande, avait obtenu 29 % des suffrages, au premier tour des élections législatives, et s'était ainsi constitué une majorité absolue, grâce aux seuls députés PS. Les augures sont donc excellents, mais, du fait d'un scrutin connu pour renforcer les particularismes locaux et sujet aux soubresauts de type quadrangulaire et triangulaire, la certitude d'une majorité absolue pour la REM est encore à relativiser, à trois semaines du scrutin.
On commence à en savoir un peu plus sur le coup de gueule de Bayrou et les discussions homériques avec Jean-Pierre Delevoye, chargé des investitures. Toute l'histoire a commencé fin avril dernier. Alors que La République en marche vient d'annoncer la liste de ses candidats pour les élections législatives. Problème pour François Bayrou qui s'est allié à Emmanuel Macron, il estime que son parti le MoDem n'est pas assez représenté. C'est alors que pour contenter celui qui deviendra le futur ministre de la Justice, des arrangements se mettent en place pour rattraper le coup. Les premières victimes de ces arrangements sont les candidats de La République en marche qui ne cachent pas leur mécontentement. Après le coup de sang de Bayrou, la commission d'investiture d'En Marche s'est écrasée. Jean Arthuis a affirmé s’en être expliqué avec François Bayrou qui n’a pas renié le caractère sordide de l'opération.
L’ACTIVITE RESTE SOUTENUE EN FRANCE
Au chapitre économique il faut noter quelques indicateurs sympathiques pour la France avec le fameux tableau de bord de l’attractivité publié chaque année par E&Y qui fait apparaître que les projets d’investissements étrangers en France ont augmenté de 30 % l’an passé, notamment en raison du Brexit. A cela s’ajoute la dernière livraison de l’indice composite IHS Markit qui se redresse de 56,6 en avril à 57,6 en mai ; ce qui constitue un niveau record pour notre économie. La progression de l'activité du secteur privé français s'accompagne d'une 11ème hausse mensuelle consécutive du volume global des nouvelles affaires en mai. Le niveau élevé de la demande incite les entreprises à renforcer leurs effectifs. Comme en témoigne la récente amélioration des chiffres du chômage.
A l’international, le fait marquant c’est que l’agence de notation américaine Moody’s a dégradé, mercredi dernier, la note de crédit de la dette souveraine chinoise, pour la première fois depuis 1989. Celle-ci est abaissée de Aa3 à A1, avec une perspective stable. Selon Moody’s, la solidité financière de la Chine va quelque peu s’éroder au cours des années qui viennent, alors que la deuxième économie mondiale est confrontée, en même temps, au ralentissement de sa croissance et à l’explosion de sa dette. Pékin a immédiatement protesté contre une décision jugée inopportune. Il faut dire que la dette souveraine du pays est très largement détenue par des investisseurs domestiques, le plus souvent publics ou semi-publics. Une situation qui la met relativement à l’abri des turbulences financières. Les marchés ont d’ailleurs peu réagi, à l’exception de la Bourse de Shanghai qui s’est immédiatement repliée.
NOUVELLE TENTATIVE POUR ZODIAC ET SAFRAN
Du côté du business il apparaît que le mariage entre Safran et Zodiac n’est pas mort. Puisque mercredi dernier les cours des deux équipementiers aéronautiques ont été suspendus juste après l’ouverture, à leur demande. Les groupes ont annoncé dans la journée les nouvelles modalités de leur rapprochement, approuvées par leur conseil d’administration respectif. Deux changements majeurs ont été apportés par rapport à la transaction initiale annoncée le 19 janvier. Le prix d’abord. En janvier, Safran avait proposé de racheter Zodiac sur la base de 29,47 euros par action. Le prix révisé est désormais de 25 euros par action Zodiac pour la partie en cash. La part en titres affiche une parité qui fait ressortir, aux cours actuels, une valorisation de 24 euros par action Zodiac. Cela correspond à une baisse de plus de 15 % par rapport à l’offre initiale.
La structure de l’offre a aussi été aménagée. En janvier, Safran avait mis en place un processus complexe, passant par une OPA suivie d’une fusion, pour permettre aux familles propriétaires de bénéficier des avantages fiscaux du pacte Dutreil. Ce dispositif avait suscité la colère du fonds TCI, actionnaire à hauteur de 4 % de Safran. Il s’agit maintenant d’une offre mixte, avec deux tiers en cash et un tiers en titres. L’assemblée générale de Safran devrait se prononcer le 15 juin sur cette opération. Ces révisions sont la conséquence des déboires subis par le fabricant de sièges d’avion ces derniers mois. Zodiac Aerospace attend désormais un résultat opérationnel courant en forte baisse par rapport aux prévisions sur lesquelles avait été fondée l’offre initiale.
HOMMAGE A JEAN-PAUL CHIFFLET
Enfin il nous faut rendre hommage ici à l’ancien directeur général de Crédit Agricole SA, Jean-Paul Chifflet qui est décédé brutalement, le jeudi de l’Ascension à l'âge de 67 ans. Selon le Dauphiné libéré, Jean-Paul Chifflet est tombé de son tracteur autoporté jeudi matin alors qu'il tondait sa pelouse, à Saint-Jean-de-Muzols (Ardèche). Les sapeurs-pompiers ont vainement tenté de le réanimer, ajoute le journal régional sur son site internet. Né le 3 septembre 1949 à Tournon-sur-Rhône, Jean-Paul Chifflet était volontiers présenté comme un « pur produit » des caisses régionales du crédit Agricole et un fin connaisseur des rouages de l'assurance. D'abord magasinier dans une usine d'Annonay (Ardèche), il était entré dans l'univers de la banque verte en 1973, et a progressivement gravi les échelons dans différentes caisses du quart sud-est de la France, avant de devenir directeur des relations avec les caisses régionales à la Caisse nationale de Crédit Agricole, puis directeur général du Crédit Agricole Centre-Est.
Il avait achevé sa carrière en tant que secrétaire général de la Fédération nationale du Crédit Agricole (2016-2010), puis directeur général de Crédit Agricole SA, la structure cotée du groupe (2010-2015). Il avait notamment conduit le recentrage sur la banque de particuliers d'un Crédit agricole très éprouvé par la crise financière et la déconfiture de sa filiale grecque Emporiki. Il était encore présent mercredi à l'assemblée générale de Crédit Agricole SA, selon un porte-parole. Jean-Paul Chifflet avait été pendant un an président de la Fédération bancaire française, en 2012-13.
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14/05/2017 - 07:43

