WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Une chambre introuvable pour Macron
par Yves de Kerdrel

Sauf surprise de dernière minute, le premier tour des législatives devrait faire ce soir de la La République En Marche la première force politique du pays. Mais la Droite pourrait ne pas être laminée et toute la question va être de voir comment elle se repositionne.

11/06/2017 - 07:02 Temps Lecture 14 mn.

Pour l’heure tout réussit à Emmanuel Macron. En tous cas, tout se passe comme il l’avait prévu. Il a dores et déjà redonné à la fonction présidentielle la dimension qu’elle avait perdue avec François Hollande et Nicolas Sarkozy. Les premières discussions avec les partenaires sociaux sur les projets d’ordonnances liées à la réforme du droit du travail se passent sans anicroche. Et les ministres de droite et du centre qu’il a débauchés afin de semer la division dans leur camp font preuve d’un zèle presqu’excessif dans la défense de l’action gouvernementale.

Il reste que tout se passe à l’Elysée, à la différence de l’époque où Manuel Valls était premier ministre. Emmanuel Macron ne veut rien laisser au hasard et contrôle tout, même s’il a une immense confiance en une seule personne : Alexis Kölher le secrétaire général de l’Elysée. Qu’il s’agisse des nominations, y compris d’officiers généraux dans l’armée, ou des membres de cabinets ministériels, le Président a l’œil sur tout, car il a retenu des deux premières années du quinquennat Hollande que l’enfer se cache dans les détails.

UNE MACHINE DE POUVOIR

Le fonctionnement même de l’Elysée s’en trouve totalement modifié. S’il a maintenu le traditionnel déjeuner du lundi avec le Premier Ministre, le Chef de l’Etat s’efforce de rendre le Palais de l’Elysée totalement hermétique. Les journalistes n’ont plus la possibilité d’aller voir tel ou tel conseiller. Le premier étage a été totalement dévolu au seul Président et à son secrétaire général. Il n’y a pas de visiteur du soir ni de rendez-vous dominicaux. Il entend faire en sorte que le siège de l’exécutif ne soit plus un lieu d’intrigues, mais une machine de pouvoir.

Cela commence d’ailleurs à faire grincer des dents auprès de certains collaborateurs de la première heure qui se retrouvent aujourd’hui marginalisés. C’est aussi ce qui lui vaut des commentaires peu flatteurs de certains socialistes ou « hollandais » historiques qui se retrouvent aujourd’hui pour la plupart mis au ban du pouvoir, comme Bernard Cazeneuve ou Manuel Valls. Le seul à avoir échappé à ce sort fatal est Jean-Pierre Jouyet qui va devenir ambassadeur de France à Londres à un moment décisif pour les relations avec la Grande-Bretagne. Mais cela tient aux relations très anciennes et fusionnelles entre l’ancien patron de l’inspection des finances et le jeune inspecteur qu’a été Emmanuel Macron.

LES SOCIALISTES LAMINES CE SOIR

Selon le sondage hebdomadaire LégiTrack réalisé par OpinionWay-ORPI pour Les Echos et Radio classique, le mouvement fondé par Emmanuel Macron a consolidé, à la veille du premier tour des législatives, sa première place dans les intentions de vote. En progression de 1 point sur la dernière semaine, il recueillerait 30 % des voix au premier tour, loin devant les autres partis : LR serait à 21 %, le FN à 18 %, la France insoumise à 12 % et le PS à 7 %. La projection en termes de siège donne une large majorité à LREM au Palais-Bourbon, avec une fourchette comprise entre 370 et 400 sièges, en hausse également par rapport aux semaines précédentes.

Si Les républicains semblent en mesure de sauver la mise avec un groupe parlementaire estimé entre 120 et 150 députés, la Berezina se profile pour les autres partis. Crédité de 8 à 18 députés, le FN, dont la candidate était pourtant finaliste de la présidentielle, n'est pas certain d'obtenir un groupe (15 élus). Le PS devrait voir le sien réduit à la portion congrue (entre 15 et 25 députés). De son côté, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon (12 à 22 députés) n'a pas non plus la certitude d'obtenir un groupe parlementaires et les moyens qui vont de pair. Si ces prévisions se confirment le 18 juin, Emmanuel Macron aura les coudées franches pour mettre en oeuvre ses réformes, à commencer par celle du droit du travail. Mais il devra aussi gérer un afflux de députés inexpérimentés à l'Assemblée nationale.

RIFIFI CHEZ LES REPUBLICAINS

C’est une chose d’obtenir une « chambre introuvable » comme le Général de Gaulle en a eu une en 1958 puis en 1968. Ce sera une autre chose de la gérer, de trouver les personnalités idoines pour présider les commissions, pour prendre le perchoir, et surtout pour occuper la présidence du groupe LREM, composé pour partie de socialistes recyclés et pour partie de nouveaux élus. Il sera également intéressant de voir si, comme l’avait fait Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, accepte de laisser la Commission des Finances dans les mains de l’opposition.

Pour l’heure, à droite, les ambitions personnelles commencent à se dévoiler pour l’après-législatives. Car la prochaine échéance c’est un congrès du parti Les Républicains qui sera sans doute convoqué en octobre avec l’élection d’un nouveau Président. Laurent Wauquiez est parti le premier et a d’ores et déjà obtenu, cette semaine, le soutien du mouvement Sens Commun. Mais beaucoup, à droite évoquent le risque, s’il gagnait, de voir le parti se transformer en clan radicalisé. C’est pourquoi la plupart des ténors poussent la candidature de Xavier Bertrand qui pourrait annoncer ses intentions dés le dimanche 18 juin au soir. Tout dépendra sans doute aussi pour lui, de la manière, dont il aura réussi à maintenir ou non une éventuelle percée du Front National dans son fief des Hauts de France.

XAVIER BERTRAND SOUTENU PAR LES BARONS

L’ancien président, Nicolas Sarkozy, soutient naturellement Laurent Wauquiez. Pas tant par conviction que par souhait de voir Les Républicains s’enfoncer dans une nouvelle crise. Ces intrigues n’ont pas échappé aux barons du parti, notamment Valérie Pécresse, Eric Woerth, François Baroin ou Jean-François Copé qui devraient tous soutenir largement la candidature de Xavier Bertrand qui a su préserver son image dans la dure bataille des présidentielles et du soutien ou non à François Fillon.

En matière d’économie, la principale actualité de la semaine est le changement de tonalité au sein de la Banque Centrale Européenne. Réuni jeudi à Tallinn, la capitale estonienne, le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a subtilement modifié sa communication. L’institut monétaire a, en effet, indiqué qu’il conserverait ses taux au niveau actuel pendant une période prolongée. Mais, contrairement à ses précédents communiqués, il a ôté toute référence à une possible baisse. Le principal taux directeur, qui détermine le loyer de l’argent, ne passera donc pas sous la barre de 0 %, tandis que le taux dépôt, aujourd’hui à – 0,4 %, ne plongera pas plus loin en territoire négatif.

LA BCE MARQUE LA FIN DE LA BAISSE DES TAUX

Cela signifie que l’institution est plus optimiste sur l’activité économique. Mario Draghi, son président, a salué la dynamique plus forte de la croissance européenne, ajoutant que le risque de déflation a disparu. Prenant acte de cette embellie, les économistes de la BCE ont revu leurs prévisions à la hausse. Pour 2017, ils tablent désormais sur une croissance de 1,9 % dans la zone euro (contre 1,8 % estimé en mars), puis de 1,8 % en 2018 (1,7 %) et 1,7 % en 2019 (1,6 %). Quant à l’inflation, elle, n’est toujours pas au rendez-vous. En avril, elle est en effet ressortie à 1,4 %, loin de la cible de 2 % que s’est fixée la BCE. L’institut de Francfort juge désormais qu’elle ne devrait guère dépasser 1,5 % cette année et 1,3 % l’an prochain, contre 1,7 % et 1,6 % estimé précédemment.

Mais ce n’est pas tout. A 9,3 %, le taux de chômage de l’union monétaire est encore trop élevé pour que les salaires commencent à remonter – or, la hausse des rémunérations est le principal moteur de l’inflation. En outre, une bonne partie des emplois créés sont de faible qualité, selon Mario Draghi. Il faudra donc attendre de longs mois avant d’observer des pressions haussières sur les salaires. Dans ces conditions, la BCE juge bon de poursuivre son programme de rachats de dettes publiques et privées (60 milliards d’euros par mois), au moins jusqu’à décembre. Tout en se gardant le droit d’en augmenter le volume si besoin. Selon plusieurs experts interrogés par nos soins, la BCE devrait désormais laisser passer l’été et attendre sa réunion de rentrée, le 7 septembre, pour évoquer de nouveau sa stratégie future.

PERIODE D'INCERTITUDE A LONDRES

Elus et responsables européens craignaient vendredi de voir les négociations sur le Brexit capoter après la surprise des élections législatives britanniques, qui ont vu les conservateurs de Theresa May perdre leur majorité absolue au Parlement. L'Union européenne espérait débuter formellement ces discussions dès le 19 juin, mais l'échec de Theresa May dans ces élections, pourtant convoquées de manière anticipées afin d'obtenir une majorité renforcée pour négocier le Brexit, plonge Londres et Bruxelles dans l'incertitude.

Le Royaume-Uni est supposé quitter l'Union européenne fin mars 2019, soit deux ans après le lancement officiel de la procédure de sortie par Theresa May, le 29 mars de cette année. Le négociateur en chef de l'UE sur le Brexit, Michel Barnier, a déjà affirmé que l'Union Européenne était prête à attendre que le Royaume-Uni soit prêt avant de débuter les négociations. Maintenant que les conservateurs ont perdu leur majorité absolue – qu’ils voulaient renforcer – à l’occasion de ce scrutin, il y a un danger à ce que les négociations menées par Bruxelles avec un partenaire affaibli soient de mauvaises qualités.

BOMPARD INTRONISE CHEZ CARREFOUR

Sur le plan du business, l’événement de la semaine est naturellement l’annonce de la nomination, vendredi, d’Alexandre Bompard à la tête de Carrefour. Une réunion du conseil d’administration de Carrefour a entériné son arrivée, vendredi dans la matinée, après une ultime réunion du comité des nominations, jeudi soir. Approché par ce comité au premier trimestre, Alexandre Bompard avait repoussé les discussions formelles après la tenue de l’assemblée générale de la Fnac, afin d’avancer dans la construction du nouveau groupe issu de la fusion avec Darty.

Tout s’est ensuite accéléré. Alexandre Bompard a rencontré à plusieurs reprises les principaux actionnaires de Carrefour (Bernard Arnault possède 8,74 % du capital, la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette, en détient 11,51 %, et l’homme d’affaires brésilien Abilio Diniz 7,86 %), afin de s’assurer qu’il aurait les mains libres pour mener à bien sa stratégie. Lors du week-end de Pentecôte, il leur a finalement fait savoir qu’il acceptait le job. Ce qui explique toutes les fuites dans la presse au cours de la semaine écoulée.

UNE ASSEMBLEE DE SOLOCAL HOULEUSE MARDI

A son arrivée, en juillet, il va d’abord peaufiner son projet stratégique durant une phase de reconnaissance du groupe, comme il l’a fait pendant six mois lors de sa prise de fonctions à la Fnac. Il devrait ainsi multiplier les rencontres sur le terrain, afin d’affiner ses convictions et de constituer sa nouvelle garde rapprochée. Durant ses premières années de mandat, Georges Plassat avait remis en marche un groupe laissé dans un piteux état par Lars Olofsson, en remobilisant les équipes sur le terrain, développant les différents formats de magasins dans le monde, et lançant de nombreux chantiers logistiques. Mais en redonnant le pouvoir aux hommes de terrain et aux directeurs de magasins, il a perdu l’agilité des prises de décisions, indispensable dans un secteur en pleine mutation.

Le constat des actionnaires, c’est qu’un travail de réorganisation de la structure et des processus de décision semble indispensable. Or, c’est justement ce qu’avait réussi à faire Alexandre Bompard lors de son arrivée à la Fnac. D’autant que, chez Carrefour, l’adaptation à l’essor du commerce numérique aura des répercussions sur l’ensemble du fonctionnement de l’entreprise. Parmi les chantiers prioritaires il y a le sort des hypermarchés – 1 503 magasins dans le monde –, dont le modèle ne séduit plus. En France, leur chiffre d’affaires recule depuis le quatrième trimestre 2015, et la baisse s’est accélérée au premier trimestre 2017 (– 1,6 %). L’offre de produits non alimentaires y est attaquée par le commerce en ligne et les chaînes de magasins de bazar. Quant à l’alimentaire, il est concurrencé par l’essor rapide des distributeurs de produits bio et le repositionnement d’anciens hard-discounters.

Enfin mardi prochain a lieu l’assemblée générale annuelle de Solocal, d’autant plus attendue après la démission surprise du directeur général, Jean-Pierre Rémy, champion de la destruction de valeur. Les actionnaires individuels ont réuni suffisamment de voix pour déposer plusieurs résolutions. La première vise la révocation du Président non exécutif, Robert de Metz, également chairman de Dexia. La seconde vise la révocation de Cécile Moulard qui vit aux Etats-Unis et ne participe pas ou peu aux réunions du conseil tout en percevant 60.000 euros de jetons de présence. Par ailleurs Proxinvest entend interroger les dirigeants sur une convention réglementée non soumise à l’approbation des actionnaires et concernant le versement d’un montant significatif à une association dissidente d’actionnaires dirigée par quelqu’un qui est aujourd’hui administrateur.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / L’affaire Ferrand n’affecte pas l’état de grâce présidentiel

04/06/2017 - 07:41

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Macron en bonne voie pour avoir une majorité

28/05/2017 - 07:02