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Macron face aux premiers choix budgétaires
par Yves de Kerdrel

Les sages de la Cour des Comptes devraient remettre en fin de semaine leur audit des finances publiques qui fera apparaître une dérive de 10 à 15 milliards d’euros du déficit. Avec à la clé des décisions urgentes et difficiles à prendre pour le Chef de l’Etat.

25/06/2017 - 07:45 Temps Lecture 14 mn.

Contrairement à ce qui était prévu par la plupart des instituts de sondage, le second tour des législatives de dimanche dernier a largement corrigé le premier tour. Et du fait il n’a pas été question de tsunami ou de déferlante même si le mouvement la République En Marche s’est assuré une majorité absolue à l’Assemblée nationale, sans même avoir besoin du soutien du Modem. De la même manière contrairement aux prévisions des sondeurs, Les Républicains ont obtenu bien plus de sièges qu’attendu, ave le sauvetage notamment de personnalités comme Eric Woerth mises en difficulté au premier tour. Tout cela témoigne de la part des français d’une volonté de rééquilibrage.

Comme cela a été annoncé dés le lendemain, c’est Richard Ferrand qui va présider le groupe majoritaire à l’Assemblée. Une manière élégante pour Emmanuel Macron de l’exfiltrer du gouvernement. Même si au passage, il a fait fi des usages républicains qui veulent que ce soient les députés qui choisissent leur chef de groupe. Or les députés En Marche se réunissent tout ce week-end dans des annexes de l’Assemblée Nationale pour un séminaire d’apprentissage. Il va être question autant de technique parlementaire, que d’élire les principales personnalités qui occuperont les postes décisifs dans la nouvelle assemblée.

WOERTH A LA COMMISSION DES FINANCES ?

Comme nous étions les premiers à l’évoquer la semaine passée, c’est bien François de Rugy ex-candidat à la primaire socialiste, rallié ensuite à En Marche qui tient la corde pour accéder au perchoir avec toujours comme binôme sa consoeur Barbara Pompili. Il a fait acte de candidature directement auprès d’Emmanuel Macron et s’est beaucoup activé cette semaine à l’Elysée afin qu’il n’y ait pas de changement de dernière minute dans le sillage du remaniement ministériel. Les présidences de commissions sont également à pourvoir, en dehors de la Commission des Finances que l’opposition devrait conserver. Avec à la clé un match entre son actuel titulaire Gilles Carrez et Eric Woerth qui souhaiterait le remplacer.

Mais l’événement de la semaine a été la constitution du gouvernement Philippe 2. Au lieu d’un simple remaniement technique, cette nouvelle équipe gouvernementale a fait l’objet d’un remaniement en profondeur. A cause du départ plus ou moins forcé des élus du Modem, Sylvie Goulard, Marielle de Sarnez et François Bayrou. C’est la Ministre aux Armées qui a provoqué ce grand tohu-bohu en annonçant mardi matin son départ, à la surprise générale, son nom ayant été cité dans l’enquête préliminaire concernant les attachés parlementaires du Modem. Selon nos informations, elle aurait averti Emmanuel Macron de ses intentions il y a deux semaines. Mais le Chef de l’Etat lui avait demandé de patienter jusqu’au lendemain du second tour des législatives. De source militaire, il se dit également qu’elle se trouvait peu à l’aise dans ses nouvelles fonctions, dans la mesure où les états-majors demandent urgemment le déblocage de 2,7 milliards d’euros de crédits. Ce qui paraît difficile compte tenu de la dérive des comptes publics.

UNE DECLARATION DE POLITIQUE GENERALE ATTENDUE

De fait le gouvernement Philippe 2 compte moins de poids lourds, plus d’experts et plus de très proches d’Emmanuel Macron qui sont nommés secrétaires d’état sans affectation. C’est le cas de Benjamin Griveaux, obscur conseiller technique de DSK il y a une quinzaine d’années, qui se retrouve aujourd’hui secrétaire d’état à Bercy où sa mission sera de cornaquer les deux ministres de droite et de faire la courroie de transmission avec l’Elysée. Les deux seuls ministres importants à rester en place sont Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay où il continue de s’occuper largement de questions militaires et Muriel Pénicaud au Travail. Même si sur cette dernière il y a quelques interrogations dans la mesure où ses anciens bureaux de Business France ont été perquisitionnés mardi dans l’affaire de l’attribution d’un marché à Havas.

Mardi, l’assemblée nationale vivra l’ouverture d’une nouvelle législature avec un discours inaugural prononcé par le doyen d’âge, Bernard Brochand, ex publicitaire. Ensuite il sera procédé à l’élection du président de l’assemblée et du bureau. Puis le prochain rendez-vous important devrait être le mardi 4 juillet avec le discours de politique générale d’Edouard Philippe et le vote de confiance qui suivra. Vote de confiance qui permettra de mesurer l’attitude des socialistes, plutôt décidés à voter contre, celle des Républicains et notamment parmi eux, celle du groupe des Constructifs monté cette semaine par Thierry Solère pour venir en appui d’Edouard Philippe.

UNE LOI TRAVAIL QUI VA LOIN

Ensuite le parlement devrait être vite saisi de deux textes. Le premier annoncé par François Bayrou lorsqu’il était encore Garde des Sceaux concernant la moralisation de la vie politique. Le second étant la loi d’habilitation de manière à réformer le code du travail par ordonnances. Ce texte est parti pour relecture et avis cette semaine au Conseil d’Etat. Nous avons pu y avoir accès. Et il va plus loin sur deux ou trois domaines que ce qui avait été évoqué. Il est notamment question de la création de CDI de projets valables le temps de la réalisation de chantiers. Il est aussi clairement question du primat donné aux accords d’entreprises sur les accords de branche. Enfin il est question d’élargir les conditions des licenciements économiques aux groupes étrangers implantés en France. Une mesure qui figurait dans la loi El Khomri et qui avait été repoussée à la demande des partenaires sociaux.

Là aussi, sur ce texte il sera très intéressant de voir de quelle manière voteront les députés Républicains. Pour l’heure non seulement le groupe parlementaire est en cours d’explosion. Et ce n’est pas fini car il est question de la création d’un troisième sous-groupe constitué à l’instigation d’Hervé Morin, ennemi juré de Jean-Christophe Lagarde de l’UDI. Mais surtout les tensions internes montent dans la perspective du congrès de l’automne et de la désignation d’un nouveau président. Si Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand n’ont pas encore officiellement fait acte de candidature, dans la mesure où le premier qui se dévoile se met en position de faiblesse, les manœuvres grondent avec de surcroit un Nicolas Sarkozy qui pousse largement Laurent Wauquiez à prendre le parti contre la volonté des ténors que sont Copé, Woerth, Bertrand ou Pécresse.

LA CROISSANCE AU FIRMAMENT

Au chapitre économique, l’actualité principale de la semaine a été l’annonce d’une croissance de 0,5 % du PIB français au cours du premier trimestre, selon les calculs de l’Insee. L’activité économique se révèle donc bien meilleure que prévu. Ce chiffre avait déjà été revu à la hausse en mai lors de la publication de la deuxième estimation du PIB des trois premiers mois de l'année : l'Insee, qui anticipait à l'origine une croissance de 0,3%, l'avait relevé de 0,1 point à 0,4%. Et ce, grâce à une meilleure tenue de l'investissement des entreprises. Cette révision à la hausse rend un peu plus crédible la prévision d'une croissance de 1,6 % défendue par l'Insee dans sa dernière note de conjoncture, publiée cette semaine. Et ce même si les statisticiens n'ont pas relevé l'acquis de croissance à la fin du premier trimestre (c'est-à-dire le niveau que le PIB atteindrait si l'activité était stable d'ici au 31 décembre). Il est toujours estimé à 0,9 point.

Si la croissance s'avère un peu plus forte que prévue, pour autant l'amélioration de la situation économique de l'Hexagone n'est pas la même pour tout le monde. Les dépenses de consommation des ménages marquent le pas au premier trimestre et est d'ailleurs légèrement révisée à la baisse par l'Insee. Désormais, les statisticiens publics estime qu'après avoir augmenté de 0,6 % fin 2016, elle a stagné au cours des trois premiers mois de l'année et non pas augmenté de 0,1 % comme annoncé lors de la deuxième estimation du PIB. Il est vrai que les ménages ont vu la légère remontée de leur revenu disponible annulée par l'accélération de l'inflation. De ce fait, le pouvoir d'achat des ménages est quasiment stable. Mesuré par unité de consommation pour le ramener à un niveau individuel, il est stable pour le deuxième trimestre consécutif.

L’INVESTISSEMENT EN NETTE HAUSSE

Dans le même temps, l'accélération de l'investissement est confirmé (+1,2 % après +0,7 %), principalement grâce à celui des entreprises (+1,9 %), qui a ponctuellement bénéficié ces derniers mois de plusieurs mesures incitatives dont l'arrivée à échéance en avril dernier du dispositif de sur-amortissement fiscal des investissements productifs. Pour autant la situation financière ce ces dernières reste fragile. Leur taux de marge est quasiment stable car la remontée des prix de l'énergie n'est pas compensée par la hausse constatée des prix. Au total, la demande intérieure finale hors stocks ralentit légèrement : elle contribue pour 0,4 point à la croissance du PIB, après +0,6 point le trimestre précédent.

L'avenir se présente donc sous des jours plutôt ensoleillés pour l'économie française même si, l'investissement, qui est le principal soutient de la croissance devrait légèrement ralentir. Les dernières enquêtes de conjonctures sont en effet bien orientées. Ainsi, toujours selon l'Insee, le climat des affaires est au plus haut depuis six ans, tandis que le moral des ménages flirte depuis le début du printemps à des niveaux inconnus depuis 10 ans. Laissant augurer une poursuite de l'amélioration de la situation. De même, sur le front de l'emploi, la tendance est bien orientée. Quelque 284.000 emplois salariés ont ainsi été créés en rythme annuel à la fin du premier trimestre 2017.

VIVENDI-HAVAS ENFIN PRET

Du coté du business, les opérations sont au point mort, en dehors du rapprochement annoncé entre Havas et Vivendi, deux groupes qui ont le même actionnaire en la personne de Vincent Bolloré. C'est le 5 juillet qu'Havas et Vivendi espèrent obtenir les derniers feux verts réglementaires ouvrant la voie au rapprochement entre le groupe de média et le groupe de publicité. Il ne manque plus que l'accord des commissions antitrust aux Etats-Unis et en Russie pour que les choses soient finalisées et que Vivendi ait la possibilité de racheter les 60 % que le groupe Bolloré possède dans Havas.

Du côté de Bruxelles, en revanche, l'accord est donné. L'opération, qui prendra la forme d'une OPA simplifiée, permettra aux actionnaires minoritaires de revendre leur part à 9,25 euros par action, ce qui valorise Havas à 3,881 milliards d'euros et fait ressortir une prime de 8,8 %. Yannick Bolloré estime à 10 % de la valeur d'Havas le montant minimum des synergies possibles entre les deux groupes, les évaluant ainsi à 390 millions d'euros. Mais en réalité, la création de valeur devrait être selon lui beaucoup plus importante. Havas entend aider Vivendi à mieux monétiser ses contenus. Autres pistes de synergies : nouer des accords avec Dailymotion, mais aussi avec Snapchat ou Instagram et Canal+ pour diffuser des contenus, dont ces plates-formes digitales auraient la seule exclusivité.

BNP PARIBAS REPROFILE SA BANQUE DE DETAIL

Dans un second temps, un plus large schéma se profile. Sous la houlette d'un Yannick Bolloré qui a vocation à remplacer son père à la tête de Vivendi, Havas jouera un rôle de chef d'orchestre en définissant les grandes lignes stratégiques de ce qui s'esquisse comme une gigantesque agence de publicité au service des marques, grâce à des contenus d'entertainment (jeux vidéo, musique, séries, cinéma, sport, info...). Des contenus monétisés, non seulement auprès des consommateurs grâce à leur créativité... mais aussi auprès des annonceurs.

De son côté BNP Paribas s’apprête à lancer une vaste refonte de son activité de banque de détail en France. Le groupe prépare en effet depuis plusieurs mois la suppression d’un niveau de pilotage de son réseau. Les détails de ce projet ont été présentés aux organisations syndicales jeudi. Cette nouvelle organisation se traduira par la suppression de 640 postes d’ici à fin 2020, alors que la banque de détail de BNP Paribas emploie près de 29 000 salariés en France. Aucun licenciement n’est prévu, l’établissement misant sur les départs naturels, essentiellement les départs à la retraite, pour absorber cette baisse d’effectifs. Cette annonce intervient alors que le groupe a annoncé en interne au mois de mars qu’il prévoyait la fermeture de 200 agences d’ici à 2020.

Par ailleurs Le fabricant de pneumatiques Michelin a annoncé, jeudi également, une réorganisation mondiale, qui se traduira par la suppression de 1 500 emplois en France d’ici à 2021, et de 450 postes aux Etats-Unis. La firme hexagonale promet qu’il n’y aura pas de départs contraints dans les deux pays. Michelin dit vouloir mettre en place un plan de préretraites volontaires à Clermont-Ferrand, sa base historique. L’entreprise ne remplacera qu’une partie des départs en retraite, en France comme aux Etats-Unis. Le groupe promet d’implanter à Clermont-Ferrand et en France des activités nouvelles, qui seraient créatrices d’emplois, dont 250 à très haute qualification, en lien avec les matériaux de haute technologie ou encore le digital.

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