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Yves de Kerdrel
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Jupiter fait tomber la foudre
par Yves de Kerdrel
La semaine passée nous évoquions les premiers couacs présidentiels. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces couacs se sont multipliés tout au long de la semaine. Avec notamment une séquence budgétaire et fiscale absolument incroyable. Puisqu’après qu’Edouard Philippe a annoncé le report des baisses d’impôt dans sa déclaration de politique générale - lue et relue par Emmanuel Macron et Alexis Kohler - il a fallu attendre cinq jours pour que l’Elysée décide de remettre à plat le programme fiscal. La suppression de l’ISF, transformée en un impôt sur la fortune immobilière (avec à la clé une baisse de 3 milliards d’euros) prendra effet en 2018. La taxation du capital sera allégée dès l’an prochain et les baisses de cotisations salariales également. Malgré tout cette année, seule la hausse de la CSG de 1,7 % sera mise en œuvre.
Le principal problème, qui n’est toujours pas réglé, au grand dam du Medef c’est la question de la transformation du CICE en baisses de charges patronales. Pour les salaires au niveau du SMIC, cette transformation devrait se faire en totale neutralité fiscale. Ce qui ne sera pas le cas pour les salaires représentant plus de 2 fois le SMIC. Avec à la clé un manque à gagner de l’ordre de 6 à 8 milliards d’euros pour l’ensemble des entreprises françaises. De quoi inquiéter sérieusement la plupart des sociétés moyennes ou grandes qui utilisent du personnel
PSYCHODRAME DANS LES ARMÉES
A noter que tout s’est joué entre l’Elysée et Matignon, même si c’est Bercy qui a été chargé de faire les annonces. Ce qui montre bien le peu de pouvoir laissé à Bruno Le Maire et à Gérald Darmanin. De fait, le ministre de l’économie utilise son poste comme celui d’un ministère de la parole avec la volonté de se poser en réformateur. C’est la raison pour laquelle il a multiplié les interventions sur la nécessaire réduction des dépenses publiques.
L’autre couac monumental a résidé dans le coup de rabot budgétaire de 850 millions d’euros imposé aux Armées contrairement à toutes les assurances données depuis deux mois par Emmanuel Macron. Cela a naturellement entraîné un coup de gueule du Général de Villiers lors d’une audition devant la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale, composée majoritairement de députés En Marche totalement incultes en matière de défense nationale. Un coup de gueule très mal vécu par le Président Jupitérien qui a fait tomber la foudre jeudi 13 juillet au soir lors de la Garden Party de la Ministre des armées. Comme le Général de Villiers avait déjà eu des discussions houleuses avec le Chef de l’Etat avant de voir son mandat prolongé d’un an par un arrêté signé le 30 juin, mais publié le 12 juillet au Journal Officiel, cela n’a pas eu de conséquences dommageables. Alors que la plupart des médias s’attendaient à une démission du Chef d’Etat Major des Armées.
BAISSE DE POPULARITÉ POUR MACRON
Il reste que cette semaine de couacs a eu des conséquences dans l’opinion. Le couple exécutif enregistre une baisse de popularité, plus prononcée pour Emmanuel Macron (-4) que pour le Premier ministre Édouard Philippe (-1), selon le baromètre réalisé par Paris-Match, Fiducial et Sud-Radio, publié mardi. Selon ce sondage, réalisé auprès de 1.002 individus, 56% des personnes interrogées approuvent l'action du chef de l'État, contre 60% selon le même baromètre en juin. Plus en détails, les sondés estiment toujours à une large majorité que Emmanuel Macron défend bien les intérêts de la France à l'étranger (77%, -3) et renouvelle la fonction présidentielle (72%, -4).
Ils ne seraient en revanche plus qu'une courte majorité (54%, -8) à considérer que le président est proche des préoccupations des Français. 62% d'entre eux jugeraient désormais que Emmanuel Macron a une vision pour la France (-5), quand ils ne seraient plus que 59% à estimer que le chef de l'État mène une bonne politique économique (-5). Selon l'enquête d'opinion, 60% des personnes interrogées ont une bonne opinion de l'action d'Édouard Philippe, un chiffre quasi-stable par rapport au mois précédent (61%). Il faut noter que 72% des sondés déclarent reconnaître en Édouard Philippe un homme de dialogue (+1), et 69% d'entre eux jugent qu'il dirige bien l'action de son gouvernement (-2). Quelque 56% des personnes interrogées confient en revanche croire en sa capacité à "réformer le pays", contre 63% le mois précédent.
WAUQUIEZ S’ACTIVE À DROITE
A droite le psychodrame des possibles exclusions des ralliés à Macron s’est terminé en eau de boudin. Puisque le bureau politique des Républicains a désigné une commission chargée de régler ces problèmes. Selon les informations de WanSquare, il ne se passera rien. Pour la simple raison que les Constructifs attendent cette exclusion afin de créer un nouveau parti. La route est maintenant ouverte pour Laurent Wauquiez afin de prendre la présidence du parti après l’annonce par Valérie Pécresse de son désir de ne pas aller au combat, tout en créant son propre mouvement au sein des Républicains.
Laurent Wauquiez qui reste en contact étroit tant avec Patrick Buisson qu’avec Nicolas Sarkozy a reçu beaucoup de conseils de ce dernier visant à jouer la carte du rassemblement. C’est la raison pour laquelle il a été jusqu’à proposer à la juppéiste Virginie Calmels, avec laquelle il ne partage pas grand chose, d’être la numéro deux du parti. L’élection du nouveau patron des Républicains pourrait être repoussée à décembre prochain, voire même en janvier 2018. Il se murmure que Xavier Bertrand se mettrait en réserve du parti afin de préparer tranquillement sa candidature pour la présidentielle de 2022.
Dans une interview au journal Le Monde, Laurent Wauquiez a des mots très durs pour Emmanuel Macron, se posant ainsi en opposant en chef, mais aussi pour les personnalités de droite qui selon lui ont « trahi ». Il convient que la droite à un besoin urgent de redéfinir sa ligne politique. Selon nos informations Laurent Wauquiez a déjeuné le 5 juillet avec François Fillon. Selon son entourage, s’il n’a pas déjeuné avec lui, il aurait aussi eu Alain Juppé au téléphone cette semaine. L’un de ses proches assurait à ce sujet que le maire de Bordeaux et fondateur de l’UMP ne croit pas tellement à une recomposition durable du paysage politique.
NOUVELLE TRAJECTOIRE BUDGÉTAIRE
Au chapitre économique, Matignon a donc rendu publique la nouvelle trajectoire budgétaire qui devra être approuvée par les parlementaires avant d’être envoyée à Bruxelles. Le déficit public serait ramené à 3,0 % cette année, puis à 2,7 % l’an prochain. Même si le premier ministre, Edouard Philippe, prévient déjà dans une interview aux Echos ne pas être un fétichiste du chiffre et avoir pour objectif politique d’être en dessous de 3 % en 2018. Selon les prévisions gouvernementales, le déficit augmenterait de nouveau en 2019, à 2,9 %, avant des baisses de déficit renvoyées essentiellement en fin de quinquennat : 1,5 % en 2020, 0,9 % en 2021 et 0,5 % en 2022.
Cette baisse du déficit serait facilitée par un regain de croissance. L’économie française s’oriente vers une trajectoire de reprise plus vigoureuse affirme le gouvernement dans son document d’orientation. Après 1,1 % en 2016, le gouvernement prévoit 1,6 % de croissance cette année et 1,7 % en 2018. A plus long terme, la croissance se stabiliserait à + 1,7 % entre 2019 et 2021 puis augmenterait à + 1,8 % en 2022, selon ces prévisions. Cette trajectoire est proche de celle du programme de stabilité que le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) avait qualifié de base raisonnable pour la construction de trajectoires de finances publiques.
La dette publique rapportée au PIB, à 96,3 % en 2016 avoisinerait les 97 % en 2017 et en 2018, avant de culminer à 97,5 % en 2019. La décrue commencerait en 2020 (96,5 %), puis 94,5 % en 2021 et 92 % en 2022. Sous l’effet d’un quasi-gel des dépenses hors inflation, la dépense publique reculerait de plus de 3 points de PIB sur l’ensemble du quinquennat. Partant de 54,7 % du PIB en 2017 (contre 54,8 % en 2016), elle diminuerait à 53,8 % en 2018, 53,1 % en 2019, avant de poursuivre sa décrue : 52,2 % en 2020, 51,7 % en 2021 et 51,3 % en 2022. La croissance de la dépense publique en volume (hors inflation) serait nulle en 2018, de 0,2 % en 2019 et de 0 % en 2020, avant de réaugmenter légèrement en fin de quinquennat. L’essentiel de la baisse du taux de prélèvements obligatoires est concentré au début du quinquennat, pour créer ce que le premier ministre appelle un effet de souffle fiscal susceptible de relancer l’économie française.
LE CADEAU DE YELLEN AUX MARCHÉS
De l’autre côté de l’Atlantique, la présidente de la Réserve fédérale américaine, qui achèvera son mandat le 3 février prochain, a profité de sa traditionnelle convocation semestrielle pour dépeindre une Amérique vigoureuse, notamment en matière d'emploi. Portées par le regain de croissance observé dans les autres régions du monde, les entreprises américaines ont créé 180.000 emplois en moyenne chaque mois depuis le début de l'année. L'économie semble en tout cas suffisamment solide pour supporter un nouveau durcissement monétaire. Janet Yellen a ainsi réitéré son intention d'entamer avant la fin de l'année la réduction du bilan de la Fed (4.500 milliards de dollars d'actifs). Elle n'a pas donné plus de détails sur le calendrier mais les experts anticipent une réduction dès le mois de septembre.
La hausse des taux (situés entre 1 % et 1,25 % aujourd'hui) se poursuivra elle aussi de manière graduelle. Janet Yellen a toutefois laissé entendre qu'ils n'augmenteraient pas « tant que ça » et qu'ils n'auraient pas nécessairement besoin de retrouver leur niveau d'avant-crise (autour de 5 %). Une annonce saluée aussitôt à Wall Street. Les nouvelles ont beau être plutôt bonnes du côté de l'économie, l'audition de mercredi s'est déroulée dans un climat tendu : la présidente de la Fed, qui a peu de chances d'être renouvelée à son poste par Donald Trump l'an prochain, a été attaquée de toutes parts par le camp républicain. Elle a dû défendre ses méthodes de travail et repousser celles que tentent de lui imposer les élus de droite depuis plusieurs mois. Ceux-ci souhaiteraient faire évoluer la politique monétaire selon des règles chiffrées (niveau d'inflation, taux de chômage, etc.). Une idée que Janet Yellen trouve excessivement rigide, et qui ne tient notamment pas compte de la psychologie des marchés. Une fermeté qui la rend d'autant moins susceptible de conserver son poste l'an prochain.
BOMPARD LAISSE LA FNAC EN ORDRE DE MARCHE
Du côté du business le principal sujet c’est l’arrivée d’Alexandre Bompard, mardi prochain, à la tête de Carrefour. Et au siège de la Fnac qui doit bientôt fusionner avec celui de Darty, c'est un duo qui devrait remplacer l'ex-patron d'Europe 1. L'annonce sera faite officiellement ce lundi. Mardi au plus tard. Sauf coup de théâtre de dernière minute, Jacques Veyrat, président de la société d'investissement Impala, va prendre la présidence non-exécutive, et Enrique Martinez, actuel directeur général Europe du Nord de la Fnac, la direction générale de l'ensemble du nouveau groupe.
Dès l'annonce de la nomination d'Alexandre Bompard à la tête de Carrefour , il y a un mois, l'hypothèse d'une dissociation des fonctions de président et de directeur général a été évoquée par des proches du dossier. Les grands patrons spécialistes de la distribution sont peu à être libres sur le marché français. Surtout, alors que la fusion Fnac Darty entre dans sa dernière phase, la venue d'un homme qui aurait pu vouloir bâtir une autre stratégie était malvenue. Le fait que la dernière étape de la fusion soit opérationnelle et commerciale avec, notamment, la création de shop-in-the shops Fnac dans des Darty et vice versa, poussait par ailleurs vers Enrique Martinez, homme des magasins, pour le poste de directeur général. L'autre candidat interne à la direction générale était Mathieu Malige, directeur financier, artisan de l'introduction en Bourse et de l'OPA sur Darty.
Restait au comité des nominations et des rémunérations du conseil d'administration de Fnac Darty à désigner un président non-exécutif. Le nom de Nonce Paolini, administrateur, a été évoqué. L'ancien PDG de TF1 semblait être très intéressé. La rumeur a aussi évoqué Patricia Barbizet, la femme-lige de François Pinault, dont le holding Artemis reste le premier actionnaire de Fnac Darty. Mais celle-ci est très occupée par le suivi des nombreuses sociétés et activités dans lesquelles Artemis est engagé. Le choix de Jacques Veyrat a, lui, été poussé, selon nos informations, par Alexandre Bompard lui-même. Les deux hommes se connaissent et s'apprécient de longue date. Ce qui devrait faciliter le passage de témoin.
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09/07/2017 - 07:57

