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Yves de Kerdrel
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Seule la croissance sourit à Macron
par Yves de Kerdrel
Il aura donc fallu moins de trois mois à Emmanuel Macron pour découvrir que l’exercice du pouvoir ne se limitait pas à dire : « je suis le Chef » et à des cérémonies mémorielles à la fois théâtrales et emphatiques. Le sondage publié dimanche dernier par le Journal du Dimanche laissait apparaître une chute de dix points de la popularité du Président. Et même si ses proches affirment que cela est normal, Jupiter l’a très mal vécu, insultant ses équipes, son Premier ministre et surtout le ministre du Budget, Gérald Darmanin, qui a choisi ce jour-là pour annoncer une baisse de 5 euros par mois de l’aide personnalisée au logement, avec à la clé une économie de 100 millions d’euros pour le budget 2017.
L’ambiance à l’Elysée est donc devenue détestable en l’espace de quelques jours. D’autant qu’en fin de semaine un nouveau sondage est venu confirmer cette désaffection de l’opinion. Le Président de la République recueille désormais autant de jugements positifs que négatifs, tandis que les jugements défavorables à son action sont en forte hausse de 15 points, selon un sondage Ipsos diffusé le 26 juillet. Plus précisément la cote d'Emmanuel Macron est en baisse de 3 points sur un mois, le chef de l'Etat recueillant désormais autant de jugements positifs que négatifs (42%). Les jugements défavorables à l'action du Président de la République sont pour leur part en forte hausse de 15 points. Signe, selon Ipsos, de la fin de deux mois d'attentisme bienveillant dont il bénéficiait depuis son arrivée à l'Elysée.
MÊME HOLLANDE ÉTAIT PLUS POPULAIRE
Au même stade, ses prédécesseurs à la présidence recueillaient des niveaux nettement plus élevés, avec 66% d'avis favorables pour Nicolas Sarkozy l'été 2007 et 55% pour François Hollande cinq ans plus tard. Si la cote d'Édouard Philippe progresse de deux points à 41%, le Premier ministre enregistre également une forte progression des opinions négatives sur son action (36%, +12). 23% (-14) des Français interrogés ne se prononcent pas.
Toujours en tête du classement des personnalités, avec 52% d'opinions favorables, Nicolas Hulot voit cependant sa cote chuter de cinq points en un mois. Le ministre de la transition écologique devance notamment Alain Juppé (40%), Jean-Yves Le Drian (36%) et Jean-Luc Mélenchon (33%), chacun en hausse de deux points.
Après le choc qui a secoué les Armées, la semaine suivant le 14 juillet, il y a désormais le foutoir à l’Assemblée Nationale dont la presse se fait l’écho tous les matins. Le 19 juillet, le bureau de l’Assemblée a autorisé les députés à venir dans l’hémicycle sans chemise ni cravate. Mais surtout l’organisation des débats autour du vote de la loi de moralisation de la vie politique s’est avérée catastrophique. La présidente de séance (En Marche) ne connaissait rien du règlement. Elle a interdit à Jean-Louis Bourlanges de poser une question. Surtout un amendement soutenu par le gouvernement a reçu des votes contre de la part de députés macronistes.
L’INCOMPRÉHENSIBLE NATIONALISATION DE STX
Tout cela a justifié la convocation de Richard Ferrand dans le bureau du Chef de l’Etat. L’ancien ministre, aux prises avec la justice pour une affaire d’enrichissement sans cause réelle, s’est fait passer un violent savon de la part de Jupiter, selon les informations recueillies par WanSquare. D’autant plus qu’il n’est jamais présent à l’Assemblée. On l’aperçoit une fois par semaine lors de la réunion du groupe En Marche qu’il préside. Mais jamais dans l’hémicycle ni même à la conférence des présidents de groupe. Il a expliqué au Chef de l’Etat qu’il lui fallait préparer sa défense judiciaire. Mais ce dernier a exigé une reprise en main forte et rapide des députés En Marche, avant que se constitue un groupe de « frondeurs ».
Cette semaine catastrophique pour le chef de l’État a été close par l’annonce de la nationalisation « provisoire » des chantiers STX qui devaient passer avant fin juillet sous contrôle de l’italien Fincantieri. Le problème n’est pas financier (80 millions d’euros) mais simplement de logique économique. On ne peut pas à la fois jouer la carte de la politique de l’offre et de l’attractivité auprès des investisseurs étrangers et renvoyer un industriel italien à ses affaires. D’autant que les italiens viennent de voir débarquer Vivendi chez Telecom Italia, Amundi chez Pioneer, ou Essilor chez Luxottica. C’est Alexis Kohler, le Secrétaire Général de l’Elysée qui a été à la manœuvre sur ce dossier en pur technocrate qu’il est sans se rendre compte des effets secondaires, notamment dans la presse internationale.
CROISSANCE TOUJOURS SOUTENUE
Il reste le gros morceau de la loi travail, dont les ordonnances devraient être rendues publiques autour du 20 septembre. Édouard Philippe, auquel beaucoup de macronistes reprochent de ne pas être suffisamment le fusible du chef de l’État, s’est beaucoup investi dans les discussions avec les partenaires sociaux, aux côtés de Muriel Pénicaud, affaiblie par ses affaires. Le Premier ministre sait surtout qu’il s’agit là d’un texte qui peut être voté par une grande partie des députés de droite. Ce qui lui permettrait de redorer son blason auprès de ses anciens amis. Il reste que le texte, tel qu’il se prépare, est très loin des attentes du Medef, notamment sur la question de la hiérarchie des normes. Il semblerait que le gouvernement veuille empêcher les accords d’entreprise là où il n’y a pas de représentation syndicale, c’est-à-dire dans 95 % des sociétés.
Il y a au moins un point sur lequel Emmanuel Macron a de la chance, c’est celui de la croissance en France. Selon l’Insee, qui publie sa première estimation de croissance pour le troisième trimestre, l’activité est restée sur sa lancée : le PIB affiche une hausse de 0,5%, comme aux deux précédents. Si ce chiffre est conforme à ce que la Banque de France anticipait la situation est inédite puisque ces dernières années, la croissance avait plutôt tendance à évoluer en dents de scie. Mais, ces derniers mois, toutes les enquêtes de conjoncture laissaient augurer d’un chiffre bien orienté : le moral des ménages s’est quasi continuellement amélioré depuis fin 2016 (pour atteindre en juin son plus haut niveau depuis la crise financière) et, du côté des entreprises, le climat des affaires, est resté lui aussi bien orienté, atteignant des niveaux inédits depuis six ans.
RECETTES FISCALES EN HAUSSE
Tous les moteurs de l’activité sont à peu près au vert : les dépenses de consommation des ménages accélèrent légèrement (+0,3%, après +0,1%). Du côté de l’investissement, s’il ralentit nettement, il reste cependant orienté à la hausse (+0,5%, après +1,4%). Et sa baisse tient plus d’une correction puisqu’au premier trimestre il avait atteint un niveau record, en raison de l'arrivée à échéance en avril du dispositif de "suramortissement", permettant une déduction fiscale sur les investissements. Au total, la demande intérieure finale hors stocks contribue à la croissance du PIB pour 0,4 point, comme au trimestre précédent. Mais c’est sans doute du côté des échanges extérieurs qu’il faut chercher les raisons de la bonne tenue de l’activité. Les exportations rebondissent en effet vivement (+3,1%, après −0,7%). Et même si les importations ralentissent nettement (+0,2%, après +1,2%), leur impact reste limité et les échanges extérieurs ont contribué deux fois plus à la croissance que la demande intérieure.
En tout état de cause, la publication de ces résultats, qui sont les premiers du quinquennat Macron, conforte sans aucun doute le gouvernement dans ses choix et sa volonté de faire revenir le déficit public en deçà des 3%. Début juillet, le Premier ministre, Edouard Philippe, a indiqué revoir à la hausse la prévision de croissance pour 2017, en la hissant de 1,5% à 1,6%, afin de s'aligner sur la prévision de l'Insee et de la Banque de France. Désormais, à fin juin, l’acquis de croissance, c’est-à-dire le niveau qu’atteindrait le PIB si l’activité reste étale tout au long du second semestre, atteint 1,4%. Sauf retournement de conjoncture et plongée en récession, on voit mal comment l’objectif du gouvernement ne pourrait pas être atteint. Ce qui serait une grande première depuis au moins cinq ans, avec à la clé une bonne surprise sur les recettes fiscales.
LES ÉTATS-UNIS ET LE ROYAUME-UNI DÉÇOIVENT
Il y a quelques jours le FMI a mis à jour ses prévisions économiques pour la planète. Selon l’institution de Washington, la croissance de l'économie s'affermit au niveau mondial mais va ralentir aux États-Unis cette année et en 2018 par rapport aux précédentes prévisions. le FMI anticipe également que la croissance devrait être un peu plus forte que prévu au sein de la zone euro. Ces projections inchangées masquent toutefois des différences entre pays. Aux États-Unis, la croissance devrait être inférieure aux prévisions d'avril, en partant essentiellement de l'hypothèse que la politique budgétaire sera moins expansionniste que prévu explique l'institution économique internationale. En conséquence, les chiffres pour les États-Unis ont été révisés à 2,1% cette année et en 2018 contre respectivement 2,3% et 2,5% envisagés au printemps, bien en-deçà des 3% visés par le gouvernement de Donald Trump.
En Grande-Bretagne, la croissance devrait également ralentir à 1,7% (-0,3 point par rapport à avril) cette année, en raison d'une activité plus faible que prévu au premier trimestre, même si elle devrait se maintenir à 1,5% l'an prochain. En revanche, les prévisions pour 2017 ont été révisées à la hausse dans beaucoup de pays de la zone euro, dont l'Allemagne, l'Espagne, la France et l'Italie, où la croissance au premier trimestre 2017 a généralement dépassé les attentes grâce à une demande intérieure plus vigoureuse que prévu, souligne le FMI. Quant à la Chine, les prévisions ont été très légèrement relevées à 6,7% (+0,1) cette année et 6,4% (+0,2) en 2018 en raison d'un niveau d'activité plus solide que prévu au premier trimestre, fruit de l'assouplissement précédemment consenti et des réformes liées à l'offre.
FNAC-DARTY FILE EN ALLEMAGNE
Du côté du business la principale actualité de la semaine, c’est la cession par la famille Pinault de sa participation dans l’ensemble Fnac-Darty, une semaine après le départ de son patron pour Carrefour. Artémis, le holding de la famille Pinault, a donc cédé, mercredi, sa participation de 24,3 % dans Fnac Darty à Ceconomy, la société issue d'une scission du groupe Metro, qui exploite les enseignes MediaMarkt et Saturn. Artémis touchera 452 millions d'euros, réalisant une confortable plus-value, le cours de Bourse ayant presque quadruplé en quatre ans (de 22 à plus de 79 euros). La capitalisation boursière est passée de 365 millions à plus de 2 milliards. On notera que Ceconomy a acheté au prix de 70 euros l'action.
Sur le plan opérationnel, cela ne change rien. Pour l'instant. Ceconomy aura 3 administrateurs sur 12. De fait, aucune synergie n'est prévue, pas même à l'achat, alors que Fnac Darty réalise 7,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires et Ceconomy 22 milliards. De quoi faire plier les Apple et autres Samsung. Ceconomy, avec ses deux enseignes présentes dans 9 pays, n'est autre que le leader européen de l'électrodomestique. Une union à l'achat aurait du sens, alors que Casino et Cdiscount se sont alliés à Conforama et à sa maison mère, Steinhoff, sur ce plan. De son côté, Auchan s'est rapproché de Boulanger, autre concurrent de Fnac Darty. Sur le plan de la concurrence, l'arrivée de Ceconomy au capital ne devrait pas susciter la colère de Bruxelles. L'allemand est présent contre la Fnac ou Darty au Portugal, en Espagne et au Benelux. Et Saturn est sorti de France il y a quelques années.
La stratégie d'intégration de Fnac Darty, désormais menée par le tandem Jacques Veyrat-Enrique Martinez, ne va pas varier. Le déploiement d'espaces Darty dans des Fnac et vice versa va s'engager et les deux marques continueront d'essaimer dans les villes petites et moyennes en franchise. L'accord stipule aussi que, si Ceconomy venait à lancer une OPA sur Fnac Darty ou à revendre ses parts à un tiers qui le ferait, Artémis pourrait prétendre à un complément de prix. L'hypothèse d'une montée au capital de l'allemand est envisagée. Déjà, il fait figure d'actionnaire de référence, le solde des actions étant réparti entre Vivendi (11 %), entré pour soutenir la Fnac dans son OPA sur Darty et qui pourrait sortir un jour, et le public.
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