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François Hollande profite du vide à droite pour partir en campagne
par Yves de Kerdrel

L’absence de projet dans l’opposition, l’exacerbation des conflits de personnes au sein des républicains et l’accélération du calendrier politique ont convaincu le Chef de l’État de partir en campagne dés maintenant. C’est Manuel Valls qui gouverne, et qui est présent sur tous les fronts politiques, pendant que le chef de l’État recommence son tour de France et reprend un discours de gauche.

21/06/2015 - 07:54 Temps Lecture 14 mn.

La classe politique a encore une fois connu une semaine théâtrale avec la mise en œuvre du fameux 49-3 dans le cadre du passage de la Loi Macron en deuxième lecture à l’Assemblée Nationale. Quatre mois après l’échec d’une première motion de censure, le 19 février (234 voix), la motion des Républicains et des centristes de l’UDI n’a recueilli que 198 voix, alors que la majorité absolue est de 289 voix. La réponse de Manuel Valls a été vive. Sans doute bien trop vive comme souvent. Ce qui témoigne de son incapacité à conserver ses nerfs. Il a accusé les députés communistes d’être au côté des conservateurs et l’opposition de droite de diviser les Français.

A l’occasion de cette semaine très politique le premier ministre a procédé au mini-remaniement attendu depuis trois mois. Avec la nomination de Thierry Mandon au portefeuille de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Ancien président de Genopole, pôle de recherche en génétique basé à Évry, l'ancien député de l'Essonne, tour à tour proche d'Arnaud Montebourg et de Pierre Moscovici devrait être bien accueilli par le monde universitaire. Martine Pinville récupère le secrétariat d'État chargé du Commerce, de l'Artisanat, de la Consommation et de l'Économie sociale et solidaire. La députée de Charente depuis 2007 s'est fait une spécialité des questions sociales à l'Assemblée, où elle était jusqu'à présent secrétaire de la commission des affaires sociales. Active sur les dossiers liés à la santé, elle avait été nommée secrétaire nationale du PS en charge de ces questions.

PROMOTIONS AU GOUVERNEMENT ET AU PS

Enfin la surprise, c’est la nomination de Clotilde Valter, députée du Calvados comme secrétaire d'État chargée de la Réforme de l'État et de la Simplification à la place de Thierry Mandon. Certains se souviennent sans doute que Clotilde Valter a eu pour première figure tutélaire Lionel Jospin, dont elle fut membre de son cabinet à Matignon entre 1997 et 2002, chargée des affaires intérieures: sécurité, immigration et Corse. C'est là qu'elle avait été propulsée sur le devant de la scène lors de l'enquête sur l'incendie de la paillote «Chez Francis». En 1999, Clotilde Valter avait été entendue par le juge instruisant l'affaire à propos de ses relations avec l'ancien préfet de l'île, Bernard Bonnet. Cette nomination intervient après que le préfet Alain Christnacht, son supérieur à l’époque, a été cité pour devenir le nouveau directeur de cabinet de Christiane Taubira.

Par ailleurs, hier lors d'un conseil national du PS à l'Assemblée, le premier secrétaire du parti Jean-Christophe Cambadélis a dévoilé la composition de deux instances: le Bureau national, d'abord, où de nombreux ténors sont membres, comme Martine Aubry, ainsi que les secrétaires nationaux. Désormais, ce sont 78 dirigeants, 40 femmes et 38 femmes, qui animeront la vie du parti majoritaire au sein du secrétariat national. Le sénateur vallsiste du Val-de-Marne Luc Carvounas devient secrétaire national chargé des relations avec le Parlement. C'est un proche de Martine Aubry, le député de l'Essonne François Lamy, qui hérite du portefeuille des relations extérieures. Il sera rattaché auprès du premier secrétaire, comme Julien Dray, qui fait son entrée dans cette instance. Christophe Borgel est en charge du pôle animation, élections et vie du parti. Parmi les secrétaires nationaux de ce pôle, le député de Seine-et-Marne Eduardo Rihan-Cypel s'occupera des arguments et de la riposte, tandis que le vallsiste Carlos Da Silva obtient celui du développement des fédérations et des adhésions.

LA STRATEGIE DE HOLLANDE POUR 2017

Pendant ce temps-là, le Chef de l’État est reparti en campagne présidentielle. François Hollande sait que la dernière année pleine de son quinquennat sera décisive, à la fois pour achever ses réformes, rétablir une popularité minimale, stabiliser sa candidature et enfin commencer à installer les grands axes de sa campagne. Le président de la République qui a vécu de l’intérieur la campagne perdante de Lionel Jospin en 2002, n’a pas manqué de ruminer les trois raisons qui, à ses yeux, expliquent l’élimination de la gauche au premier tour. D’abord, l’humeur socio-économique du pays. C’est ce qui justifie des annonces comme le chantier du prélèvement à la source ou la généralisation des mutuelles complémentaires pour les retraités.

Mais c’est également sur les dossiers régaliens que le président entend s’éviter les déconvenues de Lionel Jospin. Le chef de l’État pense que la campagne de 2017 se jouera d’abord sur le terrain des valeurs de la République, et notamment de son rapport à l’Islam. François Hollande parle de plus en plus en évoquant le concept gaullien d’une « certaine idée de la France ». Il voudrait donc tenter de construire tout au long de 2016 un discours sur son « idée de la nation ». Enfin, il sait mieux que quiconque le poids qu’ont pesé les divisions de la gauche dans l’élimination de Lionel Jospin. Pour espérer l’emporter en 2017, il entend consacrer l’année précédente à empêcher la multiplication des candidatures à gauche. Selon son entourage, il espère encore ramener Cécile Duflot à de meilleurs sentiments, via un retour des écologistes au gouvernement.

FLOU ARTISTIQUE A DROITE

Le Chef de l’État est donc reparti à la reconquête du territoire, par des déplacements réguliers. Mais aussi de son électorat traditionnel. Avec l’annonce d’une année blanche fiscale pour les salariés en 2017 grâce au prélèvement à la source. Avec la promesse, faite il y a quelques jours, d’améliorer la couverture complémentaire des dépenses de santé des 800 000 retraités qui n’en bénéficient toujours pas, malgré les projets de généralisation envisagés il y a trois ans. Enfin avec une revalorisation du traitement des fonctionnaires, dont le point d’indice est bloqué depuis 2010. Ces revalorisations, obtenues grâce à un réajustement des déroulements de carrière, devraient s’étaler à partir de 2016 et jusqu’en 2020.

A droite, c’est toujours le grand flou artistique sur fond d’un violent choc des personnalités, surtout depuis qu’Alain Juppé est en tête des intentions de vote de la primaire. De fait Nicolas Sarkozy a décidé de « droitiser » son discours. En ouvrant un débat sur une éventuelle remise en cause du droit du sol. Ce qui ne fait pas l’unanimité, même si l’idée en revient à Éric Ciotti. La réaction la plus surprenante est venue du sarkozyste Claude Guéant, qui n’approuve pas l’idée de revenir sur l’un des fondements de la législation française sur la nationalité, existant depuis 1889. Celui qui se présentait en 2007 comme un petit Français au sang mêlé justifie son revirement en revendiquant le droit de débattre de tout. En revanche, lors d’un meeting, son propos nauséabond sur les migrants, comparés à une fuite d’eau dans un appartement, a été unanimement condamné à gauche comme à droite.

SUSPENSE POUR ATHENES

Sur le plan économique, le principal dossier reste celui du probable défaut de paiement de la Grèce. Après le nouvel échec, jeudi 18 juin, de l’Eurogroupe et les phrases très dures de Christine Lagarde dénonçant l’absence « d’adultes » dans le camp grec, on a assisté à un véritable bank-run en Grèce. 3 milliards ont été retirés des banques la semaine passée. Ce qui porte à 30 milliards le montant des retraits depuis l’arrivée au pouvoir de Syrisa. Ce phénomène a amené la Banque centrale européenne à convoquer une réunion téléphonique d’urgence vendredi après-midi afin que les banques grecques puissent rouvrir demain et fonctionner.

Une réunion des chefs d’État et de gouvernement de la zone euro doit se tenir demain à 17 heures à Bruxelles. Mais, selon les informations de WanSquare, les grecs n’entendant pas céder sur la question de l’âge de la retraite il se pourrait que l’on se dirige faire un échec de ce nouveau cycle de négociations. Ce qui se traduirait par le non-remboursement de près d'1,6 milliard d'euros au Fonds monétaire international d'ici le 30 juin. Sans accord, le pays pourrait également être dans l'incapacité de payer ses fonctionnaires et retraités. Athènes encourt également le risque d'un défaut de paiement, une première dans la zone euro et un scénario qui alimente depuis des mois le spectre d'une sortie de la Grèce de la monnaie unique.

Au-delà, sans accord, Athènes devra probablement instaurer un contrôle des capitaux ou, à tout le moins, une fermeture temporaire des guichets pour préserver la solvabilité de ses banques. Et le 30 juin, la Grèce risque à la fois de faire défaut vis-à-vis du FMI, à qui elle doit rembourser 1,6 milliard d’euros, et d’avoir définitivement à renoncer aux 7,2 milliards d’euros de prêts que les créanciers sont encore censés lui verser. Les avis sont partagés sur l’issue de la réunion de demain soir. Un premier camp pense que tout va finir par s’arranger. Il suffirait que le camp grec fasse les propositions alternatives qu’on lui réclame à Bruxelles, sur la réforme des retraites et de la TVA. Et que, de leur côté, les créanciers fassent un geste sur la dette grecque. Le camp des pessimistes estime que la volonté politique de conclure un accord s’effiloche en Europe, Athènes et ses créanciers s’étant enfermés dans des postures dont on voit mal comment ils peuvent sortir.

PEU DE VISIBILITE SUR L’EMPLOI

S’agissant de la France, une note de conjoncture de l’Insee est venue conforter les anticipations concernant le retour de la croissance qui devrait donc s’établir à 1,2 % cette année, soit un peu moins que ce qui est attendu dans la zone euro (+ 1,4 %). Mais si la reprise se dessine, elle n’est pas suffisamment riche en emplois pour faire refluer le chômage. Selon l’Insee, l’emploi total progresserait de 114.000 postes cette année, grâce aux contrats aidés, mais aussi grâce au redressement de l’emploi salarié, qui bénéficie de la reprise de l’activité et du soutien apporté par le Cice et le pacte de responsabilité. Problème : ces créations d’emplois permettent seulement d’absorber la hausse de la population active, laissant le taux de chômage se stabiliser à un niveau élevé (10,1 %).

Du côté du business, l’Arcep, le régulateur des télécoms, a dévoilé vendredi la procédure de son appel à candidatures pour la vente aux opérateurs télécoms des fréquences de la bande 700 MHz, actuellement utilisées par l’audiovisuel. L’État met donc en vente 30 MHz dans la bande 700, qui seront répartis en six blocs de 5 MHz. Pour chacun de ces blocs, un prix de réserve a été déterminé à 416 millions d’euros. L’État encaissera donc au minimum près de 2,5 milliards. A l’issue des enchères, un opérateur ne pourra pas détenir plus de 30 MHz dans la bande basse. Or Bouygues Telecom, Numericable-SFR et Orange détiennent déjà 20 MHz. Ils ne pourront donc pas acheter plus de deux blocs. Autre règle : un opérateur ne peut pas acheter plus de trois blocs. Ce qui signifie que Free, qui possède 5 MHz de fréquences basses, sera limité à trois blocs maximum.

BOLLORE DE NOUVEAU A LA MANOEUVRE

Du côté de Vivendi les rumeurs reprennent. Vincent Bolloré aurait décidé de devenir le principal actionnaire de Telecom Italia, dont il détient déjà 8,3 %, sans compter les titres détenus par Mediobanca et Generali. Les dirigeants de l’opérateur italien auraient donné leur accord à ce que Vivendi monte à 15 %. Selon le « Sole 24 Ore », le conseil de Vivendi pourrait se réunir prochainement pour donner son feu vert à son renforcement cette opération. Dans cette optique, Vivendi souhaiterait obtenir deux postes d’administrateur au conseil de Telecom Italia. Sur un plan stratégique, Telecom Italia – qui fait deux fois la taille de l’ex-SFR – pourrait permettre au groupe qui contrôle Canal+ et Universal Music de développer des synergies dans la télévision payante. De surcroit cette opération pourrait permettre à Vincent Bolloré de préparer une incursion chez Mediaset (groupe Berlusconi).

L'édition 2015 du Salon du Bourget s’est révélé très favorable à Airbus. L'avionneur européen est repassé en tête jeudi des commandes, grâce à un engagement d'achat de la compagnie low cost hongroise Wizz Air, pour 110 A321 neo. Un contrat d'une valeur de 13,6 milliards de dollars qui a permis à Airbus d'afficher 421 commandes et engagements d'achat, d'une valeur théorique de 57 milliards de dollars, contre 331 pour Boeing, pour 50,2 milliards. Boeing l'emporte quand même en nombre de commandes fermes, avec 145 appareils, d'une valeur de 18,6 milliards de dollars, contre 124 pour Airbus (16,3 milliards). L'avionneur américain a également vendu plus d'appareils gros-porteurs long-courriers (75, contre 55 pour Airbus) et a signé la plus grosse commande ferme du Salon (100 B737 Max 8).

Enfin au moment où l’introduction en bourse d’Europcar se déroule dans de bonnes conditions, CASA et Société Générale ont décidé de lancer le projet de cotation d’Amundi, leur filiale commune de gestion d’actifs créée en 2010. Ils visent une opération d’ici à la fin de l’année de leur filiale commune, détenue à 80 % par le groupe Crédit Agricole et à 20 % par la banque de la Défense. Amundi gère aujourd’hui 954 milliards d’euros et a dégagé un résultat net de l’ordre de 500 millions d’euros en 2014. De fait la société pourrait être valorisée entre 7 et 10 milliards d’euros. A peine projetée la mise en Bourse d’Amundi, la Générale a acquis les 20 % de CaixaBank dans Boursorama pour 218 millions d’euros.

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