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Yves de Kerdrel
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François Hollande à la reconquête de la gauche perdue
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’Etat, à défaut d’obtenir des résultats en matière économique, multiplie les signes à l’égard de la gauche de la gauche. Cela a débuté avec le discours de Carcassonne. Cela s’est poursuivi avec la panthéonisation façon François Mitterrand. Et maintenant cela se traduit par la remise en cause du pacte de responsabilité. Pendant ce temps les sondages lui restent très défavorables.
Ce n’est pas peu dire que le congrès fondateur des Républicains a été un échec. Un échec sur la forme avec deux fois moins de participants que prévu et une logistique pauvre à en pleurer. Un échec en termes d’image avec ces sifflets, mais aussi une sonorisation bizarrement défaillante lors des discours de Bruno Le Maire et d’Alain Juppé et très en forme lors de l’allocution de Nicolas Sarkozy. Un échec en termes de service après-vente dans la mesure où à peine terminé, les divisions internes au parti sont réapparues, notamment à travers les déclarations d’Alain Juppé. Et un échec personnel pour Nicolas Sarkozy qui n’a pas réussi à effacer tous les clivages qu’il porte en lui.
Cela se traduit déjà dans les premières enquêtes d’opinion. Dans le baromètre CSA pour Les Echos et Radio Classique, Nicolas Sarkozy se maintient à 35 % d’opinions favorables auprès de l’ensemble des Français. Alain Juppé gagne 1 point et garde la tête du classement des personnalités (57 %). Auprès des sympathisants de droite, ces deux ténors perdent même des points. Nicolas Sarkozy, qui espérait tirer parti de l’image de rassembleur, recule de 1 point (64 %). La séquence n’a pas bénéficié non plus à Alain Juppé qui abandonne 3 points (73 %). François Fillon reste stable dans l’électorat de droite (60 %). Seul Bruno Le Maire tire son épingle du jeu grâce à son opposition à la réforme du collège. Le député de l’Eure gagne 4 points auprès de l’ensemble des Français (33 %) et 8 points auprès des sympathisants de droite (51 %). Ce qui le place en quatrième position, en terme d’image positive, auprès des sympathisants de droite, juste derrière François Fillon.
LA LETTRE QUI ENERVE SARKOZY
De fait, alors que Nathalie Kosciusko-Morizet ne fait plus mystère de se présenter à la primaire de 2016 – même si elle est créditée de 1 % des intentions de vote – cette élection interne à la droite concentre les préoccupations de tous. Dans un courrier daté du 4 juin, les candidats déclarés ou pressentis, comme Xavier Bertrand, François Fillon, Bruno Le Maire et Alain Juppé ont écrit au président du parti Les Républicains qu’il était urgent de préciser les modalités d’organisation de cette primaire. Selon eux, cela pourrait être fait dès le 9 juin, lors du prochain bureau politique, qui devrait être l’occasion de constituer formellement le comité d’organisation de cette primaire de la droite et du centre.
Ce courrier a naturellement créé la surprise dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, qui rappelle que lors du dernier bureau politique du 19 mai, l’ancien Chef de l’Etat avait clairement indiqué que ces questions seraient à l'ordre du jour de la réunion du 9 juin. Les convocations seraient déjà parties en le spécifient bien. En fait ce sont les propos de Laurent Wauquiez, affirmant « que la primaire c'est secondaire » qui ont mis le feu aux poudres. Les signataires du courrier estiment, eux, qu'organiser un scrutin pour lequel on attend un, deux ou trois millions de personnes dans 10.000 bureaux de vote, ça ne s'improvise pas.
LE MATCH RETOUR DE 2012
En principe une grande partie des doutes qui subsistent sur les modalités d’organisation de cette primaire seront levés mardi prochain. Les tractations sur la liste des quinze personnalités sont en cours. La mise en place de la Haute autorité indépendante chargée de surveiller le déroulement du scrutin serait cependant renvoyé à plus tard, bien qu'Anne Levade, présidente de la Haute autorité de l'UMP, souhaite, elle aussi, voir son dossier progresser. Mais le plus important sera de voir de quelle manière cette primaire permet d’intégrer les soutiens de François Bayrou. Car le Maire de Pau pèse encore 12 % dans l’opinion.
A l’Elysée comme à droite, et dans les médias, beaucoup ont le sentiment que tout se met finalement en ordre pour que la bataille électorale de 2017 soit le match retour de 2012 avec un affrontement Hollande-Sarkozy. Ce qui est paradoxal dans la mesure où ce sont justement les deux candidats que les français ont le moins envie de voir se représenter. A en croire un récent sondage de l’Ifop pour Paris Match, seuls 29 % des Français souhaitent voir les deux hommes s’affronter de nouveau au second tour de la prochaine élection présidentielle. Des dix hypothèses testées, c’est même l’une des moins prisées par les sondés, ceux-ci lui préférant, et de loin, un duel entre Manuel Valls et Alain Juppé (47 %), voire même entre François Hollande et Alain Juppé (45 %).
HOLLANDE COMMENCE SA CAMPAGNE
Dans l’esprit de l’actuel chef de l’Etat, comme dans celui de son prédécesseur, ce duel est incontournable. Même si François Hollande dit en privé ne pas en vouloir, il est en fait ravi de devoir affronter Nicolas Sarkozy qui est pour lui moins redoutable qu’un Alain Juppé. Quant au président des Républicains il n’imagine pas un instant Manuel Valls ou tout autre hiérarque socialiste candidat et donc ne doute pas une seconde de la candidature Hollande. D’ailleurs, lors du congrès fondateur des Républicains, le 30 mai, il a déploré sa terrifiante médiocrité, l’accusant de trahir la République. Pour l’affaiblir dans l’optique d’un possible duel ou pour l’empêcher d’atteindre le second tour.
De son côté François Hollande est reparti à la reconquête de la gauche, sans attendre la tenue du Congrès de Poitiers qui se tient ce week-end. A défaut de pouvoir présenter des résultats en matière économique ou sociale, comme l’on montré les dramatiques chiffres du chômage d’avril, le locataire de l’Elysée agit par petites touches impressionnistes qui sont autant de messages envoyés à son électorat de gauche. C’était le sens de sa visite, en fin de semaine, aux ex-Fralib, ancienne fabrique de sachets de thé Lipton et des infusions Éléphant, transformée en société coopérative. En arrivant sur le site de l'ancienne fabrique de sachets de thé Lipton et des infusions Éléphant, le Chef de l’état a affiché d'emblée la couleur, revêtant une blouse de travail et puisant dans une rhétorique de gauche : «Toutes ces luttes bien menées donnent un sens à l'engagement.
DEGRINGOLADE DANS LES SONDAGES
Depuis son discours de Carcassonne, le 19 mai, coup d'envoi d'une précampagne officieuse, Hollande s'est lancé dans un tour de France pour tenter de convaincre qu'il avait respecté ses promesses de campagne. A cela s’est ajoutée depuis le bras de fer sur la réforme des collèges, une cérémonie au Panthéon, pâle copie de celle mise en scène par François Mitterrand. Mais surtout la volonté de remettre en selle le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, et surtout le conditionnement des aides aux entreprises dans le cadre du pacte de responsabilité. Une mesure réclamée depuis longtemps par Martine Aubry. Il est d’ailleurs surprenant que le Medef n’ait pas exprimé le moindre mot sur ce sujet.
Pour l’heure, tous ces signes n’impriment pas dans l’opinion. Alors qu’il avait progressé pendant deux mois consécutifs, notamment dans l’électorat de gauche, François Hollande dévisse dans le baromètre CSA pour Les Echos et Radio Classique. Le chef de l’Etat rechute de 6 points sur un mois. Moins d’un Français sur quatre (23%) a désormais confiance en lui pour affronter efficacement les principaux problèmes qui se posent au pays. C’est la baisse la plus forte enregistrée par le président depuis juin 2002. Et la première fois depuis les attentats du mois de janvier qu’il retombe sous la barre des 25%. Le coup est rude. Il l’est aussi – dans une moindre mesure – pour Manuel Valls, dont la cote de confiance recule de 3 points, à 35%.
MACRON DESORMAIS TABOU AU PS
Ce qui est intéressant dans ce sondage, c’est que François Hollande recule surtout chez les jeunes et dans les classes populaires. Le chef de l’Etat, qui a pourtant multiplié les appels du pied à leur attention ces dernières semaines, perd 9 points en un mois chez les moins de 25 ans, 10 chez les 25-34 ans. Il recule de 7 points chez les ouvriers et 4 chez les employés, alors qu’il reste stable chez les cadres et professions libérales. En outre, il reperd du terrain dans le noyau dur de son électorat. Il régresse de 4 points (à 65 %) chez les sympathisants socialistes. Et, surtout, de 8 points (à 54 %) parmi ses électeurs du premier tour de la présidentielle 2012. Chez ceux du second, la défiance l’emporte à nouveau, à 47 %.
Quant au congrès du Parti socialiste qui se tient à Poitiers depuis Vendredi, il a été l’occasion d’un concours de gauchisation de la part des plus réformistes. Avec comme information principale le probable retour de Martine Aubry dans les instances du parti. Ce congrès confirme la volonté de François Hollande d’être plus clivant et beaucoup moins social-libéral au cours des deux années à venir. Dès samedi matin, les premiers orateurs du parti, comme Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’assemblée nationale ou encore Christian Paul, premier signataire de la motion B dite "des frondeurs", se sont livrés à ce jeu. Manuel Valls leur a emboîté le pas et, dans son discours, a concentré ses critiques contre l’ancien président de la République. Une semaine après le congrès qui a vu l’UMP devenir Les Républicains et Nicolas Sarkozy, son président, lancer une violente diatribe contre l’actuelle majorité, le Premier ministre de François Hollande lui a renvoyé la monnaie de sa pièce en défendant les icones de la gauche et en ne citant jamais le nom d’Emmanuel Macron désormais tabou au sein du PS.
UNE CROISSANCE SANS EMPLOI
Sur le plan de la macro-économie la semaine a été évidemment marquée par la très forte hausse du chômage en France au mois d’avril. En l’espace de trois ans la durée moyenne d’inactivité pour un chômeur a augmenté de trois mois et s’établit désormais à 548 jours ! De surcroit, l'OCDE a revu en baisse ses prévisions de croissance de l'économie mondiale pour 2015. C’est le début d'année difficile aux Etats-Unis et le ralentissement plus marqué qu'anticipé jusqu'ici de quelques grands émergents qui ont conduit l'OCDE à ramener à 3,1% sa prévision de croissance mondiale 2015, contre 3,7% dans ses précédentes perspectives semestrielles, en novembre. L'organisation ne prévoit plus que 2,0% de croissance cette année aux Etats-Unis, contre 3,1% précédemment. Mais elle ne change quasiment rien à ses anticipations pour la zone euro (+1,4% en 2015 et +2,1% en 2016), qu'elle avait déjà relevées dans ses prévisions intérimaires publiées en mars.
De son côté la Banque de France anticipe une croissance de l’économie française de 1,2% en 2015, soit plus que ce que prévoit le gouvernement. Selon l’Institut d’émission qui estime que la croissance française devrait être soutenue par la baisse du prix du pétrole et du taux de change de l’euro, la politique monétaire expansionniste menée par la Banque centrale européenne, et l’amélioration des marges des entreprises, l’accélération de l’activité devrait se poursuivre. De fait, la croissance atteindrait ensuite 1,8 % en 2016 et 1,9 % en 2017.
LE KRACH OBLIGATAIRE S’AMPLIFIE
Le krach obligataire qui a débuté à la fin du mois d’avril se poursuit. Jeudi 4 juin, après avoir subi deux journées de ventes, proches de la panique, le Bund s’est repris. Mais il a frôlé le niveau symbolique des 1 % en matinée, avant de finalement refluer à 0,84 % en fin de journée. Cette tension subite sur le Bund a également entraîné une baisse des marchés actions, que ce soit à Wall Street ou en Europe, et une remontée de l’euro. Du coup la plupart des professionnels s’attendent à des marchés très chahutés dans les prochains jours. Avec en plus de cela les incertitudes qui pèsent sur le dossier grec.
Du côté du business le seul fait marquant est la décision, enfin prise par l’état de faire d’EDF l’actionnaire majoritaire de l’activité réacteurs d’Areva regroupée au sein d’Areva NP. Cette cession qui devrait porter sur environ 2 milliards d’euros sera accompagnée par une recapitalisation « en investisseur avisé et à la hauteur nécessaire » précise-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron. Areva, qui a accusé une perte de 4,8 milliards d’euros sur l’exercice 2014 affiche par ailleurs un endettement de 5,8 milliards. Les banquiers estiment qu’Areva a un besoin de financement compris entre 5 et 7 milliards d’euros d’ici à 2017.
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