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Yves de Kerdrel
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Hollande entame sa campagne présidentielle avec le soutien du PS
par Yves de Kerdrel
François Hollande bout de reprendre le combat politique. C’est ce qu’il a laissé entendre mardi dernier lors d’un meeting à Carcassonne devant 900 sympathisants PS en faisant référence à son discours du Bourget. La large victoire de la motion A défendue par Jean-Christophe Cambadélis lui permet d’avoir le soutien du Parti socialiste et de marginaliser les frondeurs.
Après une séquence où François Hollande a multiplié les déplacements à l’étranger de manière à parfaire sa stature de Chef d’Etat, notamment depuis la grande manifestation du 11 janvier, désormais l’agenda du Président de la République est davantage ponctué de déplacements en province et de rencontres avec les français. Mardi dernier il a vraiment fait son retour sur la scène politique non pas en tant que chef d’état mais en tant que chef de parti ou plutôt que candidat à la présidentielle de 2017. C’était à Carcassonne dans une région encore bien acquise à la gauche et devant un parterre de 900 militants du PS.
Pendant soixante-dix minutes de discours François Hollande a fait référence, pour la première fois depuis 2012 à son discours du Bourget, très éloigné de la ligne sociale-libérale actuelle avant de dresser le bilan de son action à l’Elysée. Ses allusions à Nicolas Sarkozy – jamais cité – étaient limpides et ses attaques contre le Front national rituelles. Jamais, dit-on dans l’entourage du Chef de l’Etat, on n’a autant senti chez lui une sorte de démangeaison présidentielle. L’entourage de François Hollande n’avait fait aucune retape avant ce discours que certains conseillers ont pourtant qualifié de moment important du quinquennat une fois qu’il a été prononcé. Ne pas créer d’attente a priori, créer la surprise a posteriori, c’est ce qui semble présider à la communication officielle autour de Hollande depuis quelques semaines.
LE CONGRES DE POITIERS DEMINE
Dans ce contexte les votes internes au PS qui se sont déroulés jeudi dernier sur les différentes motions qui seront discutées au Congrès de Poitiers ont été suivis de très près à l’Elysée. C’est déjà François Hollande lui-même qui avait convaincu Martine Aubry de ne pas déposer de motion et de rejoindre celle e Jean-Christophe Cambadélis. C’est le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, fidèle parmi les fidèles, qui a fait le relais en permanence entre la Rue de Solferino et l’Elysée. De fait, le congrès de Poitiers, du 5 au 7 juin, devrait être un congrès sans risque réel pour le président de la République et son premier ministre. Les résultats du vote militant les installent comme majoritaires au PS, même si le score de la motion de la direction du parti n’est pas écrasant.
L’avenir de Manuel Valls n’est pas lié, pour sa part au rendez-vous du Congrès de Poitiers. Conforté depuis l’été 2014 par le chef de l’Etat sur le fait qu’il resterait à Matignon jusqu’à la fin du quinquennat, le premier ministre a vu en outre s’éloigner la concurrence du président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, envoyé en sauveur du PS aux régionales en Ile-de-France. Néanmoins pour garder quelques marqueurs de gauche, l’exécutif a donné quelques gages. Faute de fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG, réclamée par les différentes motions, Stéphane Le Foll et Michel Sapin ont lancé le chantier de la retenue à la source, dans la foulée des propositions faites en ce sens par François Hollande lors de la campagne de 2012.
DEFIANCE DES MILITANTS DE BASE
Les militants socialistes ne sont donc pas des frondeurs. La motion A portée par Jean-Christophe Cambadélis et soutenue par le gouvernement a remporté le premier tour du congrès jeudi 21 mai avec un score supérieur à 60 %, selon les chiffres de la direction du PS communiqués vendredi matin et non encore validés. Elle devance la motion B de Christian Paul (sous la barre des 30 %), la motion D de Karine Berger (entre 9 % et 10 %), et la C de Florence Augier (entre 2 % et 3 %). Pour valider complètement sa victoire, l’actuel patron du PS doit encore passer par un vote jeudi 28 mai, sur le poste de premier secrétaire, pour lequel il sera opposé à Christian Paul. Mais les résultats du vote sur les motions laissent peu de place au doute.
Jean-Christophe Cambadélis, qui s’est beaucoup rapproché de François Hollande ces dernières semaines va avoir désormais les coudées franches pour réorganiser l’appareil à sa main. La tâche paraît immense à regarder la participation lors de ce premier tour. La direction a bien tenté de se féliciter du bon score en pourcentage, environ 55 %, qui correspond à celui du congrès de Toulouse en 2012. Mais entre les deux échéances, quelque 40 000 adhérents ont déserté le parti. Jeudi soir, moins de 75 000 militants se sont déplacés aux urnes. Ce qui est tout de même un signe de défiance non négligeable à l’égard des instances en place.
PLAIDOYER DE VALLS POUR LE NUCLEAIRE
Paradoxalement, au même moment était l’invité à Munich de la fondation BMW et de l’institut Ifo qui ne sont ni l’un ni l’autre à gauche. Le Premier Ministre a pu y assumer son penchant social-démocrate, utilisant des termes peu orthodoxes, notamment à la veille du congrès du Parti socialiste. Durant trente minutes, Manuel Valls a défendu son bilan, mais a également dressé un portrait sans complaisance de la France. Un pays où, « depuis vingt ans, tout le monde a manqué d’un regard lucide sur le monde », droite et gauche confondues, même si, « étonnamment, c’est sous des gouvernements conservateurs de droite que le retard a été pris ». Selon lui, Jacques Chirac est le principal responsable du décrochage français par rapport à l’Allemagne. « Contrairement à Gerhard Schröder », l’ancien président n’a pas profité du non-respect du pacte de stabilité en 2003 pour réformer l’économie française.
Avant lui, Hans Werner Sinn, président de l’Ifo, s’était abrité derrière des graphiques pour critiquer la France. Dépenses publiques trop élevées, manque d’innovation, déclin de l’industrie… Le bilan était sans complaisance. Manuel Valls s’est appuyé sur le bon chiffre de la croissance au premier trimestre (0,6 %) pour affirmer que les réformes commencent à produire leurs effets. Selon lui, depuis 2012, le coût du travail est contenu, le taux de marge des entreprises est en forte progression au premier semestre et les investissements directs étrangers ont bondi de 8 % en 2014, après trois années de stabilité. Sur le plan industriel, il a surtout prononcé un vigoureux plaidoyer en faveur du nucléaire, qui reste « plus que jamais une filière d’avenir ». Des propos qui n’ont guère étaient relayés à Paris.
REBSAMEN POUSSE SES PIONS
Dans le même fil social-libéral, François Rebsamen à continuer d’enfoncer un coin cette semaine concernant le contrôle des chômeurs et le degré d’indemnisation. Toucher plus de 6 000 euros par mois d’allocation-chômage, c’est peut-être un peu trop, a-t-il suggéré sur RMC et BFM-TV, laissant ainsi ouverte la possibilité de baisser le plafond de l’indemnisation des chômeurs. D’après l’Unédic, 880 personnes percevaient l’allocation maximale fin 2013, soit 6 273 euros net mensuels. Ils représentaient 0,02 % des bénéficiaires et 0,23 % des dépenses d’allocation, pour un montant de 66,2 millions d’euros. Dans l’hypothèse, par exemple, où le plafond serait ramené de 6 000 à 4 000 euros, cette somme serait réduite l’Unedic pourrait faire une économie annuelle de 257 millions.
Le ministre du travail, qui n’arrête pas d’afficher des propos transgressifs par rapport à la doxa de gauche sur le chômage est intervenu dans un contexte de durcissement des conditions faites aux chômeurs. En début de semaine Pôle emploi avait annoncé la mise en place un nouveau dispositif de contrôle des chômeurs pour s’assurer qu’ils cherchent bien un emploi. Il s’agit de les empêcher de s’enkyster dans le chômage de longue durée selon le gouvernement, mais beaucoup à gauche et parmi les syndicats y ont une « répression à l’encontre de victimes du système ».
SARKOZY ASEPTISE POUR RASSEMBLER
A droite l’heure est à la dernière ligne droite avant le congrès du 30 mai à la Vilette. Et le mot d’ordre reste le rassemblement au point d’aseptiser toutes les prises de parole. Depuis son retour à la tête de l’UMP fin novembre, Nicolas Sarkozy se rêve en chef d’une famille rassemblée, sans sectes, ni chapelles, et en pacificateur d’une formation traumatisée par les duels. Un atout dont il compte se servir plus tard, par exemple au moment de dévoiler ses ambitions personnelles. Mardi dernier, les dirigeants de l’UMP ont ainsi validé à l’unanimité la liste du prochain bureau politique qui sera soumise au vote des militants, les 28 et 29 mai avant le congrès de refondation.
Une liste qui démontre un subtil art de la synthèse digne des grandes heures du Parti Socialiste. Nicolas Sarkozy a bien sûr conservé dans cette instance de décision ses fidèles, notamment Brice Hortefeux, Henri Guaino et Nadine Morano, tout en faisant revenir des personnalités comme la députée européenne Rachida Dati ou son ami le sénateur Pierre Charon. Mais il a bien fallu intégrer les proches des ténors. Bruno Le Maire a réussi à intégrer Delphine Bürkli ou le maire de Reims, Arnaud Robinet, tout en conservant ses fidèles, les députés Laure de La Raudière, Thierry Solère et Franck Riester. Alain Juppé renforce, lui, ses troupes avec la nomination de Fabienne Keller, d’Hervé Gaymard ou de Benoist Apparu, qui rejoignent le maire du Havre, Edouard Philippe. Xavier Bertrand et François Fillon conservent, eux, leurs soutiens.
LE DEFI DE VALERIE PECRESSE
Il a fallu faire de la place à ces nouveaux et Nicolas Sarkozy ne voulait surtout pas se mettre à dos les anciens membres. Il a donc décidé de créer des nouvelles catégories d’appartenance. Outre les membres de droit (anciens premiers ministres, président du Sénat), le nouveau bureau politique est désormais constitué de quatre collèges (parlementaires, élus locaux, représentants des fédérations et membres invités). Ce qui a permis à Nicolas Sarkozy de recaser des personnalités comme Eric Ciotti ou Patrick Ollier et Bernard Accoyer.
La droite s’active aussi concernant les régionales. C’est notamment le cas en Ile de France depuis que Valérie Pécresse a appris que son opposant sera Claude Bartolone et non Jean-Paul Huchon l’actuel patron de la région. L’actuel président de l’Assemblée Nationale est considéré comme un concurrent sérieux car il va pouvoir tenter de faire croire qu’il est vierge du mauvais bilan de la gauche à la région. Pas question pour autant, pour Valérie Pécresse de changer son fusil d’épaule. La campagne a été découpée en trois séquences : critique du bilan de la gauche à la région, immersions dans la société francilienne, puis tournée de présentation du projet. En revanche il lui faut vite construire une alliance avec la candidate UDI, Chantal Jouanno. Ce sera peut-être long, mais cela devrait se faire.
JUPPE PASSE LA SEBILE A LONDRES
Quant à Alain Juppé il s’est rendu cette semaine à Londres, notamment pour y chercher des financements. Il est venu voir s’il ne pouvait pas convaincre quelques-uns des hommes et femmes d’affaires français de Londres de mettre la main à la poche. Une réunion d’une centaine de « happy-few » a été organisée. La liste des présents n’a pas été dévoilée. Il s’agissait notamment de certains membres de la chambre de commerce française et de personnalités proches des conseillers du commerce extérieur. Avec 150 000 Français vivant en Grande-Bretagne, selon le Bureau britannique des statistiques (le double selon l’ambassade de France), la masse électorale ne peut plus être délaissée par les candidats.
Du côté des entreprises, l’heure n’est plus aux manœuvres dans les télécoms. Martin Bouygues nous a fait savoir d’une part qu’il n’était pas vendeur et d’autre part qu’il était furieux des offres de rachat que lui faisait passer Patrick Drahi. Il a reçu le soutien d’un Emmanuel Macron de plus en plus interventionniste. Dans un entretien aux « Echos » de vendredi 22 mai, le ministre affirme que l’heure n’est pas à la concentration entre opérateurs mais à l’investissement. Il y a tout juste un an Arnaud Montebourg, au même poste invitait avec insistance Bouygues Telecom à se marier avec un autre opérateur. Voilà de quoi rendre encore moins lisible la politique industrielle d’Emmanuel Macron.
DRAHI TOUJOURS PLUS GROS
De fait, la donne a changé pour Altice, la maison mère de Numéricâble-SFR. Le groupe de Patrick Drahi a annoncé, le 20 mai, l’acquisition de 70 % du capital de l’américain Suddenlink, valorisé un peu plus de 9 milliards de dollars. Ce rachat venant s’ajouter à ceux de SFR, Virgin Mobile et Portugal Telecom, gonfle un peu plus l’endettement du groupe et rend plus complexe une nouvelle acquisition en France. D’autant que l’on prête à Altice l’intention de s’attaquer aussi à Time Warner Cable, le deuxième acteur américain du secteur.
Sur un tout autre plan c’est Pierre Valentin, l’actuel président du conseil de surveillance de la Caisse d’épargne de Languedoc-Roussillon, qui a été élu à la présidence du conseil de surveillance du groupe BPCE dans la foulée de l’assemblée générale du groupe, dirigé par François Pérol. Cette fois-ci c’étaient les dirigeants des Caisses d’épargne qui étaient appelés à désigner le candidat au nom de tout le groupe, en vertu des règles en vigueur – le précédent l’avait été par les Banques populaires. Cette nomination revêt un caractère tout particulier, alors que la cabale menée contre François Pérol par certains barons du groupe pourrait grossir à l’approche de son procès en correctionnelle qui doit démarrer le 22 juin.
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