WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Sarkozy revient sans moyens, sans talents et sans idées
par Yves de Kerdrel

Après sa tournée aux Antilles, à Cuba et Haïti François Hollande a retrouvé en France la pagaille créée par la réforme du collège chère à Najat Vallaud-Belkacem. Avant la journée de grève des professeurs prévue ce lundi, celle-ci a entamé un léger rétropédalage. Mais actuellement, c’est surtout Emmanuel Macron qui focalise les agacements de la gauche, comme des patrons, pour son double langage, mi-libéral, mi-colbertiste.

17/05/2015 - 07:27 Temps Lecture 12 mn.

Il ne reste plus que treize jours à Nicolas Sarkozy pour préparer le congrès qui doit enterrer l’UMP et donner naissance aux Républicains. Même si in fine, le grand raout du 30 mai à la Villette sera un grand succès en termes de communication et de ravalement de façade, la réalité est bien plus complexe que cela. D’abord parce que cette transformation de l’UMP se fait sans aucun moyen financier. Le nouveau parti est exsangue. Au point que Nicolas Sarkozy voit discrètement les patrons des banques créancières afin de reporter un certain nombre d’échéances. L’opération du 30 mai ainsi que tout ce qui est lié au changement de nom devrait coûter au maximum un million d’euros.

Ensuite il y a un problème de talents. Nicolas Sarkozy travaille avec une équipe resserrée Rue de Vaugirard composée d’Eric Schahl son ancien conseiller parlementaire à l’Elysée, Véronique Waché pour la communication et son ami d’enfance Frédéric Péchenard pour faire tourner la boutique. Mais concernant les idées il y a peu de monde. Pierre Giacometti travaille sur les tendances d’opinion avec une ligne plutôt progressiste. Camille pascal, la plume, contrebalance avec une ligne plus droitière. En matière économique Sébastien Proto est consulté, mais de façon très aléatoire. En fait Nicolas Sarkozy ne veut pas plonger les mains dans un éventuel programme avant janvier 2016. Sa priorité c’est de gagner les régionales. Si bien que d’ici là son discours va se limiter à attaquer François Hollande.

L’EPINE DANS LE PIED DE LA PARITE

L’ancien Chef de l’état reporte aussi la définition de son futur corpus doctrinal à l’année prochaine par facilité. Car il ne veut pas encore choisir entre une ligne très droitière qu’attendent la majorité des sympathisants de l’actuelle UMP et une ligne plus « acceptable » qui lui permette d’agréger le million de voix nécessaire pour gagner la primaire. Ce qui priverait Alain Juppé d’espace politique. Mais tout cela est faire fi de l’émergence d’un homme qui ne s’est pas encore déclaré candidat pour la primaire : Bruno Le Maire et qui pourrait bien bousculer le jeu à la fois au niveau des scores des uns et des autres et au niveau des idées. Car l’ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin est totalement désinhibé sur un certain nombre de question sociétales qui préoccupent la frange la plus à droite du parti.

A côté de cela Nicolas Sarkozy se heurte à une question pratique : celle de la parité. NKM qui a travaillé sur les statuts et a fait inscrire en gras ce concept de la parité en surveille mordicus l’application. Or le congrès du 30 mai devra élire une liste de 80 membres de la nouvelle commission exécutive où il semble plus facile de satisfaire les entourages des différents ténors que de trouver le bon nombre de femmes. Ce sujet ajouté à l’apprentissage de la démocratie directe avec le vote des militants sur le nouveau nom du parti constituent actuellement les deux soucis pratiques de l’ancien président de la République.

LES MENACES DE JULIEN DRAY

A gauche, le climat est actuellement miné par la réforme du collège et celle des programmes élaborées par Najat Vallaud-Belkacem. Julien Dray a fait peur à François Hollande en lui indiquant que cette réforme allait mettre dans les rues un million de collégiens et de lycéens. Pour l’heure la ministre doit affronter sa première grève demain. On estime que 80 % des professeurs devraient manifester leur mécontentement. Certains parlent même d’une véritable « cassure » comme celle qu’ils avaient connue à l’époque où Claude allègre avait parlé du « Mammouth ». C’est dire !

De fait François Hollande a demandé d’une part à sa ministre de montrer des signes d’apaisement. Ce qui n’est guère dans son style. D’où un mini rétropédalage annoncé sur les langues anciennes qui n’a pas eu grand effet. D’autre part le Chef de l’Etat a demandé à ses ministres de faire bloc avec cette réforme et de soutenir Najat Vallaud-Belkacem quitte à utiliser l’argument – assez pauvre – de ses origines. Un argument sur lequel la gauche se rassemble vite mais qui finit par être éculé après avoir tant servi pour protéger Christiane Taubira.

UNE CROISSANCE ENCORE FRAGILE

En revanche la plupart des éléphants du parti et du gouvernement sont montés au créneau pour saluer les chiffres de la croissance au premier trimestre. La croissance de 0,6 % qu’a connue la France au premier trimestre fait de l’Hexagone un bon élève de ce début d’année. Et pour Michel Sapin, le ministre des Finances, la prévision du gouvernement de 1 % de croissance cette année est désormais un plancher. Mais toute la question est de savoir si la reprise qui s’amorce va durer et à quel rythme va croître l’économie au cours des prochains trimestres.

Ce bon chiffre est d’abord dû à la consommation des ménages qui a augmenté de 1,4 % sur les trois premiers mois de l’année. Par ailleurs, la production manufacturière a progressé de 1,3 % au premier trimestre. A l’inverse, l’investissement des entreprises ne repart toujours pas puisqu’il n’a grimpé que de 0,2 %, plombé par la construction. Les destructions d’emplois (– 13.500 en trois mois) sont encore trop nombreuses. Et surtout les importations, en hausse de 2,3 %, augmentent plus vite que les exportations qui n’ont progressé que de 0,9 %.

LES RETARDS DE LA LOI MACRON

Pour l’heure, aucune conclusion ne peut être tirée de ce premier indicateur de croissance. D’abord parce que la consommation des ménages reste très fragile et n’a fait l’objet que d’un rebond lié à la baisse des prix de l’énergie, qui commencent à remonter. Ensuite parce que l’investissement est toujours très bas malgré les taux d’intérêt très faibles. Or le krach obligataire qui se produit depuis deux semaines va vite renchérir les conditions bancaires et réfréner les envies de tous les industriels qui auraient pu être tentés d’investir. Il reste que cet acquis de croissance va demeurer et lève une première hypothèque sur la réalisation des objectifs budgétaires pour 2015.

Celui qui commence à concentrer toutes les crispations au sein du gouvernement, c’est Emmanuel Macron qui s’est donné beaucoup de mal pour suivre l’évolution du texte de loi qui porte son nom au Sénat. Le 3 juin, la commission mixte paritaire Assemblée-Sénat (CMP) chargée de trouver un compromis sur le texte entre les deux Assemblées se réunira au Sénat, sous la présidence du sénateur centriste de Seine-Saint-Denis, Vincent Capo-Canellas. Un accord paraît peu probable tant le texte a été amendé par la haute assemblée. Dans ce cas, il faudra retourner devant l’assemblée. Avec forcément des concessions à la gauche de la gauche. Et puis surtout beaucoup de retard. Car il faudrait une session extraordinaire du Parlement, en juillet pour adopter le texte.

LE SCALP DE PROGLIO

Il y a cinq points sur lesquels le gouvernement ne veut pas céder, explique-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron en énumérant les restrictions à l'ouverture du secteur de l'autocar, la remise en cause du service universel du permis de conduire, l'adoucissement de la réforme des professions réglementées, la possibilité pour les employeurs d'entreprises de moins de 11 salariés de décider de l'ouverture dominicale sans l'accord des salariés et la question des seuils qui fait l'objet de discussions avec les partenaires sociaux. C’est sans doute pour permettre de tenir bon sur ces cinq points qu’Emmanuel Macron a décidé de quitter ses habits de libéral pour revêtir ceux de colbertiste n’hésitant pas à cogner du patron.

S’il s’est heureusement montré conciliant sur l’affaire de la retraite-chapeau de Philippe Varin il a marché dans les pas d’Arnaud Montebourg concernant la vente de Daily Motion. Puis on l’a vu dans son bras de fer avec Renault avec à la clé une piteuse affaire d’equity swap utilisée avec les yeux fermés de l’AMF. Désormais c’est Air France qui connaît la même volonté de l’état actionnaire de se renforcer. Mais le plus curieux a été le bras de fer avec Henri Proglio. Alors que cela fait dés mois que le Ministre n’ignore rien des liens de l’ancien patron d’EDF avec le russe Rosatom. La volonté de se passer de lui a fait, du coup, voler en éclats le pacte conclu avec la famille Dassault, et a fait apparaître Emmanuel Macron comme un revanchard brutal. Même s’il a agi dans ce dossier avec le blanc seing de Jean-Pierre Jouyet et de François Hollande.

EDF FUTUR ACTIONNAIRE D’AREVA NP

Concernant les affaires, deux grands dossiers sont aujourd’hui ouverts. D’une part celui du sauvetage d’Areva. Selon les informations de WanSquare le schéma définitif devrait être connu d’ici dix jours. Avec comme point d’orgue de ce dossier la reprise de l’ex-Framatome (aujourd’hui Areva NP) par un consortium détenu à 51 % par EDF. Le reste du capital serait réparti entre les mains d’Areva, de fonds d’investissement et d’investisseurs étrangers. Cette opération devrait constituer le principal apport de cash pour la recapitalisation du leader du nucléaire. De fait Areva se retrouverait recentré sur l’ex Cogema et donc sur toute la partie du cycle du combustible.

L’autre grand dossier est la très probable cession de Bouygues Telecom en dépit des dénégations de son patron dans le Figaro de samedi. Le troisième opérateur souffre beaucoup en termes de conquête de nouveaux clients. Des discussions ont eu lieu à la fois avec SFR-Numericable et avec Free. Mais il semble que le deal soit plus aisé avec le groupe de Xavier Niel en raison des doublons sur les fréquences. En revanche il n’est pas certain que Martin Bouygues qui espérait vendre sa filiale 8 milliards d’euros obtienne ce montant. D’autant que Free est en position de force après les bons chiffres du premier trimestre. Le quatrième opérateur s’est imposé en début d'année comme le premier recruteur de nouveaux abonnés dans le mobile avec 420.000 clients supplémentaires.

BOULEVERSEMENTS DANS LA DISTRIBUTION

Par ailleurs comme cela était attendu, après leur rapprochement en matière de centrale d’achats Auchan et Système U réfléchissent à mettre en place une structure de gouvernance commune, au sein de laquelle des représentants des deux groupes pourront se rencontrer et prendre des décisions. Cela signifie, pour les achats, que Système U associé au sein de la centrale d’achat Eurauchan. Les magasins Hyper U pourraient par ailleurs changer d’enseigne et adopter celle d’Auchan, quand les Simply Market du groupe de la famille Mulliez passeraient sous franchise Super U.

Ce mouvement est une conséquence directe d’une disposition de la loi Macron visant à asphyxier à moyen terme les groupes coopératifs de distribution. Certes, le Sénat a confirmé le 10 avril dernier la suppression de cette disposition de la loi Macron qui prévoyait une limitation des contrats à 9 ans et l’interdiction de leur reconduction tacite. Mais les distributeurs ne se font pas d’illusion sur le fait que cet amendement sénatorial ne résistera pas à une seconde lecture par les députés. C’est ce qui explique que Système U ait anticipé l’impact négatif de cette disposition en s’adossant à Auchan.

Reste maintenant le cas des Centres Edouard Leclerc qui comptent 600 adhérents coopérateurs et qui réalisent pas moins de 43 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Selon les informations de WanSquare, le groupe dirigé par Michel-Edouard Leclerc pourrait choisir d’expatrier sa structure de tête en Belgique ou de préférence en Italie afin d’échapper à ce couperet insupportable de la Loi Macron. Si tel était le cas, cela pourrait ternir encore davantage l’activisme pas forcément positif du Ministre de l’Economie.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / François Hollande plombé par la réforme du collège

10/05/2015 - 07:56

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Hollande au plus bas pour l’anniversaire de son élection

03/05/2015 - 07:54