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Hollande au plus bas pour l’anniversaire de son élection
par Yves de Kerdrel

En dépit de sa nouvelle stratégie de communication et de ses efforts pour marginaliser Manuel Valls, François Hollande vient de voir sa cote de popularité retomber à 16 %, alors qu’il s’apprête à fêter le troisième anniversaire de son élection. A droite l’heure est à la préparation active du congrès du 30 mai, qui donnera le top départ de la bataille des idées et ensuite des primaires.

03/05/2015 - 07:54 Temps Lecture 11 mn.

En dépit des efforts de Gaspard Gantzer pour rénover l’image de François Hollande, rien n’y fait. La cote de popularité du Chef de l’État retombe toujours à son pus bas niveau. Les Français continuent, dans une écrasante majorité (82 %), à douter de sa capacité à résoudre les problèmes qui se posent au pays. Ils ne sont plus que 16 % à lui faire confiance, selon un sondage Sofres réalisé pour le Figaro Magazine. Ce qui correspond à trois points de plus, seulement, que son plancher le plus bas de novembre dernier. Et pourtant, depuis plusieurs mois, le Président et son gouvernement expliquent aux Français que la croissance est là, que les indicateurs économiques virent au vert, à commencer par la baisse du prix du pétrole, celle de l'euro et enfin des taux d'intérêt.

À quelques jours du troisième anniversaire de son accession à l'Élysée, cette nouvelle rechute est inquiétante pour celui qui a déjà l'œil rivé sur 2017. D'autant qu'une étude Opinionway pour Le Figaro réalisée mi-avril a montré que, si l'élection présidentielle avait lieu maintenant, François Hollande ne serait pas qualifié pour le second tour, atteignant tout juste 16 %. Le Président sortant arriverait loin derrière Nicolas Sarkozy (28 %) et Marine Le Pen (26 %) ou, selon la seconde hypothèse, Alain Juppé (29 %) et Marine Le Pen (32 %). Mais le plus instructif dans cette étude vient du score de Cécile Duflot : 2 %. Ce n'est donc pas la candidature de l'élue écologiste qui pourrait aujourd’hui priver le chef de l'État d'un second tour. Ni même Jean-Luc Mélenchon, qui dépasse les 10 %. Ce n'est pas davantage la dispersion des voix de gauche qui empêcherait François Hollande de faire un second mandat, mais simplement sa propre candidature qui ne séduirait pas assez le peuple de gauche pour lui permettre de défendre ses chances au second tour.

SI LE PEN ETAIT ABSENTE DU SECOND TOUR

A l’Élysée, l’un de ses plus fidèles conseillers, Bernard Poignant, l’ancien Maire de Quimper qui pond plusieurs fois par semaine des notes pour le Chef de l’État en a récemment faite une qui démonte tous les schémas établis. Il y explique que la prochaine présidentielle fera apparaître trois candidats à 20 % chacun, François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Ce qui est intéressant, c’est que pour la première fois un responsable public, réputé pour bien connaître l’opinion ne craint pas d’émettre l’idée que Marine Le Pen ne sera pas automatiquement au second tour. Alors qu’à droite comme à gauche toutes les stratégies présidentielles étaient jusqu’à présent effectuées en fonction de cette hypothèse. A droite Bruno Le Maire également est convaincu que Marine Le Pen ne figurera pas au second tour.

Il faut dire que le Front National donne une telle image de lui-même actuellement, et fait davantage parler de lui par ses divisions internes que par sa dynamique éventuelle. De surcroit si cette semaine le bureau politique exclut, réprimande ou sanctionne Jean-Marie Le Pen, celui-ci n’hésitera pas à pratiquer la politique de la terre brulée au cours des deux prochaines années afin d’empêcher sa fille d’être au second tour d’une présidentielle, comme lui l’avait été en 2002.

SARKOZY VA S’ADRESSER AUX MILITANTS

Nicolas Sarkozy qui est rentré du Cap Nègre hier après deux semaines de coupure va entamer un mois de mai intense, notamment en communication de manière à ce que le congrès du 30 mai se déroule dans les meilleures conditions et de manière à limiter les voix dissonantes. Il est d’ores et déjà question d’une lettre aux militants qui justifierait la nouvelle appellation du parti et reviendrait sur tout le travail accompli au cours des cinq mois écoulés. Après l’important succès des élections départementales, l’ancien Président veut à tout prix réussir les deux prochaines étapes: la refondation du parti et, surtout, les élections régionales 2015 du mois de décembre.

Jeudi dernier, Nicolas Sarkozy a lancé la mobilisation générale pour les élections régionales depuis la ville de Nice, lors d'un meeting de soutien à Christian Estrosi, tête de liste fraîchement désignée en Paca. La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur est l'un des deux secteurs clés de la prochaine bataille électorale, avec la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où Marine Le Pen n'a pas encore fait connaître ses intentions. Dans ces deux régions dirigées par le Parti socialiste, le FN affiche des ambitions élevées et rêve de victoire. Comme pour les élections départementales, l'UMP veut se présenter unie devant les électeurs avec ses partenaires du centre, de l'UDI au MoDem.

PECRESSE ATTEND LE RALLIEMENT DE JOUANNO

Nicolas Sarkozy veille lui-même aux investitures de manière à faire en sorte que ses alliés du centre soient bien traités. Trois régions sont encore en cours de négociation. La première est la Normandie, où Hervé Morin, candidat de l'UDI, a de fortes chances d'obtenir la tête de liste. Dans la région Centre, c'est Philippe Vigier qui pourrait obtenir le leadership d'une ligne d'union, au détriment de l'UMP Guillaume Peltier, dont le positionnement est jugé moins compatible avec la sociologie électorale de cette région. En revanche, le patron de l'opposition n'est pas encore décidé pour la Bourgogne-Franche-Comté. Sont en lice Alain Joyandet pour la droite et François Sauvadet pour le centre.

Reste le cas de l'Île-de-France où le travail de fond conduit par Valérie Pécresse pourrait finalement porter ses fruits et entraîner le retrait de la candidate UDI Chantal Jouanno, soutenue par le président de son parti, Jean-Christophe Lagarde. Nicolas Sarkozy, dans tous les cas, joue la carte de l'union avec l'UDI. Et il entend monnayer d'éventuelles concessions au parti centriste par un engagement discret de la part de l'UDI en faveur d'une participation à la primaire présidentielle. Car un candidat du centre droit prendrait des voix à Alain Juppé, qui reste pour le moment le principal concurrent de Nicolas Sarkozy.

JUPPE CHERCHE DE L’ARGENT

Car si l’ancien Président ne craint plus la candidature de François Fillon à a primaire de 2016, il voudrait tout faire en sorte pour marginaliser Alain Juppé. Pour cela il va droitiser son discours et pousser un Bruno Le Maire ou une NKM à se présenter, de manière à affaiblir le score du Maire de Bordeaux. Ce dernier était à New York, jeudi dernier, pour récolter des fonds de campagne auprès de sympathisants français. A ces fins de financement, un déjeuner privé avec une dizaine de soutiens importants, était prévu vendredi au restaurant Rainbow Room du Rockefeller Center, à Manhattan, selon son entourage.

La semaine passée François Hollande a réglé, comme cela était attendu la question des crédits militaires. Pour 2015, les 31,4 milliards d’euros prévus en loi de finances sont sanctuarisés. Pour les quatre années suivantes, 3,8 milliards d’euros de crédits supplémentaires vont être dégagés. Il s’agit de crédits budgétaires, ce qui signifie que cet effort ne reposera pas sur d’aléatoires ressources exceptionnelles. Il sera donc supporté par le budget de l’État. Sur les 3,8 milliards d’euros qui viennent conforter son budget, la défense en consacrera 2,8 aux opérations de protection, pour le recrutement, l’infrastructure et le fonctionnement, et 1 milliard pour les matériels et les investissements.

BON ACCORD SUR ES CREDITS MILITAIRES

A Bercy, on juge que le montant de 3,8 milliards est parfaitement raisonnable et sera compensé dans les autres ministères. En fait, selon les informations de WanSquare, les lettres de cadrage que Matignon vient de leur envoyer anticipaient la rallonge accordée à la défense. En ce qui concerne les 2,2 milliards d’euros qui faisaient défaut au budget 2015, ils seront inscrits au projet de loi de finances rectificative de fin d’année. Le recours aux sociétés de projet étant abandonné, les crédits seront débloqués au fil des commandes.

Pour les quatre années suivantes, la rallonge de 3,8 milliards d’euros – qui sera inscrite dans le projet de loi de programmation militaire révisé présenté en conseil des ministres le 20 mai – est d’autant plus « raisonnable » qu’elle est étalée dans le temps. En fait, sur les 3,8 milliards, les deux tiers sont programmé après la fin du quinquennat : 1 milliard en 2018 et 1,5 milliard en 2019. Pour les deux années à venir, les crédits alloués ne seront que de 600 millions d’euros en 2016 et 700 millions en 2017.

COUP DE FORCE REUSSI CHEZ RENAULT

Comme chacun pouvait s’y attendre la semaine a été marquée en France par une nouvelle hausse des chiffres du chômage qui ont atteint un record historique au delà de 3,5 millions de sans-emploi. Ce qui signifie qu’en l’espace de trois ans, François Hollande aura créé 200.000 chômeurs de plus que son prédécesseur au cours de son quinquennat. Bien sûr la tendance statistique est à l’amélioration avec un nombre de demandeurs d’emploi supplémentaires qui avoisine désormais 3.000 chaque mois, soit quatre fois moins qu’il y a un an. Le problème, c’est que le nombre de plans sociaux repart à a hausse. En outre le chômage de longue durée, dont François Hollande a fait en juillet 2014 une cause nationale, continue de suivre une impitoyable progression. La durée moyenne d’inscription atteint désormais 286 jours.

Du côté des affaires, l’état a réussi son coup de force chez Renault lors de l’assemblée du 30 avril. Le texte, qui accorde des droits de vote double à tout actionnaire présent au capital depuis plus de deux ans, a donc été avalisé avec un score de 60,53 % pour la fameuse résolution. Par ailleurs, le vote sur la rémunération de M. Ghosn, 7,2 millions d’euros au titre de 2014. n’a recueilli que 58 % de votes pour. L’an passé il était de 64 % de suffrages. Ce qui n’a pas empêché les administrateurs pourtant mandatés pour représenter l’avis de l’ensemble des actionnaires de faire la politique de l’autruche. Ainsi, Marc de Lacharrière, administrateur présidant le comité de gouvernance de Renault a déclaré : « Il n’y a aucune leçon à tirer » du mauvais score de jeudi sur le say on pay.

LE SACRE DE MATTHIEU PIGASSE

La deuxième actualité importante a été l’annonce de la cession de Norbert Dentressangle, l’une des plus importantes entreprises françaises de transport et de logistique, pour 3,24 milliards d’euros à l’américain XPO, une société de logistique basée à Greenwich dans le Connecticut. Ce prix comprend une reprise de dette d’une valeur de 1,08 milliard d’euros. La société américaine s’est engagée, à ne pas supprimer de postes en France pendant une période de dix-huit mois.

Enfin Matthieu Pigasse, le patron de Lazard à Paris, s’est vu offrir de nouvelles responsabilités mondiales, en plus du conseil aux gouvernements qu’il pilote depuis la France. Le banquier a été nommé à la tête des fusions-acquisitions au niveau mondial, une fonction créée pour lui, en fonction d’une nouvelle organisation du conseil, selon un communiqué publié par Lazard jeudi dernier. La maison du boulevard Haussmann a pris la tête des classements de fusions-acquisitions en France l’an dernier, avec la reprise des grandes manoeuvres comme d’Alstom-GE, bouclant pour 127 milliards de dollars de transactions sur l’année.

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