WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
Pendant que l’Elysée ne fait rien, les affaires reprennent
par Yves de Kerdrel

Comme les français pourront en témoigner aujourd’hui sur Canal + où François hollande fêtera le troisième anniversaire de son élection, le Chef de l’Etat a décidé de ne plus bouger et de ne s’atteler qu’au rassemblement des forces de gauche dans la perspective de la présidentielle. Pendant ce temps les affaires semblent reprendre légèrement sur fond d’une croissance revue en hausse par le FMI.

19/04/2015 - 07:51 Temps Lecture 13 mn.

Désormais, ce qui n’était que rumeur est devenu public. Si les militants le votent lors du congrès du 30 mai prochain, l'Union pour un mouvement populaire cessera d'exister pour laisser la place aux «Républicains». Et cela en dépit des réserves de quelques ténors du parti comme Hervé Mariton ou Bruno Le Maire. Brice Hortefeux a également laissé transparaître quelques réserves. De même qu’Alain Juppé. Mais ce changement de nom n’est que la partie émergée de l’iceberg que constitue la réforme des statuts de la droite gouvernementale, que Nathalie Kosciusko-Morizet a préparée depuis deux mois.

Cette réforme prévoit moins de centralisme et davantage de démocratie interne à tous les étages du parti. Désormais, les investitures, le programme ou les orientations seront systématiquement soumis au vote des militants. Ce texte des nouveaux statuts a été examiné en détail mardi dernier à l’occasion d’un bureau politique. Mais tous les membres de cette instance ont la possibilité de l’amender dans les jours prochains, puisque la validation définitive n’interviendra que lors du bureau politique du 5 mai prochain.

LE CADEAU FAIT A ESTROSI

Deux jours après ce premier examen des nouveaux statuts, François Fillon a choisi de se déclarer, une nouvelle fois candidat à la primaire de l’UMP, et toujours dans le Point, propriété de François Pinault, et journal très anti-sarkozyste. Avec le maire de Bordeaux Alain Juppé, le maire de Saint-Quentin et député de l’Aisne Xavier Bertrand et le député des Alpes-Maritimes et maire de Nice Christian Estrosi, François Fillon est la quatrième personnalité politique à faire acte de candidature. S’il a déclaré vouloir aller jusqu’au bout, cette annonce n’a pas vraiment marqué les esprits. Elle n’a fait l’objet d’aucune reprise particulière dans les grands médias audiovisuels. Comme si l’ancien Premier Ministre de Nicolas Sarkozy était sorti des radars.

Par ailleurs l’actualité de l’UMP est toujours marquée par les investitures pour les élections régionales. Comme nous l’annoncions dimanche dernier, c’est bien Christian Estrosi qui a été jugé le mieux à même d’affronter Marion Maréchal Le Pen en PACA. En revanche il y a eu deux surprises majeures. D’une part le choix de la juppéiste Virginie Calmels pour la grande région Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin, dont la capitale sera Bordeaux ; même s’il reste à régler des détails formels car la commission d’investiture s’est aperçue que l’ancienne présidente d’Endemol n’avait pas sa carte de l’UMP. Par ailleurs le très sarkozyste Guillaume Peltier devrait être chef de file de l’UMP en région Centre, alors qu’il n’a pas vraiment de légitimité territoriale. Ce qui n’empêchera pas l’investiture de l’UDI Philippe Vigier.

AMBIANCE TENDUE A GAUCHE

Après avoir assisté aux obsèques du tennisman Patrice Dominguez, Nicolas Sarkozy est parti rejoindre sa famille en vacances pour une semaine de repos, mais aussi un peu de travail en termes de programmatique. Car si le Parti est désormais remis en ordre, si la paix des braves est faite, notamment autour des modalités de la primaire, personne ne connaît exactement quel sont les propositions de la droite pour une éventuelle alternance, mais aussi sur des grands sujets sociétaux ou mondiaux, comme l’avenir de l’Europe, de la zone euro et même le Proche-Orient après l’accord historique conclu avec les iraniens. Le président des « Républicains » sera très attendu le 30 mai prochain sur tous ces sujets.

Du côté du Parti Socialiste, l’heure est aussi à la préparation d’un Congrès dont beaucoup redoutent qu’il ne permette pas un vrai débat après la curieuse manière dont Martine Aubry a finalement rallié la motion principale déposée par Jean-Christophe Cambadélis. Du coup l’ambiance s’est quelque peu tendue à gauche au cours des derniers jours. Christian Paul, qui défendra la motion des frondeurs, a lancé une invitation pour un vrai débat public à son principal concurrent, Jean-Christophe Cambadélis, en vue du congrès de Poitiers qui a lieu du 5 au 7 juin. Ce qui ne figure pas du tout dans les intentions du premier secrétaire du Parti Socialiste.

LA BANDERILLE DE HAMON

Christian Paul a également présenté son équipe de campagne pour les semaines à venir, de manière à montrer qu’il n’était pas si isolé qu’on le prétend à l’Elysée. Benoît Hamon, ancien ministre de l’éducation, et Emmanuel Maurel, député européen, coprésideront le collectif d’animation, sorte de parlement de la campagne où se prendront les décisions importantes. Ils incarnent les deux branches de l’aile gauche du parti. Quant à Guillaume Balas, député européen, et Jérôme Guedj, conseiller général de l’Essonne, ils seront les animateurs de la campagne. Le député frondeur Laurent Baumel dirigera pour sa part l’équipe qui a pour mission d’aller dans les territoires à la rencontre des militants pour faire émerger de nouvelles propositions. Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la culture, est chargée d’imaginer des temps forts pour la campagne aux côtés des parlementaires Pouria Amirshahi, Gaëtan Gorce, et Marie-Noëlle Lienemann.

Après Arnaud Montebourg, il y a quelques jours dans les Echos, Benoît Hamon a lancé à son tour une virulente charge contre la politique menée par l'exécutif. Dans une interview à Paris Match, l’ex-ministre de l'Éducation nationale pense pour l'heure que François Hollande sera absent du second tour de la présidentielle, en 2017. Benoit Hamon ne ménage pas ses critiques en attaquant frontalement les ministres de l'Économie Emmanuel Macron et du Travail François Rebsamen. Beaucoup attribuent ses excès de critiques à la déception de n’avoir pas été désigné comme chef de file des frondeurs. D’autant plus que le courant passe assez mal entre lui et Christian Paul.

OPTIMISME DU FMI

Du coté de l’Elysée le mot d’ordre est toujours l’attentisme. Le programme national de réforme, présenté mercredi dernier en Conseil des ministres ne comporte aucune mesure spectaculaire. Pas de réforme du marché du travail, pas davantage de mesure sur les 35 heures. À la place, le gouvernement prévoit une série d'assouplissements sur les accords de maintien de l'emploi, sur les seuils et sur les prud'hommes. En voulant impliquer le patronat et les syndicats, le gouvernement rend impossibles des réformes de rupture. Quant aux autre réformes, même passées au forceps, comme la loi Touraine, elle ne permettra pas un changement de paradigme et des économies majeures. Si l’Elysée a adopté la méthode des petits pas et opté pour l’immobilisme, c’est surtout parce qu’il a réalisé qu’il n’avait pas de majorité pour mener à bien des réformes structurelles.

Du coté de la conjoncture plusieurs signaux continuent à laisser entrevoir une éclaircie plus durable qu’espérée. A l’occasion de la publication, mardi, de ses nouvelles prévisions de croissance, le Fonds Monétaire International a maintenu à 3,5 % la hausse du Produit Intérieur Brut mondial cette année. Un niveau qui reste inchangé par rapport à ses estimations précédentes datant de janvier. La croissance soutenue aux Etats-Unis devrait se poursuivre. Le PIB devrait y progresser de 3,1% cette année et l’année prochaine. Le plus faible coût de l’énergie, la faible inflation, la moindre pression fiscale, le renforcement des bilans des entreprises et l’amélioration du marché de l’immobilier compenseront les impacts négatifs liés à un renforcement du dollar sur le marché des changes.

LA GRECE TOUJOURS FLOUE

Concernant la zone euro, le redressement semble se poursuivre, le FMI prévoyant un taux de croissance de 1,5 % cette année après 0,9 % l’an passé. L’institution dirigée par Christine Lagarde anticipe une croissance de 1,6 % pour l’Allemagne, de 1,2 % pour la France (supérieure aux prévisions gouvernementales) et même de 2,5 % pour l’Espagne. Dans tous ces pays la faiblesse des prix du pétrole et des taux d’intérêt très bas liés à la baisse de la monnaie unique devraient consolider l’activité économique. Quant aux Brics, leur champion c’est désormais l’Inde où le FMI s’attend à une croissance robuste de 7,2% grâce à une reprise notable des investissements et à la baisse des prix du pétrole. En revanche, la vigueur de l’activité chinoise décroît. Les économistes du Fonds avancent un taux de croissance de 6,8% du fait du dégonflement de la bulle immobilière et financière.

S’agissant du dossier grec, Alexis Tsipras s’est dit fermement optimiste sur la conclusion d’ici à fin avril d’un accord avec ses créanciers internationaux (Fonds monétaire international, Union européenne et banque centrale européenne). Cette semaine Wolfgang Schäuble a jugé peu probable un compromis lors de la réunion de l’Eurogroupe, le 24 avril à Riga. Quant à Mario Draghi, il a mis un peu plus la pression sur Athènes, à l'occasion de la réunion de printemps du FMI. Selon lui, en effet, la réponse à la crise en Grèce était "dans les mains du gouvernement grec". Mais pour cela, "il faut beaucoup plus de travail et c'est urgent", a-t-il expliqué fermement.

BEVUE DE L’ETAT ACTIONNAIRE

Du coté des affaires l’actualité de la semaine a été marquée par la vente d’Alcatel-Lucent à Nokia sur la base d’une valorisation très élevée qui souligne le travail effectué par Michel Combes au cours des deux dernières années. Si l’opération pose le dernier clou sur le cercueil de l’ex Compagnie Générale d’Electricité dont il ne reste plus désormais que Framatome et l’activité ferroviaire d’Alstom, ce mariage reste une bonne opération industrielle ainsi qu’en matière de recherche et développement. Elle a été notamment menée de main de maitre par les frères Zaoui du côté d’Alcatel et par JP Morgan du côté de Nokia. A tel point que trois jours plus tard l’opération était passée comme une lettre à la poste du côté des pouvoirs publics. Les mêmes pouvoirs publics qui ont bloqué deux semaines plus tôt la vente d’une partie d’une capital de Daily Motion à un industriel Hong kongais.

L’autre actualité business de la semaine a été également marquée par une bévue de l’état-actionnaire. Non seulement il existe maintenant une lourde interrogation sur la place de Paris sur la manière dont l’Etat a acquis (ou emprunté) les 4,73 % du capital qu’il a déclaré avoir acheté, alors que beaucoup parlent d’un prêt-emprunt de titres. Mais de surcroit il a réussi à créer une forte tension avec Nissan, partenaire historique de Renault, et avec Carlos Ghosn, dans le dos duquel cette opération a été montée.

Du coup, ce dernier a convoqué un conseil d’administration extraordinaire pour rappeler qu’il s’opposerait à la mise en place, chez Renault des dispositions de la loi Florange qui donne des droits de vote double aux actionnaires inscrits au nominatif depuis deux ans. Une position d’autant plus justifiée que Nissan détient 15 % du capital de Renault, mais sans aucun droit de vote tout en lui apportant une grosse part de ses profits depuis plusieurs années. Lors de ce conseil les représentants de Nissan ont naturellement fait état de leurs inquiétudes face au renforcement de l’Etat. De fait, Emmanuel Macron a précisé que les actions acquises par l’Etat seraient revendues après l’assemblée. Mais pour effacer tout quiproquo, il faudrait que l’Etat cède bien davantage que les 4,7 % du capital en question. De manière à revenir à une participation lui conférant 15 % des droits de vote.

LES CONTOURS DU NOUVEL AREVA

De son côté Vincent Bolloré a, pour sa part, fait repousser sans difficulté la résolution déposée par des fonds activistes qui voulaient s’opposer la mise en place de droits de vote double. Désormais l’industriel breton, fort de sa participation de près de 15 % au capital de Vivendi a les coudées franches pour gérer ce groupe et mener les opérations qu’il souhaite. Mais personne n’en connaît davantage sur sa stratégie à court et moyen terme.

Enfin reste le dossier Areva qui mobilise largement les pouvoirs publics. Selon les informations de WanSquare, Manuel Valls a reçu à Matignon, jeudi soir le président du groupe nucléaire, Philippe Varin, et Jean-Bernard Lévy, le patron d’EDF afin de faire un point sur leurs discussions entre les deux entreprises. En principe, EDF reprendrait tout ou partie de l’activité de conception-fabrication des réacteurs. Mais dans un cas, cela ne peut porter que sur les activités d’ingénierie d’Areva et dans l’autre sur l’ensemble des activités réacteurs et services logée dans Areva NP. Dans cette seconde hypothèse Areva encaisserait plusieurs milliards d’euros. Mais cela marquerait la fin du modèle intégré conçu au début des années 2000. De surcroit EDF n’est pas favorable au deuxième scénario, bien trop coûteux pour ses finances.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Valls tétanisé par l’immobilisme du Chef de l’Etat

12/04/2015 - 07:51

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / L’UMP et le PS préparent tous deux leurs congrès avec des couteaux sortis

05/04/2015 - 07:48